Sexe au Vatican - "Mon Père pardonnez leur car ils ne savent pas ce qu'ils font" Luc 23:34

Publié le par Dorian Gay

Sexe au Vatican - "Mon Père pardonnez leur car ils ne savent pas ce qu'ils font" Luc 23:34

A 21 ans, je crois avoir beaucoup et bien vécu ; comme quoi l’on pas forcément besoin de quitter le douillet Boulevard Lannes pour vivre une trépidante vie Hitchcockienne.

En même temps, comme dirait Amy Winehouse, je suis un jeune homme « who looks for trouble », s’immisçant ainsi plus ou moins sciemment dans des situations des plus incongrues.

On dit bien que les plus belles conneries deviennent à terme les plus beaux souvenirs non ?

L’actualité politique (et religieuse) de ces derniers jours est teintée par la démission du Pape et par la prétendue existence d’un Lobby Gay interne même au Vatican et qui serait l’une des raisons de la démission de ce dernier.

Je ne m’intéresse pas à l’actualité religieuse. Celle ci m’ennuie vite et j’ai l’impression souvent que l’on parle d’un monde parallèle qui n’interfère pas avec ma vie personnelle. Egoïste ? Oui. Je ne m’intéresse qu’à ce qui me touche particulièrement : la fermeture d’un AppleStore près de chez moi, d’un Ladurée, une météo affectant mes vacances ou une grève de transports touchant ma ligne habituelle seraient plus enclins à me faire réagir (vivement).

Cette rencontre datant du printemps dernier, noyée sous tant d’autres rencontres, tant d’autres corps, cette rencontre qui pourrait n’être qu’une énième rencontre routinière sans particulier intérêt mérite d’être à ce titre développée. Pourquoi ? Parce que j’étais moi, et que lui était lui et que nous avions un point un commun : nous portions des robes noires. La mienne, ornée d’une hermine pour défendre sans scrupule et avec la plus parfaite mauvaise foi les clients qui viennent me consulter en tant qu’Avocat, et lui pour marquer sa dévotion envers Dieu et consacrer la voie pieuse qu’il avait choisi. Nous l’appellerons Séraphin, car d’une part c’est beau, et d’autre part cela un beau clin d’œil à sa vocation. Séraphin est prêtre. Prêtre, jeune, beau et homo.

Je suis issu d’une famille Chrétienne et dont les valeurs s’ancrent aussi dans celles d’une France catholique, bourgeoise et traditionnaliste. Pourtant, mes grands-parents sont issus d’une vague d’immigration plus ou moins récente et n’ont incorporé ces valeurs dans leurs vies qu’une fois parfaitement intégrés. Sans rentrer les détails, car cela n’a pas de réel intérêt en l’espèce, la belle chance que j’ai eu et qui m’a évité de me retrouver à la rue à l’annonce de mon homosexualité, renié, rejeté par les miens, ou pire, entrainé en thérapie religieuse comme cela peut être le cas pour tant de cas analogues, fut la relative large ouverture d’esprit de mes parents, qui je crois ont toujours su faire la part des choses et accepter la différence sous toutes ses formes. Des Chrétiens progressistes « New Age » en somme, et qui ont eu, malgré leurs valeurs, un regard critique sur la Chrétienté et sur ces valeurs qu’ils considéraient comme anachroniques et désuètes.

Bref, revenons à Séraphin après cette petite contextualisation. Je rentrais sur Paris après un weekend passé au Marais poitevin avec un bon ami ex – Parisien qui vivait à Niort ; j’étais à la Gare de Poitiers, assis sur un banc, scrutant d’un œil l’affichage qui allait indiquer la voie sur laquelle allait se diriger le train qui me ramenait à Paris. Je m’ennuyais. Un Dorian qui s’ennuie, à défaut de reluquer les mâles qui trainent aux alentours et faire des bonhommes en boulettes de papiers, Grindereute sur son smartphone.

