J'aurais voulu être un Imbécile

Publié le par Dorian Gay

J'aurais voulu être un Imbécile

J’aurais voulu être un imbécile. J’admire les imbéciles, qui ne doutent pas d’eux, qui avancent tout droit, sans regarder ni à droite ni à gauche, enfermés dans leurs certitudes, et qui se soucient comme d’une guigne de ce qu’ils auraient pu être et qu’ils ne sont pas. Je ne cesse jamais de me dire que j’aurais dû prendre un chemin différent, que j’aurais mieux fait d’être un autre. Je pousse la contradiction si loin qu’il m’arrive aussi de me foutre éperdument de toutes ces ratiocinations et de vivre comme ça, au jour le jour, sans me poser la moindre question et en me moquant de tout ce qui peut ressembler à des scrupules et à des atermoiements.

Mais moi Dorian, 21 ans, 1m75, 60 kg, groupe O+, je suis de la famille de ceux qui s’interrogent sans fin sur eux-mêmes et sur le monde et dont le ressort est l’insatisfaction, le Baudelairisme, l’altérité entre Spleen et Idéal.

« Est-il préférable d’être un con heureux ou un homme complexe et éternel insatisfait ? » - question à laquelle je n’ai jamais pu répondre.

Et si il y’a bien un sujet sur lequel mon incertitude récurrente, ma complexité, s’est épanchée, il s’agit bien du bonheur, cet état de plénitude et de satisfaction selon Le Larousse.

Loin de moins l’envie de me lancer dans un débat philosophico-méta-physique mais juste initier une réflexion sur l’obligation, oui le devoir de bonheur, mythe encore plus vieux que les hommes eux-mêmes. Oui peu importe le méridien sous lequel on voit le jour, quel que soit le dieu que l’on vénère (ou pas), quel que soit le statut social que l’on occupe, nous sommes tous investis de cette mission, cet engagement, ce tribut : être heureux, trouver la cachette de cette chose informe et fantomatique que l’on appelle le bonheur, cette chose que l’on nous vend derrière des maisons chics de Banlieue, des dents ultrablanches traitées au BlueLight, des monospaces et des mioches, des paies à 6 chiffres, des IMC normaux, la santé, les amis, l’accomplissement professionnel et les pilules antistress.

Comme dit Jean d’Ormesson, il y’a quelque chose, avant la mort, qui ressemble à une vie et le pire est qu’il faut tâcher de vivre avant de mourir.

Et cela me renvoie à mon postulat de départ : les imbéciles qui ne se posent pas de question sont-ils les seuls à débusquer ce « bonheur », ou du moins ce postiche qui y ressemble fortement ?

La réponse à cette question m’intéresse notamment en matière de relations humaines et sentimentales, élément déterminant de ce qu’est censé être le bonheur et de la sanction infligée à ceux-là qui refusent à ce modèle, cette équation : bonheur = couple = enfants.

Or il est à constater que ce bonheur, ce bonheur frelaté, ce bonheur Barbie & Ken, ce bonheur plastique n’est qu’un combat perdu d’avance pour la majorité, une illusion entretenue par tous. Les contes de fées n’existent que dans les contes de fées. La vérité est plus décevante, la vérité est toujours plus décevante, c’est pourquoi tout le monde ment. On dit souvent qu’il faut préserver les apparences pour être sauvé, moi je dis qu’il faut les assassiner car c’est le seul moyen d’être sauvé.

Quelle est donc cette vérité ? C’est qu’aujourd’hui un couple hétéro sur deux divorce après moins de deux ans de mariage. C’est qu’aujourd’hui 66% des filles dans la trentaine sont célibataires et que 37% d’entre elles enchaîneront des aventures jusqu’à la fin de la vie sans réelle stabilité, aigries et frustrées de ne pas avoir trouvé ce que l’on a toujours vendu et autour duquel elles ont édifié leurs vies. Je dis « elles » mais « ils » aussi ne dissonerait pas. Oui ces « ils » qui subordonnent toute vie heureuse à des impératifs sentimentaux et qui n’hésitent pas à « acheter » une épouse d’Europe de l’Est ou de Thaïlande.

« ils gays » ne sont pas épargnés. Je me rappelle de ce dîner mondain de la semaine passée où entre deux plateaux de petits fours, je parlais à deux charmants messieurs au look BCBG British savamment entretenu et qui m’annonçaient fêter bientôt leurs 24 ans ensemble (ils se sont rencontrés très jeunes) et dont l'effet d'annonce a failli me faire renverser le service de flûtes. Je fais partie sans doute de cette jeune génération homosexuelle qui observe les relations se faire et se défaire en semaines et en mois et pour qui les années sont un ordre de valeur chronologique qui relève des contes de Grimm.

