Guide de (Sur)vie du Gay Noir à Paris

Publié le par Dorian Gay

 

     L'on aura beau essayer de me convaincre, me chanter, sur fond de musique hippie, les louanges de la présumée homogénéité, solidarité et fraternité homo, je resterais toujours inflexible sur un point : l’animal gay est sectaire et ne pas l’admettre c’est se pâmer d’illusions.

 

     Bears, Gym Queens, Folles, Crevettes ou Twinks, Groupes ethniques, Androgynes, Daddies, Travestis, Gaymers, pour ne citer que ces quelques grandes fragmentations.

      Aujourd’hui, je ne m’armerais pas de mon glaive de justice pour prétendre défendre telle ou telle sous-communauté ; Non je veux me saisir de ma lame tranchante de franchise afin de parler plus précisément d’un groupe ethnique que je pense connaitre plutôt bien : les gays blacks, noirs, colorés si vous préférez.

 

Pourquoi ? Pour deux raisons simples :

-          La première est que les groupes ethniques gays sont ceux auxquels on est renvoyé à vie : un bear peut se raser et laisser exulter sa part de féminité, une crevette peut se mettre au sport et se gaver de protéines, un androgyne peut se mettre aux hormones, mais un gay noir reste un gay noir. Point.

-          La seconde raison est que l’homosexuel commun à qui on reconnait une certaine ouverture d’esprit, reste néanmoins un être humain comme les autres et qu’à ce titre n’échappe pas aux préjugés et autres idées préconçues largement diffusées et entretenues.

 

Il est donc plus que jamais temps de pousser un bon coup de gueule et de démystifier la vie du gay ébène.

-          Non, le Gay Noir n’a  pas un pénis de Mammouth : Las de cette légende populaire qui nous poursuit depuis la nuit des temps. Pour avoir, moi-même, avoir assez de matière pour me prononcer objectivement, je peux affirmer que j’ai rencontré de façon intime autant de garçons blancs insolemment bien dotés par Père Nature que de garçons noirs et inversement.

                 Il suffit de se connecter sur un site de rencontres quelconque pour se rendre compte de l’ampleur du phénomène : « Cherche Black TBM », « Dispo pour bonne grosse queue black », « J’attends mon black monstercock » et autres joyeusetés.

              Pire, tentez de taper ce début de phrase « do blacks have…. » sur un célèbre moteur de recherche et vous serez, je ne pense, que peu surpris de voir qu’après « ... more testosterone », et « …smaller brains », trône en troisième tête des suggestions automatiques « … big cocks ». Lord.

 

 

            Outre l’indéniable côté réducteur de la chose, si je peux me permettre ce jeu de mots, combien d’amis ai-je vus se plaindre d’être « engin-ifiés », d’être perçus comme des symboles sur pattes (et troisième jambe) d’exotisme alors que la contrée la plus exotique qu’ils aient foulé de leur vie était Montpellier en été, en classe de CM2 ; Combien de complexes ai-je vus se développer chez ceux, tellement nombreux, qui avaient été modestement  gratifiés par leurs gènes ; Combien de messages ai-je reçus quémandant la taille prétendue spectaculaire de mon petit Jésus (pas de jeu de mots encore une fois) ?

 

Tout ceci devient à la longue lassant, accablant, épuisant, ennuyant, harassant et totalement indisposant.

 

-          Non, le Gay Noir n’a pas toujours la peau douce : Une anecdote personnelle servirait d’illustration adéquate à ce mythe. J’étais fraichement arrivé à Bordeaux, je n’avais comme réel ami de longue date qu’Eric, qui, pour fêter mon installation m’a convié à un apéritif dinatoire auquel était conviés d’autres de ses amis (gays précisons-le).

        En plein apéritif, entre le saucisson et les cornichons, l’un des convives attablé à ma droite, légèrement éméché, me caresse soudainement le bras  (j’avais un polo à manches courtes)  et s’écrie :

- « Wow, c’est fou comme c’est doux » ;

      regard à la fois médusé et amusé de ma part avant que l’ami qui l’accompagnait commente avec la légèreté la plus lapidaire:

- « oh mais c’est normal, les blacks ont tous une peau de dingue ; je suis bien placé pour le savoir car mon ex (avec lequel il était resté 3 semaines…) était antillais. Ouais, ouais je sais ».

No comment.

 

-          Non, le Gay Noir ne vit pas toujours de l’autre côté du périphérique et ne vient pas sur Paris que les weekends lorsque sa carte Navigo est dézonée : Une autre anecdote s’impose. A Paris cette fois – ci, je faisais acte de présence dans un dîner chic dont l’hôte était une vague connaissance ; acte de présence seulement car je m’y ennuyais à mourir, la seule motivation m’ayant conduit à assister étant le caviar Iranien et les Bouteilles de Mumm qui y été annoncés (oui je sais aussi être opportuniste).

