Echoes in the Green Forest

Publié le par Dorian Gay

Echoes in the Green Forest

Pour certains d’entre nous, écrire, nous épancher ici et là, étaler nos bribes de vie, est une exercice libératoire, cathartique, introspectif et égoïste. D’autres écrivent en sachant que leurs mots, leurs expériences sont comme des bouteilles jetées à la mer et qu’elles finiront toujours par échouer sur une rive quelconque.

Pour ma part, mes motivations ont été pour longtemps insondables. Mes premiers billets qui datent de trois à quatre ans déjà étaient une série de récits à l’essence autobiographique rédigés avant tout pour laisser une trace et me rappeler, garder souvenir d’une enfance et d’une jeunesse qui me semblait à l’époque horriblement éphémère et fuyante.

Puis j’ai commencé à écrire pour un magazine et sur une plateforme assez notoire dans le milieu de la presse. J’ai changé de style, adopté un autre ton et ai traité d’autres sujets moins autocentrés : la vie, l’amour, le sexe, la mort. Très vite, j’ai dû prendre des distances avec ce nouveau statut, cette nouvelle importante audience. Je n’ignorais pas qu’en partageant mon modeste avis et vécu avec, à l’époque près de 15.000 à 20.000 lecteurs curieux par billet, j’acceptais de m’exposer au feu des critiques, de la bien pensance ou parfois tout simplement à de l’antipathie primaire. Mon statut de contributeur anonyme, sensé être une carapace coriace ne m’a souvent pas protégé de certaines flèches particulièrement acérées.

Après plusieurs mois, j’ai donc décidé de revenir à une plateforme libre et d’écrire sous mon seul et unique nom ainsi que de réduire mon public à des personnes en qui mes billets résonnent réellement. Dorian Gay 3.0. était alors né.

Depuis, mon style s’est réaffirmé. Je partage ici, avec beaucoup de pudeur que n’empêche pas l’anonymat, des fragments de ma vie, de mes opinions, de mes réflexions et tribulations. Cet exercice reste plus que jamais thérapeutique. Alors que Je couche les mots sur le papier, mon esprit les laisse s’envoler, parfois pour toujours. Mon écriture est alors parfois égoïste et égocentrique. Les dizaines de milliers de visites que je reçois ici chaque année restaient un chiffre abstrait, une donnée purement statistique, un nombre. Le nécessaire lien qui se créait avec ces milliers d’anonymes qui se perdaient dans mes écrits m’était complètement insoupçonné.

C’est pour cette raison que ma prolixité et ma productivité en termes de publications dépend de mes états d’âme. Ce n’est pas moi qui décide d’écrire. C’est l’écriture qui m’écrase de tout son poids lorsqu’il est temps de décharger des fragments de vie. Or, je n’ai pas été très volubile ces derniers temps par ici : c’est parce que je suis heureux (ce qui est difficile à concevoir alors même que je suis convaincu que l’Homme ne peut pas pleinement l’être, ce qui sera le sujet d’un autre billet) ou du moins que j’ai atteint une sorte d’état de satisfaction relative et ai endormi, depuis quelques mois, mes démons intérieurs. Ma vie est d’une banale harmonie : nouvel appartement, nouveau travail, nouvel amoureux qui s’avère tellement irréprochable depuis plusieurs mois que je n’ai presque plus rien à vous conter sur ma vie sentimentale, vacances à l’autre bout du monde, Spritz estivaux sur des terrasses ensoleillées, rencontres magiques et éclats de rire qui sentent les cigales.

Puis parfois, je reçois des claques. Des messages, cinq, dix, un, quatre, vingt, de lecteurs qui partagent avec moi leurs expériences, leurs sourires, leurs drames et me disent que tel ou tel billet a eu un écho particulier en eux et leur a parfois fait du bien.

Echoes in the Green Forest

C’est d’une beauté poétique inouïe. Deux bouteilles à l’océan qui s’entrechoquent et parfois s’entre-brisent et révèlent leur contenu.

D’un point de vue thérapeutique, ces déclarations spontanées sont inestimables. Je me rends alors compte que certaines choses que je décris ici sont vécues tout aussi intensément par des milliers de personnes dont le regard frôle peut-être le mien, dans le métro, dans la rue, à la terrasse d’un café. Comme si ce que je considérais comme mes individualités, mes singularités n’étaient qu’une énième expression d’un phénomène global plus important mais parfois insoupçonné. Des zèbres, il y’en a beaucoup d’autres.

Et ça c’est infiniment important : une piqûre de rappel de la relative banalité de mes questionnements et des feux qui consument parfois mon esprit.

La banalité, oui ça n’a pas de prix, merci.

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