Grindr et Addiction: Il m'aime un peu, beaucoup, online, ou pas du tout..

Publié le par Dorian Gay

Grindr et Addiction: Il m'aime un peu, beaucoup, online, ou pas du tout..

They tried to make me go to rehab, I said no, no, no

Yes I've been black and when I come back, you'll know, know, know

I ain't got the time

And if my daddy thinks I’m fine

They tried to make me go to rehab I won’t go, go, go

Comment ne pas débuter l’écriture de ce billet d’un ton plus léger que le précèdent, avec un verre de Porto, une cigarette à la menthe, et ce refrain obsédant que chante Amy Winehouse , prêtresse incontestée de l’anticonformisme, de la coiffure-choucroute inimitable et de la démystification des dépendances de toute sorte.

La cure de désintoxication est devenue une pratique banale de nos jours et constitue à elle seule un marché florissant vampirisant tous les maux qui gangrènent la société des Hommes qui ne sourient plus : alcool, tabac, sexe, biscuits Oreo, drogues, travail, sucre, virtualités , et même ingestions de substances… relativement originales : poils de chats, sable, papier toilette, mousse de matelas, verre, scotch, cendre de cigarette ou urine.

RECTO

Sans pour autant tomber dans de tels extrêmes, force est de constater que les sites et applications de rencontre, dont l’usage s’est totalement démocratisé ces dernières années sont devenus une pierre angulaire de la condition de célibataire (et moins célibataire) gay. Qui n’a jamais entendu parler de Gayromeo ou de Grindr à défaut d’y posséder un compte ? Pour l'infime minorité, sans conteste enlevée par des êtres venus d'ailleurs pendant ces 5 dernières années, les dires d'un certain Bloggeur, amateur de Trotinette et de fruits rouges seront plus éloquents que ma prose légèrement désinhibée du lundi soir :

"pour les non initiés (non iPhonophiles, non smartphonophiles), Grindr est une application de rencontres avec système de géolocalisation permettant la tenue de discussions privées entre deux internautes(*) cherchant un compagnon de macramé; Grindr étant l'application idéale pour nouer liens et fluides"

Si vous n'avez toujours pas compris, le torse rebondi et glabre, l'accent irrésistible et les petits yeux de Davey Weavey autre Bloggeur qui traite de la thématique en podcast vidéo, devraient être tous aussi efficaces.

De même, qui n’a pas remarqué que même dans les lieux physiques de rencontre, les âmes qui y trainent sont toutes éblouies par le rétro éclairage de leur Smartphone et ne communiquent que par ondes hertziennes, par le biais de petites bulles jaunes et bleues ? Qui ne reconnaîtrait pas parmi mille sonorités, le très notoire **blurp** Grindr annonçant la réception d'un message, d'une photo pudibonde ou d'un non moins fameux et raffiné "Slt, cho, pic, tu ch quoi, tu recoi?"

Cela soulève des interrogations: à partir de quelle fréquence doit-on considérer qu’on est dépendant ? Peut-on réellement décider de débrancher le câble et lever les yeux de l’écran ? Est-ce grave docteur ?

Quelques signes ou symptômes ne trompent cependant pas. Si vous vous reconnaissez, il est sans doute temps d’en parler à un spécialiste ou de réserver la somme de cet investissement à l’achat d’un nouveau smartphone encore plus rapide et doté d’une autonomie plus importante.

- je me connecte chaque jour ou pire plusieurs fois par jour, histoire de voir ce qu’il y a sur le marché

- chaque fois que je me rends dans un bar, boîte, club de fitness, j’allume Grindr pour voir si certaines personnes que j’ai en vue sont connectées

- lors d’un dîner, apéritif entre amis, je ne peux m’empêcher d’allumer la machine à minous (merci à Mountain High pour le néologisme)

- je vérifie mes messages chaque matin sur Grindr ou Gayromeo avant que mon café ou mon thé soit prêt

- je reconnais les mecs dans les soirées gays par leur pseudo/photos même si je ne leur ai jamais parlé

- j’ai passé tellement de temps à écumer les profils de ma ville que je peux renseigner tous mes amis sur les profils : celui-ci est un bon coup, celui-ci est mytho, celui-ci est dépressif, celui-ci a un micropenis, celui – ci passe ses journées à poster des photos de chats sur instagram…

- dès que j’attends le bus ou le tram, dès que j’ai un temps mort, je me connecte histoire de...

- lors d’un voyage dans une autre ville ou à l’étranger je n’ai plus la 3G je panique car je ne peux plus me connecter à Grindr ou Gayromeo

- même au bout du monde, en vraies vacances total break, je continue à y jeter un oeil

- dès que je suis à la maison, Grindr ou Gayromeo tournent en fond sur l’ordinateur ou le téléphone

Cela est peut être dit sur le ton de l'ironie mais cela n'entame en rien le caractère éminemment sérieux de ces dépendances et de leurs conséquences: frilosité quant à l'engagement (théorie de "l'herbe toujours plus verte dans le pré d'à côté"), sentiment teinté de défaitisme selon lequel ces plateformes sont aujourd'hui le seul moyen d'aller vers l'autre, perte totale de repères et situation de handicap dès que l'on en est privé, réticences à fournir l'effort classique à toute rencontre à "l'ancienne" dès lors que cela peut être fait de façon aussi expéditive que par quelques clics, quelques photos suggestives et une carte de géolocalisation, et j'en passe...

