Autobiographie en 3 temps - Exaltations

Publié le par Dorian Gay

 

Il était près d’une heure d’un matin, ce même été 2007, je déambulais seul sans but véritable dans les rues d’une banlieue au nord de la capitale, titubant presque, fatigué mais béat, dans un état de semi-transe dont je garde encore intacte mémoire, encore sous l’ivresse de mon tout premier corps d’homme, de ma toute première copulation, ma toute première fois…

Et non, il n’y aura ni récit romancé, ni description à l’eau de rose, rien de tout cela car je ne pourrais déformer, ni sublimer ce qui fût réellement : je venais de perdre ma virginité sur le capot d’une Peugeot 508 blanche. Classe comme débuts me direz-vous…

Beaucoup de choses s’étaient passées ce fameux été, un flashback s’avère nécessaire.

Je me souviens encore très bien du jour de ma toute première inscription sur un réseau de chat gay et j’aime comparer ce moment à la parabole Biblique de Moise qui trouva la Terre Sainte après 40 ans d’errance dans le désert. Je me rappelle du sentiment mêlé d’excitation, de peur, d’envie et de curiosité qui m’animait, je pénétrais dans le Saint Graal, j’ouvrais la boîte de Pandore.

 

Mes débuts furent timides, j’étais encore mineur et malgré une précocité et une maturité exceptionnelles, je n’en restais pas moins un adolescent mal dans sa peau, peu confiant, à la découverte de sa sexualité balbutiante et terrifié par cette quête.

 

Je n’osais pas me connecter sur ce chat, aujourd’hui bien connu de la communauté homosexuelle, depuis l’ordinateur de mon domicile et usait de toutes mes ruses afin de m’éclipser aussi souvent que je le pouvais dans des cybercafés et d’y assouvir ma curiosité ; à tel point que très vite cela était devenu un rituel quasi quotidien, une drogue addictive, un besoin irrépressible. Les prétendues visites chez mon ami Antoine, inventé de toutes pièces, furent pendant longtemps un excellent alibi. Je me souviens encore de ces nuits, où je me réveillais après m’être assuré que la maison était plongée dans le noir et que j’étais le seul encore éveillé, et où j’osais enfin me servir, parfois toute la durée de la nuit, de l’ordinateur familial dans le but d’assouvir toujours ces mêmes vils besoins. Après cet ordinateur, ceux du Lycée ou des Bibliothèques que je fréquentais ne furent pas épargnés. L’adrénaline n’affectant pas ma lucidité, je m’assurais toujours néanmoins et en toutes circonstances, d’effacer toute trace de mes méfaits.

 

Quantité ne rimant pas avec qualité, nombre ne rimant pas avec efficience, le temps passé sur ce chat n’était pas productif, du moins en conversations et en rencontres. Qu’y faisais-je ? Je lisais les descriptions des utilisateurs, j’observais les interactions, n’osant ni engager de conversation, ni répondre aux diverses sollicitations ; confortable situation jusqu’à cette soirée de Juillet, soirée sur le chat comme les autres avant qu’une icône sur mon écran d’ordinateur ne s’illumine : l’icône « messages reçus ».

Après une très brève hésitation, le message s’ouvrit en entier à mon clic, et là, déconfiture, il ne s’agissait que d’un maigre « salut ». Refroidi par ce message plus qu’expéditif, je décidais de ne pas y répondre et voilà que quelques minutes après ce premier message, un second vint illuminer cette même icône m’indiquant que j’étais à nouveau sollicité. « Je ne sais pas qui se cache derrière ton profil mais j’aimerais réellement faire connaissance. En plus nous n’habitons pas si loin l’un de l’autre à ce que je lis sur ton profil, j’ai le même âge que toi, et je cherche à me faire des amis, je m’appelle Adrien ». Il avait raison, nous avions le même âge et tous les deux localisés à priori dans le même arrondissement Parisien, mais cela suffisait il pour que je sorte de ma tanière, de mon trou ? Il m’intriguait, je ressentais en ce garçon un écho à mes peurs, à ma curiosité, un écho à moi-même.

