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56 articles avec journal (pas tres) intime

Black Hole

Publié le par Dorian Gay

L’esprit, au sein des cercles vicieux : parlons en.

Et bien, l’un des exemples les plus illustratifs est l’angoisse, l’anxiété.

 

Votre médecin vous annonce que vous êtes atteint d’une grave pathologie et que vous devez subir plusieurs interventions chirurgicales.

 

Vous vous inquiétez, vos proches, vos amis, vos amours s’inquiètent tout autant.

Mais comme il est évident que l’angoisse affecte votre appétit et votre sommeil, il en résulte que ce n’est pas une émotion saine pour vous.

 

Mais vous ne pouvez vous en empêcher : vous vous inquiétez.

Et vous vous angoissez davantage car l’inquiétude elle même vous angoisse.

 

Et plus encore, ce qui est d’ailleurs absurde et vous vous en voulez d’ailleurs pour cela : vous êtes anxieux parce que vous êtes angoissé par le fait d’être inquiet – c’est cela un cercle vicieux.

 

Maintenant, pouvez vous permettre à votre esprit de s’immerger dans le silence le plus absolu ? N’est ce pas difficile ?

 

Tout simplement parce que l’esprit est comme un singe agité dans une cage, sautillant, mordant et vociférant sans arrêt.

 

Et une fois que vous avez appris à penser, à votre naissance, dès votre premier souffle, lorsque vous vous libérez des entrailles maternelles, vous ne pourrez plus arrêter de penser.

 

Ainsi, un nombre infini de personnes vouent leurs vies à occuper leur esprit et sont extrêmement incommodées par le silence, le vide, le noir, le néant.

 

Quand vous vous retrouvez seul, lorsque personne ne prononce mot, lorsqu’il n’y a rien à faire, lorsque vous êtes hermétiquement protégés de toute distraction, vous sentez l’angoisse frémir sous votre peau n’est ce pas ?

 

Je me retrouve tout seul avec moi même.

Et je veux fuir… de moi même.

Je veux toujours fuir de moi même, m’éviter.

 

C’est la raison pour laquelle je vais au cinéma.

C’est la raison pour laquelle je vais en soirée.

C’est la raison pour laquelle je vais au restaurant et que je vais acheter des pâtisseries tous les dimanches.

C’est pour cela que je lis des livres qui me font voyager.

C’est la raison pour laquelle je discute, sur les réseaux sociaux, avec d’autres gens qui cherchent à se dérober… d’eux mêmes.

C’est la raison pour laquelle je parle aux garçons, c’est la raison pour laquelle j’en rencontre quelques uns, c’est la raison pour laquelle certains posent des baisers sur mon cou.

C’est la raison pour laquelle je m’enivre d’alcool à en oublier le présent.

 

Je ne veux pas être seul avec moi même.

 

Mais pourquoi voulons-nous toujours nous soustraire à nous mêmes ?

Qu’il y’a t’il de si terrifiant, de si lugubre ?

Pourquoi voulons-nous à tout prix oublier ce que cela fait de se retrouver seul avec soi même ?

Nos vrais visages sont ils si disgracieux ?

Pourquoi aspirons-nous tous à devenir qui nous sommes alors même que nous ne supportons pas d’être en notre propre compagnie ?

 

Je sais pourquoi.

Parce que nous sommes captifs, prisonniers de nos pensées.

Tout comme toute autre drogue.

Dangereuse, comme toutes les autres.

Camés, tout autant par ce flux ininterrompu de pensées.

 

Et il s’avère extrêmement difficile d’arrêter de penser.

Et pourtant, il est nécessaire par moments afin de vivre une vie saine, de faire cesser cette mélodie incessante, compulsive.

 

En effet, si je parle sans interruption, je n’entendrai plus ce que quelqu’un d’autre aurait à dire. Et il en résulterait que je n’aurai plus rien à dire à part les choses que j’aurai déjà dites.

 

Ainsi, de la même façon que je ne peux suspendre le flux de mes pensées, je n’aurais rien d’autre à penser que mes pensées elles-mêmes.

 

Par conséquent, afin d’avoir matière à penser, il faut paradoxalement parfois prendre simplement le temps d’arrêter de penser.

 

Et bien, comment procéder ?

La première règle est : n’essayez pas.

Vous seriez comme quelqu’un qui tenterait de calmer des eaux tempétueuses avec un fer à repasser. Le seul résultat logique que vous obtiendrez sera de l’eau bouillante, encore plus pétulante.

 

Ainsi, de la même manière qu’une eau trouble et turbulente se calme lorsque laissée en repos, seule, vous devriez apprendre à laisser votre esprit, tout aussi seul… avec lui même.

 

Il s’apaisera tout seul.

 

Je me suis rarement retrouvé seul, face à moi même, une à deux fois au plus au court de ma vie. J’ai vu enfin mon vrai visage, j’ai caressé mes traits, je me suis étreint, j’ai discuté avec moi même, nous avons pleuré, nous avons ri. Je ne voyais plus rien , n’entendais guère, mes sens étaient obst

rués, même le tic tac incessant du temps s’était arrêté.

 

Deux rares fois.

  • Au milieu de sapins Norvégiens, les pieds dans la mousse, mon maquillage coulant sous la pluie naissante, pas de vent, pas d’oiseaux, rien, le vide le néant. Et je souriais béatement.

 

  • Au long d’un pont New Yorkais, seul, face au silence léger de la nuit, des bruits sourds, une brise à peine perceptible, les yeux rivés dans un million de lumières urbaines, je me tenais la main.

 

J’aimerais tellement que vous puissiez vivre ce ravissement, au moins une fois : le néant, la vacuité la plus absolue.

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Peace Will Come In A Helium Balloon

Publié le par Dorian Gay

A l’aide,

Je l’ai fait à nouveau

J’ai été ici un millier de fois

Je me suis encore blessé aujourd’hui

 

Sois mon ami

Tiens-moi, couvre-moi,

Prends-moi dans tes bras

Couve-moi, protège moi

Je suis minuscule

Découvre-moi et tiens-moi au chaud

 

Je suis né dans un orage

J’ai grandi au cours de la nuit

J’ai joué tout seul

J’ai survécu jusque là

 

J’ai pris un aller simple pour l’île où les démons dansent

Où le vent ne change

Et où la terre est infertile

Pas d’espoir, que des mensonges

Mais j’en suis revenu vivant

 

J’ai retrouvé la rédemption dans le lieu le plus étrange

J’ai vu mon visage dans celui d’un autre

Mais c’était le mien

 

Perdu

Je me suis perdu encore une fois

Et je suis nul part ou l’on peut peut me trouver

Perdu

Je pense que je peux me briser en mille éclats de verre

Perdu

Je me sens vulnérable

 

Je crie mais je n’émets aucun son

Je n’ai jamais voulu avoir besoin de quelqu’un

Je pensais pouvoir tout faire tout seul

Comme un grand

Un garçon au caractère bien trempé et à l’âme douloureuse

 

Je suis à la maison, seul,

Je consulte mon téléphone, rien, alors

C’est l’agonie

 

Je vais pleurer et ruiner mon maquillage

Et je me moque de ne pas être beau

Les grands garçons pleurent quand leur cœur se brise

Un garçon au caractère bien trempé

Je suis triste

En haut tout est vide, le noir, des satellites et le silence

 

 

Aide-moi à sortir de cet enfer

Soulève-moi comme un ballon d’hélium

Quand je heurte le sol

J’ai besoin de toi

 

Et si tu me laisses aller, je flotterai vers le soleil

Ouais je voulais jouer au dur

Superman

Mais même Superman n’est pas invincible

Soulève-moi avant que je heurte le sol

 

J’ai besoin de toi, J’ai besoin de toi

Je veux te respirer comme de l’oxygène

Ma maison est en flammes

Elle s’envole en flammes

 

Sois mon ami

Je suis dans le besoin

Et respire-moi

Sois mon ami

Tes paroles sont une mélodie

Je ne laisserai pas le démon rentrer, je gagne du temps

A travers l’œil de l’aiguille

 

Mes bagages sont lourds,

C’est moi qui les ai remplis

Ils me ralentissent

Je les porte partout

Ils sont tous à moi, ils sont tous à moi

Mais je suis aveuglé par l’œil de l’aiguille.

