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30 articles avec la gaysphere selon moi

Peace Will Come In A Helium Balloon

Publié le par Dorian Gay

A l’aide,

Je l’ai fait à nouveau

J’ai été ici un millier de fois

Je me suis encore blessé aujourd’hui

 

Sois mon ami

Tiens-moi, couvre-moi,

Prends-moi dans tes bras

Couve-moi, protège moi

Je suis minuscule

Découvre-moi et tiens-moi au chaud

 

Je suis né dans un orage

J’ai grandi au cours de la nuit

J’ai joué tout seul

J’ai survécu jusque là

 

J’ai pris un aller simple pour l’île où les démons dansent

Où le vent ne change

Et où la terre est infertile

Pas d’espoir, que des mensonges

Mais j’en suis revenu vivant

 

J’ai retrouvé la rédemption dans le lieu le plus étrange

J’ai vu mon visage dans celui d’un autre

Mais c’était le mien

 

Perdu

Je me suis perdu encore une fois

Et je suis nul part ou l’on peut peut me trouver

Perdu

Je pense que je peux me briser en mille éclats de verre

Perdu

Je me sens vulnérable

 

Je crie mais je n’émets aucun son

Je n’ai jamais voulu avoir besoin de quelqu’un

Je pensais pouvoir tout faire tout seul

Comme un grand

Un garçon au caractère bien trempé et à l’âme douloureuse

 

Je suis à la maison, seul,

Je consulte mon téléphone, rien, alors

C’est l’agonie

 

Je vais pleurer et ruiner mon maquillage

Et je me moque de ne pas être beau

Les grands garçons pleurent quand leur cœur se brise

Un garçon au caractère bien trempé

Je suis triste

En haut tout est vide, le noir, des satellites et le silence

 

 

Aide-moi à sortir de cet enfer

Soulève-moi comme un ballon d’hélium

Quand je heurte le sol

J’ai besoin de toi

 

Et si tu me laisses aller, je flotterai vers le soleil

Ouais je voulais jouer au dur

Superman

Mais même Superman n’est pas invincible

Soulève-moi avant que je heurte le sol

 

J’ai besoin de toi, J’ai besoin de toi

Je veux te respirer comme de l’oxygène

Ma maison est en flammes

Elle s’envole en flammes

 

Sois mon ami

Je suis dans le besoin

Et respire-moi

Sois mon ami

Tes paroles sont une mélodie

Je ne laisserai pas le démon rentrer, je gagne du temps

A travers l’œil de l’aiguille

 

Mes bagages sont lourds,

C’est moi qui les ai remplis

Ils me ralentissent

Je les porte partout

Ils sont tous à moi, ils sont tous à moi

Mais je suis aveuglé par l’œil de l’aiguille.

 

Tiens-moi, enveloppe-moi,

Découvre-moi

Je suis si minuscule

Et tellement dans le besoin

 

Et respire-moi

On me l’a enlevée, mais je respire encore

On me l’a enlevée, mais je respire encore

On me l’a enlevée, mais je respire encore

On me l’a enlevée, mais je respire encore

On me l’a enlevée, mais je respire encore

On me l’a enlevée, mais je respire encore

On me l’a enlevée, mais je respire encore

 

Je respire encore

 

Je suis vivant

Je suis vivant

Je suis vivant

 

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Oh My Grindr: Le Pire De 2016

Publié le par Dorian Gay

En mars cette année, j'avais publié un billet assez facétieux qui avait pris pour cible ces ovnis sur cette pléaide d'applications de rencontres (e.g. Grindr, Scruff, Tinder, Hornet et autres joyeusetés) et de réseaux sociaux, qui souvent nous agacent et parfois nous font sourire.

Tout au long de l'année, j'ai continué à compiler toutes les conversations (tristement) extraordinaires que j'avais, bien souvent, assez rapidement écourté ainsi que ces captures d'écrans de profils effarants aussi bien par leur forme que leur contenu.

Et autant le dire tout de suite... l'année aura été riche.

L’Ultra Connecté

Il ne vous connait pas mais il vous aime déjà. Il vous fait confiance. Il veut devenir votre meilleur ami. Il partage tout sans pudeur et retenue. Grindr bugge ? Oh ce n’est pas bien grave, son profil énumère toutes les autres plateformes où il vous invite à le retrouver afin de continuer à discuter de l’impact de la fiscalité climatique sur les petites exploitations agricoles, ou échanger des photos plus explicites de culs postérieurs offerts et de bites verges turgescentes.

