Le garçon aux carrés de soie

Publié le par Dorian Gay

Le garçon aux carrés de soie

Il y’a quelques jours je vous postais un article sur le Multidating et j’y retranscrivais de façon assez crue, décomplexée voire choquante, une facette de ma personnalité ; Une petite mise en exergue de mon rapport aux autres en matière de rencontres. J’étais chez moi, assis sur mon bureau, les yeux rivés sur l’écran, les doigts immobiles sur le clavier, deux Thés Noirs d’Assam fumant sur la table. Je relisais avec une voix murmurante encore une dernière fois ce que j’allais vous livrer – je cliquais sur le bouton marquant la publication du billet – je reposais mon dos sur le dossier de mon siège et pris une gorgée de thé comme ultime récompense – pencha ma tête vers Thomas qui me regardait et qui était resté silencieux pendant toute mon introspection, silence lourd presque solennel. Thomas est ce bon ami Anglais, charmant jeune homme, Parisien depuis un an, avec lequel je passe beaucoup et temps et qui à nos heures perdues me sert de confident – Le reste du temps, on parle en Anglais, on fait les courses ensemble au temple de la malbouffe Anglaise – Mark & Spencer, et on écume les parfumeries : oui Thomas est multitâche et multifonction.

- « Penses-tu que je sois une mauvaise personne mon petit Tom ? Suis-je excessif ? 7 amants c’est peut-être trop non ? Enfin… sûrement… Mais bon… »

- « Tu es une tortue Dorian»

- « Hein ? »

- « Non, je ne crois pas que tu sois une mauvaise personne, loin de là. Tu es juste toi. Totalement toi. Parfaitement toi – un écorché vif qui se cache, tremblotant sous sa carapace d’acier »

« … » Je reportais la tasse à mes lèvres mais je n’eus aucun reflexe d’ingurgitation. Il avait raison ce con. J’ai peur de tout, de rien, de tout et rien à la fois : peur du vide, peur de la solitude, peur du mensonge, peur des lézards, peur de la douleur, peur des crapauds, peur des microbes, peur des autres, peur de l’imprévisible, peur de l’avenir, peur des rats, peur du travail mal fait, peur des reproches, peur de la ruine, peur de la crise, peur des ruelles mal éclairées, peur, peur, peur…

Quand on est bambin et qu’on a peur, on trouve toujours des solutions : papa nous lit des histoires où la méchante sorcière meurt dans d’atroces souffrances, torturée à la lame de rasoir, défigurée à l’acide et brûlée au Karcher - maman laisse la porte de la chambrette entrouverte et la veilleuse allumée - on nous offre des doudous pour nous réconforter, nous consoler, nous protéger.

Quand on est plus grand, on a toujours des doudous qui nous rendent plus forts, mais ils prennent juste d’autres formes qu’un ours en peluche borgne ou qu’une couverture tâchée et effilochée. Entre ceux qui se sentent impuissants lorsqu’ils n’arborent pas des signes de luxure comme une Rolex ou une Jaeger Lecoultre au poignet, ceux qui se sentent insignifiants lorsqu’ils n’arborent pas une présentation irréprochable en public, toujours tirés à quatre épingles, ceux qui se camouflent derrière leur savoir et leur culture, et ceux… et ceux… et ceux….

Bref, on a beau être adultes, être de grandes personnes, nous avons toujours peur et nous avons tous ces petits doudous, parfois virtuels et abstraits, souvent concrets, qui, plus ou moins inconsciemment nous imperméabilisent contre de vilains monstres.

Mon doudou à moi ? Ce sont les foulards. Ça pourrait être ma bague à l’annulaire gauche que je n’arrive pas à enlever depuis des années ou ce baume à lèvres à base de Karité que j’ai toujours systématiquement dans la poche droite de mon trench, ça pourrait être mon look en général qui me donne en soi pas mal d’assurance, mais ça sera mes foulards. C’est comme ça et pis c’est tout.

Quand j’étais jeune, mon père était souvent absent – absent à cause de son travail qui avait fait de lui un parfait globe-trotter. C’est un homme fort élégant qui a toujours fait attention à chaque détail de son style vestimentaire. Il ne m’a jamais dit expressément qu’il m’aimait – je ne lui ai jamais dit en retour mais je le sais. Il le sait. Nous le savons. Se sentant coupable après chaque voyage, il m’offrait quelque chose, un présent souvent de mon choix et cela était devenu à force une tradition familiale, paternelle du moins. Je lui demandais toujours la même chose – ces mêmes beaux carrés en soie qu’arboraient au cou, dans les cheveux ou autour de la ceinture, les belles femmes blondes, grandes et bien parfumées que je voyais au Club House ou aux cours de Golf le dimanche. J’adorais les porter en nœud – scout autour du cou. Les garçons trouvaient cela bizarre. Les filles en étaient jalouses. Je me trouvais beau. Ces 90 cm * 90 cm autour du cou n’étaient pas juste une découpe de soie, c’était le signe de mon affirmation, de ma différence, du « je t’aime » que je n’ai jamais entendu, c’était ma force.