 

Tiens-moi, enveloppe-moi,

Découvre-moi

Je suis si minuscule

Et tellement dans le besoin

 

Et respire-moi

On me l’a enlevée, mais je respire encore

On me l’a enlevée, mais je respire encore

On me l’a enlevée, mais je respire encore

On me l’a enlevée, mais je respire encore

On me l’a enlevée, mais je respire encore

On me l’a enlevée, mais je respire encore

On me l’a enlevée, mais je respire encore

 

Je respire encore

 

Je suis vivant

Je suis vivant

Je suis vivant

 

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L.O.V.E.

Publié le par Dorian Gay

Savez vous ce dont je rêve maintenant ?

Dormir dans le lit d’un autre.

Comme cette fois ou j’ai dormi dans le lit d’un autre, le temps de l’aider à guérir. Juste un soir, jusqu’à l’aube.

Juste une fois. Juste le temps de créer notre monde.

Puis le défaire.

 

J’aimerais être dans son lit à lui.

Il est si beau et si fragile sous sa chevelure blonde.

Il n’aime pas trop Paris. Sa barbe est hirsute. Ses mains sont douces. Ses dents sont blanches, si blanches.

Mon chevalier de pacotille, mon petit scélérat.

Rêveur et trentenaire.

Mais il est encore un enfant, mon chevalier.

 

Quand on se regarde longuement, il m’embrasse sur le front.

Et laisse son souffle parcourir mon visage.

Parfois je lève les yeux et je scrute ses yeux bleu acier rivés vers l’horizon.

Au restaurant, j’ai caché mes mains sous tes cuisses pour avoir moins froid.

Cela l’a fait rire et il m’a dit « c’est rigolo, j’aime bien »

Mais il est encore un enfant, mon chevalier.

 

On s’est connus juste le temps de plaire

Tu n’es qu’à quelques kilomètres

J’ai fumé un joint en pensant à toi

En pensant te retrouver

En me demandant pourquoi ensemble on ne s’est connus qu’un moment

 

Je me glisserais donc doucement sous ses draps

J’approcherai mon souffle de sa nuque

Je passerai ma main dans sa crinière blonde, dans ses boucles

Il prendrait ma main à moitié éveillé et y poserait des baisers

Du bout de mes doigts j’effleurais chaque angle de son visage et les bénirai

J’humerais les draps pour m’enivrer de son odeur.

Je convulserais.

 

Je m’attarderai sur ses lèvres et y gouterait le gout du souvenir.

Il sourirait

Nos pieds nus se frôleraient comme dans une danse, comme dans une transe

Je mourrais cent fois pour le protéger telle une louve

Douces retrouvailles, Mexique et Iran

 

A l'aube

De tes bras longs je m’arracherai tout doucement

On se dira adieu dans les murmures d’un baiser sur un quai de gare. Sans mots.

Je suis mort une centaine de fois.

Je sais, ton cœur n’est pas à moi

Je me suis menti à moi même, comme je savais que je le ferais

Moi je suis moins fort et plus vulnérable que ceux tu as connu

 

Ne me quitte pas

Oublier le temps, à savoir comment, à savoir pourquoi

Ce soir ne m’oublie pas, je t’aime

Comment vivrais-je avec ton seul fantôme ?

 

Moi, la tête haute, ma fierté et mes larmes sèches

Je partirai, sans toi.

Nous nous en sortirons sans toi.

 

C’est marrant, au cours de ma vie j’ai rencontré des gens aussi fortunés que Crésus, aussi démunis que Job. Aussi beaux que Marilyn, aussi accomplis que Steve Jobs, aussi éveillés qu’Alan Watts, aussi mélancoliques qu’Amy, aussi inspirés que Nina. Et au fond, quand vous retirez leurs atours, un par un, méticuleusement. Quand vous brisez leur carapace. Quand vous les confrontez à leur nudité primaire, inutiles, vulnérables, seuls, vous comprenez que finalement, au plus profond de chacun d’entre nous, nous aspirons à la même et seule chose.

 

Riches et puissants, prolétaires et invisibles, noirs ou blancs, occidentaux ou orientaux, femmes ou hommes, homosexuels ou hétérosexuels, jeunes ou vieux...

 

Cette chose qui, tantôt nous crée, tantôt nous abime. Cette chimère derrière laquelle nous courons tous, armés de désespoir et de foi. Cet idéal dont nous n’avons pas les codes, dont nous ne comprenons pas l’énigme.

 

L’argent ne fait pas tourner le monde mes amis,

C’est l’amour, ou le manque d’amour qui se retrouve au centre de tout.

C'est donc ça, le noyau de notre monde

 

C’est cet idéal auquel nous aspire tous.

Certains chanceux, le frôlent du doigt, s’y réfugient.

D’autres le recherchons éternellement, avec véhémence et persévérance

Et c’est cela le drame

 

Cinq lettres : AMOUR

Qui résonnent comme tout un monde

Comme toute une vie

 

Pensez à cela

C’est un des ravissements de la vie.

 

Respirez, humez l’air et courez, courez, courez

A en perdre haleine

Comme vous n’avez jamais foulé la terre,

Et peut être vous trouverez vous ? 

Et si vous trébuchez en chemin, essoufflé, vous mourrez au moins dans un sourire.

 

 

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Chrysalis

Publié le par Dorian Gay

https://tinyurl.com/ycbrbpzn

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For Men and Women Who Are Difficult to Love

Publié le par Dorian Gay

 

 

Tu es un cheval sauvage galopant vers la lune dans la nuit la plus sombre

Qu'il essaie de domestiquer

Tu es une vague, déferlante, hargneuse

Des hommes et femmes comme toi ne peuvent être contenues

Vous êtes de hautes montagnes dont on ne voit pas le sommet

Vous êtes aussi le plus fin des sables, insaisissable

Il te compare à une route impossible

A une maison que le feu consume

Il prétend que tu l'aveugles

Qu'il ne pourrait être nulle part qu'à tes côtés

Qu'il ne pourrait t'oublier

Qu'il ne souhaite rien de plus que toi

Il dit que tu l'étourdis, que tu es insupportable

Le souvenir de chaque homme, chaque femme avant toi

Est éteint dans les syllabes de ton prénom

Tu emplis sa bouche

Ses dents sont traversées par la douleur de ton souvenir

Son corps n'est qu'une longue et pâle ombre en quête de la tienne

Mais tu es trop intense, trop excessif

Terrifiant dans la manière dont tu le veux

Ehonté, sans vergogne, sacrificiel, infini

Ill te dit qu'aucun autre homme ne peut cohabiter avec celui qui loge dans ton crâne

Mais tu as essayé de changer, ai je tort?

Tu as tenté d'être plus doux, plus consensuel

Plius beau, plus affectueux

Plius éphémère, plus fragile, volatile

Tu t'es endormi

Mais même endormi, tu pouvais toujours l'entendre voyager loin de toi dans ses songes

Alors dis moi, que voulais tu faire mon ami ?

Fendre son esprit?

Chéri, tu ne peux pas faire d'êtres humains, d'hommes, le refuge dont tu as besoin

Tu ne pas te reposer dans une maison faite de chair et de sang

Quelqu'un aurait déjà du te le dire

Et s'il veut s'en aller

Laisse le partir

Tu es effrayant

Et inhabituel et si beau

Quelqu'un que si peu de gens savent dûment et convenablement aimer

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Apprendre à ma mère à me mettre au monde

Publié le par Dorian Gay

Fouler toutes les terres et les sables.

Ecorcher mes pieds sur toutes les roches et les branches.

Serrer chaque main et embrasser chaque joue.

Plonger ma main dans toutes les eaux vives.

Rire en anglais, en japonais, en turc, en portugais et en swahili.

Accompagner le soleil dans sa course, de son aube à son crépuscule, de l’orient à l’occident.

Vivre les extrêmes, les inattendus, dévorer le monde jusqu’à en découvrir le noyau dans ma bouche.

Me réveiller au solstice d’hiver artiste et m’endormir au solstice d’été, astronaute, scénariste ou chirurgien.

Rendre les gens heureux. 

Consumer la vie et ne laisser que des cendres grises, ternes et volatiles.

Ecrire. Effacer. Recommencer. Perpétuellement.

Là, à ce moment seulement, j’aurais vécu.