Il était là, tout près connecté à 300 mètres indiquait l’appli, son profil n’indiquant que son âge – 30 ans – et sa taille, le tout sur fond de photo bucolique des Jardins de Versailles. Il m’interpella, m’envoya sa photo spontanément où il arborait un col roulé noir, une coupe de cheveux à la Don Draper et des lunettes très vintage. Un dialogue hors du commun s’installa. Il était beau ; ce genre de beauté presque intemporelle, frappante, touchante. Il me dit qu’il était dans son train et qu’il était juste en pass-by et remontait sur Paris. Quelques minutes plus tard je l’enregistrais en favoris.

Les jours passèrent et nos dialogues devenaient presque quotidiens et routiniers jusqu’à cette matinée où nous en sommes venus à parler d’extrémisme religieux, puis de religion, puis de catholicisme tout court. « Tu es croyant ? » me demanda t’il. A cette question surprenante à laquelle je n’ai pu opposer qu’une réponse maladroite. Il ajouta « je suis croyant pour ma part ». Avec la plus parfaite ironie et l’humour qui me caractérise je renchéris « il ne manquerait plus que tu sois prêtre ! » - « Je suis prêtre … ».

Silence de quelques secondes qui me parurent des heures, comme lorsqu’un grain de sable est coincé dans le grand sablier. Pensant d’abord à une farce et tentant de reconstituer nos dialogues à la lumière de cette nouvelle donnée, l’évidence n’était plus à nier : c’était un homme de Dieu.

J’avais toujours pensé que les prêtres gays étaient des sortes de chimères, de légendes et qu’il était inimaginable d’en rencontrer un par le biais de sa sexualité. Par ailleurs je les imaginais tous vieux, puant l’encens et vivant retranchés dans les plus recluses provinces Françaises et se contentant de poser la main sur la cuisse de jeunes garçons en cours de cathé. Non, jeune, charmant, homosexuel et prêtre, et sur Grindr, c’était presque un oxymore, une équation sans solution.

Curiosité piquée à vif, plus alerte que jamais, je ne pouvais laisser passer cette occasion : j’avais une licorne de l’autre côté de Smartphone et la laisser s’échapper n’était pas envisageable. Je devais donc assouvir l’intrigue sans pour autant l’effrayer et perdre la touche à jamais. J’appris ainsi progressivement qu’il avait des origines italiennes, qu’il passait son temps entre Paris et la région PACA où se trouve son office, qu'il avait un compte Facebook « spécial rencontres », qu’il avait intégré les ordres très jeune, qu’il s’est toujours su gay, qu’il l’a bien vécu et qu’il s’était fait « outé » par un de ses anciens amants, ce qui lui a « juste » valu une réaffectation dans un autre département et un léger rappel à l’ordre de ces supérieurs. Seriously ?

Ce qui n’était qu’une légère curiosité devint un challenge de déterrement quotidien : ces prêtres homos sont-ils isolés ou en réseaux ? Comment rencontrent-ils ? vivent-ils leur sexualité ? Ces doubles vies si substantiellement contradictoires ? Séraphin me promit qu’il répondrait en partie à ces questions mais il voulait d’abord me voir. Il voulait d’abord coucher – et les photos explicites qu’il se mit à m’envoyer furent claires. Echange de bons procédés ?

« Fais-moi signe quand tu remontes en Ile de France » fut le texto qui marqua ma volonté de le rencontrer. Deux semaines plus tard, il était sur le palier, encore plus beau que je le pensais. Il enleva son manteau se déchaussa et me suivit au salon. Tension palpable – silence presque coupable. Il posa la tasse de thé encore fumante que je lui avais servi, s’approcha subitement, posa sa main sur ma hanche et m’embrassa. Il sentait bon. Une heure plus tard, il se reboutonnait, se recoiffait, m’embrassait dans le cou : « j’ai envie de te voir plus ». Je ne répondis pas. A lui de rajouter « Là où je suis à Paris, c’est compliqué pour nous de sortir sans éveiller la curiosité. Je ne pourrais pas me rendre aussi disponible que tu pourrais le souhaiter mais on pourra toujours s’organiser ». Il m’arracha quelques mots « je veux te revoir mais pas que pour (ça). Tu m’as promis aussi de me parler de (vous) ». Il sourit « oui, demain, sur facebook . je te promets ». Je humais une dernière fois son parfum. Il partit.