Ce n’est pas le choix qui manque : son Snapshat, des liens vers son compte Twitter, Instagram ou sa page Facebook. Pour les amateurs de conversations orales, son numéro de téléphone portable est aussi public que les toilettes de Roissy-Charles de Gaulles une veille de jour férié.

L’ultra connecté est comme cet individu que l’on retrouve généralement dans tous les films d’épouvante. Vous savez celui qui entend du bruit à la cave et décide d’aller voir, seul, en pleine nuit, ce qui se passe alors que tout le monde se terre tant bien que mal sous un meuble. Si, si, je suis certain que vous voyez – vous savez le même qui va décider d’affronter, muni de son ouvre-boîtes et d’une spatule le tueur en série au lieu de fuir par la porte entrouverte de la maison. Ces individus bienheureux débordant d’insouciance et de naïveté qui sent le chewing-gum à la framboise acidulée.

 

Le Business Man

Pour lui, Grindr est comme tout autre outil de commerce en ligne peuplé d’homosexuels au fort pouvoir d’achat, vraisemblablement. Il n’a que faire de vos envies pressantes du jour, ni des photos de vos attributs dont vous semblez apparemment fiers. Il est là pour faire du business, faire du chiffre. Il a tout compris.

Comme cette vendeuse souriante Sephora qui, sans requérir votre accord, vous arrose d’un parfum âpre et lourd dès que vous avez le malheur de franchir la porte du magasin et vous récite un « bonjour, vous avez testé cette nouvelle création ? -20% en ce moment dans le magasin, bonne journée ! », le business man a toujours quelque chose à vous proposer. Des invitations à des soirées privées, une réduction quelconque, des sous vêtements (true story), du poppers ou des accessoires érotiques de tout genre ou même parfois des produits de son propre « travail » garanti Made in France… pour les amateurs de substances corporelles et dérivés…

Le Gold Digger

Il y’a un certain nombre de similitudes entre le règne des humains et celui des oiseaux. Certains rampent, traînent, inélégants sur le sol, d’autres marchent avec plus d’assurance. D’autres encore, volent, virevoltent dans le ciel, dessinant de belles arabesques. Certains, enfin, planent dans les hautes couches de l’atmosphère et se laissent porter par les courants, tels des vautours gracieux. Le Gold Digger en fait partie.

Il ne tolère que le meilleur, que l’excellent, que le grain le plus fin, que la mousse la plus légère. Si vous n’avez rien de tel à lui proposer, faites votre chemin et ne lui perdez pas son temps. Précieux est son temps, précieux doivent être vos attributs si vous gardez l’espoir qu’il vous jette un battement de cil, comme un os à ronger qu’on consent à donner à un chien qui finit par le mériter.

Il souhaite être avec quelqu’un qui comprenne et estime avec justesse la valeur de son intérêt et de sa compagnie. Cette estime devra, préférablement, prendre la forme de tout cadeau matériel ou en numéraire, si possible, récurrents, et d’une dévotion pleine et entière.

Les prétendants seront nécessairement bien établis, généreux et affectueux, mûris par l’âge et l’expérience. Une maladie incurable, l’absence de toute descendance ou un âge très avancé seront particulièrement appréciés.

Le 18-21 ans Max

A 22 ans révolus, vous êtes devenus irrécupérables. Trop vieux, trop usé. Pour lui, vous êtes ce Lieu Noir à l’œil un peu vitreux dont personne ne veut sur l’étal du poissonier. Il se délecte de la jeunesse, lèche avec appétit ce sang frais couleur rose bonbon qui lui donne l’ivresse du temps qui ne passe pas.

Pour lui, la vie s’arrête après le début de la vingtaine et ses années folles. Tout est perdu, souillé, corrompu. Il aime ce sentiment patriarcal, bienfaisant qui l’anime lorsqu’il tient au bras des éphèbes lisses et poupins. Il glousse, il rit, il a lui aussi le dernier smartphone et les dernières baskets à la mode. Il se sent in, dans la vague, jeune… pour oublier le temps qui passe et son impitoyabilité à son égard.

Rich Daddy

Généralement, quand vous croisez un Gold Digger, vous verrez dans son sillage, marchant avec peine, haletant, tenant à bouts de bras coffrets et présents, un Rich Daddy.

Ces deux là font souvent la paire. Ils sont inséparables et ne vivent d’ailleurs qu’à travers l’autre. Littéralement. Comme les fleurs qui offrent leurs sucs aux abeilles qui en retour consentent à polliniser. C’est le même principe.