 

J’ai 25 ans, 5 mois et 25 jours et je veux vivre dix mille vies jusqu’à la prochaine.

 

Quand j’étais plus jeune, le temps, l’âge, la réalité n’étaient que des mythes, relégués au même rang que toutes nos croyances populaires. Et plus le temps s’évapore, et plus la conscience que j’en ai est grande. Les rêves et les aspirations les plus folles se couvrent de raison et de lucidité. Le temps vous étreint jusqu’au souffle court. Le champ du réel s’élargit, poussant dans les recoins d’une pièce de plus en plus étroite, le champ des possibles et des impossibles.

 

A 5 ans, ayant appris les bases de la physique, j’ai compris que je ne pourrais pas construire ma maison un jour sur un nuage sur lequel je survolerais le monde. 10 ans et une myopie plus tard, en début de fac de droit, j’ai compris que je ne serais pas astronaute, ni cinéaste, ni architecte, ni secrétaire général des Nations-Unies. Quelques années plus tard, j’ai pris la main de ma jeune carrière et ai serré contre moi une dernière fois toutes les autres aspirations, folles ou raisonnables, dont j’avais secrètement rêvé.

 

A 25 ans, je m’imaginais autrement. A 25 ans, je me vis autrement.  Vous savez, ce sentiment lorsque l’on va faire ses courses et que le produit que l’on recherchait est en rupture de stock et qu’on se cherche une solution de substitution, plus ou moins équivalente.

 

A 25 ans, j’ai compris que l’on ne pouvait faire tout ce que l’on voulait. Qu’on ne pouvait pas être ici et là bas. Qu’on ne pouvait pas vivre la nuit et le jour. Qu’on ne pouvait pas être présent et infini.

 

Telle une peau de lézard que le temps écaille, chaque jour me révèle un peu plus nu que le précédent et je perds de plus en plus le contrôle sur une vie aussi imprévisible qu’une jument folle.

 

Mon corps est mon ennemi. Chaque nouvelle ride, l’éclat de plus en plus terne de mes pupilles, chaque souffle de jeunesse qui s’étiole inexorablement me rappelle que je suis dans une bataille contre lui, contre les affres du temps. Une course contre la montre dont on ne perçoit que le tic-tac, sans savoir exactement où se trouve la ligne d’arrivée.

 

Or je ne veux pas et je ne peux pas me résoudre à un carpe diem amputé. Je veux l’absolu : n’être ni prisonnier du temps, ni de la raison. Je veux l’infini.

 

Mon dieu, toi qui me lis, ne te rappelles tu de ton premier jour à l’école ? ce que tu avais dans ton cartable ? Le but était de passer d’une classe à l’autre, toujours plus savant. La première classe, puis la seconde, puis la troisième, puis la quatrième… comme un fil que l’on tricote.

 

Puis tu as rejoins le Lycée et quelle belle transition. Là commence ta vie de jeune adulte, d’individu à part entière. Puis la pression sur tes épaules s’alourdit implacablement pour continuer sur la lancée qui est la tienne. Te rappelles tu que tu devais avoir de bonnes et être assez doué afin d’avoir une chance d’accéder aux meilleures formations? 

 

A l’université, tu titubes puis tu apprends à marcher avec assurance, pas après pas, pas après pas, année après année, poussé par une force invisible jusqu’au moment où tu es prêt pour le grand saut : le saut vertigineux dans le monde.


Une fois dans le monde, suite à ta seconde naissance, tu te libères des entrailles et des viscères qui t’ont porté. Puis très vite viennent les luttes assassines pour le succès, la gloire, la réussite. Et là encore, alors que tu penses que la course ralentit, il semble qu’il reste encore des marches à franchir. Tu presses le pas mais ces marches semblent interminables, comme hors de portée.

 

Puis soudainement, à 40 ou 45 ans, à l’épicentre de la vie, tu te réveilles et tu te dis « hein ? est-ce le bout du chemin ? suis-je arrivé ? est ce que je me sens enfin mieux ? c’est très étrange mais je me sens comme je me suis toujours senti : pas mieux. En fait je me sens trompé. M’a t’on menti ? »

 

Parce que, vois-tu, tu as été trompé.

Tu as toujours vécu pour quelque part, un endroit, où tu n’as jamais été.

S’il est vrai qu’il est indispensable de savoir promener ses doigts sur le futur et le sentir, se projeter et anticiper, il est tout aussi vrai qu’il n’existe aucun intérêt de vivre dans une prévision et une préparation perpétuelle du futur.
 

Un futur qui, lorsqu’il deviendra un présent, sera un présent dans lequel tu ne vivras pas.

Tu seras encore une fois tourné vers un autre futur qui ne sera pas encore arrivé, et ainsi de suite. Il y a des jours, des mois, des années interminables où il ne se passe presque rien. Il y a des minutes et des secondes qui contiennent tout un monde. Et ces secondes d’un présent si réel, tu les noies dans un futur qui t’échappe entre les doigts comme un sable bien trop volatile.

 

Ainsi, nul n’est réellement capable, sans beaucoup de sagesse et de folie, de s’affranchir de cette anomalie. Tu ne vivras pas, tant que tu ne vivras pas, pleinement, maintenant.

 

Mon corps et mes aspirations, aussi folles soient elles, ne sont pas une offrande au temps, à la raison, aux autres.

 

Je serais heureux alors, à 40 ou 45 ans quand je me dirais, entre deux soupirs : « qu’est ce que j’ai bien vécu, chacune de mes dix milles vies et qu’est que la vue était belle. Quelles sont toutes les autres vies qui m’attendent ? »

 

J'ai une boulimie, une soif que l'on ne peut étancher, une fascination pour le vertige des impossibles. Tant d'impossibles qu'une seule vie ne pourrait contenir. Donc j'en vivrais plusieurs, sans mourir.

 

D’ici là, à toi qui partage mon corps et mon esprit, je te promets que j’entends bien :

 

Fouler toutes les terres et les sables.

Serrer chaque main et embrasser chaque joue.

Plonger ma main dans toutes les eaux vives.

Rire en anglais, en japonais, en turc, en portugais et en swahili.

Accompagner le soleil dans sa course, de son aube à son crépuscule, de l’orient à l’occident.

Vivre les extrêmes, les inattendus, dévorer le monde jusqu’à en découvrir le noyau dans ma bouche.

Me réveiller au solstice d’hiver artiste et m’endormir au solstice d’été, astronaute, scénariste ou chirurgien.

Consumer la vie et ne laisser que des cendres grises, ternes et volatiles.

Ecrire. Effacer. Recommencer. Perpétuellement.

Là, à ce moment seulement, j’aurais vécu.

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Phosphore

Publié le par Dorian Gay

Nota: Ce billet, Phosphore, complète, un autre billet paru le même jour, Hélium. Comme deux battants d'une même porte. La narration en pointillés est un choix volontaire de l'auteur

 

Plus tard cette nuit

J’ai parcouru mon corps de mes doigts, de mes mains

J’ai murmuré

« Où est ce que ça fait mal ? » 

Mon corps a répondu

 

  • Partout
  • Partout
  • Partout
  • Partout

 

Pour la cinquième fois ce mois

Tu te dis que tu vas le quitter.

Il se moque de toi.

Ne sait pas ce qu’il veut.

Il t’écrit un message pour te reprocher de ne pas te confronter à la réalité.

Puis il avale les 3 kilomètres qui le séparent de ton appartement.

Et t’embrasse jusqu’à ce que le monde devienne tes lèvres et que tes lèvres deviennent le monde.

Je ne sais pas ce qui unit les gens endommagés par la vie entre eux.

Peut être que les lésions s’attirent entre elles.

Comme un écho dans une pièce étroite.

Comme des tâches auréolées sur un matelas blanc finissent par fusionner.

Comme des tâches auréolées sur un matelas blanc qui saignent l’une dans l’autre.

 

Aujourd’hui je ne suis plus triste mais les garçons qui cherchent d’autres garçons mélancoliques finissent toujours par me trouver. Je ne suis plus un garçon, je suis un homme et je ne suis plus triste.

 

Tu souhaitais que je sois le fond noir dramatique et sombre afin que toi paraisses illuminé, afin que les gens murmurent : " quelle bravoure d’aimer un garçon aussi triste ? ".

