Entre cinq eaux

Publié le par Dorian Gay

Entre cinq eaux

Dans la merveilleuse petite vie de Dorian il y’a pas mal de choses, les parfums, le Signal White Now, les magasins, les livres, les pots de glace, Nougat l’ours en peluche borgne, le chat, les bougies parfumées, les garçons, les garçons et surtout les garçons les samedis.

Ces garçons il y’en a de toutes sortes : des grands, des petits, des colorés, des pâles, des barbus, des lisses, des garçons amoureux, des garçons attachants – Bref, le panel est large.

Il y’a donc aussi les samedis, ces journées que l’on consacre souvent à procrastiner, ou pour les plus vaillants à entretenir un minimum de lien social.

Ce samedi de pâques devait être pour moi un samedi comme les autres. J’aime quand les choses sont à leur place, quand le rouge est rouge, quand le propre est propre et quand mes samedis sont mes samedis. J’entrevoyais donc une journée lascive où j’aurais demandé asile dans un café et enchainé les macchiatos – bon livre en main – pieds sur un pouf – Norah Jones dans les oreilles - Grindr en fond. J’aurais baisé aussi peut être, j’aurais aussi fait les boutiques, j’aurais aussi vu Bradon, ce très bon et bel ami Indien rencontré sur les bancs d’HEC et avec qui je finis généralement mes journées du samedi devant un succulent agneau vindaloo à parler de voyages, de nos vies, de sexe, de mocassins, d’argent, d’argent, et de mocassins.

Le problème c’est que ce samedi-là n’était pas comme ces autres samedis. Nous passons à l’heure d’été et Jésus a ressuscité il y’a deux millénaires.

Il est 11h37, la température extérieure est de 2°C, l’humidité de 67%, le vent souffle à 17km/h. J’enclenche l’alarme en sortant de chez moi, tourne la clé dans la serrure, ça fait clic, j’appuie sur la poignée pour vérifier. J’ai pris mon sac de weekend : « L’amour dure trois ans », un parfum, mon stick à lèvres, mon portefeuille, une huile, mon casque audio, ma carte de fidélité au Starbucks.

11h39 mon téléphone sonne – numéro étranger – indicatif Suisse – voix masculine : « Hé ! Je suis à Paris pour le Weekend ! Il faut absolument que je te vois ! ». Sébastien – 29 ans, 1m84, 72 kg, brun, yeux bleus, groupe sanguin O+ et à ce jour garçon le plus beau que le hasard des rencontres et des tchats m’ont amené à connaitre. Nous avions passé quelques semaines à converser par sms mais il n’avait pas prévu de passer sur Paris dans les mois à venir –cela était donc voué à stérilité et je n’étais pas vraiment très enjoué dans nos dialogues, mais il me plaisait bien, non beaucoup, non énormément.

Rendez-vous donné à 15h devant l’Hôtel de Ville. « let’s be spontanious » disait-il. Spontané il l’était, il était venu à Paris sur un coup de tête, sans plans, sans programme, rien, nada. « Tu m’occuperas… » a-t-il dit en raccrochant. Tout mon contraire en somme – éternel duel de l’organisateur psychorigide et de l’impulsif-instinctif-irrationnel. Au fond je jalouse ce type de personnalités. Je lui propose Boutiques pour commencer, je ne suis pas le meilleur guide en la matière pour rien.

14h55, je vais acheter des cigarettes. Non, je ne fume pas. Je suis juste stressé. Par ailleurs, fumer, ou du moins prétendre fumer permet d’avoir une justification pour s’éclipser quelques minutes et s’aérer l’esprit dehors.

15h02, j’arrive devant. Je me mets sur la pointe des pieds pour lui faire la bise, il me fait un câlin à la place. Je suis bouleversé, bouleversé par l’anéantissement immédiat de mes défenses, de ma froideur, de ma protection, du pouvoir de mes foulards – la glace est brisée. Il est beau – je sais qu’il m’arrive assez souvent de gratifier mes rencontres de cet adjectif mais il est vraiment, définitivement, absolument beau. Mélange de beauté méditerranéenne et nordique – yeux d’un bleu presque plasma – sourire de journaliste Américain. Il est beau.Trop beau

Il n’y a aucun silence, aucun blanc, nous nous mettons à converser comme si nous nous connaissions depuis toujours.

Nous allons au BHV, rue du Temple. Quand vous êtes avec un garçon d’une telle beauté dans un tel lieu vous ne passez point inaperçus et les vendeurs, réputés pour leur snobisme se bousculeraient presque pour vous être d’une quelconque utilité. Nous en ressortons chargés. Il a faim, nous allons manger dans un restaurant pas loin. Nous parlons, de choses superficielles au départ comme nos boulots, nos voyages, nos gardes robes puis nous nous livrons progressivement sur des choses plus intimes et profondes. Il est touchant. Encore plus touchant lorsqu’un groupe de 4 personnes pénètre dans le restaurant déjà bondé sans y trouver places suffisantes et leur propose spontanément d’échanger nos tables, la nôtre étant plus grande.

17h30 – nous sommes assis sur les marches de l’Hôtel de Ville, je fume, il boit un café. Il veut boire des mojitos, je l’emmène au Spyce, lieu dans lequel je n’avais encore jamais mis les pieds mais qui était réputé servir des mojitos pas trop dégueulasses.