Pour nous l’amour Beigbederien dure 3 mois et le célibat 3 ans. Si peu sont en couple, et afin de gonfler ce nombre je compte même ceux en couple libre. Si peu le restent, tellement finissent seuls convaincus d’avoir raté le but de leurs vies. Beaucoup abandonnent par dépit cette recherche et se retranchent derrière des peurs ou des anticipations : peur de la fin seule, peur de l’âge qui n’épargne pas, etc. D'autres, enfin, décident de faire le choix de la solitude assumée.

Les sites de rencontres et autres vendeurs de rêves matrimoniaux s’enrichissent sur notre quête du bonheur, notre lourde mission de trouver parmi ces 7 milliards de corps errants, celui qui voudra bien accepter de payer la moitié du loyer, nous épouser (nouvelle innovation incluse dans le pack) nous supporter jusqu’à la tombe et sortir le chien une fois sur deux. Tels les gnous qui naissent avec la vocation innée de migrer une fois l’an, les Hommes naissent avec celle de ne pas finir seul, élément intrinsèque nécessaire au bonheur.

Et pourtant je ne suis entouré que par ça, aussi bien hétéros qu’homosexuels : des âmes en quête obsessionnelle d’écho, d’alter égo, tant de notes de restaurant, de préservatifs souillés, de sms teintés de déception, d’heures passées sur les sites de rencontres et dans les lieux inhérents et tant de recommencements ; et j’ai moi-même été pendant très longtemps membre actif de cette majorité silencieuse.

Je ne me faisais nul souci à propos de la pérennité de ma carrière professionnelle, ni quant à mon cadre social ou à ma santé mais subordonnait toute plénitude personnelle, tout accomplissement au son d’une voix qui vous accueille quand vous rentrez à l’appartement ou à la deuxième brosse à dents sur le lavabo de la salle de bains. Quête qui me fit même appliquer à la recherche amoureuse des principes d’économies, d’où cette fameuse pratique du multidating sur laquelle nous ne reviendrons pas.

Finalement la solution ne viendrait elle pas de l’inversion des priorités ? L’anéantissement de cette obligation au bonheur qui nous est imposée d’une part ? Et d’autre part la redéfinition, chacun de nous pour lui-même des critères de ce bonheur ? Une sorte de droit au « malheur », ou du moins à un autre type de bonheur que l’on serait chacun libres de composer comme un sandwich Subway ?

Non pas une idée du bonheur – Mais des bonheurs

Cette longue réflexion fut salutaire – oui je ne me vouais pas à la quête de l’âme sœur pour les bonnes raisons, animé plutôt par des peurs, celle de la solitude d'une part et celle de ne pas pouvoir réaliser une partie de mes projets seul (immobilier, enfants ?), (or nous savons que la peur est un mauvais moteur), et par des désirs, notamment ceux de m’inscrire dans la normalité du couple.

Une fois cela acté, un recul s’opère et on se prend, on se prend oui à ne pas voir le célibat comme une fatalité ou un état de précarité ; et surtout, on entrevoit l’avenir plus sereinement grâce à une redéfinition des priorités remettant cette « obligation dogmatique » du couple à son rang : un bonus.

Je ne vous invite pas comme le fait Fréderic Beigbeder, à répéter de façon récurrente ces phrases :

  1. LE BONHEUR N’EXISTE PAS
  2. L’AMOUR EST IMPOSSIBLE
  3. RIEN N’EST GRAVE

Mais plutôt celles-ci :

  1. LE BONHEUR EXISTE
  2. JE PEUX Y RENONCER (n'écoutez pas HAPPY de Leona LEWIS)
  3. IL CONSISTE EN CE QUE JE DECIDE QU’IL SOIT

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felix 14/09/2013 08:06

Quand un et un font un, ils pensent à la même chose, ils ne vont pas très loin car la vie n'est pas rose.
Quand un et un font un, ils ne voient plus les roses qui poussent dans leur jardin ni le chat qui se repose.
Quand un et un font un, ils vivent la même chose mais pour un petit rien ils ne vivent plus rien.
Quand un et un font un, pas un des deux seuls n'ose, partir dans ce chemin border de milliers de roses.
Quand un et un font deux, ils se retrouvent enfin, ils peuvent être amoureux sans avoir de chagrin.
Quand un et un font deux, ils courent dans ces chemins peuplés de gens heureux qui se tiennent par la main.
Quand un et un font deux, ils charment leurs voisins, ils parlent très très peu, ça ne sert plus à rien.
Quand un et un font deux, ils filent tranquillement, devant, toujours devant; personne ne les attends. "Edgar de l'est, Un et un".

Seb_Stbg 19/05/2013 22:38

Le bonheur est subdivisé en plusieurs parties pratiquement indépendantes mais étroitement liées :
- Affectif
- Amical
- Social
- Professionnel

Les uns influent sur les autres mais il faut savoir limiter justement ces influence pour trouver la plénitude :)