 

Tu pensais que je serais le ciel noir, un trou sombre béant et que tu serais l’étoile ?

Etalant mon horizon noir, sans limites, comme une couverture dont on ne voit pas les bords.

Je m’approcherais de la faible lueur de l’étoile.

Je t’avalerais tout entier.

 

C’est fascinant comme deux êtres peuvent s’entremêler, fusionner.

Deux personnes qui ont jadis été ensemble et dormi du même souffle dans le même lit.

Peuvent redevenir de parfaits inconnus.

Comme deux atomes qui s’entrechoquent et finissent par exploser.

Dans le néant

C’est certainement la chose la plus triste de ce monde.

 

Je t’en ai voulu.

J’en avais tant fait.

Je m’étais coupé les cheveux.

Je m’étais acheté le plus onéreux des maquillages

J’ai sculpté ma chair pour que tu l’aimes.

Je me suis enduit du meilleur des onguents.

Je suis devenu plus beau, plus calme, plus docile.

Je me suis recouvert des pages de la bible et du coran afin que tu m’adores.

Comme un arbre privé de lumière, j’ai poussé du lierre, pour la chercher.

 

Quand tu es parti dans l’anonymat le plus complet je ne t’ai pas laissé partir.

J’ai attendu.

J’ai espéré.

Obsédant.

Rancunier.

Hostile.

J’étais fiévreux de rage.

Même ici j’ai écrit des mots suintant le souffre.

 

Je t’en ai voulu à toi aussi, avec tes cheveux blonds et tes yeux bleus si peu sincères.

Je t’en ai voulu à toi, l’autre, pour les mots.

Pour les gestes, à toi l’autre.

Toi, cinquième, je n’en ai voulu pour les omissions.

Toi, sixième je t’en ai voulu que ce que tu étais.

Vous tous, par dizaines, par douzaines, par milliers.

 

Je me suis dit:

Quelle distance as tu parcouru, pieds nus, pour des hommes qui n’ont jamais caressé mes chevilles sur leurs cuisses ?

Combien de fois, aux enchères t’es tu vendu ?

Pourquoi trouves-tu la lueur de l’inaccessible si attirante ?

Où cela a t’il commencé ? qu’est ce qui s’est mal passé ? qu’est ce qui a été gâché ? Qu’est ce qui t’a fait sentir si vain ?

S’ils te voulaient, ne t’auraient t’ils pas choisi ?

Tout ce temps, tu as mendié pour de l’amour, en silence, pensant qu’ils pouvaient t’entendre

Mais non, ils l'ont  humé sur toi.

Tu aurais du savoir qu’ils ont goûté le sentiment d’attente sur ta peau.

Et qu’as tu fait de tous ces autres qui auraient tout accompli pour toi, pourquoi les as tu fait t’aimer jusqu’à ce que tu n’en puisses plus ?

Pourquoi es tu ces deux hommes ? à la fois fort et indomptable, nécessiteux et démuni ?

Où as tu appris cela, à vouloir ce qui ne veut pas de toi ?

Où as tu appris cela, à quitter ceux qui veulent que tu restes ?

 

 

Puis j’ai trouvé la paix et la rédemption.

Je l’ai trouvé seul d’abord puis elle m’a été apportée.

Par ces amis.

Par ces proches.

Par lui.

Lui qui sent le citron et l’olive, l’encens et la terre.

Points de suture.

Chair saignante qui se referme sous la douceur d’une aiguille et d’un fil.

Nœud après nœud.

L’aiguille plonge dans la chair et en ressort. Elle recoud, millimètre par millimètre.

 

J’ai mis mes mains sur mon ventre et j’ai pensé:

 

« Je suis triste pour toi que tu n’aies jamais été vraiment aimé avant moi et que cela t’ai rendu cruel »

 

« Tu n’as pas guéri. Ta cruauté est un symptôme tenace ».

 

Puis j’ai commencé à t’aimer à nouveau.

Pas comme je t’ai aimé.

Pas comme on aime quelqu’un dont on hume les cheveux.

Mais plutôt comme une ombre pâle du passé qu’on bénit.

1000 ombres de mon passé.

 

Qu’on bénit toutes parce que mes jours et mes nuits ne se seraient pas aussi radieux et sombres sans elles.

Des artefacts.

Certains choix n’auraient pas été faits.

Certaines rencontres subséquentes n’auraient jamais eu lieu.

Vous me libérez.

Vous m’avez fait du bien.

 

Et dans la rancœur, la bienveillance a pris racine.

Les démons ont pris leur envol du 7ème étage et se sont écrasés sur le sol en affreux patins désarticulés.

Désormais, leurs cadavres, les os et leurs entrailles s’évaporent en fumées volatiles.

Je prie que la vie vous soit généreuse.

Je prie que la vie vous soit miséricordieuse.

Je prie que la vie vous soit agréable.

 

Je prie. Je prie. Je prie

Je prie. Je prie. Je prie.

 

Je prie pour la vie vous soit plus clémente que vous l’avez été à mon égard.

Je prie afin qu’elle soit gentille.

Même si vous ne l’avez pas été.

 

Parce que je vous pardonne.

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Hélium

Publié le par Dorian Gay

 

Nota: Ce billet, Hélium, complète, un autre billet paru le même jour, Phosphore. Comme deux battants d'une même porte. La narration en pointillés est un choix volontaire de l'auteur. 

 

Tu es terrifiant… étrange, sculptural. Quelqu’un que peu de gens sauraient dûment aimer.

 

La nuit de notre mariage secret

Quand il m’a gardé sous sa langue telle une promesse.

Jusqu’à ce que sa langue se raidisse et se fatigue.

Je me suis endormi éveillé pour garder intacte la fraicheur du souvenir.

 

Le lendemain, je l’ai prié de se recoucher près de moi dans le lit.

En retard, il m’a baisé les chevilles et est parti.

Je me suis endormi  au creux de son lit pendant plusieurs jours.

J’ai humé les réminiscences de ses effluves, sauvages et douces. Comme le miel et le vin.

 

Sa mère m’a trouvé dans le lit.

Je me suis tenu face à elle, nu.

J'ai parcouru son visage clair de mes mains.

Lentement, avec expertise, compassion.

Sentant son souffle court sous mes doigts.

Chaud, mentholé.

 

Je lui ai montré l’alliance en or à mon doigt.

 

Il rentre plusieurs jours plus tard.

Ma peau frémit à nouveau comme un enfant qui déchire l’utérus de sa mère et crie à la vie qui envahit ses poumons et ses entrailles.

Je me consume, je m’embrase, m’immole par le feu.

Mes yeux en amande, noirs, crépitent comme du bois sec.

 

Il les embrasse avec méthode.

Son cœur est aussi beau que son sourire.

Consumant, je me sens beau.

Je suis beau, tellement beau.

Je brille. Je suis un volcan en éruption. Poétique.

Mes lèvres, mouillées, appellent à l’adoration, au culte, à l’adulation, au fétichisme.

Il est à genoux, il prie.

Il me trouve beau.

Je suis une mosquée, une cathédrale dévorée par les flammes.

 

Ma mère m’a dit une fois.

Lorsqu’un homme t’approche

Immole-toi par le feu.

 

Tu es un magicien.

Je suis ton public, silencieux, dévoué, religieux.

Tes hanches sentent le citron et l’olive.

L’encens et la terre.

 

Chaque bouche embrassée, chaque langue dont tu t’es délecté.

Tout ceci n’était que préambule, qu’apprentissage.

Tous les corps que tu as déshabillé et que tu as labouré, de tes doigts, de tes dents, de ta peau, de ton sexe, de la langue.

Te préparaient au mien.

Ça ne me dérange pas de les goûter dans les exhalaisons des souvenirs qui persistent dans ta bouche.

 

Ils étaient tous dans un long couloir plongé dans une semi-obscurité.

Une porte entrouverte.

Ta seule valise sur le tapis roulant.

Etait ce un long voyage ?

Tu es là maintenant.

Bienvenu à la maison.

 

Je passe mes doigts dans ses cheveux sauvages.

Il s’incline et je hume à nouveau cette odeur.

Cette fragrance entêtante comme une chanson qu’on écoute beaucoup trop.

