Le fouetteur et le fouetté: loi de Talion

Publié le par Dorian Gay

 

Lorsque je regarde à posteriori ma vie sentimentale, je me rends compte, non sans défaitisme qu’elle a été teintée de regrets. Regrets qui s’inscrivent dans un constat : je suis un sadomasochiste (involontaire) de l’amour.

Effacez de vos esprits coquins toute référence directe à la pratique sexuelle (à laquelle il m’arrive de reconnaitre quelques vertus) ; Lorsque je décide de faire le parallèle c’est sur le plan de la séduction, de la drague, des rencontres.

 

Le fouetteur et le fouetté: loi de Talion

 

Sadique pourquoi ? Parce qu’aujourd’hui, bien que jeune célibataire relativement bien entouré, je me suis rendu compte que je me suis retrouvé, au fil des rencontres, plusieurs fois face à de charmants garçons, qui en tout point, pouvaient me combler, mais à vis-à-vis de qui je suis resté fermé car « c’était trop beau, trop facile ».

J’ai en effet toujours pensé que l’amour était une sorte de lego ou de meuble IKEA en kit si vous préférez ; et que la bien curieuse vie nous mettait de temps en temps devant un kit ou un tas de LEGOS différents et nous mettait au défi de l’assembler comme des grands et qu’on devait au final se contenter, en fin de montage, d’un meuble bancal (car il manque toujours une pièce dans les meubles IKEA) ou d’une construction LEGO difforme.

 

Bref, qu’en matière d’amour, rien n’était livré plié, emballé avec un joli papier cadeau et un sublime nœud en satin surplombant l’ensemble. Ou du moins je l’ai toujours pensé…

 

Ces croyances irrépressibles m’ont ainsi, de façon plus ou moins inconsciente bien sûr, poussé à me refermer comme une huître dès que je me retrouvais devant un kit IKEA COM-PLET, un spécimen qui satisfaisait tous les critères de ma checklist du parfait gendre à maman.

Je me souviens de ce jeune (et magnifique) brun méditerranéen ténébreux, Franco – Italien de 26 ans qui habitait Tours, rencontré à l’angle d’un chat il y’a maintenant un an, et avec lequel j’ai correspondu pendant deux bonnes semaines avant qu’il m’enjoigne à passer le weekend avec lui, chez lui. Fabuleuse idée. Physiquement il était un hybride entre Enrique Iglesias et  Matt Bomer. Sainte Marie qu’il était bien foutu. Il entretenait savamment sa barbe de 3 jours qui lui donnait un air viril à se damner. Cerise sur le gâteau : la nature, dans un grand moment d’ironie (ou d’égarement) n’avait pas oublié de bénir ce qui pendait entre ses jambes ;

 Moins superficiellement, il était humour même et sa culture était impressionnante. On virevoltait donc alternativement entre chair et intellect, câlins passionnels et passionnés dont le souvenir me fait encore frissonner, à de passionnants débats sur l’instrumentalisation des médias dans la mouvance de la mondialisation ; entre shopping chez Ralph Lauren et visites d’Eglises. Il était présent, attentionné, réconfortant, sensible, vrai. Ma mère (à qui il faut reconnaitre une belle intuition et beaucoup de goût), que j’avais à tort cru en Weekend SPA et Détente à la Roche Posay, l’avait croisé très rapidement, alors que je l’avais invité à bruncher dans le jardin de la maison, un dimanche. Elle l’avait trouvé exquis malgré la furtivité de son passage et n’a pas tari d’éloges à son égard pendant les semaines qui ont suivi.

 

Et pourtant... et pourtant… je n’ai pas su le retenir, je n’ai pas su me lâcher, je n’ai pas su me dévoiler, agrippant de toutes mes forces la carapace en acier forgé qui me recouvrait. Ainsi, après son voyage - loisir à New York de deux semaines en fin d’année, pendant lequel j’avais été tenu quasi – quotidiennement de ses péripéties Big –Appliennes, j’ai insidieusement et progressivement disparu, comme j’étais venu dans sa vie, aussi facilement que le « salut » d’un chat …

Je me faisais rare, fantomatique, répondant de moins à moins à ses sollicitations, à ses messages, à ses pensées, jusqu’ à ce qu’il y’en ai plus un seul.

 

Le fouetteur et le fouetté: loi de Talion

 

Je me souviens aussi de cette autre perle rare, ce non moins sublime grand blond aux yeux bleus, de 24 ans au physique quasi – Aryien, beau à enchaîner des nuits blanches, gentil à souhait, et qui (aussi), remplissait tous les critères de ma checklist utopique. L’on avait passé des nuits exquises, des journées jouissives, une relation idyllique se profilait… avant que l’huitre se referme subitement et que le même scénario de relâchement se reproduise, entrainant chez lui SMS désespérés et désespérants, larmes au téléphone et lettres teintées d’incompréhension : « that was too easy ».