J’étais ailleurs : ce type de moment où on sait que ce qui vient de se passer est épique mais l’où on arrive pas encore à réaliser, à mettre des mots sur des émotions, à en voir la portée.

Le lendemain, il était comme à son habitude connecté sur le tchat Facebook, publiant photos de paysages normands et souhaitant bonne journée à « ses amis ». Ce qui suit est donc la retranscription de nos échanges :

- Séraphin : Dorian, encore une fois je ne comprends pas pourquoi tu t’entêtes à vouloir savoir ces choses qui ne t’apporteraient rien

- Dorian: Laisse-moi décider de leur intérêt ou non

- S : Tu me manques déjà. Je te veux. Je veux te manger jusqu’à ce que tu n’en puisses plus

- D : Tu changes de sujet !

- S : tu es dur en affaires… Tu es si beau et si doux ce n’est pas ma faute. Je cède à la tentation

- D : C’est le comble pour un homme de Dieu non ?

- S : Haha. Bon, ok. Je t’écoute

- D : Pourquoi prêtre ? Déception sentimentale comme dans la pub Mars ? lol

- S : C’est quoi ? je n’ai pas la télé tu sais. Mais pour répondre à ta question, non par réelle vocation. Ca a toujours été ce que j’ai voulu faire depuis jeune. Le frère de mon père était dans les ordres aussi… quelqu’un d’extrêmement touchant

- D : Quel gâchis ! si jeune ? si beau ?

- S : L’appel de Dieu n’a guère que faire de l’âge, de la beauté ou du physique

- D : Hum… et tu te savais gay depuis le départ ? d’ailleurs gay ou bi ?

- S : je n’aime pas les femmes. Et je l’ai toujours su

- D : Tu conviendras que c’est choquant… enfin surprenant plutôt. Je suis catholique non pratiquant aussi et si je me suis détourné de l’Eglise c’est justement parce que je ne pouvais pas comprendre ce reniement de ce que je suis, homo, alors que je n’ai jamais choisi cette orientation. Je ne pouvais comprendre qu’on me dise d’une part que « Dieu aime tout le monde sans exception » et me dire d’autre part « qu’il maudit les hommes qui couchent avec les hommes et les femmes qui couchent avec les femmes »

- D : tu es là ?

- S : Oui je suis là. Dieu t’aime indépendamment de ta sexualité. Il n’y a pas de doute sur la question

- D : Et pourtant vous dites tous le contraire lors des messes que vous célébrez. Comment peut-on avoir ce double discours ??

- S : Je me suis piégé tout seul

- D : hein ?

- S : je suis fondamentalement un homme, un homme de Dieu certes, mais un homme. Tout ce que nous faisons n’est pas forcément digne de louanges ; la chair parle. Mais à côté, nous faisons tellement pour les jeunes et les personnes en difficulté et je crois que Dieu est plus sensible à cela qu’à nos dérapages charnels ponctuels. Tu me trouves hypocrite ?

- D : Non par charité… et parce que tu embrasses bien

- S : J’estime que je fais bien mon travail et que c’est le plus important

- D : Quelques ave maria et on efface les coucheries de la veille ? :p

- S : Haha

- D : Tu rencontres beaucoup ?

- S : J’aime dialoguer via toutes ces apps. Nous n’avons pas accès à Internet. Mais je rencontre peu en réel. Tu as de la chance ;)

- D : Tu leur parle de ta vocation ?

- S : je parle plutôt d’enseignement religieux. Ils me prennent tous pour un prof dans un lycée catholique du 16ème. Peu de gens savent : toi et deux autres garçons que j’ai fréquenté. Je m’habille comme tout le monde. Je sors de temps en temps : j’aime le Tango.

- D : Ah ! Sexe à quelle fréquence ?

- S : Variable. Je dirais une fois toutes les deux semaines

- D : Pas mal ! Tu penses quoi du célibat des prêtres ?

