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Entre cinq eaux

Publié le par Dorian Gay

Entre cinq eaux

Dans la merveilleuse petite vie de Dorian il y’a pas mal de choses, les parfums, le Signal White Now, les magasins, les livres, les pots de glace, Nougat l’ours en peluche borgne, le chat, les bougies parfumées, les garçons, les garçons et surtout les garçons les samedis.

Ces garçons il y’en a de toutes sortes : des grands, des petits, des colorés, des pâles, des barbus, des lisses, des garçons amoureux, des garçons attachants – Bref, le panel est large.

Il y’a donc aussi les samedis, ces journées que l’on consacre souvent à procrastiner, ou pour les plus vaillants à entretenir un minimum de lien social.

Ce samedi de pâques devait être pour moi un samedi comme les autres. J’aime quand les choses sont à leur place, quand le rouge est rouge, quand le propre est propre et quand mes samedis sont mes samedis. J’entrevoyais donc une journée lascive où j’aurais demandé asile dans un café et enchainé les macchiatos – bon livre en main – pieds sur un pouf – Norah Jones dans les oreilles - Grindr en fond. J’aurais baisé aussi peut être, j’aurais aussi fait les boutiques, j’aurais aussi vu Bradon, ce très bon et bel ami Indien rencontré sur les bancs d’HEC et avec qui je finis généralement mes journées du samedi devant un succulent agneau vindaloo à parler de voyages, de nos vies, de sexe, de mocassins, d’argent, d’argent, et de mocassins.

Le problème c’est que ce samedi-là n’était pas comme ces autres samedis. Nous passons à l’heure d’été et Jésus a ressuscité il y’a deux millénaires.

Il est 11h37, la température extérieure est de 2°C, l’humidité de 67%, le vent souffle à 17km/h. J’enclenche l’alarme en sortant de chez moi, tourne la clé dans la serrure, ça fait clic, j’appuie sur la poignée pour vérifier. J’ai pris mon sac de weekend : « L’amour dure trois ans », un parfum, mon stick à lèvres, mon portefeuille, une huile, mon casque audio, ma carte de fidélité au Starbucks.

11h39 mon téléphone sonne – numéro étranger – indicatif Suisse – voix masculine : « Hé ! Je suis à Paris pour le Weekend ! Il faut absolument que je te vois ! ». Sébastien – 29 ans, 1m84, 72 kg, brun, yeux bleus, groupe sanguin O+ et à ce jour garçon le plus beau que le hasard des rencontres et des tchats m’ont amené à connaitre. Nous avions passé quelques semaines à converser par sms mais il n’avait pas prévu de passer sur Paris dans les mois à venir –cela était donc voué à stérilité et je n’étais pas vraiment très enjoué dans nos dialogues, mais il me plaisait bien, non beaucoup, non énormément.

Rendez-vous donné à 15h devant l’Hôtel de Ville. « let’s be spontanious » disait-il. Spontané il l’était, il était venu à Paris sur un coup de tête, sans plans, sans programme, rien, nada. « Tu m’occuperas… » a-t-il dit en raccrochant. Tout mon contraire en somme – éternel duel de l’organisateur psychorigide et de l’impulsif-instinctif-irrationnel. Au fond je jalouse ce type de personnalités. Je lui propose Boutiques pour commencer, je ne suis pas le meilleur guide en la matière pour rien.

14h55, je vais acheter des cigarettes. Non, je ne fume pas. Je suis juste stressé. Par ailleurs, fumer, ou du moins prétendre fumer permet d’avoir une justification pour s’éclipser quelques minutes et s’aérer l’esprit dehors.

15h02, j’arrive devant. Je me mets sur la pointe des pieds pour lui faire la bise, il me fait un câlin à la place. Je suis bouleversé, bouleversé par l’anéantissement immédiat de mes défenses, de ma froideur, de ma protection, du pouvoir de mes foulards – la glace est brisée. Il est beau – je sais qu’il m’arrive assez souvent de gratifier mes rencontres de cet adjectif mais il est vraiment, définitivement, absolument beau. Mélange de beauté méditerranéenne et nordique – yeux d’un bleu presque plasma – sourire de journaliste Américain. Il est beau.Trop beau

Il n’y a aucun silence, aucun blanc, nous nous mettons à converser comme si nous nous connaissions depuis toujours.

Nous allons au BHV, rue du Temple. Quand vous êtes avec un garçon d’une telle beauté dans un tel lieu vous ne passez point inaperçus et les vendeurs, réputés pour leur snobisme se bousculeraient presque pour vous être d’une quelconque utilité. Nous en ressortons chargés. Il a faim, nous allons manger dans un restaurant pas loin. Nous parlons, de choses superficielles au départ comme nos boulots, nos voyages, nos gardes robes puis nous nous livrons progressivement sur des choses plus intimes et profondes. Il est touchant. Encore plus touchant lorsqu’un groupe de 4 personnes pénètre dans le restaurant déjà bondé sans y trouver places suffisantes et leur propose spontanément d’échanger nos tables, la nôtre étant plus grande.

17h30 – nous sommes assis sur les marches de l’Hôtel de Ville, je fume, il boit un café. Il veut boire des mojitos, je l’emmène au Spyce, lieu dans lequel je n’avais encore jamais mis les pieds mais qui était réputé servir des mojitos pas trop dégueulasses.

Un, deux, trois, quatre… les verres s’enchainent – nous parlons, rions, déconnons, ce qui a l’air s’insupporter les gens autour, afficher sa joie n’est pas de bon ton semble-t-il.

20h, une main frôle lentement mon épaule, je me retourne – Pierre, mon ex – perdu de vue depuis un an après avoir très mal digéré notre rupture. Les dernières rumeurs disaient qu’il vivait à Bruxelles depuis lors. Je reste stoïque, je ne réalise pas, convaincu que c’est l’alcool qui me joue des mauvais tours. Il me fait la bise, il est avec un garçon, il serre la main à Sébastian. Nous balbutions quelques salutations de convenance, quelques marques d’étonnement – dessinons quelques sourires. Ils se mettent à la table juste à côté.

« Un autre mojito s’il vous plaît – un double » - j’explique la situation à Sébastian, il éclate de rire, il prend ma nuque, m’embrasse pour la première fois, il rit.

Thomas l’Anglais m’appelle, je lui propose de nous rejoindre, il vient avec sa fille à Payday, Aurélie. Le courant passe instantanément, nous enchainons les boutades et les rires. Thomas me propose de nous écarter du groupe et de fumer une cigarette devant l’entrée. Je le suis.

  • Il est beau. Vous vous êtes rencontrés comment ? vous faites quoi ce soir ?
  • Il est bourré, je ne peux pas le laisser sortir dans cet état. Je pense que je vais le raccompagner à l’Hôtel
  • Il est mieux que moi ?

S’en suit une conversation assez animée dont je ne retiens que quelques brides et l’objet principal : Thomas, un de mes meilleurs amis, me fait une crise de jalousie et m’avoue à demi-mot des sentiments que j’avais jusque-là totalement insoupçonnés. Après la visite surprise de Sebastian, cette journée quasi irréelle, Pierre mon ex qui sirote son Cosmo juste à côté, il ne manquait plus cela. Je préfère mettre ces aveux sous le coup de l’alcool. Nous rejoignons les autres.

J’en ai marre, j’étouffe, je propose au groupe de quitter les lieux, il est presque 23h. Sébastian me tient par la main. Elle est incroyablement chaude.

Nous arrivons à l’Hôtel, il s’effondre sur le lit, se déshabille. Je tiens à peine debout aussi mais ne tiens point à m’imposer dans ces circonstances :

« Me voilà rassuré de te savoir rentré – je file »

« Reste avec moi – viens » - il tend sa main

Je reste là – à moitié dans le noir, mon regard dans le sien, je ne réagis pas – quand je vous dis que la spontanéité ça me connait…

« Allez… »

00h11, ma tête est dans le creux de son cou, sa main sur mon épaule, son corps collé au mien.

Pas de sexe – rien… absolument rien. Juste un très long câlin chaud teinté de douceur et de Just Different d’Hugo Boss et ponctué par quelques souffles et quelques baisers sur le front.

Je sors du lit à 5h pour prendre une bouteille d’eau dans le minibar et en profite pour vérifier mes sms :

Pierre (l’ex) :

SMS 1 : Hello toi. Je ne vais pas te déranger trop longtemps mais les rencontres à l'improviste sont les meilleures… Ça m'a fait plaisir de te revoir, ton visage et ton sourire sont toujours aussi angéliques. Par contre il faisait la gueule ton copain quand tu m'as présenté, cela n’est point étonnant

Au plaisir d'une rencontre de nouveau à l'improviste

Pour info je suis présent sur Paris jusque Lundi 19h15, si tu veux aller boire un verre fais-moi signe

Bisous

Delicioso (L’Argentin – Présentateur à France Télévisions – voir billet sur le multidating) :

SMS 2 : Ta nouvelle photo est magnifique. Je revois quand ? (perdu de vue depuis quelques semaines)

Julien (aventure perdue de vue depuis 5 bons mois)

Salut, comment vas-tu ? Cela fait longtemps je sais… Je suis plus sur Grindr au cas où tu te serais posé la question mais comme tu peux voir… je ne suis pas prêt de te lâcher… après si je reviens trop tard, dis le moi, je ne t’embêterais pas… Bonne nuit

Je me remets dans le lit mais je n’ai plus vraiment sommeil. Je le regarde dormir, les yeux clos, la respiration constance. C’est un passe-temps exquis.

9h27 – Il dort encore, je prends une douche, me prépare à rentrer. Il balbutie un « câlin ! » ensommeillé. Je souris. Câlin de 47 secondes. Oui je les ai comptés. Je referme la porte.

Dans la petite et merveilleuse vie de Dorian il y’a pas mal de choses : les boutiques de déco, le magazine GQ, les chansons de Norah Jones, les gambas fraiches, les chaussures, les expos, la vie sous –marine à L’Anse du Colombier à St Barth, les macarons, les poissons rouges, les garçons du samedi qui ne sont pas comme les autres samedis.

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Nos Petites Vies Virtuelles - Rehab I Said No No No

Publié le par Dorian Gay

Nos Petites Vies Virtuelles - Rehab I Said No No No

C’est un monde comme le vôtre, mais pas tant que ça.

Un monde de gens ordinaires, comme vous, pleins de frustrations, de chewing-gums collés sous les bancs des parcs et de nids-de-poule dans les rues. Un monde de larmes et de rires, de smoothies à la fraise et de gin-tonic, un monde d’argent et d’argent.

Un monde de gars et de filles, de filles et de gars, de filles qui aiment des filles et des garçons qui aiment des garçons et de tout ce qu’il y’a entre les deux. Un monde d’images et de sons. Je vous jure que c’est un monde qui ressemble beaucoup au vôtre. Sauf que.

Sauf que, dans ce monde-là, les raisons ont tous des pépins, le papier toilettes est toujours au bout du rouleau et les cravates sont toutes à pois. Dans ce monde-là, le temps s’arrête de temps en temps, histoire de laisser le monde respirer, histoire de calmer la vie qui trépigne un peu trop.

Dans ce monde-là, il y a moi. Minet ordinaire, pas grand-pas petit, pas trop con, pas trop mal fait mais sympathique. Moi qui me demande du fond de mon appartement ce qu’il peut bien avoir de si tripant à l’extérieur.

Moi, à qui Internet, mon Mac Book, Grindr et ma Nespresso suffisent.

