La Chasse à la Folle est ouverte

Publié le par Dorian Gay

 

 

« Folle Out », « Cherche mâle viril », « en quête de vrai homme », « No mecs à sacs à main », nous avons déjà lu, ou lisons quasi-quotidiennement l’une ou l’autre de ces expressions, que l’on croirait sortis de la plume de lascars homophobes de cités, mais qui sont bien bels et bien l’œuvre ‘’de  semblables ‘’ sur les sites de rencontres qu’il nous arrive tous de fréquenter.

Et j’ai beau tourner la chose dans les choses, observer ce phénomène de tous les angles possibles et imaginables, je ne comprends pas cette guerre ouverte contre la féminisation.

Ce qui pourrait s’apparenter au culte de la virilité, à du quasi-sexisme (folle = femme = maaaal)on, voire de la paranoïa malsaine, est d’autant plus choquant lorsque l’on connait tous les louanges chantant la présumée ouverture d’esprit des homos. Tel l’Ourobouros, le serpent qui se mord la queue et qui finit par se manger lui-même, l’on voit de plus en plus distinctement depuis ces dernières décennies, cette chasse intestine qui est faite à l’homosexuel efféminé.

Je ne peux qu'observer passivement ce gâchis, car j’estime qu’être homosexuel c’est, vis-à-vis des stéréotypes masculins et féminins une vraie richesse, un bel atout, qui fait de nous des êtres hybrides, aussi bien capables de se passionner pour les activités les plus viriles qui soient, que de ‘’gossiper’’ avec les ‘’copines’’ et de glousser comme des dindes aux terrasses des cafés, se moquant allègrement des passants. J’ai toujours pensé que l’homosexuel a permis à la société moderne dans laquelle nous vivons de transcender les genres, de briser les cloisons des stéréotypes, dépasser les frontières des préjugés et des carcans et je me rend compte aujourd’hui que n’avons fait que déplacer ces murs pour les placer entre nous.

 

Pourquoi ? Pour quelles raisons la virilité est devenue le standard et la folle personae non grata ?

 

La Chasse à la Folle est ouverte

 

-          La première raison qui l’explique est je pense l’image péjorative et  stéréotypée de l’homosexuel longtemps entretenue par les médias  et qui ont sournoisement placé dans l’imaginaire populaire cette équation : homosexuel masculin = excessif = extravagant = garçon à perruque blonde, talons hauts et vulgairement maquillé et qui chante Dalida tous les soirs sur les tables des bars. Et à ce titre la Cage aux Folles, qui n’est plus à présenter en est une illustration parfaite : O Renato, Albin et Jacob, que je vous ai haïs durant mon adolescence! Là où le public de masse ne voyait là qu’un énième satyre et une confirmation de l’imagerie populaire, je ne voyais que le reflet de l’image que j’étais sensé refléter et que j’étais loin d’être. Aujourd’hui, bien que les esprits soient plus larges, et les mœurs plus tolérantes, je crois qu’il subsiste encore ce point quelques réminiscences qui constituent le socle psychologique dans lequel vient se planter ce rejet de « ce que nous sensé toujours refléter ».

 

-          Loin de moi l’envie de faire de la psychanalyse de comptoir, mais je ne peux m’empêcher de penser que ce rejet de la féminisation s’ancre de quelque chose de profond : l’envie (ou la nécessité) de dissocier ses préférences sexuelles de l’image que l’on peut refléter ; En d’autres termes : homo inside, hétéro outside, permettant de vivre alors pleinement sa vie d’homo tout en restant enfermé dans la sécurité douillette du look hétéro. Ni vus, ni connus : vivons heureux, vivons cachés dit-on. Que cela soit totalement naturel ou délibérément choisi, quitte à forcer le trait et à vivre dans un rôle de macho man, le plus important pour moi est que cela soit assumé : combien de fois ai-je vu des garçons à riche pilosité,  à la voix grave et masculine et puant la testostérone, exhalant la puissance, le muscle et la virilité, se déhancher sauvagement  en soirée à en faire pâlir Beyoncé, dès qu’ils avaient quelques grammes d’alcool dans le sang et que le DJ passait quelques titres pop, comme s’ils étaient soudainement libérés d’un poids ?

 

Toutes les raisons qui expliquent cette chasse à la folle sont finalement très hétérogènes : opportunisme, clivages, préjuges plus ou moins inconscients, pressions sociales, standardisation du modèle homo so 2014.

 

Pour ma part, c’était dès le début foutu : physique longiligne,  yeux de biche en amande, visage poupin, traits féminins, imberbe, j’étais bien conscient qu’il me serait difficile à terme de correspondre aux standards physiques de l’ado post-pubère masculin et macho et que j’allais très vite me retrouver confronté au choix de ‘’modeler’’ mon corps ou de l’accepter tel quel. J’étais cependant loin d’être efféminé, non par retenue, mais juste par habitude. Ce n’est que plus tard, surement imprégné d’une partie de mon entourage, que quelques manières ont progressivement émergé, mais jusque-là rien de bien méchant. Aujourd’hui je pense avoir trouvé l’équilibre parfait : oui bien que correspondant au stéréotype du parfait minet, je reste un garçon qui laisse transparaitre librement et finement sa part de féminité ; Non je ne me maquille pas, je ne m’épile pas les sourcils, je ne porte pas les dernières wedges à la mode, je ne me laisse pas pousser les cheveux, je n’ai pas une voie aigue et criarde, je ne me marche pas dans la rue le bras en théière en dandinant mon arrière train, mais je me complais parfaitement dans mon look de crevette néo dandy, n’en déplaise à nos détracteurs.

 

Je suis moi, sans retenue et à la fois sans excès et je pense que je n’ai jamais été aussi bien dans ma peau et aussi satisfait de mon physique. Non, hormones, protéines, salles de sports, poils et autres joyeusetés, vous ne serez jamais mon quotidien. Après avoir essuyé un énième râteau – « you look so feminine » m'étant opposé, on relativise et l’on se rend compte avec optimisme (en tout cas, en ce qui me concerne), qu’il ne sert à rien de se métamorphoser pour tenter vainement de plaire, ce n’est jamais très sain et ce n’est généralement qu’éphémère et illusoire. Il faut savoir savoir trouver son public et cela vient généralement de façon totalement naturelle, croyez donc Tata Do.

Enfin, sans vouloir tomber dans de la profusion d’éloges imméritées, je ne saurais conclure cet article, sans lever ma main magnifiquement bien manucurée et porter un toast virtuel à toutes ces figures homosexuelles disparues ou encore vivantes, dont beaucoup sont folles, oui folles, et qui, grâce à leur extravagance, leur courage, leur audace, leurs ‘’couilles’’ pendantes, ont permis à nous, homos de l’an 2013 de vivre dans une ère aussi tolérante ; Oui, à ces folles maquillées et fières, sans qui beaucoup d’entre vous ne pourraient pas exhiber leur barbe, leur  poil lustré et leurs muscles puissants et saillants sur les terrasses de la rue des archives. J’espère donc que vous ne regarderez plus un sac à main homme Longchamp de la même façon : car oui, cela est à mon sens, le symbole même de l’aboutissement d’une lutte menée par des hommes qui n’aimaient pas les cravates et qui préfèrent le mascara et les talons hauts. Virtual cheers

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