Les monstres que j’ai combattu avec mes carrés de soie en guise de glaive ne sont plus les mêmes. Ils sont devenus plus insidieux, plus malins, plus fourbes, ils ont muté, ils m’ont infecté.

L’un que j’ai traqué au fil des années et que j’ai (presque) réussi à exorciser s’appelle « Manque de confiance en soi ». Nous le surnommerons MCS. Les gens qui me connaissent disent unanimement de moi que je semble avoir du charisme, un fort caractère, un certain égo et transpirer la confiance en moi… Les gens qui disent cela ne m’ont toujours vu avec un foulard autour du cou et aucun d’eux ne s’est jamais essayé à le défaire. S’ils l’avaient fait, ils auraient coupé la tignasse de Samson. L’esbroufe est trompeuse, la vanité vaine, la verve traître : je n’aime pas ma peau si délicate et capricieuse, je déteste ma modeste taille (1m75), j’exècre tellement parfois ce corps que certains disent pourtant aimer, car il paraitrait qu’en dépit de tout que je plais et que je charme – c’est la légende qui le dit. Je ne me trouve pas drôle. J’ai beau être précoce, je trouve mon intellect quelconque. Je me trouve sans intérêt, sans plus-value, originalité, singularité, telle un énième grain de sable d’Olonne. Mais pourtant… mais pourtant… mon doudou m’a permis jusqu’à ce jour de continuer à entretenir cette belle mascarade – j’enroule un de mes carrés autour du cou le matin – je me parfume – m’observe 17 fois dans la glace - mon armure de platine m’enveloppe et je deviens ce Dorian sans faille.

L’autre monstre dont je poursuis la traque se nomme « Tour de Babel », nous le surnommerons "TDB" et il apprécie particulièrement s’immiscer dans mes rencontres et mes histoires de cœurs (et de coups de reins), ces histoires comme toutes ces autres histoires quelconques, ces histoires comme les vôtres, ces histoires que vous ne trouverez pas dans les romans d’Alexandre Jardin ou de Frédéric Begbeider. Ces garçons qui échangent par écrans interposés, qui se font rire, qui se souhaitent bonne nuit, qui se rencontrent autour d’un thé, qui se regardent, qui se frôlent, qui se sentent, qui s’apprécient, qui font l’amour en refaisant le monde et inversement, qui s’embrassent dans le cou, ces garçons qui se voient et se revoient … jusqu’ à ce que la Tour de Babel écrase de son poids celui de ces deux garçons qui aiment les carrés de soie. Elle le séduit, elle lui ment, elle l’embourbe, lui dit que de toute façon cela finira comme d’habitude : qu’il s’attachera, qu’il tombera peut être même amoureux et que c’est là que le garçon qui aimait moins les carrés de soie, profitant de ce moment de faiblesse, le quittera. Le garçon aux foulards, défaitiste par anticipation teintera la relation de mélancolie – rendant son acolyte tout aussi triste – tristesse répulsive. Comme d’habitude donc, le garçon aux foulards, ressortira de son écrin orange au cheval volant, un doudou qui voudra bien le réchauffer pendant qu’il marchera dans Paris, Barbara dans les oreilles – Comme d’habitude ce doudou salvateur, mouillé et vicié sera teinté de mauvais souvenirs et le garçon aux foulards s’offrir, comme un grand, un énième doudou, plus neutre, sentant bon le neuf. Il trouve juste qu’il a beaucoup trop de doudous maintenant. Son Banquier trouve aussi...

Thomas l’Anglais avait donc parfaitement raison : j’ai peur de la douleur – peur de la déconfiture. J’ai érigé autour de moi des murailles qui au fil du temps, au fil des nouveaux carrés de soie, se sont fortifiées, épaissies, au point où personne ne peut plus y grimper. Certains ont bien essayé d’en effriter les parois mais ils s’en sont arraché les ongles. D’autres encore ont essayé de s’autocatapulter mais ils ont atterri dans les douves. D’autres encore ont tenté la dynamite – inefficace.

Les foulards ne peuvent continuer à être mes béquilles. Il faut bien qu’un jour je songe à ranger mes doudous tout doux, en espérant que pendant ce temps le premier monstre sera définitivement vaincu et que le second sera combattu par un valeureux imprudent qui saura faire preuve d’ingéniosité et de perspicacité. Celui là qui verra mon cou nu, sans artifice, sans protection, sans enveloppe. Thomas avait donc raison… je suis une tortue… une putain de tortue…

Perhaps the ending has not yet been written

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PHILIPPE 26/04/2013 21:59

Salut Dorian !
Je ne peux m'empêcher de Te lire, de Te relire !! Tu es si attirant par Ta franchise et Ta mani-re d'écrire ? Je serais si heureux de Te rencontrer et Te serrer dans mes bras !!!!
Tu es si vrai et direct ! Mais mon Ami une fois essaye d'être autre dans les bras d'un tres beau mec que Tu ressens qu'il T'aIMe ? Tu verras que quelque chose de nouveau Te prendra et là avec cet homme Tu auras un bonheur sans fin !! Il faut rêver des fois dans sa v ie ?
Philippe qui Te ressens totalement