Un, deux, trois, quatre… les verres s’enchainent – nous parlons, rions, déconnons, ce qui a l’air s’insupporter les gens autour, afficher sa joie n’est pas de bon ton semble-t-il.

20h, une main frôle lentement mon épaule, je me retourne – Pierre, mon ex – perdu de vue depuis un an après avoir très mal digéré notre rupture. Les dernières rumeurs disaient qu’il vivait à Bruxelles depuis lors. Je reste stoïque, je ne réalise pas, convaincu que c’est l’alcool qui me joue des mauvais tours. Il me fait la bise, il est avec un garçon, il serre la main à Sébastian. Nous balbutions quelques salutations de convenance, quelques marques d’étonnement – dessinons quelques sourires. Ils se mettent à la table juste à côté.

« Un autre mojito s’il vous plaît – un double » - j’explique la situation à Sébastian, il éclate de rire, il prend ma nuque, m’embrasse pour la première fois, il rit.

Thomas l’Anglais m’appelle, je lui propose de nous rejoindre, il vient avec sa fille à Payday, Aurélie. Le courant passe instantanément, nous enchainons les boutades et les rires. Thomas me propose de nous écarter du groupe et de fumer une cigarette devant l’entrée. Je le suis.

  • Il est beau. Vous vous êtes rencontrés comment ? vous faites quoi ce soir ?
  • Il est bourré, je ne peux pas le laisser sortir dans cet état. Je pense que je vais le raccompagner à l’Hôtel
  • Il est mieux que moi ?

S’en suit une conversation assez animée dont je ne retiens que quelques brides et l’objet principal : Thomas, un de mes meilleurs amis, me fait une crise de jalousie et m’avoue à demi-mot des sentiments que j’avais jusque-là totalement insoupçonnés. Après la visite surprise de Sebastian, cette journée quasi irréelle, Pierre mon ex qui sirote son Cosmo juste à côté, il ne manquait plus cela. Je préfère mettre ces aveux sous le coup de l’alcool. Nous rejoignons les autres.

J’en ai marre, j’étouffe, je propose au groupe de quitter les lieux, il est presque 23h. Sébastian me tient par la main. Elle est incroyablement chaude.

Nous arrivons à l’Hôtel, il s’effondre sur le lit, se déshabille. Je tiens à peine debout aussi mais ne tiens point à m’imposer dans ces circonstances :

« Me voilà rassuré de te savoir rentré – je file »

« Reste avec moi – viens » - il tend sa main

Je reste là – à moitié dans le noir, mon regard dans le sien, je ne réagis pas – quand je vous dis que la spontanéité ça me connait…

« Allez… »

00h11, ma tête est dans le creux de son cou, sa main sur mon épaule, son corps collé au mien.

Pas de sexe – rien… absolument rien. Juste un très long câlin chaud teinté de douceur et de Just Different d’Hugo Boss et ponctué par quelques souffles et quelques baisers sur le front.

Je sors du lit à 5h pour prendre une bouteille d’eau dans le minibar et en profite pour vérifier mes sms :

Pierre (l’ex) :

SMS 1 : Hello toi. Je ne vais pas te déranger trop longtemps mais les rencontres à l'improviste sont les meilleures… Ça m'a fait plaisir de te revoir, ton visage et ton sourire sont toujours aussi angéliques. Par contre il faisait la gueule ton copain quand tu m'as présenté, cela n’est point étonnant

Au plaisir d'une rencontre de nouveau à l'improviste

Pour info je suis présent sur Paris jusque Lundi 19h15, si tu veux aller boire un verre fais-moi signe

Bisous

Delicioso (L’Argentin – Présentateur à France Télévisions – voir billet sur le multidating) :

SMS 2 : Ta nouvelle photo est magnifique. Je revois quand ? (perdu de vue depuis quelques semaines)

Julien (aventure perdue de vue depuis 5 bons mois)

Salut, comment vas-tu ? Cela fait longtemps je sais… Je suis plus sur Grindr au cas où tu te serais posé la question mais comme tu peux voir… je ne suis pas prêt de te lâcher… après si je reviens trop tard, dis le moi, je ne t’embêterais pas… Bonne nuit

Je me remets dans le lit mais je n’ai plus vraiment sommeil. Je le regarde dormir, les yeux clos, la respiration constance. C’est un passe-temps exquis.

9h27 – Il dort encore, je prends une douche, me prépare à rentrer. Il balbutie un « câlin ! » ensommeillé. Je souris. Câlin de 47 secondes. Oui je les ai comptés. Je referme la porte.

Dans la petite et merveilleuse vie de Dorian il y’a pas mal de choses : les boutiques de déco, le magazine GQ, les chansons de Norah Jones, les gambas fraiches, les chaussures, les expos, la vie sous –marine à L’Anse du Colombier à St Barth, les macarons, les poissons rouges, les garçons du samedi qui ne sont pas comme les autres samedis.

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Seb_Stbg 27/04/2013 14:36

Et donc tu as encore des news de mon voisin helvétique?

Seb_Stbg 02/05/2013 19:16

Surtout que cela fait toujours plaisir ;)

Dorian Gay 28/04/2013 22:56

Actuellement en vacances à Tel Aviv, il me gratifie de temps en temps de messages et de petites pensées et c'est très touchant :)