Mariage Pour Tous: le jour d'après - et maintenant?

Publié le par Dorian Gay

Mariage Pour Tous: le jour d'après - et maintenant?

Quand j’étais gamin j’adorais les films Disney. J’aimais ces histoires tantôt féeriques, tantôt contemporaines, mais toujours teintées d’optimisme, de merveilles pixélisées et de chansonnettes niaiseuses sur fond d’amour impossible. Ces histoires où, bien souvent, une méchante bonne dame à la voix criarde, veut en découdre avec une gentille-belle-blonde-princesse-un-peu-naive-et-qui-parle-aux-animaux.

Ces histoires qui finissent toujours bien, où l’on retrouve toujours celles qui perdent leurs pantoufles de verre après une soirée trop arrosée, où les petits garçons de bois un peu menteurs deviennent de vrais garçons de chair, où ceux qui croquent dans des pommes empoisonnées s’en sortent toujours in extremis grâce au baiser salvateur d’un éphèbe blond (qui, comme par hasard, est toujours jeune, célibataire, vivant dans un 300m2 édifié dans les nuages avec vue sur le Taj Mahal, et accessoirement pété de thunes). Bref ces contes télévisuels où les choses rentrent toujours en ordre, où l’intransigeance du karma n’oublie personne ; des Happy Ends en VHS quoi.

Gays, pendant toute notre jeunesse, notre construction sur le chemin d’acceptation de notre sexualité, un doute a souvent pesé, celui de la peur de l’avenir, que nous avons presque tous, à un moment ou un à autre, imaginé âpre, incertain ou bâti sur des clichés encore vivaces.

Stéréotypes d’avenir donc, avenir de stéréotypes : éternel célibat des homosexuels, prédestination pour des métiers artistiques et culturels, vie sociale trépidante, revenus supérieurs à la moyenne, succession d’aventures d’un soir, d’une heure, (et même de quelques minutes pour les plus expéditifs), PACS pour les plus vernis, solitude bien souvent… et la liste est loin d’être exhaustive mais bien excluante en ce que des mots comme Amour, Relation durable, Stabilité n y trouvent généralement pas leur place… Alors « Mariage »… « Enfants »… « Famille »… encore moins, vous vous imaginez bien. « Absurde » nous auraient rétorqué nos propres pairs, il y’a encore quelques décennies.

Si jeunes donc parfois et déjà promis à une vie standardisée. Une vie presque sans surprises, sans coups de théâtre – une vie, pour les plus rebelles d’entre nous, souvent marquée du goût amer de la frustration de l’inégalité, de la frustration du « non-choix » : non choix quant à la volonté de fonder légalement et pleinement une Famille, non choix quant à la volonté d’officialiser aux yeux de la loi un beau sentiment, non choix quant à la couleur des cartons d’invitation et du parfum de la pièce montée. Amputés du droit au choix, du droit à l’alternative, du droit à l’auto-détermination. Comme tout, on s’y fait, on digère, on assimile.

Votre mère se fait à l’idée que vous aurez peut être quelqu’un dans votre vie, qui sera « un concubin » au mieux. Votre grand-mère se fait à l’idée qu’elle n’aura pas de petit Thomas à babysitter et à couver de tendresse pendant les vacances scolaires. Votre père se fait à l’idée qu’il n’ira pas chercher Antonin le mercredi soir à la sortie des classes pour l’hebdomadaire balade au parc qui se finit pas une glace à la pistache. Votre patron se fait à l’idée que vous ne prendrez jamais de congés maternité/paternité, ni pour vos noces. Tout le monde s’y fait.

Après les remous d’une adolescence tumultueuse et rebelle et les premiers émois de jeune adulte, je ne me voyais pas échapper à ces carcans : en couple si j’ai un peu de chance – un PACS si j’en ai beaucoup – une vieillesse heureuse main fripée dans main fripée, déambulateur dans déambulateur, si j’en ai énormément. Point question de mariage donc, d’enfants encore moins. Pourquoi ? Parce que c’était comme ça et que je ne fais pas partie de ces braves-là qui vont outre le cadre législatif pour s’octroyer, en fait, ces droits. Mon père vous dira que je n’ai jamais su faire la part des choses : tout ou rien, rien à moitié, pas de verre à demi plein, pas de jambon sans couenne, pas de café sans sucre, pas de demie –victoire.