Hier, la propriété vide, malade, grippé comme un chien au fond de mon lit King Size, la voix mélancolique de Jarrousky émise par ma sono résonnant sur les murs, ayant comme seul compagnon Nougat, mon nounours bigleux, la question de savoir quel avait été le problème, m’a hanté.

La réponse grave, presque fataliste, se dessina progressivement : je suis un sadique sentimental, ou du moins je présente tous les symptômes de ce mal. Je n’arrive pas à être moi, à me lancer vulnérablement dans un début de relation, lorsque tout va trop bien, tout est trop parfait. J’ai l’impression, surement fausse et névrosante, que c’est un peu comme un trench coat Burberry Made In China – beau à l’extérieur mais non dépourvu de défauts d’imperfection cachés ; ou alors que c’est une énième réminiscence du manque de confiance qui me ronge (et que très peu de gens perçoivent) et qui me fait douter du véritable attrait de ces «mecs – édition limitée » pour moi.

C’est aussi peut être le fait qu’à force d’entendre « le beau et le bon ne se mélangent pas dans un même corps et inversement» que j’ai été amené à rejeter toutes les ‘’erreurs de fabrication’’, préférant des moins beaux mais bons, ou des moins bons mais beaux. En gros, toujours amené à choisir entre le « moche adorable et cultivé » et le « sublime mais con comme un poireau ». A vrai dire je ne sais pas, je ne sais plus…

Le fouetteur et le fouetté: loi de Talion

L’autre versant de mon mal, car, oui, ce mal est autoreverse, c' est le masochisme qui prend deux tournures tout aussi vicieuses. La première, corollaire caché du sadisme et du manque de confiance en soi, est ne pas ne considérer méritant des grâces et de l’ironie de la vie et fuir comme la peste ses bénédictions. La seconde tournure, relativement plus importante est cette attirance, parfois malsaine pour les garçons qui n’ont guère que faire de moi. Et là les exemples foisonnent par ci et par là, ces mecs entretenant le culte l’indifférence à mon égard, le désintérêt parfois maquillé. Bref ces garçons souvent quelconques, mais rebelles à mes charmes… comme si l’échec n’était pas, à mes yeux, une option envisageable. Obsédants, ils ont été ; Blessé (volontaire et conscient) par ces amours impossibles j’ai été.

« Cours moi, je te fuis – Fuis moi, je te cours »

Je ne me comprends pas, je ne me comprends plus à vrai dire…

Pourquoi cet attrait pour la difficulté ? Pour les complications ? Pour les challenges ? Alors même que la vie, comble de l’ironie, vous offre parfois tout sur un plateau d’argent Christofle ? Pourquoi j’aime tant cette pièce qui fait défaut quand je monte un meuble IKEA ? Pourquoi je ne peux pas me résoudre à faire appel à un menuisier et siroter pendant ce temps un Americano ?

Les moins empathiques d’entre vous me diront surement que je n’ai là que la monnaie de ma pièce et que je la mérite. Ceux qui me prennent en pitié (dont je ne veux pas) diront qu’il s’agit là d’une histoire de Karma et d’application divine de la loi du Talion, comme Blair Waldorf qui disait (OUI, je dis non aux clivages des sources de culture ! je peux aussi bien citer Neruda que Sailormoon) : « Karma’s only a bitch if you are ». Well, I guess I was…

 

Je sors fumer ma clope mensuelle bien que malade, et maudire sur 7 générations celui qui m’a refilé sa grippe.

 

Il faut que j’arrête Jarrousky, les cantates déteignent sur moi…

A bientôt

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Seb_Stbg 30/05/2013 00:21

Limite le verso est la suite logique du recto, tu aimes pas la facilité donc tu recherches la difficulté #CQFD

Maintenant que tu as posé des mots sur cela, le travail à faire sur toi ne sera que plus facile à débuter ;)

PASTEUR PHILIPPE 25/04/2013 18:36

Re ? Il faut Te reconnaitre un courage de dire qui Tu es à Tes yeux ?
Moi j'aime les hommes comme Toi ! Non seulement Tu es beau physiquement
mais Tu es vrai et direct !! merci Dorian !
Quant à moi je ne suis pas attirant = 1 M 69 / 90 Kgs / petit sexe /
Yeux marrons bridés (mi europeen mi vietnamien) ; cheveux blancs
bref tout pour déplaire (quelle horreur mettent des mecs sur le chat) !!