Je me souviens encore fraîchement du sentiment de surprise mêlé à celui du temps qui ralentit, qui se suspend aux lèvres et aux cils d'un inconnu qui vous aborde à l'ancienne, balbutie, les joues rougissantes un compliment et entame un semblant de discussion sensée briser la glace qui sépare votre numéro de téléphone de son répertoire téléphonique. Cet Eric, décorateur, grand blond au regard bleu caeruléum avec qui j'avais discuté de photo et de jardins parisiens le temps de 8 stations de métro; Cet autre brun qui s'assoie à votre table et feint de s’intéresser à la couverture du livre dans lequel plongeait votre nez; Cet autre garçon qui vous propose avec la spontanéité la plus surprenante de partager votre taxi.. puis un verre de vin... puis quelques semaines plus tard l'oreiller gauche de son lit et son café.

Ne culpabilisez cependant pas! Vous voulez en parler ? Allongez-vous sur ce divan…tout va bien…relaxez-vous et écoutez ma reprise a capella de Nina Simone…

VERSO

Le versant de ce phénomène de dépendance est le dysfonctionnement du schéma classique et dogmatique de la rencontre et de la séduction.

Comment savoir si une personne rencontrée (bibliquement ou non) nous plaît vraiment. D’aucuns vous diront que c’est quelque chose que l’on ressent avec cette chose qui se moue à rythme constant sous le thorax et que d’autres appellent le cœur. Certes et bien heureusement. J’ajouterais qu’il y a un autre indice. Lorsque l’envie de se connecter à Gayromeo ou Grindr vous quitte, c‘est plutôt bon signe.

Personnellement c’est ce que je ressens à chaque fois. Tout ce marché du sexe et des rencontres vous paraît subitement dénué d’intérêt, sans goût ni saveur. Qui a dit que l’herbe était plus verte ailleurs ?

Cependant une fois ce premier sentiment d’euphorie passé, une question se pose assez vite avec acuité. Est-ce réciproque ? A une certaine époque, nous effeuillions les marguerites. Il m’aime un peu, beaucoup, passionnément…De nos jours comment vérifier si ce n’est se connecter pour voir si l’autre est online ?

Est-ce une déception si l’autre personne traîne aussi sur ledit site ? N’oubliez pas qu’il est peut-être en train de faire la même chose que vous… Si son statut donne lecture d’un texte clairement explicite dans un sens qui ne laisse pas de place aux ambiguïtés, vous feriez sans doute mieux de prendre du recul ou de calmer vos ardeurs romantiques.

Cela pose la question cruciale de savoir quand une relation débute-elle ? A partir de combien de temps, de fois estime-on qu’on est entré dans une relation « sérieuse » ? Une ou deux semaines ? Ou si on reformule à partir de combien de jours peut-on exiger de l’autre qu’il désactive ses profils ?

Question ardue s’il en est. Elle se pose souvent chez les gays. Sauf si on décide d’être un couple ouvert dès le début. Ou que chacun garde son profil en annonçant qu’il ne cherche que « des amis », mais l’expérience nous montre qu’il ne s’agit là que d’un énième subterfuge même lorsqu’il s’inscrit au départ dans le plus pieux, fraternel et désintéressé des sentiments.

Je n’ai pas hélas la réponse ce soir! Oui cela m’arrive de faire le tour d’un sujet, de monter les hauteurs escarpées de la réflexion, puis redescendre dans les plaines du simple constat, sans, ne serait-ce qu’un début de solution. Gayromeo et Grindr favorisent les rencontres mais ils peuvent parfois briser les amours naissantes. Des outils à double tranchant : lisez les conditions générales ou à vous de les inventer.

P.S. Pour ceux qui restent sur leur faim, vous pouvez retrouvez ici un autre article de ma plume, qui répond de façon plus intimiste (et cynique) dirons nous, au présent billet : c'est ICI

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Seb_Stbg 29/05/2013 23:01

Oh en te lisant, j'ai tant l’impression de revenir quelques mois en arrière...

L'excitation de rentrer le soir pour voir si #MisterGeek est connecté. La déception si il ne l'est pas.

Puiis la première rencontre, la seconde organisée sur GayRoméo, la troisième par sms ou Gtalk... Plus envie de se connecter pour ne pas donner le sentiment de continuer à chercher mais la tentation de voir si lui est connecté.

Et après de savoir le timing de si on est rentré dans la phase sérieuse et exclusive, la date "officielle" du commencement du couple etc.

Cela a donné chez nous une bonne heure de débat pour la déterminée :D