Le problème avec toutes ces choses c’est qu’elles peuvent devenir vos amis. Et quand elles deviennent vos amis, forcément, vous leur faites confiance. Ce qui signifie que quand Internet vous dit qu’une belle fille c’est une fille de publicité pour Gemey Maybelline ou qui se déhanche en franglisant un « J’adore Dior », et qu’un beau garçon c’est celui qui répond « What Else ? » dans une réclame pour du café, et bien vous le croyez. Et plouf, vous voilà plongé dans le triste ravin de l’illusion d’optique. De l’illusion tout court. Et quand, dans ce ravin là, vous croisez quelqu’un de vrai, ce quelqu’un est ordinaire. Trop ordinaire. Ryan Gosling dans The Place Beyond The Pines, les Ephèbes dans Dante’s Cove, Les sculptures qui font la frontpage de TETU ou de Vogue Hommes Intl. Tout ce qui est dessiné et qui a de belles boules (vous avez le choix de l’interprétation à ce niveau) et qui se dandinent devant vos yeux LCD ou Plasma. La nouvelle réalité. La vôtre. Celle qui rend l’ancienne plate à mourir.

C’est dur l’amitié. C’est dur l’amour.

Aujourd’hui c’est samedi, et je devrais aller au supermarché, ou du moins commander sur internet et me faire livrer. Mais il fait froid, et je suis paralysé. Paralysé non physiologiquement mais psychologiquement. Alors fuck le supermarché, ce sera smoothie et derniers macarons Hermé qui trainaient.

Il est 13 heures, c’est l’heure de se lever, puis marche de la chambre au bureau adjacent. Quoi de mieux que l’exercice pour se maintenir en forme ? Je suis un gars ordinaire avec mes rêves et ma collection de foulards et de chaussures, avec mes joies et mes surprises. A mon arrivée dans la pièce qui me sert de bureau, le Mac s’illumine de joie, le smartphone aussi – salutations et témoignages d’affection. Mes amis et moi sommes en route pour une autre journée pleine d’inaction – de tchats virtuels, de visages pixelisés. Nous sommes en 2013, personne ne drague plus ou ne se fait plus draguer dans ce qu’il reste de la « vraie » vie. Nous faisons tous online, agrippés à nos smartphones ou avachis devant nos écrans d’ordinateur. Ceux qui daignent encore mettre les pieds dans de vrais lieux physiques dédiés, et draguer à la « old school » s’aperçoivent généralement assez vite que ceux qui les entourent sont bel et bien physiquement présents mais tous éblouis par le rétroéclairage de leur smartphone où tourne en fond Grindr. Bref.

- Page temporairement indisponible – veuillez vérifier votre connexion internet. Pire mon ordinateur bugge et ne répond plus à mes cliquetis sur le clavier. Drame intersidéral.

J’attends une minute, deux, cinq, cent vingt. Toujours rien. J’ai mal aux pouces à force de me les tourner, mal aux yeux, à l’égo, au cœur, au sexe et au cerveau de ne rien avoir à les offrir à manger. J’ai besoin de voir des pseudos, des images de torses nus décapités, d’images en rafale, de conversations niaiseuses ou stéréotypées. J’appelle mon meilleur ami, Ingénieur Informatique. Il ne peut pas venir aujourd’hui mais il me donne le contact d’un de ses proches amis, que je ne connaissais que de prénom, réputé habiter près de chez moi et qui pourrait m’aider après ses recommandations.

Ça sonne.

- Euh, salut, c’est Dorian, pas « Dori-anne », j’anticipe. l’ami à Hugues, je t’…

- Oui, oui je sais, il m’a prévenu. Tu ne me déranges pas.

- Je n’ai pas posé la question…

- J’anticipe aussi ! Problèmes avec ta connexion internet donc ?

- Oui, mes voisins n’ont pas de souci, je pense donc que cela vient de ma box. En plus mon Mac bugge, il ne répond plus. Tu me sauverais si tu pouvais intervenir. Je créerais une religion animiste et je t’érigerais en dieu que je louerais chaque matin.

- Ha ha ha. Bien trop d’honneur. Je pourrais voir ce que je peux faire pour le bug mais pour la box et ta connexion, je crains que tu aies à appeler ton assistance technique. Tu habites où ?

- Boulevard Lannes. Pas loin de …

- Ah oui, je vois, c’est faisable en 6 minutes à pied

- Parfait. Et tu pourrais venir quand ?

- Là, le temps de sortir mon chien

Il sonne à la porte, j’accoure vers mon sauveur, Il est beau, fin et tout gêné, quelques clics et miracle : plus de bug, j’appelle l’assistance technique pour la connexion internet, ils disent que la connexion est mise à mal par un défaut technique généralisée et que cela sera rétabli d’ici demain, je suis content même si j’ai mon ordinateur sans la connexion, nous prenons le thé. Ça fait bizarre de rencontrer des gens dans la vraie vie et de façon aussi originale. Il m’invite à prendre l’apéro chez lui le soir même « pour éviter de me morfondre chez moi tout seul et de sauver un jeune homme du suicide ». Je ris, j’accepte.

Il est 20h01 et dans deux minutes je vais cogner à sa porte. Je me suis préparé pendant une heure, ça fait longtemps que je n’ai pas eu de date aussi naturel, vrai et spontané, je ne sais plus comment cela est sensé se passer mais je rappelle qu’il faut que je sois beau. Alors je me suis préparé tout bien, tout longtemps et je ne me trouve pas mal ; en tout cas je sens bon.

Il est 20h02 et je me demande si j’ai mauvaise haleine. Je fouille dans les poches de mon trench, je trouve un fond de boite de Tic-Tac surement périmés depuis le temps, mais bon cela fera l’affaire.

Il est 20h03 et je cogne à sa porte. Je sonne, il n’a pas répondu au cognement. La porte s’ouvre et c’est lui : il est tout beau, tout souriant, tout sent-bon.

On a bu du porto et on n’a parlé des émissions que nous regardions, d’Almodovar, de Nabila, des Pubs Dolce & Gabanna, du Franprix d’à côté. Quand je suis rentré chez moi, il devait être 4 heures du matin. Mes pas résonnant sur le pavé humide, j’ai pensé à lui. On avait baisé comme dans Bleu Nuit, doucement et dans le noir, j’avais passé une belle soirée.

Je me suis couché en diagonale dans mon lit, à moitié habillé, l’autre moitié heureux. J’ai fait de beaux rêves.

Clic. Le temps qui reprend.

C’est dimanche, il est 14h, je me réveille. J’ai envie de pisser, j’ai les yeux collés. Débarbouillette, la vie qui se réveille, je prends un paquet de toasts dans la cuisine, lance ma machine à café, et, dans le bureau, j’allume mes amis.

Yes ! Internet est revenu - trêve de réalités, retour à la vie virtuelle.

Retrouvez moi sur Twitter ICI ou écrivez moi à doriangayparis@gmail.com

Song: After the Fall - Norah Jones - 2012

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Il Parait Que J'ai de Belles Fesses

Publié le par Dorian Gay

Il Parait Que J'ai de Belles Fesses

Il parait que j’ai de belles fesses. Il faut alors présumer que les clichés sur les Brésiliens ne sont pas aussi édulcorés ou hyperboliques que cela. J’ai de belles fesses donc. Un beau regard aussi. Une peau douce aussi à ce qu’il parait. En tout cas Samir vient de passer deux bonnes heures à me conter de tels éloges.

Il en 23h00, j’ai froid, je marche, j’engloutis ces 8 minutes qui séparent ma maison de la gare où je viens de raccompagner Samir. Mes pas résonnent dans la nuit, je suis emmitouflé sous mon écharpe et mon manteau. Mon propre parfum, Arpage de Lanvin, connu pour sa lourdeur, m’étouffe, mon jean slim me compresse, ma chemise m’étrangle. Les ruelles sont vides, j’ai envie le temps d’une seconde de me mettre en plein milieu de ce boulevard désert et de compter les minutes qui me sépareraient de l’éventuel passage d’une voiture qui me faucherait. Je me ressaisis, je continue à marcher. Je passe devant toutes ces belles maisons du Domaine Privé dans lequel j’habite, devant ces voisins souvent anonymes qui, à 21h sont déjà dans les bras de leurs époux/ses ou de Morphée. Je ris. J’accélère le pas. Je tourne la clé dans la serrure. Le chat miaule. Je me déshabille complètement. Me masturbe. Eponge la flaque de Côtes d’Ormes sur la moquette – œuvre de la maladresse de Samir. Je prends un verre de lait, m’allonge sur le divan, allume une bougie, pose mon ordinateur sur les genoux, me remémore cette soirée – rictus – je commence à écrire.

Plus tôt dans la journée, alors que je revenais de mon traditionnel cours de Golf du mercredi après-midi, mon téléphone émet le bip reconnaissable parmi mille de la notification de la réception d’un message sur une appli de rencontres gay qui n’est plus à présenter. Franco-Marocain – 27 ans – 1m78 – il m’aborde avec « brun ténébreux très sexy. Envoie-moi une photo de ton beau visage et je te montrerai beaucoup plus...;) ». Généralement, les garçons qui s’autocongratulent ou qui s’affublent d’adjectifs flatteurs m’exècrent mais lui, lui... ; avait toute légitimité pour clamer haut son physique parfait. L’on devinait de l’unique photo reçue de sa part, des cils interminables, réminiscences de ses gènes Arabes, des cheveux noir jais, un sourire – poignard, un buste fort et puissant. Il m’intrigue, Il m’amuse, Il m’excite. Je joue le jeu – le jeu me joue. Il me rappelait fortement et étrangement Ramy, ce libano-iranien, beauté perse sculputurale, premier amour d’adolescence – première déchirure, premiers oreillers mouillés d’amour. Mais Samir était encore plus beau.

Nous échangeons nos numéros de téléphone, il me contacte à la suite – nous échangeons quelques banalités. Je l’invite chez moi le soir même à 20h. Il accepte et me promet ponctualité. J’en suis amusé, j’en deviens niais, les ‘’lol’’ et les ‘’mdr’’ s’entremêlent. Les « j’ai envie de toi » et les « je vais te démonter » aussi.

Je referme le rideau de douche derrière mon corps nu, l’eau est chaude, je continue à penser à lui – partagé entre surprise et intrigue. Je m’habille, allume quelques bougies parfumées et un bâton d’encens, lance la lecture du dernier album de Woodkid, descend à la cave pour en remonter le bon vin, m’allonge livre à la main et l’attend. Il m’envoie plusieurs messages anticipant et s’excusant du léger retard qu’il aura. J’en ris – je suis touché par ces attentions bien trop rares.

Il sonne à ma porte – salutations expéditives – il me suit à l’intérieur, s’assoit sur le canapé, moi sur le divan en face. Il est beau, incroyablement beau, effrontément beau. Chaque regard porté sur moi devient lancinant, son parfum commence lentement à embaumer les lieux déjà bien dénaturés olfactivement par divers artifices. Je lui propose un verre de ce Côtes d’Ormes 2009, il refuse poliment et avance des justifications culturelles et demande plutôt un verre d’eau. Je boirais donc ce vin seul, cet elixir qui au fil des minutes qui passeront, au fil des grammes d’alcool s’accumulant entre mes veines, relèveront le pudibond impudique qu’il m’arrive d’être. Il se lève s’approche – me caresse – commence à se déshabiller – je l’imite. Ce moment est bizarre, solennel, étrange. Il m’étreint et s’allonge sur le dos. Je le suce – profondément, longuement, avec gourmandise et sadisme. Il gémit, il exhale. Il pose sa main sur ma tempe, retient mes mouvements, se relève, appuie sa main sur mes hanches, me fait allonger sur le ventre, s’allonge sur moi, débute de lents mouvements avec son bassin, qui deviennent de plus en plus énergiques. Son souffle se raccourcit, ses mouvements se font presque incontrôlables. Il s’arrête brusquement, se redresse, s’adosse sur le rebord du canapé : « désolé je ne peux pas… ».