 

Cette année sera l’année de la rédemption, du lâcher prise. L’année de la compréhension des mots, « oui, « non », « tu n’es pas gentil », « tu es gentil ». Année de l’humanité et de l’humilité. Comme un jour où l’humanité entière était restée toute la journée sous ses draps. Tous ceux que j’ai croisé sur mon chemin cette année m’ont dit « ta compagnie est si agréable, comment tu fais ça ? ». L’année où j’ai creusé la terre et ai arraché les racines de mes mains rêches. L’année où j’ai appris les discussions légères sans conséquences, et appris à sourire à des inconnus. L’année ou j’ai compris que je suis mon meilleur moi même quand je m’approche et demande : « veux tu être mon ami ? »

L’année du sucre et du miel, partout.

Douceur, douceur, miel, miel.

L’année d’une solitude heureuse et de l’apprentissage de ses joies.

L’année où j’ai pris dans les bras des gens que je ne connaissais pas parce que j’avais envie d’apprendre à les connaître.

 

Cette année, j’ai fait la paix et l’amour, là nu devant vous.

 

Grâce à lui.

Grâce à eux.

Grâce à moi.

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Loser Like Us: Mes Pires Rencards

Publié le par Dorian Gay

Les rencontres, les dates, les rencontres, les rencards, tête-à-tête, peut importe comment vous les nommez, ils s’initient généralement de la même façon, il y’a un point d’ancrage initial : un doigt qui glisse de la gauche vers la droite sur Tinder, une conversation atypique ou engageante sur Grindr, Hornet ou toute autre application ou site de rencontre du même acabit, une rencontre fortuite ou encore l’œuvre d’un entremetteur aux faux airs d’un cupidon du 22ème siècle.

Des tête-à-tête j’en ai eu un nombre incommensurable. Des visages, des voix, des particularités, des histoires à chaque fois différentes et tout autant de verres vidés, de regards tantôt appuyés, tantôt fuyants, d’éclats de rires et de silences lourds et âpres, tantôt de destins croisés le temps d’une soirée.

Je me souviens d’une période relativement récente de ma vie, pendant laquelle, ivre de ma propre jeunesse ou tout simplement acculé par une solitude déniée, j’avais un rencard presque chaque soir avec un homme différent, qui m’attendait inexorablement dans le même bar, un verre de vin frôlé du bout des doigts dans lequel flottait son histoire personnelle, ses aspirations, ses envies et ses démons.

On s’asseyait, on devisait, on racontait, on écoutait, on séduisait. J’écoutais beaucoup. J’écoutais plus que je ne racontais. On aurait presque dit que ces entrevues étaient pour moi un divertissement au même titre qu’un bon film après le travail ou la pièce de théâtre que l’on va voir en fin de journée. Sauf qu’à la différence de compositions et de représentations fictives, j’étais aux premiers rangs de pièces de vies complexes, animées d’êtres faits de chair et de sang et aux tourments et aux joies bien réelles.

Souvent, ces rencards se terminaient dans le claquement d’une bise et le chuchotement d’un « à bientôt » ou, « je te rappelle ». Plus rarement, ils se concluaient par des ébats plus ou moins réussis puisqu’il faut bien vivre et que le sexe c’est bien vivre. Encore plus rarement, les rencards donnaient lieu à d’autres rencards avec le même garçon et ces entrevues sporadiques tissaient un lien plus ou moins durable.

 

Maintes fois, il s’agit de purs fiascos qui seront l’objet de billet dont je dois l’inspiration à J. & Les Hologrammes.

Tout d’abord, il y’a l’anxieux maladif

Nous avions discuté plusieurs jours avant de se consentir à se rencontrer autour d’un cocktail dans le 11ème arrondissement de Paris. Le dialogue virtuel que nous avions entretenu était alors pétillant, enjoué, léger et rien ne présageait du désastre qui allait suivre.

Rendez vous était fixé au China, Rue de Charenton à 21 heures. C’est un lieu que je propose assez régulièrement. J’avais enfilé à la hâte un t-shirt rouge pourpre qui laissait deviner avec subtilité le torse que je m’étais évertué à sculpter à la salle de sport que je fréquentais alors assidûment. Ce même jean noir près du corps que j’use bien trop vite à le mettre trop souvent. En retard, je me suis engouffré dans la porte d’un Uber pour les 5 minutes de trajet qui séparaient le lieu de la rencontre de mon appartement.

21h, il m’informe qu’il part de chez lui et qu’il a du retard. Je commande un cocktail, un mai tai, toujours le même, qu’ils servent avec des morceaux d’ananas et une myrtille, toujours une, qui croque sous les dents en millions d’étincelles acidulées.

Je ne m’impatiente pas. J’observe. Les gens, enveloppés dans une lumière rouge, chaude, tamisée, chimique. Le brouhaha, les rires qui s’élèvent. Le jeune couple assis à ma droite, visiblement à leur première rencard paraît gêné, maladroit. Leurs regards ne font que se frôler, glisser l’un sur l’autre. Les mains se grattent, les gorges se raclent, les ongles crissent nerveusement. Je souris.

21h30, il finit par arriver. Je le reconnais spontanément. Il a un physique assez atypique, (très) grand, longiligne, une tignasse rousse, une peau parfaite. Il est nerveux.

Il s’installe à ma table après des salutations assez sommaires. Il ne décroche plus un mot, littéralement. Je fais la conversation, enchaîne les questions auxquelles je finis par répondre moi-même. Il finit par siffler près d’une vingtaine de minutes plus tard:

 

-Je suis vraiment désolé, je n’arrive pas à me calmer… j’étais très en retard. Je déteste être en retard… surtout pas pour le premier rencard…

-Ah non mais ne t’inquiète vraiment pas ! je n’ai absolument aucun problème avec ça !

-Oui mais bon… et en plus j’ai tâché mon manteau dans la hâte…

A moi d’être concerté par les effluves d’angoisse futile qui émanaient de mon rencard. Une demie heure de retard et quelques tâches peu rebelles n’avaient jamais tué personne et ne valaient surtout pas que l’on s’y attarde toute une soirée. Mon rencard ne semblait pas envisager les choses avec autant de légèreté. Les minutes passaient, tout aussi silencieuses et lourdes.

 

-Je suis désolé, je n’arrive pas à ne pas m’en vouloir… et je vois bien que cela te met mal à l’aise et cela me rend davantage désolé et mal à l’aise et ça devient un cercle vicieux

-Ah… ha…

Du coin de l’œil je vérifiais le fond de mon verre et anticipais une fine stratégie pour mettre fin au fiasco. De mon éducation, j’ai retenu quelques principes comme celui de ne pas rompre avec brutalité les rencontres. Préserver les apparences et la cordialité, toujours. Sauf que, ce soir là, agacé par ce que comportement que je trouvais indigne d’un trentenaire bien dans ses pompes, j’étais décidé à lui annoncer sur un ton sec que cela était absurde et ne mènerait visiblement à rien et disparaitre dans la nuit en claquant mes souliers vernis.

 

J’ai croqué les glaçons au fond de mon verre.

 

On commande l’addition ? ai-je dit, en sortant ma carte bleue

Pendant les 5 minutes de trajet qui séparaient le bar de la station de métro la plus proche, Monsieur est devenu soudainement plus volubile comme pour combler dans les derniers instants tout le silence qui a précédé. Je marchais d’un pas rapide, hochant la tête à ses propos et prononçant quelques onomatopées pour exprimer un intérêt factice. Arrivés à la station de métro, lui de demander dans un sourire naïf et incompréhensible : on se revoit quand ?

Le mégalo 

Je ne sais pas si c’est mon aura particulière qui attire les garçons narcissiques et très autocentrés ou s’il s’agit du fruit d’un malheureux hasard, mais le constat reste que beaucoup de mes rencards ratés furent partagés avec ce type d’individus.

Il y’a eu notamment Michele, 30 ans. Beau, il le sait, nous le savons, tout le monde le sait. Il a cette eleganza italienne, cette classe quand il passe ses doigts fins dans ses cheveux bruns parsemés de poivre. Ce sublime accent du sud de l’Italie quand il s’exprime en anglais, agitant ses mains en arabesques envoutantes, ponctuant ses propos, comme tous les italiens.

