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Au fait... à propos de séries "gay"....

Publié le par Dorian Gay

Au fait... à propos de séries "gay"....

Je me souviens vous avoir parlé de quelques films, d'auteurs souvent, et que l'on pourrait qualifier de "gay", soit parce que la trame se tresse autour de l'homosexualité d'un personnage, soit parce que l'univers du film plus généralement renvoie à l'homosexualité. Depuis cet article, il y'a plusieurs mois déjà, plusieurs nouvelles œuvres du même type ont fait parler d'elles, et souvent beaucoup. Que ce soit La vie d'Adèle, plébiscité à Cannes ou Tomboy, tourné en 2011 certes, mais qui a été sous les feux de l'actualité récemment, les films récents qui représentent l'homosexualité sont à la fois plus audacieux, mais offrent surtout une représentation plus mature, plus saine, plus "normale" finalement de l'homosexuel contemporain.

Les minutes inaugurales de La vie d'Adèle ou de Looking en attestent, la vie des gays des années 2010 s’est transformée, au point où les clichés longtemps entretenus par le 7ème art paraissent aujourd'hui anachroniques. Qu'il y'avait -il de plus simple pour remplir toutes les salles de France il y'a quelques années, que de représenter l'homosexualité stéréotypée à son paroxysme par des personnages hauts en couleur, affublés d'un uniforme de soubrette comme dans la Cage aux Folles, et utilisés comme des personnages comiques. Oui, il y'a encore quelques années l'homo au cinéma ou à la télévision c'était tantôt le dépressif-victime qu'on aperçoit 15 secondes 3/4 au cours d'un film, soit la créature chimérique, souvent travestie et provocatrice, qui aime faire la fête et n'est généralement pas dénuée d'humour.

Je fais pourtant partie d'une génération où, presque série télévisée, ou chaque film, représente l'homosexualité, souvent par le biais d'un personnage secondaire. La liste est longue : Glee, Grey's anatomy, Mad Men, The Office, Brothers and Sisters, Cold Case, Desperate Housewives, Dawson, Dr House, Sex and the City, Weeds, etc.

Et cette représentation n'est pas récurrente que dans les productions outre-Atlantique : En France, nous avons eu droit à notre petite idylle gay dans Plus Belle La Vie (phénomène à ce qu'il parait chez les octogénaires et les petites adolescentes pré pubères ), Faites Comme chez Vous, Les Filles d'à Côté, Sous le Soleil, et j'en passe. Pourtant, j'ai toujours été irrité par la représentation incessamment stéréotypée de l'homosexuel, au point où j'y voyais des réminiscences d'homophobie ordinaire, souvent même perçue par le grand public comme comique.

En effet, il semble que pendant longtemps, représenter un éphèbe noir faisant le ménage, à moitié dévêtu, et enchainant des gestes et des postures aussi excentriques les unes que les autres, était aussi drôle que les indémodables blagues de Toto. De même, les gestes gracieux et la voix fine d'un molosse bodybuildé nommé Gérard dans une série à succès des années 1995, ont fait échapper plusieurs fous rires à des milliers de foyer français. Les illustrations ne manquent pas.

Ce n'est que bien plus tard, que le cinéphile et sériephage que je suis, a vu cette représentation évoluer et se calquer progressivement à la réalité, tout simplement; à une réalité bien plus riche, bien plus complexe, bien plus quelconque souvent. L'homosexuel a cessé d'être le féru de déco à la pointe de la mode, le meilleur ami timide de la protagoniste principale (souvent blonde et naïve), le garçon riche, sensible et toujours élégant et est devenu le voisin, l'ami, le collègue, le boulanger, le patron.

En ce qui concerne plus précisément les séries télévisées et autres analogues, neuf ans après la fin de Queer as Folk version américaine, cinq ans après le bye-bye des filles de The L Word, il était temps d'une nouvelle génération de productions contemporaines voit le jour.