Sonné et alcoolisé je ne comprends pas, je me relève presque en sursaut, l’air paniqué.

« Non, non ce n’est pas toi, bien au contraire, tu me plais beaucoup ! Je suis en couple avec une fille et c’est ma première fois avec un mec… »

J’esquisse un rictus – me ressert un verre de vin. Je suis partagé entre une vive déception, une rage égoïste consumante et de la tristesse. Sa compagne, à ce moment-là, était la dernière de mes préoccupations devrais-je avouer, mais il semblait réellement affecté, touché, bouleversé.

Je déteste jouer aux psychanalystes du mercredi avec tous ces garçons en quête consciente ou inconsciente d’eux-mêmes et à la recherche de leur réelle sexualité. Je me sentais pris au piège – dans le labyrinthe des plans culs qui soudain, n’en sont plus.

« Pourquoi tu ne m’as pas dit plus tôt que … enfin… que j’allais être ton premier ? »

« Parce que j’avais peur que tu ne veuilles pas me rencontrer… »

Verre de vin – mon âme et mes ardeurs s’adoucissent – je débande – il me touche- nous nous mettons à parler de lui, de sa vie, de ses fantasmes, de son travail, de ses rêves, de sa compagne, du mariage gay, de la virilité, du poids de la religion, des clichés – sa sensibilité, sa naïveté, sa fraicheur, son altruisme me touchent. Il ignore tout de la nébuleuse gay. Après lui avoir expliqué brièvement que cette sexualité n’était pas « un choix » et que tous les gays ne correspondaient pas aux clichés marginaux et ultraféminisés largement entretenus par les médias, je lui parle de mes articles sur le blog. Je pose ma tête sur son épaule – Woodkid chante toujours en fond – Verre de vin – silence - nos regards se croisent. Une heure s’écoule, sans bruits, sans paroles, sans onomatopées – une heure comme une minute.

Il se remet à rebander. Je n’ose pas réagir. Les minutes passent. La bouteille se vide. Il m’embrasse dans le cou, je l’embrasse sur la clavicule, il m’embrasse plus bas, je l’embrasse plus bas, encore plus bas, encore plus bas… je le suce à nouveau. Il gémit – se contracte – ne tient plus. Il est bien « puceau ». J’arrête. Il se relève violemment – m’étreint à nouveau, m’allonge, se masturbe, jouit. Souffles – Verre de vin.

Nous reparlons, je ne sais plus de quoi, nous nous rhabillons. Il est encore plus beau habillé – il porte très bien les pantalons à pince – Je me souviens maintenant, nous parlions mode et chiffons. J’ai l’impression de le connaitre depuis toujours, de vivre un moment déjà vécu en rêve, la réalisation d’une prémonition, une irréalité.

Ces grands yeux m’observent longuement sur le quai de la gare – je souris – les lampadaires m’aveuglent – le silence est tellement entier que je perçois sa respiration – entier mais pas gênant. Il tente quelques blagues, je ris de bon cœur – il me remercie pour le moment, s’excuse pour les déconvenues – je suis touché par la sincérité de ses attentions.

Il me dit que j’ai de belles fesses. Je prunis. Je ne sais pas si je le reverrais. Je sais juste qu’en 3 heures il a récolté plus d’affection et d’empathie que nul autre en si peu de temps. Je veux le serrer dans mes bras, passer mes mains dans ses cheveux, humer à nouveau son parfum, mettre fin à ses doutes, sentir son ventre chaud contre le mien, lui susurrer que tout ira bien, écarter tout fatalisme et lui dire que son destin n’est pas scellé ni pour lui et ni par lui.

Il est 23h00, j’ai froid, je marche, j’engloutis ces 8 minutes qui séparent ma maison de la gare où je viens de raccompagner Samir. Mes pas résonnent dans la nuit, je suis emmitouflé sous mon écharpe et mon manteau. Mon propre parfum, Arpage de Lanvin, connu pour sa lourdeur, m’étouffe, mon jean slim me compresse, ma chemise m’étrangle. Les ruelles sont vides

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Tu as pics? Tu cherches?

Publié le par Dorian Gay

Les règles de courtoisie sur la toile gay sont relativement pauvres comme nous l’avons vu. Les premiers échanges e-pistolaires ne sont pas dignes des manuels de cette chère Nadine et se résument bien souvent au simplissisme et lapidaire

 

« Slt, t’as pics ? »

 

TU AS PICS?

 

Cette accroche conversationnelle représente bien cette obsession de la beauté extérieure qu’a notre communauté.

 

Mais on constate couramment que les profils les plus demandeurs de pics ne sont ceux qui en affichent le plus souvent. La réciprocité est un concept qui semble leur échapper. Mais nous savons bien que dans ce cas-là que les photos ne servent pas à apprécier la possibilité d’une rencontre mais plutôt à satisfaire quelque besoin pressant solitairement…surtout lorsqu’il se fait tard.

 

Passons en revue les principales typologies rencontrées sur la toile

 

Le bodybuilder/les torses : les muscles sont saillants, huilés, parfaits….presque trop. La prise de vue est léchée. Hélas souvent la tête manque et c’est plutôt symptomatique. Effacez tout sourire de son visage et plantez-y une bouche en cul de poule. S’y ajoutent également quelques shoots de vestiaire de salle de fitness au cas où on n’aurait pas compris que ledit profil y passe beaucoup de temps. L’avantage : cela permet d’engager la conversation selon une problématique cruciale, voire vitale pour lui : quel Club Med Gym me conseillerais tu? Mais cela peut vite tourner court…

 

Le paysagiste bucoliques : l’amoureux de la nature et des grands espaces ! Il vous gratifie de magnifiques panoramiques où il apparaît en tout petit devant un glacier emmitouflé dans un anorak avec lunettes de soleil et bonnet. Ah mais c’est bête il n’a pas d’autre photo – Zut !

 

Le communautaire/lifestyle : il pose toujours entouré d’amis voire souvent avec sa meilleure amie (souvent blonde et trop bronzée). Lui a-t-il- demandé si elle est d’accord pour se retrouver sur un site gay de rencontres ? Certains ont même le mauvais goût de laisser ces photos avec un gommage Photoshop basique des visages qui les entourent. N’ont-ils aucune photo où ils apparaissent seuls ? L’avantage de ces photos de soirée permet de deviner cependant quels sont les goûts du profil. Quelles soirées fréquente-t-il ? Skets ou pull en cachemire ? T-shirt Nike ou polo Ralph Lauren ?

 

La photo immuable – les immortels : avez-vous remarqué que certains gardent la même photo d’année en année ? Et lorsqu’on y regarde de près la photo date souvent des heures de gloire de la trentaine alors que le profil affiche une bonne quarantaine. Souvent les statistiques poids et taille trahissent : 80 kg pour 1.82 m ? Cela ne semble pas coller avec ce torse musclé et ce ventre plat. D’aucuns y laissent aussi l’affichage numérique de la date de prise de vue : si la photo date de juillet 2007 vous feriez mieux de redemander une seconde photo. Juste histoire de vérifier…

 

Les photos de studio : une prise de vue professionnelle arrange tout c’est bien connu. Les visages sont lisses, les muscles ressortent, la lumière magnifie la peau. Tyson Beckford peut se rhabiller. C’est beau certes mais cela manque de naturel. On regrette presque l’amateurisme des photos de vacances. On a presque peur d’être déçu une fois la personne rencontrée. Et cela oblige à les refaire de temps en temps car une fois fait, vous ne pouvez pas revenir à des photos Iphone. Le choc serait trop rude !

 

Le décalé : aucune photo de lui si ce n’est une prise de vue décadrée. Des tableaux, des paysages, la décoration de son appart, des citations comme texte. Il ne se montre pas tout de suite mais il aime bien regarder votre profil quand même…Quelques bonnes surprises à prévoir mais attention il va falloir déployer tous vos talents littéraires pour lui plaire.

 

Le discret : vous n’aurez droit qu’à des photos de torses tronqués, de jambes poilues prises en cachette dans la salle de bain. Mais pas de visage. A vous de voir et de prendre le risque : soit vous comprendrez pourquoi il n’a pas envoyé de photo soit, et c’est plus souvent le cas, un bi qui veut être 100% discret !

 

Le profil sans photo : il n’en affiche aucune mais il ne les donne qu’une fois son intérêt suscité. Vous avez deux possibilités : soit vous comprenez pourquoi il n’en affiche pas (reminder : double check des statistiques) soit un trésor caché s’offre à vous. Personnellement j’ai eu quelques très bonnes surprises. Vous avez alors le même plaisir que de dénicher une pièce unique dans un magasin vintage ! Vous avez mis la main sur la perle rare !

 

Je ne pouvais conclure sans parler des photos X ! N’y voyez pas une pudibonderie de ma part ! Ces photos que l’on reçoit parfois dès le premier message (surtout tard dans la soirée lorsqu’on zappe les banalités d’usage pour aller à l’essentiel) feraient parfois rougir un habitué des backrooms. Que de sexe turgescents, de postérieurs offerts, de slips mouillés, de secrétions séminales ou de jockstraps bien remplis … avec parfois de véritables scènes d’action qui vous obligent à tourner l’ordinateur pour bien comprendre l’angle de vue et qui fait quoi. Ah la poésie et le charme amateur des photos de cul …

 

Certains pourront regretter cette dictature des photos qui casse la magie des rencontres. Cette personne qui nous aurait plu dans un bar pourra tout aussi bien susciter un blocage online par un simple détail esthétique. Malheur aux personnes non photogéniques ou peu gâtées par la nature ! Dura lex sed lex.

 

En conclusion rien ne vaut des photos normales (et récentes) comme celles de vacances, de soirées ou celles prises par Iphone. Cela a l’avantage de l’honnêteté ! Mais les lois du marketing online vous obligent à une seule chose : en changer souvent ! Le marché aime la nouveauté ! L’œil du consommateur s’habitue vite, il faut susciter son intérêt en permanence.

 

TU CHERCHES ?

 

Cette autre question arrive très vite dans les chats gay, juste après « Salut », « T’as des pics ? » ou « Cho ?».

 

Une question banale, trop entendue qui a le mérite de la concision mais dont les réponses possibles sont très vastes.

 

Cette accroche est pour de nombreux chatteurs un moyen de ne pas lire le texte de présentation et de recevoir la synthèse par écrit.

 

Souvent la réponse est clairement affichée dans le texte ou dans le statut. (Bravo d’ailleurs à ceux qui donnent des précisions sur leurs intentions).

 

Que peut-on chercher un samedi soir à 2 heures du matin avec un statut Plans cul, des images coquines et une accroche aussi romantique que « Envie d’un plan direct now sans blabla» ?

 

Un partenaire de scrabble ? Discuter philosphie kantienne ? Parler broderie ?….

 

Une des réponses les plus courantes reste « Rien (de spécial) » ou « Un peu de tout », ce qui finalement revient au même !

 

Car nous sommes tous finalement sur les sites de rencontres pour quelque chose. On n’y vient pas pour « jeter un œil » comme dans un magasin ! Soyons honnête avec nous-mêmes ! Le lèche vitrine n’est pas une motivation sauf pour certains qui n’arrivent pas vraiment à passer du virtuel au réel et qui se cantonnent aux plaisirs solitaires.

 

Il existe deux minorités d’utilisateurs : ce qui cherchent exclusivement l’amour et les 100% plans cul. Et encore il y a un fort écart entre ceux qui l’affichent et ceux qui accordent leurs actes.

