Autobiographie en 3 temps: Épilogue (enfin, si on veut...)

Publié le par Dorian Gay

 

Bordeaux - Eté 2010 : Il était beau quand il dormait près de moi, sa peau était douce, son corps protecteur, son parfum emplissait les draps, qu’est-ce qu’il était beau…

J’aimais, pendant qu’il dormait, du bout de mes doigts frôler l’ossature de son visage, ses cils, ses lèvres, passer ma main sur son torse, y caler ma tête et percevoir sa respiration et les battements de son cœur. Il m’a sauvé. Je l’aimais mon Antoine.

 

Petit flashback encore une fois…

Paris - Printemps 2010. Apprécié, je crois que je l’étais, désiré très certainement, satisfait de cette superficialité, non je ne crois pas. J’étais las, fatigué de courir après des chimères, de ce milieu Parisien cultivant la superficialité à son paroxysme. Epuisé de porter des masques, de jouer un rôle, ereinté d’être qui je ne suis pas ou du moins qui je n’étais plus ou ne voulait plus être. Bassiné de voir les mêmes têtes, assister aux mêmes spectacles désolants. Esquinté d’être réduit à un corps et à une belle gueule en dépit de tout ce que je pouvais offrir d’autre ; à vrai dire qui se préoccupait de savoir ce que je pouvais offrir d’autre ? Bassiné de l’hypocrisie ambiante, du sectarisme perfide. Ennuyé des schémas et modèles préétablis : jeunisme à outrance, sexe à profusion, amis-kleenex, relations éphémères, culture limitée à quelques albums d’électro et à la fashion week.

Je n’avais que 19 ans, mais j’avais la certitude que je ne voulais pas passer les 60 qui me restaient à vivre dans de tels abysses, noyé dans un monde tellement illusoire. Je n’aspirais pas à ce qui, à mon sens, n’était pas bien vivre, mais s’en donner l’impression. L’opportunité inespérée de finir mes études de Droit à Bordeaux, tombait à point nommé : ce milieu que j’avais jadis tant aimé, m’aimait tant en retour qu’il m’étouffait ; je devais m’évader pendant quelques temps.

 

Installation discrète à Bordeaux, redéfinition de mes priorités, « cure de désintoxication » : tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Je m’étais éloigné de tout ce qui de près ou de loin pouvait émaner du milieu : soirées, sites de rencontre, évènements en tout genre ; et je ne m’en portais que mieux, je goutais enfin aux joies d’une vie simple et rangée, ponctuée de quelques plaisirs culturels, de ballades entre nouveaux amis, de déjeuners sur les quais de la Garonne : je me redécouvrais.

 

La fin de l’été s’amorçait et l’automne guettait, c’est le moment généralement choisi par les étudiants de tous azimuts pour profiter des derniers rayons du soleil en organisant moult soirées et beuveries.  Celle du 7 septembre 2010, ayant pour hôte une excellente amie, fut particulière, car il était là, de l’autre côté de la table à laquelle j’étais, désigné comme mon partenaire de Monopoly, celui qui me sortira définitivement du gouffre dans lequel j’étais : Antoine.

 

Grand garçon châtain aux yeux verts, finissant ses d’études de médecine, il avait ce regard commun aux personnes fondamentalement bonnes, ce type de regard miséricordieux, plein de compassion et d'empathie auquel nul ne pouvait résister. Il sentait bon, ses mains que j’ai pu frôler quelques fois au cours de la soirée étaient d’une douceur infinie. Dorian amoureux pour la première fois ?

 

Si des pensées persistantes et l’impression d’avoir des papillons dans le ventre lorsque je pensais à lui et l’obsession née de l’attente récurrente de ses textos quotidiens sont symptomatiques d’amour, alors, oui votre honneur, je plaide coupable.

J’avais auparavant rencontré des centaines de garçons sur Paris, mais lui était fondamentalement différent. Il avait ce côté « entier » intact, cette innocence propre aux enfants, cette fraicheur, cet humour qui m’étaient encore étrangers. L’impression, très vite, qu’on se donne entièrement et sincèrement à vous ; l’impression que vous comptez particulièrement et quotidiennement dans la vie d’un autre être humain.  L’on se croirait après cette description presque idyllique sortant d'un mauvais remake de Coup de Foudre à Nothinghill ou Love Actually, il n’en est rien.

 

Les deux exquises années qui suivirent ont certes un fort intérêt personnel, mais pour vous chers lecteurs, n’ont aucune importance si ce qu’All Good Things Come To An End comme chantait mélancoliquement Nelly Furtado, et qu’un retour à Paris s’imposait, pour des raisons professionnelles, nouvellement Avocat, après ces deux années passées à Bordeaux. Un retour, fondamentalement différent, armé d’une maturité consolidée, de projets, et d’un regard neuf et assaini sur mon passé, sur mes aspirations.

 

Je retrouve sans nostalgie aucune et avec un détachement non contenu ces rues pavées du Marais, ces bars de la rue des archives, ces amis qui ne m’avaient pas tant manqué que cela : rien n’a changé, comme si le temps était figé dans le 4ème arrondissement (vous me direz en passant, que vu le nombre d’injectés au botox au Km² aux alentours, qu’il est normal d’avoir ce ressenti – passons). I’m far far away from you babe.

 

Et me voici donc, ce soir de début janvier, Mac Book sur les genoux, thé au jasmin fumant sur la table du salon, m’attelant à finir de mettre par écrit la fin de cet exercice, repensant à toutes ces choses personnelles que je vous ai crûment livré, essayant désespérément de trouver un mot de fin, une conclusion pertinente mais rien… et là soudainement, éclair,  je me dis « merde, c’est normal de ne pas avoir de mot de conclusion, la fin est encore loin, ma vie ne débute que maintenant… ».

 

 

 

 

 

Commenter cet article

felix 14/09/2013 06:24

"J’étais las, fatigué de courir après des chimères, de ce milieu Parisien cultivant la superficialité à son paroxysme. Epuisé de porter des masques, de jouer un rôle, ereinté d’être qui je ne suis pas ou du moins qui je n’étais plus ou ne voulait plus être". La lecture de tes billets me fait penser à un livre de Drieux la rochelle que je lis en ce moment. Ce passage parle des drogués, aucun rapprochement avec toi mais je trouve que ce sentiment est présent dans beaucoup de tes écrits : "mais alors, céder à cette pente, c'était retomber dans la protestation mystique, dans l'adoration de la mort. Les drogués sont des mystiques d'une époque matérialiste qui, n'ayant plus la force d'animer les choses et de les sublimer dans le sens du symbole, entreprennent sur elles un travail inverse de réduction et les usent et les rongent jusqu'à atteindre en elles un noyau de néant. On sacrifie à un symbolisme de l'ombre pour contrebattre un fétichisme de soleil qu'on déteste parce qu'il blesse des yeux fatigués". Fort heureusement tes écrits ne glissent pas vers "un symbolisme de l'ombre", au contraire tes yeux injectés de curiosité animent les choses et ta lucidité semble être ta meilleure alliée pour voir le bon dans le quotidien des situations. Aujourd'hui l'optimisme n'est pas un état d'esprit mais plutôt une nécessite. Ton blog respire la joie de vivre, et pas celle des imbéciles, et pour ça, je te remercie! Félix