One day for the hunter, another day for the prey

Publié le par Dorian Gay

One day for the hunter, another day for the prey

Curieux sentiment. Je ne frappe pas à la porte. Je n’annonce pas ma présence non plus. D’un geste certain, j’insère la clé dans la porte, la pousse avec franchise et découvre une pièce noyée dans l’obscurité – les deux seules lampes qui éclairent la pièce semblent être en fin de vie.

Je ne lui laissais pas le temps de m’accueillir que j’exclamais un « je ne sais vraiment pas ce qui ne va pas avec moi ». Mon meilleur ami s’est alors mollement levé de son canapé et a soufflé dans un soupir d’ironie « parmi toutes les autres choses qui ne vont pas chez toi ».

Parfois, la vie est vraiment étrange et semble s’amuser d’ironie. Parfois les choses auxquelles nous aspirons semblent nous échapper comme du sable fin entre les doigts, et d’autres fois, alors que nous n’y aspirons pas réellement, elles nous tombent dessus comme un éléphant marchant sur un pissenlit.

A Singapour, je n’ai pas voulu l’amour, craignant la séparation à terme. Il m’a atteint.

A Kuala Lumpur, j’ai tenté de le fuir. Nouvelle débâcle.

A Londres. Nouvelle répétition.

De retour à Paris, cette fois-ci avec une envie sincère de nouveau départ à différents égards, mes premières tentatives sentimentales se clôturent en fiascos ionesquiens, presque par dizaines. Refroidi et désabusé, je ferme les vannes en cette fin février, accepte une certaine forme de solitude dans laquelle je me complais et tente de construire un projet de vie personnel, individuel qui ne sera pas contrarié par des aller-retours incessants dans ma vie sentimentale. A peine achevais-je cette réflexion que les opportunités commençaient à se présenter et à se multiplier.

Je ne sais pas dire non. Je n’arrive pas à balayer les opportunités d’un revers de la main. Je suis absolutiste – et je crains, oui je crains, de passer à côtés d’occasions d’une vie, de chances inespérées. Alors même que parfois, l’intuition d’une débâcle prochaine est forte, je m’aveugle et continue, en dépit de toute rationalité, de « voir ce que ça peut donner » au lieu d’arrêter les choses net.

Je me retrouve donc, assez paradoxalement, dans une situation assez drôle. Décidé à apprendre à dompter mon célibat qui vient de souffler sur sa troisième bougie, alors que les prétendants se succèdent et sont tous indubitablement maintenus dans une zone grise, dans un flou auto-entretenu.

Mon meilleur ami s’esclaffe « en gros, quand tu as envie d’être en couple, tu ne trouves personne et les occasions sont rares alors que, dès que tu décides de rester célibataire, les déclarations d’amour se multiplient et tu éconduis inexorablement tous tes prétendants ».

C’est cela.

Je suis assez lucide pour deviner que ce comportement enfonce ses racines dans quelque chose de plus profond : une crainte inconsciente de revivre le couple ? les effets de fiascos répétés dont résulte un certain défaitisme ? une indépendance grandissante ? l’attente d’un être idéalisé qui ne sonnera jamais à la porte de mon appartement du 9ème ? un conglomérat de tout cela ?

Au fond, dans l’attente de trouver des réponses à mes interrogations, je dois avouer que la situation actuelle est assez agréable et reposante. Dans une certaine position de force, je ne prends pas de risques, je ne m’expose pas, je ne m’engage pas, je pèse et je jauge. Ce n’est plus moi qui recherche, armé de patience, d’espoir et de charme, mais c’est moi qui me dérobe, qui me dissipe, qui me cache. Les cartes du jeu changent de la main et les frôle du bout des doigts. Et franchement, après les montagnes russes émotionnelles qu’ont été cette année – ce schéma, cette redistribution des cartes, cette jachère sentimentale souhaitée et salutaire qui semble créer un intérêt vif auprès de ces jeunes monsieur, me convient très bien – jusqu’à ce que je décide de sortir (ou non) des bosquets…

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Oberon 28/07/2016 11:40

Bonjour, je crois me lire, du moins comprendre la situation dans laquelle tu te trouves, ou te trouvais d'ailleurs car le temps a passé depuis la publication de ton article. Cela fait du bien de se dire qu'on n'est pas seul à traverser "l'épreuve du nombre". Il faut un temps pour tout : s'est ouvert celui de la reconstruction.

i-ON 15/05/2016 11:06

Bonjour.
Je pense que ton problème est le nombre.
Après N plans et X relations tu dois prendre le temps de te reposer.
Un petit moment de pause et d'inactivité sur ce front te feront le plus grand bien.
Essaye pendant 30 jours de ne faire autre chose que ton sport préféré, lecture, social, culturel etc.
Les effets ne se laisseront pas attendre.
Que dis-tu?
PS
Et qui sait, le grand amour sera là pour toi ....

Seb_Stbg 01/05/2016 11:00

Petit élément de réflexion, ne serais-tu pas atteint du syndrome de surabondance ?

Je m'explique. Très souvent, quand un gay (mais c'est applicable aux heteros) vit dans une grande ville (Paris, Singapour, Londres...) quand il cherche une relation (ou un plan) comme il sait qu'il y a un vivier des plus importants, il cherche une certaine perfection (physique, statut social, géographique...) au lieu de se concentrer sur des éléments plus pertinents.

C'est une simple réflexion d'un provincial ayant vécu pas mal de temps dans de petites villes.

Dorian Gay 07/05/2016 21:38

Tu sais quoi? Je pense que tu as en partie raison. Je me rends difficile pour des raisons assez bizarres, peut être en me disant qu'à chaque rencontre j'aurais mieux et ça devient un cercle vicieux...