Hélium

Publié le par Dorian Gay

 

Nota: Ce billet, Hélium, complète, un autre billet paru le même jour, Phosphore. Comme deux battants d'une même porte. La narration en pointillés est un choix volontaire de l'auteur. 

 

Tu es terrifiant… étrange, sculptural. Quelqu’un que peu de gens sauraient dûment aimer.

 

La nuit de notre mariage secret

Quand il m’a gardé sous sa langue telle une promesse.

Jusqu’à ce que sa langue se raidisse et se fatigue.

Je me suis endormi éveillé pour garder intacte la fraicheur du souvenir.

 

Le lendemain, je l’ai prié de se recoucher près de moi dans le lit.

En retard, il m’a baisé les chevilles et est parti.

Je me suis endormi  au creux de son lit pendant plusieurs jours.

J’ai humé les réminiscences de ses effluves, sauvages et douces. Comme le miel et le vin.

 

Sa mère m’a trouvé dans le lit.

Je me suis tenu face à elle, nu.

J'ai parcouru son visage clair de mes mains.

Lentement, avec expertise, compassion.

Sentant son souffle court sous mes doigts.

Chaud, mentholé.

 

Je lui ai montré l’alliance en or à mon doigt.

 

Il rentre plusieurs jours plus tard.

Ma peau frémit à nouveau comme un enfant qui déchire l’utérus de sa mère et crie à la vie qui envahit ses poumons et ses entrailles.

Je me consume, je m’embrase, m’immole par le feu.

Mes yeux en amande, noirs, crépitent comme du bois sec.

 

Il les embrasse avec méthode.

Son cœur est aussi beau que son sourire.

Consumant, je me sens beau.

Je suis beau, tellement beau.

Je brille. Je suis un volcan en éruption. Poétique.

Mes lèvres, mouillées, appellent à l’adoration, au culte, à l’adulation, au fétichisme.

Il est à genoux, il prie.

Il me trouve beau.

Je suis une mosquée, une cathédrale dévorée par les flammes.

 

Ma mère m’a dit une fois.

Lorsqu’un homme t’approche

Immole-toi par le feu.

 

Tu es un magicien.

Je suis ton public, silencieux, dévoué, religieux.

Tes hanches sentent le citron et l’olive.

L’encens et la terre.

 

Chaque bouche embrassée, chaque langue dont tu t’es délecté.

Tout ceci n’était que préambule, qu’apprentissage.

Tous les corps que tu as déshabillé et que tu as labouré, de tes doigts, de tes dents, de ta peau, de ton sexe, de la langue.

Te préparaient au mien.

Ça ne me dérange pas de les goûter dans les exhalaisons des souvenirs qui persistent dans ta bouche.

 

Ils étaient tous dans un long couloir plongé dans une semi-obscurité.

Une porte entrouverte.

Ta seule valise sur le tapis roulant.

Etait ce un long voyage ?

Tu es là maintenant.

Bienvenu à la maison.

 

Je passe mes doigts dans ses cheveux sauvages.

Il s’incline et je hume à nouveau cette odeur.

Cette fragrance entêtante comme une chanson qu’on écoute beaucoup trop.

 

Cette année sera l’année de la rédemption, du lâcher prise. L’année de la compréhension des mots, « oui, « non », « tu n’es pas gentil », « tu es gentil ». Année de l’humanité et de l’humilité. Comme un jour où l’humanité entière était restée toute la journée sous ses draps. Tous ceux que j’ai croisé sur mon chemin cette année m’ont dit « ta compagnie est si agréable, comment tu fais ça ? ». L’année où j’ai creusé la terre et ai arraché les racines de mes mains rêches. L’année où j’ai appris les discussions légères sans conséquences, et appris à sourire à des inconnus. L’année ou j’ai compris que je suis mon meilleur moi même quand je m’approche et demande : « veux tu être mon ami ? »

L’année du sucre et du miel, partout.

Douceur, douceur, miel, miel.

L’année d’une solitude heureuse et de l’apprentissage de ses joies.

L’année où j’ai pris dans les bras des gens que je ne connaissais pas parce que j’avais envie d’apprendre à les connaître.

 

Cette année, j’ai fait la paix et l’amour, là nu devant vous.

 

Grâce à lui.

Grâce à eux.

Grâce à moi.

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