Nous étions dans un charmant petit café dans le centre de Londres. Il me parle, il me parle, il me parle. Il évoque sa passion pour l’opéra, il me dit qu’il chante aussi. Il me décrit sa carrière à son apogée en tant que PDG d’un grand groupe de loisirs. Il me conte ses vacances, ses sorties, ses amis, son appartement, son chien, sa salle de sport, sa vie.

 

Poli, j’écoute et j’attends qui daigne compléter sa logorrhée par un « et toi ? ».

 

Excédé par un échange unilatéral interminable mais toujours élégant, j’ose un « could we have the bill please ? we’ll split, thanks »  avec un sourire et un doigt tendu vers la serveuse qui m’adressait un sourire en retour qui semblait dire : « I feel you love, I feel you »* (je te comprends… je te comprends…).

Le matin alors que je dévore deux croissants et un verre de jus d’orange frais, mon téléphone vibre sur la table en métal : « I loved our drink. When are we meeting up again »* (J’ai adoré notre rencontre, quand est que nous revoyons ?)

Doigt de la droite vers la gauche sur le téléphone. *Corbeille*. *Voulez vous vraiment supprimer cette conversation ?*

*Oui*

Il ne me reste plus beaucoup d’oranges fraîches pour un autre verre de jus pressé.

Le snob-schizophrène qui a un avis sur tout

-J-0, 1 heure plus tard « c’était super à renouveler ! » ce à quoi j’assénais un franc « ah bon ? je dois t’avouer que je suis surpris… »

-J-0, 22 heures : « bon… bah… bonne soirée hein » volontairement non suivi d’un « à bientôt »

-J-0, 21-22 heures – ce jeune homme plutôt beau, plutôt intelligent et plutôt vif m’agace minute après minute. J’aurais du deviner que les choses n’étaient pas de bonne augure lorsque, dès qu’il s’est agit de chercher un bar pour notre premier tête-à-tête, Nicolas m’a dit « oui mais pas là car c’est pas bio, pas là car c’est « mal » fréquenté et pas là non plus car je ne cautionne pas la philosophie du lieu ». On finira par trouver un consensus.

 

A peine installés, il est mal à l’aise. Il n’accepte pas de laisser le casque blanc de son scooter par terre et insiste auprès d’un serveur pour avoir une chaise supplémentaire sur laquelle déposer son bien précieux. Maniaque.

Je ne le prierais pas longtemps avant qu’il me décrive son curriculum vitae : Sciences Po, Ecole des Mines, Chercheur. « Et toi ? »

Je répondrais « ah moi, avocat en début de carrière ».

« ouais c’est pas mal… j’ai quelques amis dans le milieu ».

 

Il me décrit ses engagements associatifs. Tuteur bénévole dans une banlieue du nord francilien, « parce que aider ces gens c’est nécessaire ».

Puis entre deux gorgées de thé, il s’offusque de tout : de l’UBERisation, du service de livraisons de plats à domicile, du climat fiscal, de la mauvaise qualité des meubles en conglomérat, de l’inutilité des métiers juridiques et j’en passe…

La conversation devenait contentieuse, électrique. J’ai du tempérament et j’aime affirmer et défendre mes idées, notamment contre l’absolutisme, le généralisme et un savoir factice qui cache des approximations et des facilités.

Les gens qui, à 25 ans, sont pleins de certitudes, de vérités, d’entièretés, m’exaspèrent, me fatiguent ou me peinent.

Assis à notre droite, un groupe de jeunes dont l’un d’eux a une voix grave, un coffre puissant, qui résonne à chaque éclat de rire jusqu’au profond de nos os. Un baryton qui s’ignore.

Au début le volume de ses rires impressionne, gêne, les tables voisines jettent des regards inquiets ou agacés. Je m’en amuse. Mon rendez-vous lui fulmine et n’arrête pas de jeter au malheureux des regards sévères pleins de dédain qui semblaient murmurer :  « mais tenez vous bon sang ! ».

Nous finirons par payer l’addition au prorata des sommes engagées par chacun.

J’en sors, persuadé que nos joues se frôlent pour la dernière fois alors que nous nous disons au revoir. Sur le chemin qui me ramène chez moi, je m’efforce d’oublier ce moment comme si je pouvais prétendre que tout cela n’était point arrivé et que j’avais passé ma soirée à errer dans les rues enchanteresses de Paris et non en si mauvaise compagnie.

-J-0, 1 heure plus tard « c’était super à renouveler ! » ce à quoi j’assénais un franc « ah bon ? je dois t’avouer que je suis surpris… ».

Le mythomane

Il est mielleux, il dégage une certaine assurance. Il sourit et affiche des dents d’un blanc immaculé. Couleur javel. Ses mains sont moites mais disciplinées. Son regard se plonge dans le votre, direct, franc, incisif.

Il affirme : « oui, je travaille dans l’import et l’export de produits, j’ai beaucoup de responsabilités, etc ». C’est pourtant gauche, plastique.

Il continue tout au long de notre rencontre de décrire une vie qui n’est visiblement pas la sienne. Il essaie de se faire maître d’une vie fantasmée, illusoire. Je hoche la tête comme pour donner un peu de poids à ses fausses vérités. Ça le rassure.

A l’écouter, il passe sa vie entre deux avions, un smartphone à chaque main, à négocier en cinq langues des deals entre Singapour et Saint-Barth. A le croire, il est amateur de belles choses, de culture et de luxure. A l’entendre, il connait tout Paris et tous les lieux qui valent la peine d’être connus.

Je soupire. Au fond de moi je suis triste de devoir à l’avenir éviter d’acheter mon vin au Nicolas du Boulevard Saint Germain où je savais qu’il travaillait jadis. Mais lui ignorait que j’avais les clés de sa «  vraie » vie et que j’en connaissais la couleur. Je hoche à nouveau la tête.

Le désorganisé

 Je suis ponctuel. Souvent. Presque tout le temps. Nous avions convenu d’un rendez vous à 17 heures à l’Institut Suédois à Paris. Il est Suisse, il est diplomate. Deux circonstances aggravantes. Je ne pouvais encore moins comprendre comment il pouvait avoir plus d’une heure de retard.

Je l’avais attendu au chaud d’abord, un thé fumant entre les mains. J’essaie de l’appeler afin de savoir où il se trouve. Il m’annonce un léger retard et que son téléphone n’a presque plus de batterie. 20 minutes plus tard je tente à nouveau de le joindre. Une gentille femme à la voix métallique m’annonce que le téléphone de mon interlocuteur est éteint.

 

Le mauvais plan.

 

Agacé, je décide de m’en aller et de marcher vers le quai Saint-Michel. Il finit par me rappeler alors que j’approche la fontaine Saint-Michel. Je consens à répondre. Il m’annonce, après quelques mots en guise d’excuses qu’il est en vélo, pas très loin de la fontaine et m’invite à l’y attendre.

Echaudé, j’accepte néanmoins. Je n’aurais pas du. J’ai le désagréable défaut de ne pas me défaire de mes frustrations rapidement. Je rumine, je ronge, je fume avant que le temps fasse son œuvre. Je ne sais pas faire semblant, je ne sais pas composer. Quand je suis énervé, je ne le cache guère.

On commande chacun un café sur une terrasse à Châtelet. Je ne suis visiblement pas très bavard, continuant à ronger mon frein, refroidi par son manque d’égards.

La chaleur du café me détend progressivement les mâchoires et nous échangeons sommairement sur quelques sujets. Il insiste pour m’ajouter sur Facebook. Je cède.

Mais je sais qu’il n’y aura pas de suite.

Le rapide

« Allo ? Le code de l’interphone c’est bien 2588 ? Ah bah super je suis en bas, je monte ».

Je frappe à la porte de son appartement du 14ème arrondissement. L’appartement n’est pas très grand mais décoré avec un goût certain. La nuit se lève. Il me sert un verre de vin rouge. Nous buvons. Il est professeur de Droit, nous échangeons beaucoup et semblons avoir beaucoup de choses à nous dire.

 

Le moment est agréable, la conversation fluide. Puis il commence à me parler de projets… personnels puis… communs.

Il nous imagine déjà en vacances ensemble dans trois semaines. Il me demande si j’aime le 14ème arrondissement. Il me prédit que sa mère adorerait certainement me rencontrer. Il déroule une liste infinie de possibilités bien trop précoces.