Ce que le Rich Daddy a de particulier c’est qu’il n’a pas de visage, il n’a pas de corps, il s’agit juste d’un esprit, d’une conception, d’un ensemble. Il sait que beaucoup de gens n’ont que faire de son dernier selfie à la réunion ou de ses derniers efforts à la salle de sports. Alors il ne s’embête pas. La première photo dont il vous gratifiera sur Grindr sera celle de la piscine de sa maison en Corse, de son bolide rutilant ou encore de son piano Steinway vernis.

Car, comme chantant Madonna, ‘cause everybody's living a material, a material, a material, a material world’ et qu’au fond, ça, il l’a bien compris.

Le Mec Qui S’est Cru Sur LeBonCoin

 

 

 

 

 

 

« Qui a l’Iphone 7 ? », « Ch un Microondes à vendre », « Ch appart », « Cherche aspirateur d’occasion » (true stories) – les exemples ne manquent pas.

Grindr, Hornet et cie donnent souvent l’image d’une cour des miracles mais peuvent tout aussi devenir la cour des bonnes affaires et des occasions à ne pas rater. On vend, on achète, on échange, on troque. Au fond, puisque ces applications n’ont plus à envier à des marchés bestiaux où chacun dispose d’un petit carré personnel de quelques pixels comme vitrine pour se mettre en avant et expliquer pour quelles raisons il mériterait d’être consommé, ce n’est presque que bonne logique que l’on y vende et achète d’autres biens.

Et si, en plus, on peut faire quelques bonnes affaires entre deux fellations et donner une nouvelle signification à des termes comme « plan cave » et mêler bestialité du moment et quelques deals de bouteilles de Bordeaux, moi je dis : yallah. 

Le Mec Qui N’est Pas Là Pour du Sexe (nan mais oh)

 

 

 

Non ce spécimen n’est pas du tout paradoxal. C'est le monde qui l’entoure qui ne le comprend pas : trop binaire. Rien n’est vraiment noir, ni blanc, pour lui c’est plutôt 50 Shades of Grey.

Oui, il n’aime pas les raccourcis faciles, les préjugés et les supposés. Oui, il estime qu’il peut initier une conversation par de suggestives et créatives photos de son sexe en érection, dressé, prêt à éclore et accompagner le tout d’un Emoji ‘bouquet de fleurs’ et d’un « attention, je ne cherche pas de cul hein. J’attends l’homme de ma vie ».

Mais qu’allez vous penser diantre !

Le « Allez Tous Vous Faire F***, Bande de Bât***… Sinon Je Suce Wesh »

 

 

Il n’aime pas beaucoup les gens. Il se sent traqué, jugé, piégé, discriminé. Le monde est un vivier d’injustices dont il est l’éternel victime. La conspiration visant à lui nuire est sourde, il le sait.

Il est un anti-modèle, un trop-plein, un caillou dans la chaussure. Il a besoin d’exprimer sa rage dans le vide abyssal des anonymes : il crie, il exulte, il s’époumone mais personne ne l’écoute. De toute façon, les pédés sont tous les mêmes. Il l’a compris depuis ce jour en 5ème  où il a vu son coup de cœur de collège faire une fellation à Jonathan dans les toilettes de la salle de gym du Lycée. Il s’était alors juré de s’offrir une vengeance grandiose et délicieuse. Un jour, tôt ou tard.

Posture de méfiance ou de défiance, gun à la main. Bam ! il mime de vous tirer dessus. Quoi de plus érotique qu’une photo de lui tenant un revolver pour éveiller vos plus basses pulsions ?

En attendant que ses plans machiavéliques visant au déclin de la population homosexuelle s’accomplissent dans un futur proche, il approche l’ennemi avec fourberie en proposant des fellations. Il recrachera toujours et se lavera toujours les dents après.

Le Mec Pas Raciste Du Tout Qui A ‘Juste’ Des Préférences

 

 

 

Ne vous y méprenez pas, non il n’est pas raciste, il affirme juste ses préférences. Regardez donc, c’est comme vous et moi. Moi, par exemple, j’aime bien le poisson, et bien mon voisin, Thomas, lui n’aime pas du tout. Et bien ça s’appelle une préférence. Et pour ce type de spécimen Grindérien, ça revient à peu près ou même.

« no asiat, no blacks, no albinos, no latinos, no roux foncés, no blonds (couleur PANTONE 00-12 à 00-14 tolérés néanmoins) » ou « mec blanc uniquement, non circ » n’expriment pas le rejet pour lui. Il estime que c’est comme préférer le vin blanc au vin rouge ou Samsung à Apple. A peu près le même principe.