 

Mais la vaste majorité sont ouverts à tout : donc fermés à rien, donc ne cherchent rien de spécial, mais un peu tout en même temps…vous suivez ? Bref…

 

Dans notre société ou le sexe s’est extrêmement banalisé, les sentiments sont devenus la nouvelle indécence. Nous ne voulons point montrer que nous cherchons une relation par crainte de sonner niais, donc nous préférons rester ouverts. Et faute de grives, nous mangeons des merles…

 

Il est aussi vrai que l’Homo Erectus Gay avec son grand esprit pratique sait que le plan cul d’une nuit peut parfois se transformer en partenaire de vie. Alors autant essayer et ne se priver d’aucun plaisir disent ills...

 

21h15: “Bon, je te propose qu’on couche ensemble, qu”on passe un bon moment et que l’on voit si l’on est bien et si crla peut nous mener vers une relation sérieuse” – Checked…

 

L’expérience nous enseigne également que c’est lorsqu’on recherche absolument quelque chose qu’on ne le trouve pas. .. Cette loi de la nature est tout aussi vérifiable que celle de la tartine beurrée qui tombe du mauvais côté !

 

A l’inverse, les anglo-saxons ont le concept de serendipity : le fait de trouver quelque chose en cherchant tout autre chose. Ce qui appliqué au monde gay, signifie que c’est en cherchant un plan cul, que l’on trouve le grand amour et vice et versa… Restons donc ouverts à tout et fermés à rien

 

Donc à la question « Tu cherches quoi ? », je répondrais « juste des lecteurs et les divertir, et éventuellement 70.000 euros pour ma future PMA »

Retrouvez moi sur Twitter ICI ou écrivez moi à doriangayparis@gmail.com

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Dorian ou l'Art d'aller dans un Sex-Shop

Publié le par Dorian Gay

Dorian ou l'Art d'aller dans un Sex-Shop
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Petit Traité sur les Bonnes Manières Gay - Volume 1

Publié le par Dorian Gay

How-to-be-a-Gentleman-Season-1-promoCet article va être ce que nous pourrions communément nommer un « hors-série » ;

Hors-série en deux temps, qui vient marquer une petite pause avant d’aborder en fin de semaine, j’espère avec justesse (humour et dérision), un sujet éminemment sérieux.  Trève d’anticipation et de contextualisation, revenons à nos moutons – à notre service en argenterie plutôt, qui va symboliser à perfection ce thème – ce Petit Traité (non exhaustif) des Bonnes Manières Gay.

Et qui mieux que moi, jeune homme élevé par un Père légèrement maniaque et un tantinet psychorigide et une Mère soucieuse au plus haut point de l’étiquette et des convenances pour, comme Nadine (non pas celle à qui on pourrait dédicacer la Station de Métro « Poissonnière ») mais plutôt comme Nadine La Baronne, vous livrer quelques petites règles de conduite et de bonnes manières spécialement formulées pour notre communauté.

 

Les spécialistes des règles de politesse mondaine sont souvent gays. Un certain penchant pour l’apparât sans doute. Pourtant la politesse chez les gays n’est pas la chose la mieux partagée.

C’est encore plus probant lors des rencontres virtuelles. L’écran a dissout certaines règles de bienséance.  On ne peut pas perdre la face online, surtout lorsqu’on ne la montre pas….

 

DANS LA MATRICE

 

Répondre à un premier message en ligne

 

Il est hélas regrettable de constater souvent l’absence de réponse au premier message. Cette attitude est devenue un principe érigé en mode de fonctionnement (Pas de réponse = pas intéressé).

Répondez simplement par « Merci. Pas intéressé ». Certains sites proposent même d’envoyer des messages prédéfinis. Cela ne mange pas de pain et aura l’avantage de permettre à celui qui vous a abordé de passer sainement à un autre profil. Dans la vie, on ne peut détourner la tête lorsqu’on vous dit bonjour…

 

Vous pouvez cependant faire exception dans plusieurs cas :

L’expéditeur a un profil sans photo alors que vous vous affichez clairement

L’expéditeur n’a manifestement pas lu votre profil qui détaille vos attentes. Vous recherchez par exemple une relation et il vous gratifie de son sexe turgescent en photo plein écran en guise de bonjour. Une pratique qui à la rigueur sied à un samedi soir passé minuit...parce que si vous êtes en ligne à cette heure-là, et ce soir-là, ce n’est pas pour conter fleurette…ne niez pas !

L’expéditeur est fâché avec l’orthographe (rédhibitoire) ou carrément vulgaire

 

Recevoir un plan cul

Et bien déjà ouvrez lui et n’éteignez pas votre téléphone car vous avez sournoisement guetté son arrivée à votre fenêtre afin de vous assurer de la qualité de son physique. Vous l’avez fait venir et même s’il ne vous intéressait plus une fois-là il serait malvenu de le laisser mourir de froid sur le palier tentant désespérément de vous joindre. Assumez, quitte à lui dire, une fois réchauffé chez vous qu’il ne fera pas l’affaire.

Mis à part ces situations ubuesques donc, accueillez votre hôte avec cordialité (bon, je n’ai pas dit non plus de parler de vos enfances respectives et d’ouvrir une bouteille de Mumm) et proposez-lui quelque chose à boire. Après une courte conversation de courtoisie, vous pouvez lui proposer de se mettre plus à l’aise sans tarder dans votre chambre ou sur le canapé à votre convenance.  S’il vous embrasse ou vous met la main à des endroits intimes, perdez toute notion de bienséance dans l’instant. Elle ne vous sera d’aucune utilité…

A la fin de l’entrevue, proposez l’usage de la salle de bain. Un ou deux mots de remerciements sur la performance seront bienvenus.

« Merci c’était sympa » = merci mais on ne se reverra pas

« Merci c’était vraiment super » = merci, on se reverra peut être

« Merci ! Ouah tu es vraiment doué, j’ai adoré » = on se revoit quand ?

« …Pff… Ha… Ha…Pff… » (voix haletante) = épouses moi !

Si vous vous n’êtes pas présenté en bonne et due forme, c’est le moment de le faire. Vous pouvez donner votre vrai prénom ou votre nom de « scène » à votre guise selon votre appréciation de la rencontre.

Si vous avez envie de revoir la personne, il est de bon ton d’envoyer un SMS sur le chemin du retour.

Si c’est un plan direct-direct, les bonnes manières ne sont pas recommandées voire fortement déconseillées…

 

Participer à une partouze (bon j’anticipe, je ne parle PAS en connaissance de cause – je me suis renseigné c’est tout !)

Être en tenue d’Adam requiert justement une certaine aisance lorsqu’on se « présente ». Autant un contact corporel immédiat n’est pas du meilleur effet en société mais dans ce genre de situation il est fortement recommandé. Présentez-vous aussi avec assurance même si vous êtes dans une position corporelle assez offerte. Point n’est besoin de cartes de visite, de toute façon vous n’avez aucun endroit pour les ranger ! (j’ai bien pensé à un endroit mais pour cela il faudrait avoir un postérieur éminemment musclé)

 

Recroiser un plan cul par hasard

Avoir rencontré bibliquement une personne ne signifie pas que vous êtes vraiment intimes. Cependant si vous recroisez un ancien plan cul, il est quand même apprécié de montrer que vous reconnaissez la personne. Point n’est besoin de se faire la bise : un léger mouvement de tête voire un vague salut sonore fera très bien l’affaire.  Ceci dit ne vous attardez pas, vous ne sauriez quoi lui dire…

Dans un night-club un simple clin d’œil tout en continuant de mordiller la paille de votre Cosmopolitan suffira aussi amplement.

Si la personne vous a harcelé, ignorez-la vraiment par contre. Vous lui redonneriez un espoir.

Si vous comprenez subitement pourquoi la personne ne pouvait recevoir… elle vous sera fortement reconnaissante de l’ignorer complètement ! Si, si, ne cherchez pas à comprendre.

Parfois il semble aussi qu’on vous reconnaisse mais ce n’est pas réciproque… Le visage ne vous dit rien… C’est peut être que la dernière fois que vous aviez vu cet individu vous n’aviez pas vraiment les yeux sur son visage... Comme dit Madonna « Yeah I guess I just don’t recognize you with your clothes on. »

Souriez franchement mais zappez vite ! Ou faites semblant de reconnaître quelqu’un d’autre à l’autre bout de la salle.

Bref, ne faites pas comme moi, qui, il y’a quelques mois, tombait nez à nez avec une ex désastreuse aventure dans ma rue. Sous le coup de la surprise, je n’ai pu que balbutier un « euh, je vais sur les Champs, je suis très pressé. Navré ». Grosse erreur de débutant … « Ah tiens ! Belle coïncidence, je vais sur les Champs aussi ! Allons-y ». Faux – je n’allais pas sur les Champs, je me dirigeais vers mon Boulanger à une dizaine de mètres de là. 45 minutes de métro furent nécessaires pour faire l’aller – retour inutile et préserver le peu de dignité qu’il me restait. Bref, cela ne paye pas.

 

HORS DE LA MATRICE

 

Proposer une rencontre plus sérieuse

Le bon sens voudrait que vous évitiez de proposer des lieux de rencontres à forte connotation même si je ne doute pas que le Bar de la Fistinière ou du Dépôt peuvent être sympathiques pour d’autres occasions.

La bienséance voudrait aussi que vous n’arriviez pas en retard. Si vous êtes ce type de garçon, qui, comme moi passez plus de temps à vous habiller qu’à vous alimenter et qui êtes systématiquement en retard car vous hésitiez entre un trench coat kaki ou beige pour votre rencontre, alors organisez-vous et préparez tout cela la veille si nécessaire. Par ailleurs, je reste convaincu qu’un retard est une très mauvaise entrée en matière.

Vous êtes dans un lieu de restauration et l’addition arrive - hypothèse 1 : vous êtes d’une galanterie sans limites et vous insistez pour régler la totalité (il est de bon ton que l’invité fasse mine de vouloir régler aussi ou alors remercie à charge de revanche ou encore laisse au moins un pourboire).Hypothèse 2 : vous décidez de faire « moitié-moitié » mais c’est moins romanesque. Hypothèse 3 : vous prétextez une envie pressante et fuyez les lieux par la porte de service (c’est très très très vilain et je ne suis pas du tout content de votre conduite).

Vous êtes invité à domicile : on n’arrive pas les mains vides et c’est malheureusement assez commun. Ce n’est que de la logique : votre hôte a surement passé de longues heures à vous concocter de délicieux mets (ou est passé chez Picard deux heures avant) et le corollaire est que vous devez participer à l’effort commun. Une vinasse dégotée chez Monoprix, un dessert ou des fleurs ce n’est pas bien compliqué.

Vous n’avez d’autre solution que de poser un lapin à votre rendez-vous ?  Premier réflexe : couvrir de sms d’excuses la personne lésée et lui fournir un minimum de justifications pertinentes (non le décès du poisson rouge de l’arrière grand tante de la nièce de votre marraine qui est morte d’une tourista en accouchant de triplés n’est pas une excuse pertinente) et proposer une nouvelle date de rendez-vous en s’assurant au préalable de pouvoir la tenir.

 

Tenir la rencontre

Vous avez prévu d’offrir des cadeaux ? (à proscrire pour une toute première rencontre). Nadine est beaucoup plus éloquente que moi sur ce point : « Ni trop chers, ni trop bon marché, ils doivent toujours correspondre au niveau de l'intimité que vous avez envers la personne que vous souhaitez combler. Préférez les standards que les cadeaux trop originaux quand vous ne connaissez pas les goûts de votre partenaire. On évite d'offrir un parfum au hasard... ».

Bien évidemment, cela se suppute, on évite de parler de ses exs, aventures désastreuses, plans d’un soir et autres joyeusetés. On évite également de monopoliser la parole et on pose des questions (cela prouve un certain intérêt pour la personne en face).