Mes errances virtuelles m'ont amené à découvrir quelques pépites, libres de droit, auxquelles je voulais consacrer un billet. Il s'agit de webséries, qui, comme leur nom l'indique, sont des séries généralement accessible via web uniquement et sont, pour des raisons de budget, beaucoup plus courtes que les séries télévisées.

1. Il y'a tout d'abord In Between Men

C'est une websérie que j'ai découvert il y'a près de deux ans déjà et qui m'a tout de suite séduit par la qualité de l'image et le soin donné à chaque prise de vue. A ce jour, deux saisons ont été produites et la 3ème serait prévue pour cette année.

In Between Men c'est une histoire plutôt banale qui entremêle plusieurs jeunes personnages gays, à l'histoire et aux aspirations souvent éclectiques et qui vivent à New York. La personnalité des personnages est assez riche et il est assez simple de trouver des résonnances communes à beaucoup d'homos : la drague, le couple, les proches, le travail et les objectifs de carrière, la vie dans les mégalopoles, le dictat du physique et de l'apparence, le VIH, l'argent, etc.

Ici pas de styliste mondain promenant son chihuahua dans Central Park ou de personnages à la perfection irréelle comme dans Dante's Cove, mais plutôt des gens comme vous et moi, noyés parmi tant d'autres gens et aspirant à trouver notre chemin et nous retrouvant de façon récurrente devant des doutes, des défis et des interrogations.

Mais la vraie richesse de cette série, et qui la rend originale, est la réflexion menée par ses réalisateurs sur l'altérité et les interactions entre le "milieu" homosexuel et le "milieu" hétérosexuel (vous aurez compris que je n'apprécie pas particulièrement ce terme), par le biais de personnages partagés entre ces garçons qui ne se reconnaissent pas dans la "communauté gay" encore parée de ses clichés, et ceux qui ne sentent pas plus intégrés parmi leurs proches hétérosexuels.

Le seul bémol reste la pauvreté du jeu des acteurs, qui sont parfois peu convaincants, et la qualité du scénario, qui parfois s'avère, malgré la brièveté des épisodes, lent et répétitif.

Episodes là

2. Gayxample

Le titre de cette websérie, que j'ai découvert il y'a plusieurs années déjà, est assez évocateur : les protagonistes vivent à Barcelone dans le quartier très friendly de Eixample, capitale ibérique bien colorée purple. Si l'on s'arrêtait au titre, des conclusions hâtives pourraient être tirées. On s'imaginerait, nous Français, une série qui s'articulerait autour de quelques personnages vivant dans les artères du Marais parisien et se réunissant tous les jeudis soir aux Marronniers pour papoter autour d'un cosmo et se remémorer de leur soirée au Spyce la veille.

Gayxample est bien plus originale et surtout bien plus transversale. La palette des personnages est assez riche : éphèbes, bears massifs, minets imberbes, jeunes, plus âgés, et même transsexuels y sont représentés. Là encore, le but de la série est d'offrir une représentation objective de la vie de plusieurs personnages homos confrontés à des problématiques diverses. L'homophobie ordinaire d'un proche y est décrite dès le premier épisode - la peur de vieillir également - le sexe - l'identité de genre et bien d'autres sujets qui me parlent.

Les rares regrets qui subsistent sont, d'une part, que la série s'est arrêtée après une unique saison, (comme beaucoup de webséries), et d'autre part qu'il y'avait matière à développer la personnalité et la représentation de plusieurs personnages et que cela n'a pas été suffisamment exploité.

Episodes là

3. The Outs

J'ai trouvé cette série réellement touchante dès les prémices du premier épisode. Jack, 25 ans peut être, sonne à l'interphone d'un immeuble à Brooklyn. Un bip se fait retentir. Il ouvre timidement la grande porte faisant découvrir un escalier en colimaçon, enjambe les marches, retient son souffle et sonne à une porte au 3ème étage. Il est ni vraiment beau, ni à plaindre. Il est au chômage, vend de la drogue pour arrondir ses fins de mois et reste amoureux de son ex avec lequel il a rompu récemment. Autour de lui vont graviter plusieurs personnages assez éclectiques et tout aussi touchants. On découvre l'ex compagnon susvisé, sa meilleure amie au caractère bien trempé, et plusieurs autres personnages qui vont apparaitre au cours des 7 épisodes (seulement) qui composent la série.

