The Good Guys

Publié le par Dorian Gay

The Good Guys

Ils sont rares. Ils sont précieux. Ils scintillent d’une lueur assez particulière. D’une lueur chaude, chatoyante et profonde qui éloigne la pénombre. Les gens bien.

On me demande souvent pourquoi je suis célibataire depuis que je me suis séparé de Romain il y’a bientôt deux ans. On m’assène de questions avides de renseignements : « mais quel est donc ton type d’homme ? », « tu es attiré par quel type de profil ». J’avais pris pour habitude de répondre, ayant pris au préalable mon air le plus laconique et lassé, « je n’ai pas de type particulier, c’est une question d’alchimie ».

Si cette affirmation est sincère, il n’en demeure pas moins que j’ai bien un certain type. Mais à la différence de certains, je n’énumérais pas un nombre de qualités personnelles et de spécificités physiques plus ou moins réalistes. Non, je ne dresserais pas une checklist du compagnon idéal. Non, je ne décrirais pas un être chimérique. Pourquoi ? Tout simplement parce que mon type c’est le mec bien. Tout bonnement et tout aussi candidement.

C’est quoi le « mec bien » me direz vous ? Je vous répondrais alors spontanément que le mec bien vous le reconnaitrez quand vous le verrez. Si cette réponse lapidaire ne vous sied pas, je suis enclin à vous en donner quelques illustrations.

Le mec bien c’est celui qui vous ne laisse pas indifférent par la façon dont il agit. La bonne éducation qu’il a reçu de son milieu est généralement évidente. Il s’agit usuellement de personnes à la compassion touchante, à la sensibilité vibrante, troublante. Ils voient le monde à travers un prisme limpide – ils y voient les ruines, les misères, le spleen mais ils y voient aussi les splendeurs, les délicatesses, la poésie. Il s’agit d’êtres lucides, qui voient avec une certaine délicate mélancolie la frontière entre le bien et le mal. Ce sont des gens qui aiment, qui pardonnent, qui écoutent, qui donnent ; des personnes gentilles en somme. Je me surprends à utiliser des termes aussi empreints de candeur ou de naïveté, mais j’ai beau fouiller dans mon vocabulaire je ne vois guère de terme plus approprié que « gentils ».

Je trouve ces personnes, ces gens bien, ces rares chimères, beaux. Et si je devais avoir un type, oui ce serait quelqu’un de bien.

Bien au delà du couple, les gens bien sont des amis de qualité. Et je dois admettre, qu’à cet égard, je suis comblé.

L’on dit communément qu’en amitié, les semblables s’attirent. Dire que je suis quelqu’un de bien me paraît outrageusement prétentieux. Ce que je sais c’est que je ne suis pas quelqu’un de mauvais. Donc si je dois me situer par rapport à une norme, par rapport à une échelle du bien et du mal, je me trouverais sûrement à équidistance, noyé dans l’océan des « ni oui ni non ».

Quoi qu’il en soit, j’ai de la chance d’en avoir quelques uns autour de moi. Ils irradient mon quotidien, que ce soit mes moments de félicité ou de spleen.

Etant de tempérament lunatique, je me complais parfois à me demander ce que je serais, ce que je serais devenu si je n’avais pas ces amis, ces proches, ces gens bien, qui parfois, même au fond du caniveau, me lèvent la tête timidement vers les étoiles.

Dans un monde où être antipathique, voire malveillant est un style de vie en soi, à une époque ou c’est passé de mode, voire ringard d’être bon, oup les gens se regardent constamment en chiens de faïence, critiquent, crachent et agressent, le mec bien est devenu factieux malgré lui.

Ces pensées m’animent et l’ébauche de ce texte se dessine alors que je suis dans un taxi, à Singapour. Le soleil se couche, le temps est lourd et humide et je traverse un léger moment d’euphorie, de paix. Après avoir passé une journée difficile, une des ces énièmes journées emplies de tristesse mélancolique inexpliquée, O., un ami, me proposait spontanément de passer chez lui, partager une bouteille de vin et passer l’après midi ensemble.

J’ouvrais à peine la porte de son appartement qu’il engageait une étreinte chaude, longue et sincère. Juste là, dans le pas de la porte, sans mots, sans commentaire parasite, avant de s’exclamer « bon, rouge ou blanc ? ». Je ne lui ai pas parlé de mes soucis, de mes doutes, de mon mal être éphémère. Il ne m’a rien demandé. Mais il a tout su, tout avait été dit, dans un silence assourdissant, troublé par quelques rires et des bruits de verres.

Je suis dans mon taxi en direction de mon appartement. Les yeux vers le ciel gris de Singapour. Les yeux vers les étoiles et je me dis « tu en as de la chance d’avoir des gens comme ça dans ta vie ». Mieux encore, je me dis, c’est ça que je veux, quelqu’un de bien.

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Djamel 27/01/2017 07:28

Je me souviens d'une discussion avec un ami, à ce propos. Il me disait qu'aujourd'hui, être quelqu'un de bien était quelque chose de puni - symboliquement - dans la société. Si tu étais gentil, compréhensif, enclin au pardon, tu devenais automatiquement une potentielle cible pour les personnes mal intentionnées. Néanmoins, comme vous, il aimait partager son temps avec ces êtres dont la présence est lénifiante. Ils sont un peu comme une cueillerée de miel pour celui qui a la gorge brûlante.

Je me dis très souvent que j'ai de la chance d'avoir de tels gens à mes côtés. Ils ont une sensibilité profonde et unique qui vibre avec la mienne. Cependant, c'est en amour que ça piétine. Les inconscients semblent en prise avec des enjeux plus importants qu'en amitié, hélas.

Djamel 27/01/2017 07:25

Je me souviens d'une discussion à ce propos avec un ami. Il me disait qu'aujourd'hui, être quelqu'un de bien était quelque chose de puni - symboliquement - dans la société. Si tu étais gentil, compréhensif, enclin au pardon, tu devenais automatiquement une potentielle cible pour les personnes mal intentionnées. Néanmoins, comme vous, il aimait partager son temps avec ces êtres dont la présence est lénifiante. Ils sont un peu comme une cueillerée de miel pour celui qui a la gorge brûlante.

Je me dis très souvent que j'ai de la chance d'avoir de tels gens à mes côtés. Ils ont une sensibilité profonde qui vibre avec la mienne. Cependant, c'est en amour que ça piétine. Les inconscients semblent en prise à des enjeux plus importants qu'en amitié, hélas.

Christophe 23/01/2016 00:14

Je me retrouve tout à fait dans ce billet ! J'ai toujours conseillé à mes ami(e)s de chercher des "personnes bien" comme amoureux(ses) et, si la définition me semblait évidente, ça n'était finalement pas si facile à communiquer.