Twitter, Foursquare, Facebook, Grindr, Scruf, Hornet et autres chronophages sont à proscrire. Vos charmantes applis pourront bien se passer de vous pendant quelques heures. Il n’y a rien de plus désagréable que de parler à une personne éblouie par le rétroéclairage de son smartphone.

A suivre…   Retrouvez moi sur Twitter ICI ou écrivez moi à doriangayparis@gmail.com

How-To-Be-A-Gentleman-Promo-Saison1-2

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Amour, Botox et Date de Péremption

Publié le par Dorian Gay

Amour, Botox et Date de Péremption

C’est samedi – et les samedis à HEC sont les choses les plus inintéressantes et ennuyeuses qui soient. C’est le jour généralement choisi par tous les conférenciers sadiques et overbookés en semaine, pour vous abreuver de leur savoir et des péripéties de leurs trépidantes vies mondaines, des premières lueurs du matin jusqu’au crépuscule.

Bref, ces jours où vous vous mettez – grincheux - au fond de la salle pour lire un GQ, boire votre thé et faire acte de présence, votre montre bien en évidence sur votre table et vos soupirs ponctuant les silences de l’intervenant.

L’intervenant de ce samedi-là précisément avait décidé de nous parler d’âge. Et il avait structuré les différentes périodes de vie en trois étapes : la découverte, l’assise, le déclin… à partir de 50 ans…

Si il y’a une affirmation aussi indéniable que « Rita Ora est une fausse blonde » et que « Michael Jackson avait un nez refait », c’est que nous sommes tous des petits grains de sable dans le sablier du temps ; tous les « jeunes » et les « vieux » de quelqu’un. Je n’entame qu’à peine mes 21 printemps mais cela ne m’a pas empêché de très tôt me pencher sur cette problématique existentielle. En matière d’amour, qui ne sait jamais retrouvé devant les préjugés qui suivent ?

Stéréotype 1 – Anna Nicole Smith : Vous êtes jeune et vous avez des amants beaucoup plus âgés ? Vous êtes donc tout naturellement un garçon vénal et vous trépignez d’impatience que la loi sur le mariage pour tous soit promulguée pour officialiser une union avec un sexagénaire de bonne fortune, que vous pousserez dans les escaliers deux mois après (si vous avez besoin d'un Avocat - je peux vous emailer ma carte).

Stéréotype 2 – Madonna : Vous êtes moins jeune et vous préférez les garçons qui ont moins de la moitié de votre propre âge ? (au maximum cela se suppute bien). Alors vous êtes un pervers narcissique qui vit de valorisations

Stéréotype 3 – Ashton Kutcher : Vous êtes jeune et vous en entichez de personnes plus âgées ? Alors vous êtes un pauvre garçon en manque de repères paternels/maternels et d’autorité et vous cherchez un parent de substitution (le sexe en plus).

Stéréotype 4 – Sharon Stone : Vous êtes moins jeune et vous traînez avec des beaucoup plus jeunes que vous ? Vous êtes sans doute coincés dans une faille spatio-temporelle vous faisant vivre dans l’illusion précaire d’être un éternel jeune – ayant oublié que « Forever Young » était juste un titre de chanson et que le vocabulaire teenager doit être à un moment oublié. N’ayez pas le seum, c’est la vie.

Voilà tant de préjugés auxquels peu de nous échappent, aussi bien homos qu’hétéros ; Même si nous, Homos, avons, et cela est indéniable, un rapport encore plus transcendant avec nos dates de naissance respectives, cultivant depuis toujours un culte (irraisonné ?) de la jeunesse.

L’Age de la (dé)raison

On associe souvent dans notre société l'amour et le sexe à la jeunesse. Il me semble que c'est encore plus vrai dans la communauté homosexuelle, où le culte de la jeunesse est exacerbé, où nous semblons tous porter sur nos nuques un code-barres et une date de péremption, où l’âge d’or dure 5 ans (20-25 ans) et où après la trentaine l’on est considéré comme un fossile de l’ancienne génération.

C’est tout en cas ce que l’on m’a toujours dit : « Dorian, profites de ta jeunesse, tu as la vingtaine, bientôt ce sera fini », supputant alors que je devais entamer ma vie professionnelle-trouver l’homme de la vie – acheter un Golden Retriever – faire le tour du monde en Smart et lancer une procédure d’adoption avant mes 25 ans, sinon j’étais foutu.

Si l’espérance de vie ne fait que croitre et que nous vivrons tous jusqu’à 81 ans en moyenne, il faudrait bien penser à combler ces 74 années qui d’après les légendes ne seraient que désolation, déambulateur, nostalgie et regrets.

Vous auriez donc bien compris que je prône une tolérance quant à ce chiffre qui, j’estime, est fondamentalement subjectif et reste profondément convaincu que l’on peut offrir à n’importe quel âge de vie, une vraie richesse à qui on côtoie. Ce sera peut-être à 20 ans, une certaine fraicheur et une certaine fougue, mais ça pourrait être également quelques décennies plus tard, une belle maturité, une sublime personnalité et un corps qu’on apprend à regarder sous d’autres angles moins stéréotypants.

Bien sûr, ce sont des généralités et chaque couple vit cette situation différemment, mais la plupart des couples avec différence d'âge que je côtoie vous diront qu'ils s'aiment comme un couple « normal », mais avec un petit plus ! La différence est une richesse, un nouveau regard sur soi, sur la vie et l'amour.

Certes, je ne sais pas (encore) comme mon ami Emilien, 27 ans, ce que cela fait lorsqu’un garçon de 22 ans vous oppose dans un rire moqueur vos 5 années de plus, ou comme Charles cet autre ami, qui a l’aube de ses 28 printemps, commence déjà à réduire son âge sur le net, mais je sais ce que cela fait… en situation inverse.

Ceux qui me suivent depuis le début doivent savoir que je suis ce qu’on appelle communément (et poliment) un précoce (non ce n’est pas contagieux je vous rassure). Précocité rimant avec classes sautées, quatre en ce qui me concerne, j’ai toujours fréquenté et été entouré de personnes plus âgées que moi – créant un réel décalage entre mes aspirations, mes doutes, ma psyché et ceux d’un jeune homme de la même tranche de vie que moi. Mon cas particulier me permet d’avoir un regard intéressant sur l’âge et la notion même de « vie de l’âge ».

Comme tout le monde, je trouverais le corps lustré et fougueux d’un jeune éphèbe, particulièrement exquis. Mais, peut-être moins comme tout le monde, je trouverais le manque de maturité rédhibitoire et le charisme lié à l’âge attirant. Je suis le stéréotype parfait du type de garçon qui estime que Denzel Washington ou Noé Duchaufour Lawrence se bonifient au fil du temps. Lorsque j’en parle avec mon entourage ou quand il m’arrive de lire assez aléatoirement les profils de présentation sur les sites de rencontres, indiquant des recherches comprises entre des fourchettes d’âge très limitatives, j’ai pleine conscience du côté peu commun de la chose.

Cougars et Subjectivité

Je prône d’autant plus la tolérance au vu de ces mascarades aujourd’hui bien habituelles. Ces « coupeurs d’âge » qui s’offrent un lifting numérique en réduisant leur âge ‘’public’’ d’une bonne décennie et en partageant photos de leur feue jeunesse. Non, je ne cautionne pas cette pratique très répandue et que je trouve teintée d’un peu de malhonnêteté, mais rien de bien méchant. Mais oui, inversement, elle me permet de prouver objectivement que dans bien des cas, ces « petits mensonges » sont payants et que peu de gens vont outre les chiffres pour entrevoir la personne qui se cache derrière. Vous prenez deux profils identiques, étoffés des mêmes informations et des mêmes photos l’un tronqué de quelques années de vie, je vous laisse deviner lequel aura plus de succès.

Subjectivité donc quand tu nous tiens.

A 21 ans, je suis donc pour l’instant dans le « bon » versant du sablier – et oui, cela est surement très plaisant - mais cela ne m’empêche pas non plus de garder un regard peut être encore teinté de conservatisme et de logique biologique et sociétale.

Le Young Boy Toy je veux bien, le pseudo-fils-amant non

Et c’est là malheureusement l’extrême de la problématique. Au temps pour moi, une certaine différence d’âge peut être source de richesses (non, petits vénaux, pas ce type de richesses là), au temps l’on ne peut occulter le sens commun et d’autres sous-problématiques.

Quel avenir donner à une relation entre deux êtres séparés par 40 ans de brides de vie ? (déjà vu) Comment vivre la vieillesse de l’autre ? Les dissensions financières ? Avec l’ouverture (prochaine ?) de l’adoption à tous, d’autres problématiques se rajoutent : Le conjoint en a-t-il déjà eu ? En voudra-t-il de nouveau ?

Vous comprendrez alors que je puisse rester dubitatif et perplexe, voire légèrement choqué quand je lis (à la pelle) des « Mâle 63 ans, cherche minet entre 18 et 24 ans » ou des « Daddy sexagénaire cherche relation durable avec jeune homme de 18 à 30 ans ». Il reste à mon sens nécessaire d’appliquer une certaine proportionnalité.

Résultat des courses ? Aucune réponse, juste des axes de réflexion

Les pro-tolérance

- Une manière d'apporter à l'autre ce qu'il ne possède pas : Si cela fonctionne entre eux, c'est peut-être parce que ce type de couple s'équilibre. Le plus « ancien » amène sa philosophie de la vie, son expérience, sa capacité à résister aux aléas du quotidien quand le plus jeune fait souffler un vent de fraîcheur... Mais cela peut aussi bien être l'inverse car on peut être très fantaisiste à 50 ans et déjà très assagi(e) à 25 ou 30 ans.

- La sensation de vivre plus intensément: Quand on sait qu'on n'a pas, du fait de notre écart d'âge, un siècle à vivre ensemble, on profite à fond du temps qui nous est accordé. Et on se laisse moins facilement polluer par les petites disputes sans importance.

- Un apprentissage de la tolérance : Former un couple qui n'est pas classique permet d'ouvrir l'esprit. Parce qu'on est « différent », on accepte mieux ceux qui le sont aussi. On devient moins sectaire envers les autres, notamment par rapport aux personnes qui ont un mode de vie au nôtre.

Moins de peur devant l'engagement : Si les jouvenceaux (et jouvencelles) tremblent d'effroi devant la simple évocation du mot mariage, ce ne sera pas forcément le cas avec quelqu'un qui a déjà de la route. Lui ou elle sera moins réfractaire sur ce style de question.

Les contre-tolérance

- L'écueil du père ou de la mère de substitution

- Le regard de l'extérieur qui ne nous épargne pas : Même si on se sent bien ensemble et que l'écart d'âge ne pose de problème ni à l'un à l'autre, il faut être capable d'être affronter les nombreuses remarques de nos entourages, les « Tu dragues à la sortie des écoles, maintenant ? » « Tu es venu nous présenter ton fils ? » et autres répliques perfides !

- Un décalage dans la manière d'appréhender la vie et l'avenir : Pas toujours facile d'accorder ses violons quand l'un a grandi au son des Beatles et des Rolling Stones et l'autre a été bercé(e) par les 2Be3 et les Worlds Apart... Et on peut aussi, à l'intérieur du couple, ne pas être synchrone sur certaines choses.

Petit mot de fin

Finalement, afin de reprendre un peu de hauteur, je pense que cette question d’acceptation du temps qui passe et d’âge en matière sentimentale est avant tout une question de « bien-être dans sa peau ». Ce bien être qui ne saurait être assuré par de longues heures en salle de sport, par les meilleures injections de botox, et par la meilleure teinture pour cheveux grisonnants.

