Autobiographie en 3 temps - Prologue

Publié le par Dorian Gay

 

C'est avec un verre de Pouilly-Fumé à moitié vide, une cigarette fumante entre les doigts, et une chanson de Nina Simone embaumant de sa voix suave, chaude et mélancolique ma chambre Parisienne, que j'entreprends la rédaction de cet article, la formulation de ces quelques réflexions. Nonobstant le cachet théâtral, presque Hepburniern de la situation, il s'agit là d'un hybride entre exercice de psychanalyse et travail d'autobiographie, sans prétention aucune, mais que j'espère cru, tranchant, vrai, et me permettra, au lendemain de mes 21 ans, de faire un premier bilan sur ma vie, sur ce que je suis devenu, sur ce que à quoi j'aspire. 
 
Un sociologue Canadien, s'inspirant de conceptions bouddhistes et taoistes, disait que la vie était à son sens fragmentable en trois étapes, en trois stades distincts: La période d'apprentissage et de recherche de soi, suivie de la mise en oeuvre de cet apprentissage, l'établissement de ''soi", avant le stade du déclin progressif ayant pour finalité certaine, la mort. Un autre penseur du même continent affirmait, lui, que la vie était divisible en deux graduations: celle où on la subit d'une part et celle où on la prend en main d'autre part. Cela n'a en l'espère aucune importance conceptuelle, le seul intérêt est de marquer que cet exercice autobiographie vient s'inscrire physiologiquement dans l'interstice, le passage entre deux stades de vie; moment qui s'avère donc sur le plan chronologique, propice pour un premier point sur le chemin que j'ai parcouru.
 
Voilà, qu'à peine avoir saisi ma "plume" numérique, je me retrouve affecté par la syndrome de la page blanche, de l'écran LCD blanc éviter toute chrono-discordance. Par où débuter? Après une courte réflexion et une gorgée salvatrice de Pouilly, j'opte avec entrain pour un filigrane chronologique, qui aura pour principal intérêt de mettre en exergue une certaine cohérence historique, mais aussi de placer et d'observer le jeune et complexe être que je suis au travers du prisme du temps. 
 
Mais avant cela, il me faut me trouver un nom, un pseudonyme, un alter égo biographique, ce que Sacha Fierce est à Beyoncé. Après moult hésitations, nous m'appellerons Dorian, oui Dorian, car j'aime ce prénom, à la fois masculin et doux mais aussi car il m'évoque quelque chose, je ne sais pas quoi, je ne sais pas qui, mais quelque chose... 
Et nous y rajouterons "gay", oui "Dorian Gay", car mon homosexualité sera la trame de cet exercice et je ne doute pas non plus que le clin d'oeil adressé au personnage fantastique, fera surement sourire quelques uns d'entre vous, 
 
Dorian naquit un 27 décembre 1991 à 21h27 dans une Maternité chic de l'ouest parisien et su très tôt que le chiffre 7 le suivrait tout le restant de ses jours.  Il fut le troisième (et dernier) enfant d'une famille aisée, issue de l'immigration, bien sous-tout-rapports, jusqu'à l'implosion de celle-ci à son premier printemps, les divorces étant dans le début des années 90 devenus quasiment un phénomène de mode. Alors vecteur de poisse ce Dorian ou juste mauvais concours de circonstances? La réponse à cette question reste encore en suspens.
 
Né de l'union du stéréotype de l'Avocat brillant, un brin psychorigide (géniteur mâle) et du Médecin - parfaite mère de famille pieuse et aimante (génitrice), tous les deux parrallèlement entrepreneurs dans le secteur du Luxe, Dorian prit très tôt conscience de ses intérêts "originaux", en demanda à ceux-ci pour son 7ème Noel la panoplie de Barbie à la Plage ainsi que des escarpins blancs taille 31, et su, grâce à une lucidité prématurée, que cette "originalité" serait, vis à vis du contexte social et familial, difficile à appréhender. 
 
Adrien ne mit un nom sur cette originalité qu'à son entrée en collège: homosexualité. Mot qui sonna à ses oreilles, lors d'un cours de Sciences de la Vie et de la Terre consacré à la puberté, comme un mot sanglant, tranchant, grave, froid. "
 
"Etait-ce donc ce que j'étais? Un homosexuel? Etait-ce grave?" furent ses premières pensées.
 
Armé "enfin" d'une dénomination, il plongea avec frénésie dans une quête d'informations diverses, ou du moins il essaya, car internet n'étant à l'époque qu'embryonnaire, ses seules sources furent pendant les quelques mois qui suivirent, une encyclopédie et le livre de Biologie de lycée de son frère aîné. 
 