Je serre de mes doigts le verre de vin et je déglutis. Je vois notre possible vie à deux décrite avec une précision chirurgicale. J’attends bientôt qu’il me demande si je veux un double des clés de son appartement dès ce soir.

Me sentir étranglé par de possibles responsabilités ou par le dictat du couple est le meilleure stratagème pour me faire prendre mes jambes à coup.

Je suis un lent moi. J’ai besoin de temps, j’ai besoin de mûrir, vieillir avant de pouvoir me considérer comme lié par le couple à quelqu’un. Cet affinage du temps et des sentiments est absolument nécessaire. Sauter les étapes est fatal.

Presque apeuré, j’ai fini par prendre congé de mon hôte et me suis réfugié dans le premier métro, entouré d’inconnus, ivre de liberté.

Le lendemain il m’invitait à un déjeuner chez lui avec sa meilleure amie et son frère….

 

 

 

 

 

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Wild Black Cat

Publié le par Dorian Gay

Wild Black Cat

C’est toujours étonnant cette manière primitive qu’on les gens de vous mettre dans un coffret hermétique, de vous coller à la peau une étiquette, un label, une marque, un code-barres. On s’arrête à la couverture du livre, on en lit parfois les premières pages et on conclut de façon bien hâtive que l’ouvrage est de bonne ou de mauvaise augure. Ces gens qui souvent pensent vous connaître mieux que vous même.

Vous êtes en surpoids? C'est que sûrement vous vous laissez aller. Vous portez une jupe trop courte? c'est que vous devez être une fille de mauvaise vie. Vous êtes comptable? vous devez être sans doute d'un ennui lancinant. Vous roulez dans une grosse berline? vous devez avoir quelque chose à compenser. Vous êtes arabe? vous êtes forcément musulman et vous mangez halal. Vous êtes asiatique? vous êtes sûrement discret. Vous êtes gay? vous devez forcément aimer faire la fête et avoir bon goût.

Peu de gens me connaissent réellement. Peu de personnes savent qui je suis, d’où je viens, et où je vais. Je me suis toujours attaché à entretenir une certaine image, lisse, polie, impénétrable, résolument mystérieuse depuis très jeune et me suis réellement ouvert aux autres de façon pleine et entière, sincère et fragile. Je n'aime pas parler de moi.

On m’a parfois reproché d’être un caméléon social, une chimère, un bloc de froideur et qu’il était parfois impossible de déterminer si j’agissais avec sincérité ou selon mes codes indéchiffrables.

On m’a targué d’être un intellectuel original, un être social insaisissable, un gosse de riche élevé au lait d’ânesse dans un appartement bourgeois du grand ouest parisien. A première vue, j’irrite : ma garde robe bien fournie et mes achats scandaleux et à la superficialité affolante et mes voyages incessants font miroiter une enfance dorée ; mes études et ma réussite professionnelle donnent l’illusion de la reproduction inévitable d’une certaine élite ; mes goûts vestimentaires renvoient à l’image de l’homosexuel amateur de luxe nécessairement écervelé et léger.

Pour beaucoup je suis donc Dorian, ce jeune de 24 ans, issu de l’élite d’une certaine immigration, élevé dans un milieu extrêmement aisé, donc la réussite et le destin ne pouvaient être que linéaires, entourés de parents influents, et qui, comme tous les gosses de riches ne devaient sa vie qu’à un certain nombre de facteurs extérieurs.

J’ai déjà eu ce type de remarques, parfois très explicites, d’innombrables fois dans ma vie.

  • « Alors papa est homme d’affaires et maman est médecin, tu étais dans un lycée privé ? »
  • « Ce sont tes parents qui t’ont aidé à trouver ce stage ? »
  • « Tu connaissais des gens ici quand tu as postulé ? »
  • « Ton appart est gigantesque, c’est toi qui payes ? »
  • « Je suis certain que ce tu portes aujourd’hui représente quelques SMIG »
  • « Ah oui Mr Dorian ne trainerait sûrement avec le prolétariat »
  • « Toi ? vivre dans le 18ème ? mais soyons sérieux deux secondes, tu as déjà traversé le périphérique »
  • « Ton père est un dictateur africain ? »

85 euros dans ma poche comme seul patrimoine. Voilà ce que j’avais dans les poches de mon jean slim ce 27 aout 2010 quand mon avion atterrissait à Paris, à 19 ans, sans personne qui m’attendait dans ce terminal d'aéroport bien trop plein pour un jeune bien trop seul.

Oui j’ai une enfance aisée, presque grotesque. Mon père, juriste reconverti dans la politique et dans les affaires avait très bien réussi sa vie et comptait parmi l’une des plus importantes fortunes de mon pays d’origine. Il avait quitté jeune son pays pendant l’époque coloniale, et avait été choisi parmi cette petite élite locale afin de poursuivre des études de droit en France, au terme desquelles il fut diplômé d’un doctorat en Droit et entama une carrière brillante d’avocat pénaliste, défendant hommes politiques, d’affaires ou intellectuels. C’est pendant ses études qu’il rencontra ma mère qui faisait ses études de médecine et de cette union improbable mes deux frères et moi furent issus.

Homme d’idées, il avait toujours également toujours été politique. Il occupa plusieurs mandats successifs au gouvernement avant de se lancer dans les affaires et de s’intéresser au secteur des mines et de l’énergie et d’y construire son empire.

3 mois après ma naissance, mes parents se séparaient. Je vécus 8 années auprès de ma mère avant de vivre mon adolescence avec mon père, ma belle mère et leurs deux enfants.

Donc oui, pendant plusieurs années, je n’ai manqué de rien, et ai pêché par excès. Nous avons toujours été inscrits dans des écoles privées indécemment chères. Nous avons été choyés par cinq employés à temps plein. Nous allions à l’école accompagnés en chauffeur et je ne me souviens pas d’une seule fois où mon père soit venu me chercher. Alors que tous les enfants du monde rêvent de cheval, mon père possédait toute une écurie ou étaient choyés une trentaine de chevaux de courses. Nous passions nos étés dans une des nombreuses maisons que mon père possédait sur quatre continents et je semblais alors vivre ce que je pensais être une enfance à peu près normale.

Sur les 2 dernières années précédant ma majorité, mon père ayant accepté un poste politique qui semblait l’intéresser, il nous entrainait dans son pays d’origine, le temps pour lui de réaliser ses projets.

Puis le château de cartes s’est effondré. J’ai toujours eu des relations difficiles voire chaotiques avec mon père. Ce constat s’étend à l’ensemble des autres membres de la famille qui n’ont jamais pu entretenir des liens sains avec lui. C’était un homme extrêmement brillant dont l’intelligence n’avait d’égal que la folie. Névrotique, lunatique, changeant, glacial, dur parfois violent, toujours manipulateur. C’est pour cela que ma mère préféra partir, blessée à vif.

Mon père n’exprimait jamais aucune émotion. En 24 ans de vie je ne me souviens jamais qu’il eu prononcé des mots affectueux. A personne. Jamais.

Sa dureté était phénoménale. J’ai toujours l’impression d’avoir été pour lui un énième placement financier, un cheval de course. Il nous plaçait en perpétuelle compétition avec les autres enfants de notre âge, ou lui même. Rien n’était jamais assez bien, assez grand, assez beau.

Je me souviens, étant brillant au cours de mes études, me précipiter tous les trimestres dans son bureau, mon bulletin de notes à la main et lui annoncer, le visage lumineux, que j’étais le deuxième ou le troisième meilleur élève de ma classe. Généralement, il lançait un regard las au papier que je lui tendais et répondait « ah… il y’a quelqu’un de meilleur que toi. Bon, il va falloir te prendre un autre prof particulier pour travailler. D’ici là plus de sortie. Je n’élève pas des deuxièmes sous ce toit. Sors. Je travaille ». Toute mon enfance.

Mon père avait également une tendance obsessionnelle à imposer ses choix à ses proches.

  • Papa, puisque je commence le collège, il faut que je choisisse une seconde langue étrangère. J’aimerais aller en espagnol, et en plus tous mes amis sont.
  • Tu feras arabe
  • Han ?
  • Oui, c’est une langue en plein essor dans le milieu des affaires. Et ça sort du lot.
  • Mais je n’ai pas envie et en plus ce n’est pas dans le catalogue des cours !
  • J’appellerais le directeur pour qu’il engage un professeur spécifique pour toi. Vas

Quand ma sœur obtint son baccalauréat, elle n’avait qu’un objectif en tête : travailler dans le tourisme. Il n’en était pas question pour mon père :

  • Si tu ne fais pas des études de droit, je ne financerais plus rien et tu ne seras plus ma fille.