Retrouvez moi sur Twitter ICI ou écrivez moi à doriangayparis@gmail.com

J’ai trouvé un petit court métrage d’Alexis Van Stratum de 5 minutes sympatoche traitant de la peur de vieillir – gays, c’est ICI

Alexis Van Stratum

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Le Moment "D" : Jouons au Lovegame

Publié le par Dorian Gay

Le Moment "D" : Jouons au Lovegame

Oh la vie … (soupirs)

Alanis Morissette chantait : « Eh bien, la vie a une drôle de façon de te prendre par surprise. Quand tu crois que tout va bien et va dans le bon sens, la vie a une drôle de manière de t’aider »

Cette vie qui vous fait gagner au loto la veille de votre mort

Cette vie qui laisse tomber une mouche dans votre Chardonnay

Cette vie qui place devant vous un embouteillage alors que vous êtes déjà en retard

Cette vie qui vous fait rencontrer l’homme de vos rêves… puis sa ravissante femme plus tard

Cette vie qui offre une grâce à un condamné à mort deux minutes trop tard.

Cette vie où un pigeon se soulage au-dessus de votre tête ou de votre costume trois pièces alors que vous vous rendez à un entretien d’embauche.

Cette vie où vous trouvez cent cuillères dans les placards de la cuisine alors que tout ce dont vous avez besoin est une satanée fourchette.

Bref cette vie pleine d’ironie ne pensez-vous pas ?

L’examen minutieux de cette ironie ainsi que mes profondes réflexions philosophiques et métaphysiques entre deux épisodes « culturisants » de Jersey Shore m’ont amené à mettre le doigt sur quelque chose de crucial et de décisif en matière de rencontres et que je vais appeler paternellement le Moment “D” (”D”pour Dorian et “D” pour Décisif). Je pense d’ailleurs sérieusement à faire breveter ma trouvaille, fruit d’un dur labeur intellectuel et de quelques verres de vins.

Qu’est-ce que c’est le Moment “D” ?

C’est ce moment décisif, cette fraction du temps déterminante où se détermine l’avenir d’une rencontre. Vous ne voyez toujours pas ? Froncez les sourcils ça aide. C’est cette fameuse seconde où on décide de répondre ou non à un garçon qui nous aborde sur Grindr ou sur un site de rencontre. C’est cette fameuse minute où on décide ou non d’envoyer un sms pour proposer ou accepter une rencontre. C’est cette milliseconde où l’on décide ou non d’aborder le garçon qui nous jette des regards plein d’envie et de timidité alors qu’on voit bien qu’il s’apprête à descendre à la prochaine station de métro. C’est une autre fameuse minute où après avoir passé la nuit ensemble où l’un décide de relancer l’autre le lendemain par sms… ou pas…

Bref, toutes ces secondes, ces minutes, ces heures où se détermine souvent de façon totalement imprévisible et spontanée, comme au loto, l’avenir d’une rencontre.

Le moment “D” est particulièrement identifiable à 3 stades d’une rencontre : le contact – la rencontre – le post – rencontre.

Le contact initial : vous êtes sur Grindr, un profil potentiellement intéressant apparaît sur votre radar, vous savez pertinemment que vous n’avez que quelques minutes pour prendre contact car les aléas de la géolocalisation Grindr auront très vite fait de le faire à nouveau disparaître, peut-être à jamais. Vous êtes à une fête, un garçon tout à votre goût vous fait de l’œil, vous êtes rongés par la timidité ou un orgueil trop vif, la soirée se termine dans 20 minutes et vous ne savez rien de lui ou avez attendu passivement que ce soit lui qui fasse le premier pas et concrétise cet intérêt que vous semblez avoir l’un pour l’autre. Vous recevez un message sur un site de rencontre d’un profil banal qui vous aborde d’un simple et lancinant « salut », vous êtes partagés entre la curiosité de savoir si quelqu’un de potentiellement intéressant se cache derrière cette maigre salutation ou la peur de perdre votre temps.

Voilà autant de cas où nous nous retrouverons tous devant des moments “D” appelant à notre intuition et où nos actions ou inactions déterminent la fécondité d’un regard insistant, d’un message, d’un sourire…

La rencontre : Vous avez passé le cap du premier Moment “D” – Bravo ! Vous pensez avoir mis votre coup de cœur dans la poche ? Come on, si c’était aussi facile je n’écrirais pas ces articles sur mon divan qui grince et un pot de glace à la main, je serais déjà à West Hollywood, dans un hamac et dans les bras de Matt Bomer (qui a déjà répondu à un de mes tweets – grand moment de gloire et de séduction geek style). Bref, la route est encore longue avant la Mairie, le powerpoint pourri et le riz à la gueule. Il vous faudra encore passer cet instant crucial qu’est le second moment “D” inhérent au premier rendez – vous.

En effet, avoir décroché un contact, un sourire, un message, et y avoir donné suite ne vous garantit en rien que vous ayez le loisir de converser avec votre flirt autour d’un verre de vin et d’une côtelette de porc. Encore faut-il que l’un de vous ai l’initiative de proposer une ‘’vraie’’ rencontre, un vrai rendez-vous galant. Et là, croyez-moi ce n’est pas gagné. Entre ceux qui prolongent indéfiniment un face à face, ceux qui ne sont jamais disponibles, ceux qui vous proposent de converser via MSN, Skype et compagnie (très mauvais plan) afin « de mieux se connaître avant la rencontre » et qui ne resteront à jamais que des images pixélisées sur votre écran, ceux qui relâchent le lien et donc l’intérêt au fil du temps, ceux qui disparaissent comme ils sont apparus, c’est-à-dire de façon soudaine, sont tout autant de cas où l’on se retrouve victimes de cruels moments “D”.

Le post – rencontre : Vous avez à la sueur de vos doigts qui ont frénétiquement appuyé sur votre clavier d’ordinateur ou sur votre smartphone pendant des jours, décroché une vraie rencontre avec votre flirt rencontré et approché dans le métro – vous êtes un héros de l’amour des temps modernes (le slip en lycra en moins). Vous avez donc dégusté vos rognons de veau l’un en face de l’autre, parlé de vos vies respectives et des poissons rouges que vous avez eu pendant votre enfance, vous avez même surement couché ensemble (sauf si vous faites partie de la fameuse Ligue des Mecs qui ne Couchent Pas At The First Date – LMCPATFD) et vous vous retrouvez le lendemain devant ce moment que nous connaissons tous.

Oui, ce fameux lendemain où l’on ronge d’envie de reprendre contact pour proposer une seconde rencontre mais où notre orgueil, notre égo ou notre timidité nous glisse à l’oreille que « de toute façon si il a apprécié le moment il fera signe de son propre gré » ; Oui ce fameux lendemain où l’on devient des ados prébubères qui téléphonent à leurs amis et qui les assènent de “tu penses que je devrais le rappeller ou pas??”, ou d’un “Oh il m’a juste répondu un simple – merci pour la soirée – il a pas aimé c’est sûr – je veux me suicider au Vicks!”.

Oui ce fameux moment où l’on se retrouve entre deux confluents : celui de l’envie et celui de la peur de la vulnérabilité, Oui ce troisième et ultime vicieux moment “D”. Vicieux pourquoi ? Parce que c’est celui qui fait le plus de victimes et c’est la phase où ressurgissent nos vieux démons. L’on renvoie la charge de la reprise de contact à l’autre en oubliant… que lui-même, dans la plupart des cas… opère ce même renvoi et le résultat est sans équivoque : deux garçons qui s’apprécient, qui ont eu un premier contact (moment “D” 1), puis une première rencontre (moment “D” 2) et qui de façon totalement stupide vont attendre passivement relance l’un de l’autre ; relance qui, dans bien des cas va être émise trop tard car les premières flammes se seront éteintes par dépit. C’est ça le lovegame.

Vous savez, je vous dis ça aujourd’hui avec un certain recul mais il n’y a meilleur (mauvais) exemple que moi dans tout Paris, que dis-je, dans toute la France de l’Univers Mondial pour illustrer ces moments “D”.

Oui, je ne prends jamais contact de prime abord ; « Jamais » n’est pas une hyperbole. Si, si je vous assure. J’ai beau traîner sur tous les sites de rencontre depuis l’âge de pierre d’internet, je n’ai jamais pris l’initiative d’aborder des profils qui m’attiraient, victime de cet égo ou de cette peur … disons le franchement… de se prendre un râteau. Oui donc, en matière de rencontres, il y’a des chasseurs qui vont en quête, une carabine à l’épaule, moi je suis un pêcheur … qui attend… comme un idiot certes… mais qui attend.

L’avantage de cette méthode est évident : aucun râteau et boost de l’égo garantis. Le désavantage est tout aussi évident : l’on passe à côté de belles occasions car on oublie aussi que certaines personnes préfèrent la canne à la pêche à la carabine, tout comme nous. Si donc, déjà, derrière la sécurité de mon écran d’ordinateur je n’ai pas le courage de prendre des initiatives, imaginez-vous donc un peu l’état de stase dans lequel je plonge lorsque je suis l’objet de regards insistants dans les transports ou en société.

Je suis aussi toujours celui-là, lorsqu’un poisson mord à l’hameçon qui ne donne jamais l’impulsion d’une rencontre, toujours rongé par l’égo, la peur de déplaire, ou finalement même de plaire.

Et encore ce même-là qui après une première rencontre des plus prometteuses… attend bêtement et naïvement relance et à qui il ne reste que l’humour ou ce blog pour partager avec ironie ces sms que l’on reçoit souvent bien trop tard…

Finalement c’est cela le lovegame, le loto des rencontres, on tire de temps en temps les bons numéros, mais on perd si souvent le ticket gagnant, mais encore faut-il accepter de rentrer dans le jeu et d’en assumer les aléas…

Retrouvez moi sur Twitter ICI (rassurez vous je ne tweete pas tous les jours sur Matt Bomer.. ou presque) ou écrivez moi à doriangayparis@gmail.com

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Le garçon aux carrés de soie

Publié le par Dorian Gay

Le garçon aux carrés de soie

Il y’a quelques jours je vous postais un article sur le Multidating et j’y retranscrivais de façon assez crue, décomplexée voire choquante, une facette de ma personnalité ; Une petite mise en exergue de mon rapport aux autres en matière de rencontres. J’étais chez moi, assis sur mon bureau, les yeux rivés sur l’écran, les doigts immobiles sur le clavier, deux Thés Noirs d’Assam fumant sur la table. Je relisais avec une voix murmurante encore une dernière fois ce que j’allais vous livrer – je cliquais sur le bouton marquant la publication du billet – je reposais mon dos sur le dossier de mon siège et pris une gorgée de thé comme ultime récompense – pencha ma tête vers Thomas qui me regardait et qui était resté silencieux pendant toute mon introspection, silence lourd presque solennel. Thomas est ce bon ami Anglais, charmant jeune homme, Parisien depuis un an, avec lequel je passe beaucoup et temps et qui à nos heures perdues me sert de confident – Le reste du temps, on parle en Anglais, on fait les courses ensemble au temple de la malbouffe Anglaise – Mark & Spencer, et on écume les parfumeries : oui Thomas est multitâche et multifonction.