Les années Collège ne furent pas très gaies, sans jeu de mots aisé. A l'âge où poussent les premiers poils, où l'on découvre et prend conscience de son corps, à l'âge où l'on se rend compte qu'un pénis ne sert pas qu'à soulager sa vessie, à l'âge des premiers fantasmes et des premières masturbations, à l'âge où se posent les prémices de toute sexualité, l'évidence n'était plus à nier pour Dorian: il était bien homosexuel, du moins si l'on en croit la définition donnée par le Larousse 1998 et qui tenait en une seule phrase, en 20 syllabes, en 64 lettres: "Personne qui éprouve de l'attirance sexuelle pour les personnes du même sexe"
 
 
64 lettres qui laissent la faim de savoir intacte, 64 lettres qui laissent tant de questions sans réponses; pire, qui les évasait: était il unique? Une sorte d'erreur de fabrication?
 
Et à ces questions, il n'eut aucune réponse pendant quelques années. Aucune réponse car cette même lucidité qui anime notre cher Dorian et qui lui a fait prendre conscience très tôt de son originalité, lui donnait également assez de recul pour savoir avec certitude qu'il ne pouvait pour l'instant en parler à qui que ce soit, il lui fallait du temps, il lui fallait plus de "matière" avant cela, il n'était pas pressé, il lui fallait rencontrer préalablement deux personnages clés dont nous parlerons plus tard, que nous nommerons Armel et Adrien... 
 
Ah adolescence et autres désastres pourrait être le titre de cette partie chronologique. Oh oui adolescence et envie de paraître, oh adolescence et acné ingrat, oh adolescence et fantasmes, oh adolescence et rêves, oh douce rebellion juvénile, bref  toutes ces choses dont on se rappelle avec nostalgie ou amertume plus ou moins prononcées. Celle de Dorian fut relativement éclectique: excellent élève, bon camarade de classe, membre alternativement du groupe des jeunes "cools", de cette élite pubère boutonneuse des Lycées chics de la capitale, et des "grosses têtes à lunette", geeks version 2000. Un caméléon survivor en somme... 
 
Cela n'empêchait une chose: il avait envie d'ailleurs, d'autre chose, et était convaincu qu'il n'avancerait que très modestement sur sa quête de soi en restant dans les carcans de l'image-reine au Lycée. Il lui faisait finir.. et vite... arracher avec les dents cette indépendance qui se trouvait en finalité; Ce baccalauréat, il le lui fallait le plus vite possible. Après un test de Q.I., quelques entretiens psychologiques, 4 classes sautées depuis le début de ses études, l'évidence était tangible: notre cher Dorian, avait quelques facilités, il était en termes plus techniques et plus barbares "surdoué", ou "précoce" si vous préférez. "Comme si ça ne suffisait pas d'être homosexuel" furent ses premières pensées à l'annonce de ce diagnostic d'une voie monocorde par le psychologue. 
 
Ce fut un samedi 17 juillet, à l'heure où le soleil culmine dans le soleil, un jour sans vent, un jour où l'odeur de l'herbe qui brunit sous la chaleur impitoyable embaume l'air, un de ces jours où l'on pressent que quelque chose d'inhabituel va se produire, un jour comme tous ces jours particuliers, qu'Adrien devint bachelier littéraire à l'âge de 14 ans, devenant accessoirement une petite célébrité éphémère nationale, enchaînant interviews et reportages; Ce pseudo-faste médiatique, certes loin d'être déplaisant n'était pas le plus important: ce qui comptait le plus il l'avait entre ses mains moites.. il l'avait enfin ce sésame qui lui ouvrait tous les horizons, qui lui offrait son indépendance, pendant si longtemps, oh si longtemps désirée.. 
 
L'été qui suivit fut l'un de ceux qu'il garde aujourd'hui en parfaite mémoire car c'est là qu'Armel et Adrien mettent leurs costumes, enfilent leurs masques, se parent de leurs plus beaux atours et entrent en scène, la scène de sa vie. Mais avant d'aborder concrètement ces rencontres, il faut contextualiser encore une fois: notre cher Dorian, jeune et brillant bachelier, promis à un bel avenir universitaire en faculté de Droit (prédispositions familiales me direz vous), avait moyennement avancé dans sa quête de soi; il était, grâce à ce qu'Internet peut vous livrer de mieux, convaincu d'une chose, il n'était plus un modèle unique: il y'en avait "d'autres". Le savoir était une chose, l'appréhender, une autre: étaient-ils réellement de la même conception? Où étaient ils? Comment étaient ils? Autant de questions pour si peu de réponses. Ces "autres" n'étaient que des chimères dont il peinait à saisir la quintessence. 
 
C'est avec beaucoup de prudence, et avec une certaine retenue, que ce même été, Dorian se livra à ce que l'on pourrait, avec un certain recul teinté d'ironie appeler la "Chasse au Gay, la Chasse à l'autre", armé, comme pourrait l'être un trappeur canadien d'une carabine, d'un outil encore pour redoutable pour capturer cet animal fuyant qu'est l'homosexuel: internet. 
 
La suite? elle est celle de rencontres éclectiques, de rencontres qui emplissent mes souvenirs d'un goût fruité exquis, de rencontres qui laissent amertume et acidité, suite pleine d'ivresse et d'illusions, suite pleine de charmes et de crudités, pleine de fous rires et de papiers kleenex usagés et noircis par du rimmel. (2ème partie bientôt) 
 
Baci 
 
Dorian

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