         Totalement excentré du groupe,  et perdu dans mes réflexions personnelles, jusqu’à ce qu’une discussion ayant pour thématique les homos de banlieue ne fut mise sur la table, ce qui laissa à chacun la possibilité de mettre son petit grain de sel : « Oh moi je suis sorti avec un sénégalais, je vous dis pas ! j’étais las de faire 2h de RER pour le voir tous les weekends » ; à un autre de renchérir  « Ah ne te plains pas, toi au moins sa banlieue était desservie par le RER, je devais y rajouter une course de taxi moi ! ».

 

          Ces remarques sanglantes sonnant à mes oreilles comme  actes de défiance personnelle,  sur le ton le plus monotone et le plus métallique, j’intervins :

- « euh, je vous rappelle juste qu’au cas où vous l’auriez oublié que je suis coloré et dites-moi si j’ai Alzheimer, mais je ne me souviens pas habiter dans le fin fond du 93, dans des contrées si exotiques où pour le faut se mettre sur les pointes des pieds pour en voir les stations de RER sur une carte RATP. J’habite et j’ai toujours habité, et sans prétention aucune, un des plus  bourgeois arrondissements de Paris ».

         La réponse, noyée dans les rires des convives fut sanguinaire : « Oui mais toi t’es un bounty mon Dorian chéri ». Pour ce qui ignorent ce que c’est qu’un bounty, remplacez les couches de couleurs composant la barre chocolatée du même nom par les couleurs de peau inhérentes et vous comprendrez assez vite ; Bounty est en effet le très mignon qualificatif dont sont revêtus les personnes noires bien intégrées, si bien intégrées qu’elles n’ont de noire que l’enveloppe charnelle. Le bounty est au noir ce que le jambon beurre est à l’arabe et ce que le maki-saumon est à l’asiatique. Well, la bouteille de Mumm fut bien amère...

 

-          Non, le Gay Noir n’est pas toujours actif : et j’en suis la preuve vivante. En parcourant quelques annonces de quelques sites de rencontre, je n’ai pas pu m’empêcher de constater que celles qui avait pour public  des noirs étaient toujours accompagnées, dans la description des attentes de leurs auteurs, de deux adjectifs récurrents : macho et viril.

         A cela il faut y ajouter des statistiques éloquentes : sur 35 annonces que j’ai pu lire, 29 mentionnaient la recherche d’un noir actif, contre 6 seulement pour un noir passif…

 

         N’avons-nous pas de public nous les colorés passifs ? Sommes-nous des anti-fantasmes ?

         Lorsque je me remémore des dizaines, voire des centaines de messages que j’ai pu recevoir sur ces mêmes sites, me demandant quel type d’actif j’étais et quelles étaient mes performances alors même que j’avais pris le soin de préciser tangiblement mes préférences, les réponses aux précédentes questions seraient plutôt affirmatives.

 

         J’ai eu le loisir d’en discuter avec quelques autres amis noirs eux-mêmes passifs et nous sommes arrivés avec ironie aux mêmes conclusions : une grande majorité des sollicitations que nous recevons viennent de caucasiens d’un certain âge, ou au mieux (ou au pire selon l’appréciation) d’autres gays colorés, qui après moult précautions (il faut rester « scred entre frères » disent-ils) et après avoir affirmé plus d’une dizaine de fois leur présumée bisexualité, arguent que tout cela n’ira pas plus loin que quelques coups de reins dans une cave du 93 (prononcez 9-3 wesh). Charmant…

 

 

-          Non, le Gay Noir n’enchaîne pas toujours les CDD au KFC, il lui arrive aussi de faire des études supérieures  et d’avoir un minimum de culture: petit aveu personnel : j’ai un faible pour les dandys des temps modernes ; donnez-moi un zeste de Fred Astaire, un soupçon de James Dean et une pincée de Ryan Gosling et vous obtenez le cocktail de ma mort d’amour. Qu’est-ce que j’entends par Dandy ? Un garçon mêlant raffinement et culture, sensibilité et passions d’élite, charisme et goût du beau, virilité et once de féminité, bonne éducation et mondanités. Et il s’avère que j’ai toujours eu beaucoup de mal avec les garçons qui emplissait ne serait-ce que partiellement ces critères (non exclusifs et impératifs), qui pour la plupart étaient caucasiens.

 

            Pourquoi ? Désintérêt total envers ma personne de prime abord. S’arrêtant à mon enveloppe charnelle bronzée, le présupposé était que je ne  pouvais de facto représenter un quelconque intérêt intellectuel,  cela étant bien sûr finement et subtilement annoncé. Et ce n’était que lorsque je m’exprimais en retour, armé de ma plus belle éloquence et de ma modeste culture, que, comme par enchantement, les réactions muaient tantôt en quasi-stupéfaction, tantôt en curiosité malsaine : je passais pour un OVNI.