- « Penses-tu que je sois une mauvaise personne mon petit Tom ? Suis-je excessif ? 7 amants c’est peut-être trop non ? Enfin… sûrement… Mais bon… »

- « Tu es une tortue Dorian»

- « Hein ? »

- « Non, je ne crois pas que tu sois une mauvaise personne, loin de là. Tu es juste toi. Totalement toi. Parfaitement toi – un écorché vif qui se cache, tremblotant sous sa carapace d’acier »

« … » Je reportais la tasse à mes lèvres mais je n’eus aucun reflexe d’ingurgitation. Il avait raison ce con. J’ai peur de tout, de rien, de tout et rien à la fois : peur du vide, peur de la solitude, peur du mensonge, peur des lézards, peur de la douleur, peur des crapauds, peur des microbes, peur des autres, peur de l’imprévisible, peur de l’avenir, peur des rats, peur du travail mal fait, peur des reproches, peur de la ruine, peur de la crise, peur des ruelles mal éclairées, peur, peur, peur…

Quand on est bambin et qu’on a peur, on trouve toujours des solutions : papa nous lit des histoires où la méchante sorcière meurt dans d’atroces souffrances, torturée à la lame de rasoir, défigurée à l’acide et brûlée au Karcher - maman laisse la porte de la chambrette entrouverte et la veilleuse allumée - on nous offre des doudous pour nous réconforter, nous consoler, nous protéger.

Quand on est plus grand, on a toujours des doudous qui nous rendent plus forts, mais ils prennent juste d’autres formes qu’un ours en peluche borgne ou qu’une couverture tâchée et effilochée. Entre ceux qui se sentent impuissants lorsqu’ils n’arborent pas des signes de luxure comme une Rolex ou une Jaeger Lecoultre au poignet, ceux qui se sentent insignifiants lorsqu’ils n’arborent pas une présentation irréprochable en public, toujours tirés à quatre épingles, ceux qui se camouflent derrière leur savoir et leur culture, et ceux… et ceux… et ceux….

Bref, on a beau être adultes, être de grandes personnes, nous avons toujours peur et nous avons tous ces petits doudous, parfois virtuels et abstraits, souvent concrets, qui, plus ou moins inconsciemment nous imperméabilisent contre de vilains monstres.

Mon doudou à moi ? Ce sont les foulards. Ça pourrait être ma bague à l’annulaire gauche que je n’arrive pas à enlever depuis des années ou ce baume à lèvres à base de Karité que j’ai toujours systématiquement dans la poche droite de mon trench, ça pourrait être mon look en général qui me donne en soi pas mal d’assurance, mais ça sera mes foulards. C’est comme ça et pis c’est tout.

Quand j’étais jeune, mon père était souvent absent – absent à cause de son travail qui avait fait de lui un parfait globe-trotter. C’est un homme fort élégant qui a toujours fait attention à chaque détail de son style vestimentaire. Il ne m’a jamais dit expressément qu’il m’aimait – je ne lui ai jamais dit en retour mais je le sais. Il le sait. Nous le savons. Se sentant coupable après chaque voyage, il m’offrait quelque chose, un présent souvent de mon choix et cela était devenu à force une tradition familiale, paternelle du moins. Je lui demandais toujours la même chose – ces mêmes beaux carrés en soie qu’arboraient au cou, dans les cheveux ou autour de la ceinture, les belles femmes blondes, grandes et bien parfumées que je voyais au Club House ou aux cours de Golf le dimanche. J’adorais les porter en nœud – scout autour du cou. Les garçons trouvaient cela bizarre. Les filles en étaient jalouses. Je me trouvais beau. Ces 90 cm * 90 cm autour du cou n’étaient pas juste une découpe de soie, c’était le signe de mon affirmation, de ma différence, du « je t’aime » que je n’ai jamais entendu, c’était ma force.

Les monstres que j’ai combattu avec mes carrés de soie en guise de glaive ne sont plus les mêmes. Ils sont devenus plus insidieux, plus malins, plus fourbes, ils ont muté, ils m’ont infecté.

L’un que j’ai traqué au fil des années et que j’ai (presque) réussi à exorciser s’appelle « Manque de confiance en soi ». Nous le surnommerons MCS. Les gens qui me connaissent disent unanimement de moi que je semble avoir du charisme, un fort caractère, un certain égo et transpirer la confiance en moi… Les gens qui disent cela ne m’ont toujours vu avec un foulard autour du cou et aucun d’eux ne s’est jamais essayé à le défaire. S’ils l’avaient fait, ils auraient coupé la tignasse de Samson. L’esbroufe est trompeuse, la vanité vaine, la verve traître : je n’aime pas ma peau si délicate et capricieuse, je déteste ma modeste taille (1m75), j’exècre tellement parfois ce corps que certains disent pourtant aimer, car il paraitrait qu’en dépit de tout que je plais et que je charme – c’est la légende qui le dit. Je ne me trouve pas drôle. J’ai beau être précoce, je trouve mon intellect quelconque. Je me trouve sans intérêt, sans plus-value, originalité, singularité, telle un énième grain de sable d’Olonne. Mais pourtant… mais pourtant… mon doudou m’a permis jusqu’à ce jour de continuer à entretenir cette belle mascarade – j’enroule un de mes carrés autour du cou le matin – je me parfume – m’observe 17 fois dans la glace - mon armure de platine m’enveloppe et je deviens ce Dorian sans faille.

L’autre monstre dont je poursuis la traque se nomme « Tour de Babel », nous le surnommerons "TDB" et il apprécie particulièrement s’immiscer dans mes rencontres et mes histoires de cœurs (et de coups de reins), ces histoires comme toutes ces autres histoires quelconques, ces histoires comme les vôtres, ces histoires que vous ne trouverez pas dans les romans d’Alexandre Jardin ou de Frédéric Begbeider. Ces garçons qui échangent par écrans interposés, qui se font rire, qui se souhaitent bonne nuit, qui se rencontrent autour d’un thé, qui se regardent, qui se frôlent, qui se sentent, qui s’apprécient, qui font l’amour en refaisant le monde et inversement, qui s’embrassent dans le cou, ces garçons qui se voient et se revoient … jusqu’ à ce que la Tour de Babel écrase de son poids celui de ces deux garçons qui aiment les carrés de soie. Elle le séduit, elle lui ment, elle l’embourbe, lui dit que de toute façon cela finira comme d’habitude : qu’il s’attachera, qu’il tombera peut être même amoureux et que c’est là que le garçon qui aimait moins les carrés de soie, profitant de ce moment de faiblesse, le quittera. Le garçon aux foulards, défaitiste par anticipation teintera la relation de mélancolie – rendant son acolyte tout aussi triste – tristesse répulsive. Comme d’habitude donc, le garçon aux foulards, ressortira de son écrin orange au cheval volant, un doudou qui voudra bien le réchauffer pendant qu’il marchera dans Paris, Barbara dans les oreilles – Comme d’habitude ce doudou salvateur, mouillé et vicié sera teinté de mauvais souvenirs et le garçon aux foulards s’offrir, comme un grand, un énième doudou, plus neutre, sentant bon le neuf. Il trouve juste qu’il a beaucoup trop de doudous maintenant. Son Banquier trouve aussi...

Thomas l’Anglais avait donc parfaitement raison : j’ai peur de la douleur – peur de la déconfiture. J’ai érigé autour de moi des murailles qui au fil du temps, au fil des nouveaux carrés de soie, se sont fortifiées, épaissies, au point où personne ne peut plus y grimper. Certains ont bien essayé d’en effriter les parois mais ils s’en sont arraché les ongles. D’autres encore ont essayé de s’autocatapulter mais ils ont atterri dans les douves. D’autres encore ont tenté la dynamite – inefficace.

Les foulards ne peuvent continuer à être mes béquilles. Il faut bien qu’un jour je songe à ranger mes doudous tout doux, en espérant que pendant ce temps le premier monstre sera définitivement vaincu et que le second sera combattu par un valeureux imprudent qui saura faire preuve d’ingéniosité et de perspicacité. Celui là qui verra mon cou nu, sans artifice, sans protection, sans enveloppe. Thomas avait donc raison… je suis une tortue… une putain de tortue…

Perhaps the ending has not yet been written

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Sexe au Vatican - "Mon Père pardonnez leur car ils ne savent pas ce qu'ils font" Luc 23:34

Publié le par Dorian Gay

Sexe au Vatican - "Mon Père pardonnez leur car ils ne savent pas ce qu'ils font" Luc 23:34

A 21 ans, je crois avoir beaucoup et bien vécu ; comme quoi l’on pas forcément besoin de quitter le douillet Boulevard Lannes pour vivre une trépidante vie Hitchcockienne.

En même temps, comme dirait Amy Winehouse, je suis un jeune homme « who looks for trouble », s’immisçant ainsi plus ou moins sciemment dans des situations des plus incongrues.

On dit bien que les plus belles conneries deviennent à terme les plus beaux souvenirs non ?

L’actualité politique (et religieuse) de ces derniers jours est teintée par la démission du Pape et par la prétendue existence d’un Lobby Gay interne même au Vatican et qui serait l’une des raisons de la démission de ce dernier.

Je ne m’intéresse pas à l’actualité religieuse. Celle ci m’ennuie vite et j’ai l’impression souvent que l’on parle d’un monde parallèle qui n’interfère pas avec ma vie personnelle. Egoïste ? Oui. Je ne m’intéresse qu’à ce qui me touche particulièrement : la fermeture d’un AppleStore près de chez moi, d’un Ladurée, une météo affectant mes vacances ou une grève de transports touchant ma ligne habituelle seraient plus enclins à me faire réagir (vivement).

Cette rencontre datant du printemps dernier, noyée sous tant d’autres rencontres, tant d’autres corps, cette rencontre qui pourrait n’être qu’une énième rencontre routinière sans particulier intérêt mérite d’être à ce titre développée. Pourquoi ? Parce que j’étais moi, et que lui était lui et que nous avions un point un commun : nous portions des robes noires. La mienne, ornée d’une hermine pour défendre sans scrupule et avec la plus parfaite mauvaise foi les clients qui viennent me consulter en tant qu’Avocat, et lui pour marquer sa dévotion envers Dieu et consacrer la voie pieuse qu’il avait choisi. Nous l’appellerons Séraphin, car d’une part c’est beau, et d’autre part cela un beau clin d’œil à sa vocation. Séraphin est prêtre. Prêtre, jeune, beau et homo.

Je suis issu d’une famille Chrétienne et dont les valeurs s’ancrent aussi dans celles d’une France catholique, bourgeoise et traditionnaliste. Pourtant, mes grands-parents sont issus d’une vague d’immigration plus ou moins récente et n’ont incorporé ces valeurs dans leurs vies qu’une fois parfaitement intégrés. Sans rentrer les détails, car cela n’a pas de réel intérêt en l’espèce, la belle chance que j’ai eu et qui m’a évité de me retrouver à la rue à l’annonce de mon homosexualité, renié, rejeté par les miens, ou pire, entrainé en thérapie religieuse comme cela peut être le cas pour tant de cas analogues, fut la relative large ouverture d’esprit de mes parents, qui je crois ont toujours su faire la part des choses et accepter la différence sous toutes ses formes. Des Chrétiens progressistes « New Age » en somme, et qui ont eu, malgré leurs valeurs, un regard critique sur la Chrétienté et sur ces valeurs qu’ils considéraient comme anachroniques et désuètes.

Bref, revenons à Séraphin après cette petite contextualisation. Je rentrais sur Paris après un weekend passé au Marais poitevin avec un bon ami ex – Parisien qui vivait à Niort ; j’étais à la Gare de Poitiers, assis sur un banc, scrutant d’un œil l’affichage qui allait indiquer la voie sur laquelle allait se diriger le train qui me ramenait à Paris. Je m’ennuyais. Un Dorian qui s’ennuie, à défaut de reluquer les mâles qui trainent aux alentours et faire des bonhommes en boulettes de papiers, Grindereute sur son smartphone.