- S : Je n’en pense rien. C’est Notre Seigneur qui aurait quelque chose à en dire

- D : Le sexe au séminaire, dans l’Eglise, légende ?

- S : Quand tu es dans un milieu où l’autre sexe est absent et où on cultive la négation de la chair et la mortification des sens, ça finit comment à ton avis ? Oui, beaucoup ont des vies parallèles, des femmes, des enfants, des amants. C’est presque nécessaire pour le maintien de l’équilibre

- D : je suis bouche bée, même si je m’en doutais un peu. Et vous ne vous préoccupez pas de tous ces gens qui vivent dans le secret, qui vous « donnent » leurs vies ?

- S : Ça c’est une autre question, moi je suis homo. Les choses sont différentes : je sais que je ne serais jamais en couple et que j’aurais des amants de plus ou moins longue durée. Ça me va… Mais toi… mais toi… je t’épouserais lol

- D : Dieu bénira notre union

- S : Tu es provocateur.

- D : Et vous êtes nombreux ? organisés ?

- S : Parait-il qu’à Rome cela est plus facile. Tout le monde se connait, s’épaule, se présente, introduit des « amants communs ». Ils sortent ensemble, se protègent, se cautionnent mais de là à parler de réseau, je ne pense pas. De toute façon, je n’en fais pas partie. En province c’est différent.

- D : Ce qui me choque c’est que l’on puisse baiser la veille au Dépôt et faire la messe le lendemain et vouer les homos à l’enfer. Problèmes de conscience ?

- S : Par choix, je ne prêche jamais sur les questions de sexualité. Je ne vais jamais dans ces endroits et je ne baise jamais un samedi.

- D : Ce n’est pas un peu facile ? Excuse mon ton si tu le trouves un peu trop inquisiteur. :p

- S : Non

- D : Tu n’es jamais tombé amoureux ?

- S : Pas d’investissement émotionnel loulou

- D : Et tu n’as pas l’impression de vivre une vie gâchée : non épanouie sur le plan sentimental et sexuel et non pleine sur le plan de la vocation ? Comme quoi le compromis n’est pas toujours une solution ?

- S : Je ne me vois pas vivre autrement. La confession est-elle finie mon beau métis?

- D : Que fais-tu ?

- S : J’étudie à la bibliothèque. Je pense à toi…

- D : Punissez moi mon père car j’ai pêché :p

- S : Votre châtiment sera à la hauteur de votre pêché

Depuis ces échanges, Séraphin et moi nous sommes revus à deux reprises en terrain neutre et au fil des rencontres et des réponses, le sentiment de se retrouver face à une nébuleuse immense, sans réelle délimitation s’est accru. Tout était si près, si concret mais en même temps si loin. Avec le recul, mon sentiment est aujourd’hui mitigé entre pitié, tristesse, incompréhension et colère :

pourquoi… pourquoi ? Pourquoi un si beau visage et de si belles lèvres m’embrassent la nuit puis me maudissent le jour ? Pourquoi ces vies gâchées pour un livre qui date de deux millénaires ? Pourquoi tant de fausse haine et d’hypocrisie malsaine ? Pourquoi tant de victimes innocentes, enveloppées du voile du secret – femmes cachées, enfants illégitimes, amants ? Pourquoi une telle mascarade, en dépit de tous les scandales et des non – dits (mais sus) est-elle encore cautionnée ? Arrêtez de prier pour les pêchés de l’humanité, arrêtez de prier pour mon salut et ma rédemption, arrêtez de prier pour me refuser ces droits que vous n’aurez pas et qu’au fond vous jalousez, arrêtez d’utiliser le vieux barbu là-haut comme caution à votre bêtise, cela fait longtemps qu’il crache sur vos âmes. Priez pour vous et ce qu’il vous reste.

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LDR 23/05/2013 19:08

Quelle rencontre! J'aimerais avoir l'opportunité de m'entretenir (voir plus) avec un homme comme lui... Un texte très intéressant qui montre bien ce qu'il se passe réellement derrière les murs de Dieu! Errare humanum est.