Et en plus, il vous dira qu’il n’est pas absolutiste. Il pourrait être, dans l’absolu tenté par de l’exotisme mais bon… « un asiat ou un black aux cheveux lisses, blonds, au nez droit et fin et aux yeux bleus, il y’en a pas beaucoup. Oh fichtre, trop nul… la nature est t.e.l.l.e.m.e.n.t. mal faite :-/ »

 

Le « Sauf Si Tu Es Vraiment Canon »

Ce spécimen est un cousin éloigné du spécimen décrit précédemment. Il a par principe des certitudes et des préférences. Mais… mais… Attention… lui n’est pas discriminant, encore moins raciste ou communautariste – lui est à dans l’absolu ouvert à toute la diversité qui l’entoure.

Il veut bien humer, goûter, toucher, caresser du regarder toutes les richesses qui s’offrent à lui.

Le principe est là, mais l’exception est donc possible.

-Plus de 40 ans ? En principe c’est non. Black/Asiat ? en principe c’est non.

-Sauf si vous êtes vraiment canon. Parce qu’alors vous êtes différents. Et qu’il est important de la cultiver, la différence.

Le Mec Qui Utilise des Foodpics

Je dois vous avouer que j’ai un peu de mal à le comprendre celui là. Ou du moins j’admets que j’ai un peu de mal à cerner la finesse de son mode de communication ? où veut il en venir ?

Est il si fier de ses talents culinaires qu’il estime que l’humanité devrait en apprécier l’étendue ? Est il boulimique ? A-t-il vécu la famine en Somalie de sorte que, traumatisé, il se rassure par des images apaisantes de nourriture ? veut il attirer des bons vivants ? On dit souvent en Afrique que pour satisfaire un homme, il faut combler l’appétit du ventre et du bas-ventre.

Comme on jette des graines aux pigeons pour les attirer, peut être tente t’il de faire venir à lui les bouches égarées par de jolies photos de tourtes et de gratins ?

Je m’interroge.

Le Binaire

Son vocabulaire est extrêmement limité. La légende populaire dit qu’on aurait déjà observé un spécimen dans les années 1980 qui arrivait à utiliser, au quotidien et sans trop de difficultés, près de 4 mots ! Oui, quatre ! un miracle scientifique à l’époque.

Depuis, la plupart des spécimens observés, notamment sur les applications de rencontres continuent à utiliser un vocabulaire assez primitif composé de deux mots.

Des scientifiques américains seraient en train d’essayer d’établir une communication plus riche et plus complexe avec cette espèce en utilisant des stimuli électriques.

Une affaire à suivre donc.

 

Le ‘Je Me Décris En Détail’ Mais Je N’ai Pas de Photos

« brun, 1m83, 65 kilos, yeux verts, pointure de 42, mains de 8, barbe de 3 jours parsemée de quelques poils châtains, pieds grecs, léger embonpoint, nez assez droit, pommettes assez hautes et front peu large ».

Ce spécimen est un redoutable adversaire au Time’s Up et au Trivial Pursuit. Un conceptuel ! Un Abstractionniste !

Le ‘Photos Par Mail’

Faut il encore le présenter celui là ?

Le Schizophrène

Non, je ne commenterais pas celui-là.

 

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Typologie des Photos Grindr/Hornet/Tinder/Scruff et cie

Publié le par Dorian Gay

Typologie des Photos Grindr/Hornet/Tinder/Scruff et cie

J’aime beaucoup la photographie. Celle de paysages, d’objets inanimés, de nuages, de sourires figés, de pieds dans le sable. J’aime la photographie plurielle, multicolore, riche. J’ai une affection toute particulière pour le portrait. Je m’amuse à penser qu’un appareil photo est un objet fascinant, magnétique – il a le pouvoir de figer, pour l’éternité, un moment, un visage, un sentiment, une émotion, des traits physiques qui ne cesseront de muer. Plus troublant encore, l’appareil photo brise la glace, il dénude, il dévoile. Je trouve souvent que les gens ne sont jamais autant sincères que sur une photo, pris à vif, authentiques. On ne ment pas à l’appareil photo.

Les gens ne se rendent souvent que peu compte du langage caché des photos. Ils n’appréhendent pas la richesse insoupçonnée qui peut se découvrir sur le papier glacé. Ils ignorent à quel point un portrait peut se révéler prolixe.