S’en suivirent presque dix ans où ils ne se sont plus plus parlés. Pas une seule fois.

Quand se fut mon tour, mon père fut extrêmement déçu, s’imaginant déjà m’inscrire à Polytechnique. Sauf que j’étais davantage doué pour les lettres que pour les sciences et venait d’obtenir un bac littéraire. L’avoir obtenu à 14 ans et être l’un des jeunes bacheliers du pays n’était pas satisfaisant.

Il vécut cela comme un échec cuisant et l’idée de me faire admettre dans une prestigieuse école de commerce devint obsessionnelle. Je ne voulais pas et ne jurais que par le droit.

L’affrontement devint inévitable et je me retrouvais, un soir de 2010 alors qu’il avait prononcé des mots qu’il n’aurait pas du, et porté des coups qu’il n’aurait pas dû porter, à 15 ans dans la rue de notre villa, mes deux valises sous les bras. Avec 85 euros dans les poches de mon jean slim noir.

Ma mère avait une situation bien plus modeste. Elle avait commencé une brillante carrière avant que mon père l’enjoigne à rester à la maison et à s’occuper des enfants. Lors du divorce, elle n’emportait pas un centime, ni même une pension alimentaire en raison de l’influence de mon père et devait rebondir après une dizaine d’années de sommeil. Elle reprenait donc des études plus poussées et était assistée par sa famille. Et voilà qu’elle se retrouvait à élever toute seule ses trois adolescents qui avaient fugué du domicile paternel.

Les villas, les employés de maison, les professeurs particuliers, les lycées privés, l’opulence grotesque devenait souvenir et je découvrais une réalité précaire à en faire pâlir Cendrillon. Pendant ses études en tant que mère seule, ma mère avait des moyens extrêmement limités. Elle ne pouvait même pas s’offrir les services d’une nounou quand elle se rendait à ses cours, devant solliciter l’aide de sa sœur.

Avec ses quelques économies, elle avait réussi à faire partir mon frère aîné aux Etats-Unis pour ses onéreuses études de médecine, puis ma sœur.

En raison de mon excellent parcours j’étais accepté par certaines des meilleures écoles et universités du monde. Ma mère ne pouvait pas. J’avais assez de maturité pour comprendre et me résoudre à aller à l’université publique, à Paris. Je pense qu’aujourd’hui, le cœur de ma mère saigne encore en raison de ce qu’elle vit comme l’échec le plus cuisant de sa vie de mère : donner tous les outils nécessaires à ses enfants. Nous en parlons jamais. Au fond, je n’ai aucun regret et je n’aurais pas souhaité qu’il en soit autrement, cependant je sais que 8 ans plus tard, sa blessure reste toujours vive.

De l’étage entier de 120m2 que j’occupais tout seul dans la maison de mon père, je passais à une chambre insalubre de 9m2 sur le campus universitaire de ma faculté de droit, comptant à l’euro près mon budget et vivant de privations.

Je me souviens d’une période où les impayés de ma petite chambre ne faisaient que s’accumuler et je me demandais à quoi tout cela pouvait bien servir.

J’en ai fait des jobs étudiant : aide périscolaire, réceptionniste, maraicher sur une plantation de melons, enquêteur téléphonique et j’en passe. Mes journées étant chargées, devant généralement assister aux cours en journées et me rendre à mes emplois le soir jusqu’à tard et les weekends.

J’ai travaillé l’ensemble de mes étés, n’ayant jamais connu de vacances lors de ma formation.

Je me rappelle du souvenir surement le plus douloureux de cette période. Moi, frappant timidement à la porte du bureau de l’assistante sociale pour solliciter une aide exceptionnelle de l’Université afin de pouvoir éponger une partie de mes dettes locatives. Elle de me demander :

  • Et votre père fait quoi dans la vie ?
  • Milliardaire du pétrole et de l’uranium
  • Ah.

Avant de se plonger dans ses notes.

Mon dieu que j’avais la rage. Une rage indescriptible. L’ivresse de la réussite, de l’aboutissement. Une soif de vengeance, pas contre mon père, mais contre cette chienne de vie dans une cage dorée qui s’est muée en cage de roseaux fragiles.

Oui, moi Dorian. J’allais réussir, mieux que personne, plus que personne et sans personne. Tout seul.

Mes résultats universitaires ont suivi. J’étais successivement admis dans les meilleurs masters et la meilleure école de commerce du continent. Je n’avais pas les moyens de me l’offrir. J’ai contracté un prêt bancaire et ai accepté de devenir garçon au pair pendant toute l’année dans une famille juive richissime de l’ouest parisien. Ces mêmes gens que nous invitions à nos cocktails à la villa et avec qui nous parlions voyages exotiques, diners gastronomiques et folies capitalistes.

Je me rendais à l’école en journée et devait récupérer leurs deux jeunes filles à la sortie de l’école en fin de journée, les aider à faire les devoir et diner avec elles car leurs parents étaient bien trop occupés.

Les tâches étant souvent chronophages, je me retrouvais souvent à ne pas assister à des journées entières de cours, devant faire l’arbitrage entre ma formation certes cruciale et la nécessité primaire d’assurer mon quotidien.

Puis la chance m’a souri. J’ai été diplômé. J’ai été accepté en stage dans un des meilleurs cabinets d’avocats de la place parisienne, sans relations, sans coup de fil à un ami. Moi, Cendrillon des temps modernes. Petit noir, rageux, fiévreux, impétueux, fou, qui présentait bien et qui en voulait. Puis de fil en aiguille, un autre stage s’est présenté, puis un troisième, un quatrième…

Un de amis de fortune m’a gracieusement offert l’hospitalité pendant ces premiers mois de stage, me permettant de ne pas être trop loin du cabinet et m’y rendre facilement.

Avec mes indemnités de stagiaire, je pouvais bientôt me permettre de louer un petit studio dans un quartier parisien peu recommandable.

Dans ces différents cabinets d’avocats transpirant la vieille bourgeoisie catholique décadente parisienne. J’étais toujours presque le seul noir. Ce « noir pas comme les autres car lui il est intelligent et présente bien non ? ». Donc oui, moi je n’ai pas du faire comme les autres pour évoluer, j’ai du fournir le double d’efforts pour avoir la même reconnaissance. Je me rappelle de ces mots de ma grande mère que j’ai peu connu:

  • Tu sais mon enfant, souvent tu devras pour le même résultat fournir deux fois plus d’efforts que tes pairs. Parce que tu es surement bien né par ton milieu social mais tu resteras souvent ce « noir pas si noir que ça ».

Puis ma mère s’est remarié. Un homme aimant, ex ami d’affaires de mon oncle. Mes aînés, qui avaient fait les mêmes sacrifices et vécu la même précarité, ont fini leurs brillantes études : chirurgien cardiaque et urbaniste.

Les miennes s’achevaient également et se semblait voir ce qui semblait être une vie apaisée. J’ai monté sur un coup de folie ou de génie une entreprise de services à la personne, à 21 ans, qui fut vite prospère et rentable et employait 8 personnes. Après un an et demi je la revendais et me consacrais à la poursuite de mes études, notamment l’examen du barreau et mon doctorat qui fut vite consacré par une cotutelle avec l’une des meilleures universités du monde et d’être recruté par un cabinet notoire parisien.

J’avais réussi. Seul. Furieux. Cela faisait bientôt six ans que je n’avais pas parlé à mon père. J’aurais vu qu’il l’entende, j’aurais vu qu’il le lise, j’aurais voulu qu’il le voit, j’aurais voulu qu’il le sente afin que ma rage et ma colère soit apaisées.

Mon appartement, mes voyages, mes paires de chaussures à 1200 euros, mon train de vie actuel, mes réussites, je ne les dois qu’à une seule personne : ce jeune garçon de 15 ans en fugue qui s'est retrouvé, un soir de 2010 à la rue avec 85 euros dans la poche de jean slim noir et tout un monde à reconstruire.

Et ce n'est que le prologue.

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