 

« 21h27 – Message de vous : Je m’appelle Dorian...  je veux bien faire connaissance...». Je venais de sceller ce qui est aujourd’hui une de mes plus belles amitiés ; et quand je vous dis que le chiffre 7 me suivrait à vie…

 

Après quelques semaines d’échanges, nous avions planifié, Adrien et moi une toute première rencontre dans un café en ville. La veille, anticipant chaque détail de ce rendez –vous, je n’ai pu fermer les yeux de toute la nuit, mais j’étais fin prêt le jour J : des cernes de toxicomane en manque, paré des vêtements les plus beaux que j’avais, parfumé comme un salon de thé indien, je me tenais, tremblotant, le regard vif et perdu, parcourant de façon désordonnée tout ce qui se trouvait à l’horizon. Je n’attendis pas très longtemps ; un jeune garçon de ma taille, métissé, les yeux clairs et pétillants, le visage fin s’avança spontanément vers moi : « euh... tu es Dorian... ? ».

 

-          « Oui... euh... oui c’est, c’est… moi » furent les mots qui introduiront une des discussions les plus importantes de ma vie.

 

Adrien était, comme moi, troisième fils d’une grande fratrie. Il vivait à quelques mètres à peine de chez moi mais avait fréquenté un Lycée différent du mien. Il m’a très vite subjugué par sa maturité, sa loquacité et son aisance vis-à-vis de moi, pour ma part j’étais pétrifié pendant la bonne moitié de la rencontre, osant à peine porter à mes lèvres le chocolat chaud que j’avais commandé. Ce qui était certain c’est qu’il avait plus d’expérience que moi, il savait plus de choses en matière d’homosexualité que moi, malgré mes recherches acharnées sur le web.

 

La deuxième rencontre fut plus équilibrée en termes de verbiage. Il m’avait mis en confiance. Un Dorian confiant est un Dorian qui pose des questions... beaucoup de questions ; je ne pouvais m’imaginer occulter cette occasion : « alors où se réunissent les gays ? », « comment les approche  t-on ?», « on est nombreux ? », « y’a des familles homoparentales ? Non sérieux ? », « Qu’est-ce que c’est que la sodomie ? Ça fait mal ? Vais-je aimer ? Dans le rôle de celui qui fait la femme ou celui qui fait l’homme ? » furent autant de questions, qui, ce jour-là m’ont permis de découvrir l’existence d’un quartier homosexuel appelé « Le Marais » et le qualificatif d’actif et de passif.

 

 

Le jour où je décidais de me rendre dans le Marais, je tenais à le faire seul, sans Adrien. Je voulais, tel lors d’un sacre rituel, affronter cette découverte, solitaire comme je l’ai tant longtemps été. C’était donc un dimanche de fin d’été, la brise était fraiche et le ciel d’un bleu azur ; je crois aux signes et était persuadé que cette découverte était placée sous les meilleures auspices. J’avais lu un peu de documentation touristique gay et il y était mentionné que le quartier du Marais se trouvait à Saint Paul sans donner de cartographie exacte ; me voilà donc sorti de la station de métro du même nom et ne sachant par où aller, totalement perdu et noyé dans la foule de monde qui profitait de cette journée ensoleillée pour faire les magasins de la Rue Rivoli. Instinctivement je suivis le mouvement : « s’il y’ a un quartier gay dans le coin, il devrait être inratable » me dis – je.

 

Une bonne heure plus tard, énième tour en rond effectué, le résultat était sans appel : RIEN, NADA, QUE DALLE. Il n’était pas question que je rentre bredouille, je pris mon courage à deux mains accosta le premier passant à portée de bras afin qu’il me renseigne, ce qui me permit d’obtenir un nom : la rue des archives.