Hornet, Grindr, Scruff, Tinder, Planetromeo, les sites et applications de rencontres où nous nous croisons et entrecroisons ont toujours été un terrain de jeu récréatif pour moi. Le principe commun à toutes ces plateformes est qu’il faut se vendre. Pour ce faire, chaque utilisateur dispose de deux outils précaires : des photos et un texte. Voilà tout.

Je me suis amusé à dresser une typologie fondée sur ces fameuses photos et me suis diverti à exprimer ce qu’elles semblaient m’évoquer. L’exercice est assez édifiant.

1. Le sans-photo

Typologie des Photos Grindr/Hornet/Tinder/Scruff et cie

Ils sont partout. Ils pullulent. Ils donnent parfois le sentiment de faire partie d’une secte aux revendications peu claires.

Ils ne s’affichent pas, ne se montrent pas, mais sont quand même sur des plateformes de… rencontres.

Ils avancent dans l’ombre, à pas feutrés. Et n’osez pas leur reprocher leur anonymat – Ils vous répondraient sur un ton réprobateur (choix cumulatifs ou alternatifs) :

  • Qu’ils cherchent à conserver leur discrétion. En effet, nous savons tous que nous sommes susceptibles de croiser grand-mère ou tante Jeanne ou encore notre patron vêtu d’un harnais de cuir et d’un jockstrap en nylon entre deux profils sur Hornet. Cela est bien connu.
  • Qu’ils sont en couple et tenter d’éviter à l’être aimé l’amère découverte de leur présence sur ces réseaux. Moi, à leur place, la question que je me poserais serait plutôt celle de la présence dudit être aimé également sur le même réseau. A cocu, cocu et demi ? Je dis ça….
  • Qu’ils mènent une enquête journaliste ou pour le compte d’un groupuscule secret qui aurait pour but de surveiller des individus fort peu recommandables. Oui, oui, je vous l’assure. Il m’est arrivé, lors de ma courte existence de lire ce type de justifications qui s’expriment plutôt en « je surveille un tel… », « j’essaie de retrouver un tel autre… ». Des vocations de détectives se perdent. S’ils mettaient la même dextérité à « retrouver » ou « surveiller » ces individus, je pense que l’on aurait retrouvé le vol de la Malaysia Airlines depuis belle lurette.

2. Le Faussaire

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Qu’il s’agisse d’un ventre plat simulé au prix d’une apnée, d’une séance de maquillage salvatrice pré-photo, ou de ces aspirants Dorian Gray qui oublient que le temps passe et que les photos ne restent pas fidèles la réalité, ils sont nombreux.

Ils excellent en petits mensonges plus ou moins grossiers. N’osez pas non plus leur en faire un reproche. Ils rétorqueraient d’un air agacé ou entre deux sanglots que tout cela est sans conséquence et que par ailleurs, la société superficielle dans laquelle nous évoluons ne leur donne guère autre choix que de jouer d’artifices.

Ils dissimulent bien souvent des failles personnelles, un manque criard de confiance en soi et penser ainsi panser des plaies bien plus profondes.

3. Le Narcissique

Typologie des Photos Grindr/Hornet/Tinder/Scruff et cieTypologie des Photos Grindr/Hornet/Tinder/Scruff et cie
Typologie des Photos Grindr/Hornet/Tinder/Scruff et cie

Alors que le sans-photo nage dans les eaux profondes des différentes plateformes de rencontres, le narcissique lui veut fendre les eaux claires, il veut ouvrir de grandes voiles, il veut qu’on le voit, il veut s’imposer, montrer.

Avec lui, les portraits se multiplient et se veulent léchés, propres, souvent professionnels.

Comment le reconnaître ? Les indices sont souvent concordants : il aborde une photo de profil parfaite, le mettant en valeur. La pose qu’il tient est souvent une pose de défi, hautaine, lèvres inexpressives, regard dur, bras mobiles (souvent accompagnés d’une main dans les cheveux). Bien souvent, ladite photo le dévoile torse nu et/ou dans une salle de sport.

Son texte regorge souvent d’adjectifs flatteurs : bogosse/bomec, sportif, mec viril, bien foutu, athlétique, etc… qui précédent un certain nombre d’exclusions : bogosse pour idem, viril pour idem, sportif pour idem, pas de gros, pas de noirs, pas d’asiat, pas de plus de 24 ans, pas de crevettes, pas de fumeurs, pas moins de 1m85, pas de pauvres, pas d’êtres humains, pas de mecs qui pètent, qui rotent, qui font caca.

Par ailleurs, le titre de son profil lui même se veut explicite : HotBoy, SexyBoy, TonedMan, GreatShape, Bomecdu75.