Certains clichés restent encore vivaces, mais ils sont dilués dans un ensemble plus général de qualité, qui fait bien vite de les éluder.

Cette série nous montre des vingt-trentenaires gays d’aujourd’hui, avec leurs doutes, leurs interrogations, leurs envies. Des gays bien dans leur peau, des gays 2.0, qui draguent sur les sites de rencontres et sur leurs mobiles, chez eux, au boulot. Aucun personnage n’est dans le placard. Ils vivent normalement.

Ensuite, la série ne cherche pas à dresser le portrait d’une communauté. Il y n’a pas le côté sociologique d’un Queer as Folk. The Outs se contente juste de suivre trois personnages principaux qui tentent de donner du sens à leur vie (en finir avec les aventures, construire une vie de couple, réussir leur vie professionnelle), et il se trouve juste que ces personnages sont gays. Les protagonistes sont assez crédibles et surtout attachants.

Épisodes là

4. DramaQueenz

DramaQueenz nous plonge dans le Queens, à New York, quartier pauvre et longtemps considéré comme "quartier noir" de la ville. On y suit l'histoire de 3 jeunes homos noirs qui vivent en colocation, mais partagent surtout une solide et profonde amitié.

Ici, si le ton est délibérément comique et que les personnages peuvent sembler tout droit sortis de l'émission de Ru Paul, beaucoup de sujets de fond y sont abordés. Le VIH comme dans beaucoup de productions du même type certes, mais aussi les relations "interraciales" (un autre terme qui m'horripile mais qui politiquement correct outre Atlantique), la pauvreté en filigrane, la prostitution masculine, l'âge, les aspirations à construire une vie de couple dans une ville où cette aspiration est peu partagée.

DramaQueenz est donc un ovni, entre le comique et le documentaire social, entre le léger et le profond, et reste une production que j'ai apprécié.

Episodes là.

5. Hunting Season

Hunting Season se démarque de la présente énumération. En effet, elle fait le pari de suivre le portrait de plusieurs personnages, vivant à New York (encore...), et bien proches de certains clichés qui pourraient se transposer dans n'importe quelle ville : le protagoniste principal est jeune et beau, il faut l'admettre; il est entouré d'amis tout aussi beaux avec qui il apprécie passer du temps à… la salle de sport ou en boîte de nuit, lorsqu'il ne "hunt" pas sur Grindr ou Manhunt (d'où, d'ailleurs, le titre de la Websérie).

Autant le dire tout de suite, Hunting Season ne brille pas par le jeu des personnages, son scénario ou l'univers de la série. Cependant, outre le physique indécent des personnages et l'omniprésence de sexe à chaque épisode, certaines thématiques traitées restent intéressantes. Ainsi, un des protagonistes principaux mènera une longue réflexion sur la notion de couple libre, y été confronté avec son compagnon après six années de relation exclusive.

Je suis cependant moins indulgent quant au manque criant de diversité : je n'ai pas vu un seul gramme de gras ou un seul homo coloré tout au long des épisodes de la série (à part un petit minet métissé que l'on aperçoit furtivement accoudé à un bar dès le premier épisode).

Malgré les quelques ratés et le parti pris des réalisateurs, je continue à penser que la représentation des homos dans cette série n'est, au fond, pas si erronée, même si elle est, certes, hyperbolisée. Il ne faut pas chercher très longtemps pour trouver, autour de nous, des personnages faits du même bois. C'est finalement cela aussi la diversité inhérente aux gays, et il est normal que cette diversité, dans son entièreté puisse être représenté, même si c'est par le biais de personnages comme ceux-là.

Episodes là

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