Etant arrivé juste à l’angle de cette rue, où trône l’imposant BHV de l’Hôtel de Ville, je pris une grande respiration et d’un pas décidé l’arpenta, et instantanément je me sentis plongé dans un autre monde : des garçons au look improbable, ne contenant nullement leur féminité,  draguant ouvertement d’autres garçons en pleine rue, des garçons au physique atypique, massifs, barbus, poilus, exhibant leurs muscles en terrasse, des boutiques au nom évocateur, les rires, les cris, c’était d’une force indescriptible.

 

J’avais beau être arrivé à destination, je n’avais pas d’itinéraire, de but précis, et n’avait comme alternative que de me laisser guider par le hasard et les circonstances. Après une demi-heure d’errance, arrivé à l’angle où se situe l’Open Café, institution populaire de la culture gay, je tombais nez à nez avec un groupe d’androgynes, qui surpris, me toisèrent et reprirent leur chemin en ricanant. Je ne devais pas avoir le bon style m’étais – je dis, pourtant j’avais suivi tous les conseils d’Adrien à la lettre : jean slim et t-shirt moulant. J’avais pensé trop vite : alors que quelques instants plus tôt je passais inaperçu, j’eus l’impression soudaine que tous les regards furent fixés vers moi et le sifflotement d’un garçon à mon passage ainsi que ses appels à lui ne firent que me conforter dans ce ressenti et attiser un vent de panique incontrôlée en moi.  Quelques minutes plus tard, j’étais déjà dans le métro me ramenant chez moi, la tête pleine de souvenirs et de questions dont Adrien pâtirait…

 

Lorsque je me rappelle, après cette première découverte du Marais, des soirées alcoolisées auxquelles j’ai pu assister quelques mois plus tard, des nuits de débauche dans ces mêmes rues dans lesquelles je me sentais perdu, des baisers volés et échangés dans ces mêmes bars, des corps frôlés et dévorés, des sourires, des regards insistants, je me dis que notre cher Dorian a bien grandi, oh oui qu’il a bien grandi.

C’est pendant cette période de plénitude, ou du moins ce qu’on croit être une plénitude, que je fis la connaissance d’Armel par le biais d’Adrien ; Il était du même gabarit que nous, quoi qu’un peu moins fin et était d’une redoutable beauté à laquelle on ne pouvait détacher un esprit d’une extrême finesse teinté d’une once de sadisme. Ce garçon était d’une parfaite impertinence et n’avait guère froid aux yeux. C’est Armel qui va finir, lentement mais avec une indéniable assurance, le travail sur moi qu’avait commencé Adrien. C’est avec Armel que Dorian va apprendre les codes de la communauté, les codes de la séduction, ceux du paraître, ceux de la chair ; c’est ainsi que c’est avec un sourire au coin que je rappelle que c’est avec lui que j’ai eu droit à mes premiers cours de fellation (sur silicone je vous rassure).

 

Dorian Gay V. 3 .0 était né.

Quel sentiment jouissif était ce que de savoir cette quête, entamée quelques années plus tôt accomplie, de voir le chemin parcouru, de se savoir entouré de semblables, de se sentir désiré, voulu, enivrant, regardé, de se sentir intégré dans une communauté, dans un milieu.

 

Le garçon que j’étais devenu était insatiable de rencontres, de plaisirs en tous genres, comme une boulimie symptôme d’une volonté de rattraper tant d’années gâchées : de lit en lit, de bar en bar, de frivolité en frivolité, l’avenir semblait mien.

 

Charles Nodier disait: " Pour faire illusion aux autres, il faut être capable de se faire illusion à soi-même, et c'est un privilège qui n'est donné qu'au fanatisme et au génie, aux fous et aux poètes"; Fanatique je ne suis pas sûr de l'avoir été; génie j'aurais peur d'avoir la prétention de l'affirmer; fou c'est indéniable; piètre poète c'est certain.

 

Dernier volet à venir bientôt

 

Baci

 

Dorian

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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