Si, malgré tous ces indices vous ne le reconnaissez pas, sachez que son profil contient habituellement de nombreux liens vers d’autres réseaux sociaux : compte Instagram où sont compilés des selfies et photos de salles de sport par centaines, agrémentés d’autant d’hashtags évocateurs, son compte Facebook où il affiche 5735 amis ou un compte Twitter où il s’épanche volontiers sur toutes les soirées auxquelles il se rend – excusez moi… auxquelles il fait l’honneur de sa présence.

4. Le lunettophile

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Cousin germain du sans-photo, ils se comprennent bien ces deux là. Le lunettophile souffre d’une addiction inexplicable à sa paire de lunettes de soleil. Qu’il fasse soleil radieux, qu’il pleuve, qu’il neige, qu’il vente, qu’il soit à la piscine, au cinéma, en boîte de nuit, sous la douche ou dans son lit, ses lunettes de soleil restent inexorablement sur son nez.

La légende populaire dit que le dernier lunettophile qui aurait dévoilé ses yeux au jour aurait eu la rétine brûlée par les rayons du soleil. Pauvres êtres.

5. L’Homme-Puzzle

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Typologie des Photos Grindr/Hornet/Tinder/Scruff et cie

Il fait partie de la grande famille du sans-photo et du lunettophile. Artiste raté, il exprime sa vocation artistique morte dans l’œuf dans sa vie privée. Il affectionne les gros plans, le rognage agressif. Il a le sens du détail, peut être un peu trop.

Ses portraits se déclinent en séries complémentaires de gros plans sur différentes parties de son visage : ses yeux, son nez, puis une joue par là, ici j’aperçois des cheveux.

Avoir une image nette et claire de votre interlocuteur s’apparente à un atelier d’arts plastiques en maternelle. Il vous envoie volontiers plusieurs gros plans de son visage et vous défie de les assembler. Sauf que nous ne sommes plus à la maternelle, que nous ne sommes pas tous passionnés par l’art du collage, et que ce n’est pas un artiste. Voilà.

6. L’éternel Triste

Typologie des Photos Grindr/Hornet/Tinder/Scruff et cieTypologie des Photos Grindr/Hornet/Tinder/Scruff et cie
Typologie des Photos Grindr/Hornet/Tinder/Scruff et cie

Nous vivons dans un monde cruel, impitoyable. Nous savons tous qu’à chaque jour vaut sa peine. Nous savons que rien n’est si simple. L’éternel triste le sait, il le sait bien trop bien et il veut que le sachiez également.

Sur ces photos, il arbore un visage abattu, tragique, désabusé. Ses lèvres semblent ne plus savoir comment dessiner un sourire, ses yeux ne savent plus comment se plisser dans un éclat de rire.

Sa peine, il l’affiche. Son profil énonce souvent des affirmations emplies d’amertume : « tous les mêmes », « plus jamais de mytho », « déçu à jamais », « non aux connards », « peut être enfin un jour », « j ‘écoute Mylène Farmer en m’ouvrant les veines avec un crucifix dans ma baignoire de chambre de bonne ».

Vous commencez à bien me connaître maintenant depuis que je m’épanche ici. Je suis compatissant, secourable. Bien mal m’en a pris. L’éternel triste se complait à vous brosser tous les détails de sa vie sinistre ; chaque effort de votre part de formuler un compliment, de lui faire prendre du recul, d’insuffler un peu de positivisme se conclut inexorablement par un échec patent sous forme d’un « de toute façon tu ne peux pas comprendre. Toi ta vie elle est bien ».

Oui l’éternel triste, ce qu’il souhaite c’est une oreille éternellement attentive, mais aussi vous rappeler que vous, votre vie, elle est sympathique en comparaison à la sienne et vous emplir de culpabilité et de remords.

Et quand vous vous décidez finalement à ôter votre cape de bon samaritain, voilà qu’il vous reproche « d’être comme tous les autres » et qu’il s’empressera d’ajouter au texte de son profil Grindr une énième lamentation laconique sur ses déceptions.

7. Le Duckfaced

Typologie des Photos Grindr/Hornet/Tinder/Scruff et cie
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Sur toutes ses photos le duckfaced a la même expression, la même moue immuable. Nos amis anglais ont baptisé cette expression le « duckface » pour « face de canard », les traits formés par les lèvres faisant en effet penser au minois d’un canard.