Il était là, tout près connecté à 300 mètres indiquait l’appli, son profil n’indiquant que son âge – 30 ans – et sa taille, le tout sur fond de photo bucolique des Jardins de Versailles. Il m’interpella, m’envoya sa photo spontanément où il arborait un col roulé noir, une coupe de cheveux à la Don Draper et des lunettes très vintage. Un dialogue hors du commun s’installa. Il était beau ; ce genre de beauté presque intemporelle, frappante, touchante. Il me dit qu’il était dans son train et qu’il était juste en pass-by et remontait sur Paris. Quelques minutes plus tard je l’enregistrais en favoris.

Les jours passèrent et nos dialogues devenaient presque quotidiens et routiniers jusqu’à cette matinée où nous en sommes venus à parler d’extrémisme religieux, puis de religion, puis de catholicisme tout court. « Tu es croyant ? » me demanda t’il. A cette question surprenante à laquelle je n’ai pu opposer qu’une réponse maladroite. Il ajouta « je suis croyant pour ma part ». Avec la plus parfaite ironie et l’humour qui me caractérise je renchéris « il ne manquerait plus que tu sois prêtre ! » - « Je suis prêtre … ».

Silence de quelques secondes qui me parurent des heures, comme lorsqu’un grain de sable est coincé dans le grand sablier. Pensant d’abord à une farce et tentant de reconstituer nos dialogues à la lumière de cette nouvelle donnée, l’évidence n’était plus à nier : c’était un homme de Dieu.

J’avais toujours pensé que les prêtres gays étaient des sortes de chimères, de légendes et qu’il était inimaginable d’en rencontrer un par le biais de sa sexualité. Par ailleurs je les imaginais tous vieux, puant l’encens et vivant retranchés dans les plus recluses provinces Françaises et se contentant de poser la main sur la cuisse de jeunes garçons en cours de cathé. Non, jeune, charmant, homosexuel et prêtre, et sur Grindr, c’était presque un oxymore, une équation sans solution.

Curiosité piquée à vif, plus alerte que jamais, je ne pouvais laisser passer cette occasion : j’avais une licorne de l’autre côté de Smartphone et la laisser s’échapper n’était pas envisageable. Je devais donc assouvir l’intrigue sans pour autant l’effrayer et perdre la touche à jamais. J’appris ainsi progressivement qu’il avait des origines italiennes, qu’il passait son temps entre Paris et la région PACA où se trouve son office, qu'il avait un compte Facebook « spécial rencontres », qu’il avait intégré les ordres très jeune, qu’il s’est toujours su gay, qu’il l’a bien vécu et qu’il s’était fait « outé » par un de ses anciens amants, ce qui lui a « juste » valu une réaffectation dans un autre département et un léger rappel à l’ordre de ces supérieurs. Seriously ?

Ce qui n’était qu’une légère curiosité devint un challenge de déterrement quotidien : ces prêtres homos sont-ils isolés ou en réseaux ? Comment rencontrent-ils ? vivent-ils leur sexualité ? Ces doubles vies si substantiellement contradictoires ? Séraphin me promit qu’il répondrait en partie à ces questions mais il voulait d’abord me voir. Il voulait d’abord coucher – et les photos explicites qu’il se mit à m’envoyer furent claires. Echange de bons procédés ?

« Fais-moi signe quand tu remontes en Ile de France » fut le texto qui marqua ma volonté de le rencontrer. Deux semaines plus tard, il était sur le palier, encore plus beau que je le pensais. Il enleva son manteau se déchaussa et me suivit au salon. Tension palpable – silence presque coupable. Il posa la tasse de thé encore fumante que je lui avais servi, s’approcha subitement, posa sa main sur ma hanche et m’embrassa. Il sentait bon. Une heure plus tard, il se reboutonnait, se recoiffait, m’embrassait dans le cou : « j’ai envie de te voir plus ». Je ne répondis pas. A lui de rajouter « Là où je suis à Paris, c’est compliqué pour nous de sortir sans éveiller la curiosité. Je ne pourrais pas me rendre aussi disponible que tu pourrais le souhaiter mais on pourra toujours s’organiser ». Il m’arracha quelques mots « je veux te revoir mais pas que pour (ça). Tu m’as promis aussi de me parler de (vous) ». Il sourit « oui, demain, sur facebook . je te promets ». Je humais une dernière fois son parfum. Il partit.

J’étais ailleurs : ce type de moment où on sait que ce qui vient de se passer est épique mais l’où on arrive pas encore à réaliser, à mettre des mots sur des émotions, à en voir la portée.

Le lendemain, il était comme à son habitude connecté sur le tchat Facebook, publiant photos de paysages normands et souhaitant bonne journée à « ses amis ». Ce qui suit est donc la retranscription de nos échanges :

- Séraphin : Dorian, encore une fois je ne comprends pas pourquoi tu t’entêtes à vouloir savoir ces choses qui ne t’apporteraient rien

- Dorian: Laisse-moi décider de leur intérêt ou non

- S : Tu me manques déjà. Je te veux. Je veux te manger jusqu’à ce que tu n’en puisses plus

- D : Tu changes de sujet !

- S : tu es dur en affaires… Tu es si beau et si doux ce n’est pas ma faute. Je cède à la tentation

- D : C’est le comble pour un homme de Dieu non ?

- S : Haha. Bon, ok. Je t’écoute

- D : Pourquoi prêtre ? Déception sentimentale comme dans la pub Mars ? lol

- S : C’est quoi ? je n’ai pas la télé tu sais. Mais pour répondre à ta question, non par réelle vocation. Ca a toujours été ce que j’ai voulu faire depuis jeune. Le frère de mon père était dans les ordres aussi… quelqu’un d’extrêmement touchant

- D : Quel gâchis ! si jeune ? si beau ?

- S : L’appel de Dieu n’a guère que faire de l’âge, de la beauté ou du physique

- D : Hum… et tu te savais gay depuis le départ ? d’ailleurs gay ou bi ?

- S : je n’aime pas les femmes. Et je l’ai toujours su

- D : Tu conviendras que c’est choquant… enfin surprenant plutôt. Je suis catholique non pratiquant aussi et si je me suis détourné de l’Eglise c’est justement parce que je ne pouvais pas comprendre ce reniement de ce que je suis, homo, alors que je n’ai jamais choisi cette orientation. Je ne pouvais comprendre qu’on me dise d’une part que « Dieu aime tout le monde sans exception » et me dire d’autre part « qu’il maudit les hommes qui couchent avec les hommes et les femmes qui couchent avec les femmes »

- D : tu es là ?

- S : Oui je suis là. Dieu t’aime indépendamment de ta sexualité. Il n’y a pas de doute sur la question

- D : Et pourtant vous dites tous le contraire lors des messes que vous célébrez. Comment peut-on avoir ce double discours ??

- S : Je me suis piégé tout seul

- D : hein ?

- S : je suis fondamentalement un homme, un homme de Dieu certes, mais un homme. Tout ce que nous faisons n’est pas forcément digne de louanges ; la chair parle. Mais à côté, nous faisons tellement pour les jeunes et les personnes en difficulté et je crois que Dieu est plus sensible à cela qu’à nos dérapages charnels ponctuels. Tu me trouves hypocrite ?

- D : Non par charité… et parce que tu embrasses bien

- S : J’estime que je fais bien mon travail et que c’est le plus important

- D : Quelques ave maria et on efface les coucheries de la veille ? :p

- S : Haha

- D : Tu rencontres beaucoup ?

- S : J’aime dialoguer via toutes ces apps. Nous n’avons pas accès à Internet. Mais je rencontre peu en réel. Tu as de la chance ;)

- D : Tu leur parle de ta vocation ?

- S : je parle plutôt d’enseignement religieux. Ils me prennent tous pour un prof dans un lycée catholique du 16ème. Peu de gens savent : toi et deux autres garçons que j’ai fréquenté. Je m’habille comme tout le monde. Je sors de temps en temps : j’aime le Tango.

- D : Ah ! Sexe à quelle fréquence ?

- S : Variable. Je dirais une fois toutes les deux semaines

- D : Pas mal ! Tu penses quoi du célibat des prêtres ?

- S : Je n’en pense rien. C’est Notre Seigneur qui aurait quelque chose à en dire

- D : Le sexe au séminaire, dans l’Eglise, légende ?

- S : Quand tu es dans un milieu où l’autre sexe est absent et où on cultive la négation de la chair et la mortification des sens, ça finit comment à ton avis ? Oui, beaucoup ont des vies parallèles, des femmes, des enfants, des amants. C’est presque nécessaire pour le maintien de l’équilibre

- D : je suis bouche bée, même si je m’en doutais un peu. Et vous ne vous préoccupez pas de tous ces gens qui vivent dans le secret, qui vous « donnent » leurs vies ?

- S : Ça c’est une autre question, moi je suis homo. Les choses sont différentes : je sais que je ne serais jamais en couple et que j’aurais des amants de plus ou moins longue durée. Ça me va… Mais toi… mais toi… je t’épouserais lol

- D : Dieu bénira notre union

- S : Tu es provocateur.

- D : Et vous êtes nombreux ? organisés ?

- S : Parait-il qu’à Rome cela est plus facile. Tout le monde se connait, s’épaule, se présente, introduit des « amants communs ». Ils sortent ensemble, se protègent, se cautionnent mais de là à parler de réseau, je ne pense pas. De toute façon, je n’en fais pas partie. En province c’est différent.

- D : Ce qui me choque c’est que l’on puisse baiser la veille au Dépôt et faire la messe le lendemain et vouer les homos à l’enfer. Problèmes de conscience ?

- S : Par choix, je ne prêche jamais sur les questions de sexualité. Je ne vais jamais dans ces endroits et je ne baise jamais un samedi.

- D : Ce n’est pas un peu facile ? Excuse mon ton si tu le trouves un peu trop inquisiteur. :p

- S : Non

- D : Tu n’es jamais tombé amoureux ?

- S : Pas d’investissement émotionnel loulou

- D : Et tu n’as pas l’impression de vivre une vie gâchée : non épanouie sur le plan sentimental et sexuel et non pleine sur le plan de la vocation ? Comme quoi le compromis n’est pas toujours une solution ?

- S : Je ne me vois pas vivre autrement. La confession est-elle finie mon beau métis?

- D : Que fais-tu ?

- S : J’étudie à la bibliothèque. Je pense à toi…

- D : Punissez moi mon père car j’ai pêché :p

- S : Votre châtiment sera à la hauteur de votre pêché

Depuis ces échanges, Séraphin et moi nous sommes revus à deux reprises en terrain neutre et au fil des rencontres et des réponses, le sentiment de se retrouver face à une nébuleuse immense, sans réelle délimitation s’est accru. Tout était si près, si concret mais en même temps si loin. Avec le recul, mon sentiment est aujourd’hui mitigé entre pitié, tristesse, incompréhension et colère :

pourquoi… pourquoi ? Pourquoi un si beau visage et de si belles lèvres m’embrassent la nuit puis me maudissent le jour ? Pourquoi ces vies gâchées pour un livre qui date de deux millénaires ? Pourquoi tant de fausse haine et d’hypocrisie malsaine ? Pourquoi tant de victimes innocentes, enveloppées du voile du secret – femmes cachées, enfants illégitimes, amants ? Pourquoi une telle mascarade, en dépit de tous les scandales et des non – dits (mais sus) est-elle encore cautionnée ? Arrêtez de prier pour les pêchés de l’humanité, arrêtez de prier pour mon salut et ma rédemption, arrêtez de prier pour me refuser ces droits que vous n’aurez pas et qu’au fond vous jalousez, arrêtez d’utiliser le vieux barbu là-haut comme caution à votre bêtise, cela fait longtemps qu’il crache sur vos âmes. Priez pour vous et ce qu’il vous reste.

Retrouvez moi sur Twitter ICI ou écrivez moi à doriangayparis@gmail.com

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