Monologue du Dessous

Publié le par Dorian Gay

Monologue du Dessous

L’ivresse fut évanescente. Après quelques belles semaines ponctuées de belles rencontres avec de beaux garçons : Sébastian et Sam, l’un rentré dans sa contrée Helvétique natale et l’autre à ses amours hétérosexuelles, je reviens en dessous. Au fond, ma vie est comme cela : j’alterne entre des immersions, au fond de l’eau et des retours à la surface pour reprendre mon souffle et replonger.

Le fond de l’eau c’est cette routine Parisienne pourtant sympathique mais sournoisement soporifique : travail – cocktails et lecture les weekends en terrasse – magasins – amis et amants.

La surface ? Ce sont ces petites rencontres, ces interconnections, ces entremêlements de vie qui durent une heure, une journée, une semaine…

Elles se font rares ces dernières semaines et c’est peut être mieux comme cela : j’ai l’impression de prendre plus de plaisir à chaque nouvelle rencontre que je m’accorde, de m’y consacrer plus, d’être plus ouvert, plus réceptif et mes Daters, ces amants, jadis relativement nombreux, en ont fait les frais.

Je ne vois plus personne. Je n’ai plus envie de voir personne, plus envie de fournir des efforts, de l’impulsion. Silence et immersion faisant leur œuvre, ils sont se donc successivement évaporés dans les méandres des rencontres stériles. J’en garde pour la plupart néanmoins de très beaux souvenirs ; de souvenirs de belles tables et de beaux spectacles ; de conversations passionnées et passionnelles ; de parfums et de baisers ; de pas qui résonnent sur le bitume tard la nuit et de « tocs » sur des portes en bois sombres ; de mots sous les yeux et dans le creux de l’oreille.

J’en revois toujours un ponctuellement, Delioso, le dandy journaliste Argentin avec lequel j’entretiens une sympathique relation amicale. Toujours pareil à lui-même : hyperactif, vif, brillant et surtout drôle, notre relation d’amants a muée naturellement vers quelque chose de plus durable et c’est mieux comme cela. C’est donc tout aussi naturellement que le jour de l’adoption de la loi ouvrant le Mariage pour tous, que nous avons passés la soirée ensemble autour de verres de Saint Emilion et de récits nos vies professionnelles respectives.

Au fond c’est bien comme ça. Je passe d’une période peut être trop intense sur le plan sentimental à un calme plat et (presque) entier. Là où certains verraient dépression et défaitisme, je vois redéfinition des priorités et souffle et dans tous les autres volets de ma petite vie cela rejaillit. J’ai envie de Culture, j’en suis boulimique – j’ai envie de me faire plaisir, de faire du sport, de bien manger, de profiter enfin de ce printemps – j’ai envie de faire l’amour sans attaches ou du moins sans projection dans le futur – j’ai envie de voyages, de croquer dans le monde – j’ai envie de nuits d’ivresse et de désinhibition – de concerts rocks et d’expériences insolites. J'ai envie de marcher pieds nus dans l'herbe, de sentir les feuilles taquiner mes orteils, et de m'y allonger toute une après midi, Susan Graham dans les oreilles. L’appel à la surface se fait puissant.

Je n’en suis pas pour autant fermé à stabilité, je ne l’ai jamais été et je ne le serais surement jamais mais disons que je n’appréhende pas les choses de la même façon, un peu lassé de la superficialité du milieu Parisien ; ces rencontres, souvent renouvelées mais qui finissent toujours infructueuses pour diverses raisons bien Parisiennes (manque de temps ; trop de choix qui tue le choix ; distance ; manque d’initiatives, etc). L’amère impression d’être un hamster dans une roue qui tourne sans cesse… et toujours dans le même sens : les mêmes histoires, les mêmes replay, les mêmes sad – ends.

Peut-être qu’inconsciemment j’anticipe une rupture plus profonde : dans deux mois je change de Cabinet et débute mon nouveau contrat dans un Cabinet Américain sur les champs, 45 nouveaux collègues, nouveaux locaux, nouvelle équipe, nouveau style. Déménagement s’amorce aussi, je quitte concomitamment mon petit Domaine retranché, presque féerique, dans lequel j’ai passé toute ma jeunesse et mon confort affectif pour jeter mon ancre dans la 17 ème – nouvelle intégration à faire.

Et au fond, j’ai l’optimisme, la belle intuition selon laquelle le meilleur reste à venir, que je vais refaire surface pour un long moment, et que cet été va être bien particulier…

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Seb_Stbg 27/04/2013 15:01

Bon ben faudra pas oublier de nous raconter ;)