Cela se faisait ailleurs me direz-vous, dans des pays précurseurs, où j’aurais pu faire sauter ces verrous et me redonner ce choix dont j’ai été amputé ; mais je vous répondrais que c’est comme me sous-tendre que l’herbe est plus verte ailleurs – elle peut en effet l’être… mais souvent on préfère lorsqu’elle l’est juste en dessous de nos pieds nus.

23 avril 2013, nous disons enfin oui à cette loi, oui, cette loi qui aura vu, tout au long de ces mois, des vertes et des pas mûres, des cheveux décolorés et des crucifix, des visages tuméfiés et des accoutrements roses, des évanouissements sur les Champs et des ballerines dans des Assemblées Nationales. Elle aura essuyé les affres de la bêtise humaine dans sa quintessence et celles de la manifestation la plus sournoise de la haine la plus latente. Mais elle est là cette loi, elle est là, belle, fière, forte – elle effacera lentement les meuglements « Pas de mariage pour les pédés » par d’émouvants « Oui, oui, François, moi, ton homme, je te dis oui » et rien que pour cela ça en valait la peine.

Nous sommes donc lundi, la veille du vote. La loi, sereine dort une dernière fois sur les Tribunes froides de l’Assemblée Nationale et je suis ému et déstabilisé, presque euphorique. J’écoute Dire Straits, c’est vous dire… Pourquoi ? Parce que maintenant, j’ai le choix et ça change tout… cela change mon regard sur toutes ces 21 années où je ne l’avais pas ; cela change mon regard sur l’avenir, sur les marches de mon Hôtel de Ville, sur les Powerpoints pourris, sur tout. Les digues cèdent, les verrous sautent, les portes s’ouvrent et elles mènent à tous les chemins imaginables. Le sentiment de se sentir s’approprier cet aspect de nos vies est enivrant et libérateur. Libre, Libres – amputés réhabilités – Hommes entiers – Citoyens pleins.

Je pourrais mourir aux côtés de mon chat, célibataire endurci et refroidi par les turbulences d’une piètre vie sentimentale. Je pourrais répondre « non » à un garçon, genou à terre, bras tendu (séquence niaiseuse – bis) ou au contraire décider d’infliger à nos amis l’intégrale de Boney M et d’Aqua entre deux photos de mariage. Je pourrais divorcer à Las Vegas, après 3 jours et 11 heures de mariage comme Paris Hilton parce que « c’est cool » comme je pourrais porter un bel anneau argenté à l’annulaire pendant quelques bonnes années. le plus important, dans ces hypothèses quelque peu ubuesques est le choix, ce choix que je pourrais exercer et qui nous prouve qu’Egalité peut tenir en cinq lettres. Vous pouvez CHOISIR.

C’est peut-être pour cela que j’aime moins les films Disney : Happy Ends inévitables. Amour, Gloire et Beauté, version pré pubères, où tout est prédictible et linéaire et où les Princesses finissent toujours dans les bras imberbes de leurs Princes, sans choix, sans coup de théâtre, presque condamnées, et parce qu’au fond c’est beau, c’est joli, ça scintille, ça pétille… mais c’est triste.

Retrouvez moi sur Twitter ICI ; ou pouvez m’écrire àdoriangayparis@gmail.com

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Seb_Stbg 27/04/2013 14:56

Ne ferme pas la porte tu es encore tout jeune ;)

Seb_Stbg 02/05/2013 19:14

Je suis tenté de dire que tu n'as pas de raison pour être pessimiste ;)

Dorian Gay 28/04/2013 22:54

Je ne me la ferme pas, je m'ouvre justement à toutes les possibilités! aussi bien pessimistes qu'optimistes!