 

             Ayant eu, et j’en ai pleine conscience, le privilège de fréquenter quelques institutions universitaires et hautes écoles les plus prestigieuses de ce pays, je l’affirme avec la certitude la plus complète : des homos noirs médecins, avocats, ingénieurs, chefs d’entreprise, professeurs émérites, hauts fonctionnaires, diplomates, ne sont pas des chimères.

 

            Il faut juste apprendre à ouvrir les yeux et l’esprit, avant d’enfiler son jockstrap ou son cockring.

 

-          Non, le Gay Noir n’est pas toujours synonyme d’exotisme : sauf si vous considérez par exemple que manger un hachis Parmentier bien franchouillard avec des baguettes chinoises est le comble de l’exotisme, hypothèse dans laquelle je vous inviterais à penser sérieusement à voyager un peu pour votre bien et celui de votre ouverture d’esprit.

          Pour beaucoup, dès que l’on prononce le mot « black », leur imaginaire leur fait miroiter guerriers massais et vastes savanes Africaines, plages de Gorée et muscles ébène saillants sous le soleil sans pitié de la terre mère, tam-tams et danses envoûtantes.

          Combien de fois ai-je moi-même reçu des messages, sur ce même site de rencontre (à qui je fais finalement tellement de publicité), me demandant, en partant du présupposé « logique » que peau noire = immigrant/étranger = Africain = mange bananes et peû pa bien parlet franssais, de quel pays je venais et ce que je faisais en France ?

          Et combien d’autres fois ai-je été témoin de quêtes quasi-obsessionnelles de peau ébène car « ca réchauffe de soleil en ces temps hivernaux ».

 

          Well, si le 16ème arrondissement de Paris est une terre du soleil et que mes quelques voyages en Amérique Latine et au Maghreb font de moi un être exotique et venu d’ailleurs, et bien je veux bien me rallier à l’imagerie populaire.

 

 

          Comment, ne pas finir cet article chers lecteurs par une petite blague dénichée sur … un forum gay il y’a quelques jours ?  Je vais donc vous quitter sur cette note humoristique et aller me préparer mes bananes flambées au curry en caressant lubriquement mon énorme verge à la peau douce qui dépasse de mes dessous, charger ma carte navigo jusqu’à la zone 5, chercher sur un chat avec quel passif soumis je vais passer la nuit, et penser à aller déposer demain quelques CV au Starbucks de Saint Denis.

 

 

Deux prisonniers, un noir et un blanc, attendent leur verdict dans leur cellule. 
Le verdict tombe : 20 ans de trou!  Ils s'entendent pour éventuellement se satisfaire mutuellement, sexuellement  parlant. Autant donc commencer le soir même. Ils décident de choisir à pile ou 
face, chaque soir. C'est le blanc qui gagne: 
Le noir fait la femme et se met en position. Il se tourne donc, et voit le blanc 
qui s'astique le sexe avec un liquide gras et blanc. Il lui demande ce que 
c'est... 
Le blanc répond que c'est de la vaseline, comme ça, 'il aura moins mal au 
cul...'. 
Le soir d'après et pendant 10 jours, le blanc gagne, et la scène se reproduit à 
chaque fois de la même façon.  Puis un soir, ce qui devait arriver, arriva, et le noir gagne le toss. Le blanc  accepte, et se met en position. Il se retourne soudainement, et voit le noir qui 
s'astique avec une substance grasse et verte. Il lui demande également ce que 
c'est. 
L'autre lui répond:  'C'est du Vicks, comme ça tu auras moins mal à la gorge !!!' 

 

 

 

 

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Monkey 25/10/2016 19:09

Très juste et amusante vision des choses ! La dérision pourrait sauver le monde :)

WhiteDyonisien 15/10/2014 15:04

Il n'y a pas de Starbuck à Saint-Denis! CQFD

lilo 19/09/2014 21:09

Merci pour cet article, qui m'a remonté ma soirée. C'est fou rire apres apres fou rire que je suis parvenu au bout...benfin je me rends compte que mes perceptions ne sont pas aussi faussées apres avoir lunle recit de tes deboires. Une note psitive serait cependant appreciables pour les autres gays victimes clichés populaires qui te lisent ... c'est diprimant quand on y repense bien en réalité.

Jean 23/08/2014 16:18

Bonjour et merci pour cette prose dont le plaisir que m'a procuré sa lecture est intimement lié à sa qualité humoristique par une belle plume élégamment portée.

Au plaisir de vous rencontrer

Grégoire 07/05/2014 18:42

J'adore vraiment ton écriture ! Très drôle et très vrai !