En France, l’expression équivalente pourrait être « avoir les lèvres en cul de poule ». Il s’agit toujours de volaille mais nous avouerons cependant que cela est moins gracieux…

Là encore, la légende dit que les duckfaced souffrent d’une affection anatomique. Cette immuable moue n’est guère volontaire mais est devenue permanente au fil des années et des centaines de selfies postés sur Instagram.

Un ami médecin me disait autour d’un café la semaine dernière qu’une solution chirurgicale serait explorée par un groupe de chercheurs Américains. Je vous tiendrais bien évidemment au courant de ces avancées scientifiques majeures.

8. L’inclassable, ou encore le « WTF »

Typologie des Photos Grindr/Hornet/Tinder/Scruff et cieTypologie des Photos Grindr/Hornet/Tinder/Scruff et cie
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Ses photos parlent d’elles mêmes : l’inclassable est un OVNI, un être curieux, étrange, une sorte de chimère, de licorne.

On ne comprend pas vraiment les raisons qui le poussent à porter ce costume de Spiderman sur cette photo ou celle de choisir « Merlin Actif » comme pseudonyme, tout comme on ne saisit pas non plus les raisons qui poussent un autre à se travestir en Centaure à l’aide d’artifices informatiques. On ne comprend vraiment pas et au fond, on ne veut pas vraiment comprendre.

9. Le Daddy’s Boy

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Le Daddy’s Boy est jeune, bel éphèbe, à la beauté fraîche, pétillante, gaie. Au premier abord, on ne comprend pas la présence systématique de cet autre homme à ses côtés sur l’ensemble de ses photos. On devine qu’il s’agirait de son grand-père, de son père peut être, de son parrain sûrement. Lorsque le Daddy’s Boy nous répond que ces trois supputations sont fausses, on se complait à imaginer que le Daddy’s Boy, jeune homme sûrement charitable consacre une partie de son temps à ceux qui en ont besoin. Notre imagination veut qu’il passe ses weekends à faire la lecture à des seniors en maison de retraite entre deux volontariats à la soupe populaire. Que nenni.

Le Daddy’s Boy finit par nous avouer que cet homme, qui semble en fin de vie, et qui le regarde d’un œil vitreux et tendre sur toutes ses photos n’est nul autre que son compagnon.

Alors que nos doigts vont rechercher la fonction « bloquer » sur le côté droit de l’écran, un message de l’interlocuteur a le temps de se placer : « Nous cherchons un plan à trois, ça t’intéresse ? Par contre il ne faudra pas y aller trop fort, Francis vient juste de se faire opérer de la hanche ».

10. Le Chercheur d’Exotisme

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On les qualifie de « Rice Queens » quand ils ne sont intéressés que par des asiatiques, « Mud Sharks » quand ils vouent un culte à la peau ébène ou encore « Wanna Beaner » lorsqu’ils ne jurent que par la beauté latine, ces hommes sont assoiffés d’exotisme.

Leurs profils sont certainement les plus explicites et arborent sans retenue des : « lopes pour blacks », « only 4 asiat », « ForLatino ».

Alors qu’il s’agissait traditionnellement d’hommes caucasiens d’un certain âge il y’a encore années, le phénomène se démocratise. Il n’est plus rare de rencontrer des profils du type « Black4Black », ou « LatinWantsLatin » et de constater que l’âge des concernés est de plus en plus jeune.

11. Le Paradoxe

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On en est persuadé lorsqu’on le contacte : il est passif ou actif. Dans notre esprit cela semble être une évidence. Son physique, sa dégaine, son visage semblent parler pour lui.

Frêle, peau laiteuse, imberbe, voix fluette, féminin, l’idée qu’il soit actif ne nous effleure même pas.

Imposant, musculeux, viril, poilu, masculin, nous l’appréhendons comme l’archétype même de l’actif puissant.

Le paradoxe aime les surprises, il aime nous attendre à ce coin de rue où nous l’espérons pas et nous mettre une claque – une gifle à nos préjugés, à nos attentes primaires. Et parfois, ça c’est bien.

12. Le XXL4XXL

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La nature s’est montré particulièrement généreuse avec lui. Il en est fier. Ces turgescences flatteuses lui valent souvent un certain égo, un certain orgueil. Il sait faire partie de ce club extrêmement sélectif, 2% dit-on, d’hommes dont la masculinité évidente caresse au moins les 20 centimètres.

Ce petit groupe cultive l’entre soi et veille sur l’accès au club comme un videur de l’entrée d’une boite de nuit.

Le XXL4XXL ne souhaite rencontrer que des gens aussi bénis que lui. Il sera avide de photos de prétendants, de détails. La rencontre se mue souvent insidieusement en compétition : « magnifique, moi je n’ai que 22 centimètres, bravo ».

Curieuse communauté.

 

13. Le Photoshoppé

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Selon les bruits de couloir, le photoshoppé serait en étroite amitié avec le faussaire et qu’il leur arriverait d’assister aux mêmes soirées. Rumeurs ? Vérités ? Je ne saurais vraiment me prononcer.

Quoi qu’il en soit, le photoshoppé est un être relativement rocambolesque. Il est pressé, il apprécie que les choses se fassent vite, avec célérité, dans le court terme. Le long terme est pour lui une notion vaporeuse.

Ainsi, doté de quelques talents d’édition il se divertit en améliorant ses portraits et photos de vacances et pratique une sorte de chirurgie digitale : un nez trop gros ? et hop, aminci. Une peau acnéique ? la voilà aussi lisse que celle d’un nourrisson élevé au lait de chamelle. Quelques kilos en trop après les fêtes ? quelques rides témoignant du temps qui passe ? tout est enlevé.

Quand je disais que le photoshoppé appréciait le court terme c’est parce qu’il omet, à son grand dam, que tout intérêt suscité à l’aide de ses photos « mises en beauté » mène souvent, à plus ou moins long terme à une rencontre réelle, et que celle ci se conclut inexorablement par des déceptions amères. Oui, le photoshoppé est quelque peu sot. Dans la vraie vie, le nez bien trop gros reprend son volume réel, la peau acnéique bourgeonne à nouveau, les rides se recreusent, les kilos en trop épaississent à nouveau. Cruelle existence.

14. Le Flou Amateur de Paysages (le « FAP »)

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Le FAP est le filleul de l’Homme-Puzzle et le neveu du Photoshoppé. Il paraît que la ressemblance de famille est assez évidente. Le FAP s’aurait également imaginé artiste, il apprécie tout ce qui est brumeux, vaporeux, nuageux, doux.

Demandez-lui des photos et vous recevrez une série de portraits dignes des plus grands (et plus flous) tableaux de Monet. Le FAP aime l’art. Le FAP est aussi fin stratège, il que si après deux ou trois bières, nous sommes bien moins regardants quant à la qualité de nos conquêtes, la portée de quelques photos floutées ne devrait pas être bien différente.

Cependant, vous êtes perspicace et vous enjoignez fermement au FAP de vous transmettre des photos plus claires, plus nettes. Il s’exécute. Spontanément, il vous envoie une photo de lui, en randonnée dans la Moselle, un crépuscule d’Octobre à 700 mètres environ de l’objectif, alors qu’il est adossé en pantacourt à un arbre. Du moins, c’est ce que vous distinguez dans cette photo dont il occupe à peu près 5% de l’espace total, le reste étant laissé au paysage.

Le FAP est un poète.

15. La Lope

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Lopaille en vieux français, « Lope » pour les intimes, désigne ces jeunes et moins jeunes, passifs, qui pratiquent le « Lopage », autrement dit une certaine forme de jeu sexuel empruntant les codes du S&M, de la domination et de l’asservissement, des jeux de rôles. Jusque là tout va bien me direz vous. Comme dirait une humoriste que j’apprécie : « tout le monde fait ce qu’il souhaite avec ses cheveux ». La Lope a un profil qui se veut clair, sans atours et artifices, elle sait ce qu’elle veut et elle le veut là, tout de suite, entre les murs humides d’une cave de Montreuil.

La lope n’a pas de photo type. Il peut s’agir d’un petit minet aux cheveux blonds et à l’air sage sur cette photo, ce brun musculeux et trapu sur cette autre image ou encore cet homme à lunettes, dans son costume cintré, dans la quarantaine, bien sous-tous-rapports.

La lope se reconnaît plutôt à son texte de présentation : « qui veut me loper/baiser/piner/fourrer/niquer/défoncer/et toutes autres joyeusetés » précédant un « now ».

17. Le Dresseur de Lope

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A chaque fois que vous croiserez une lope, sachez qu’un « dresseur » ne sera pas loin. Sur les réseaux de rencontres, les « maîtres à lope » pullulent également.

Les développements précédents s’appliquent avec la même pertinence à cette autre catégorie. Il suffira simplement de remplacer par le terme « se faire », le « me » dans le texte de présentation sus-énoncé. Le résultat serait : « qui veut SE FAIRE loper/baiser/piner/fourrer/niquer/défoncer/et toutes autres joyeusetés » précédant toujours un « now ».

L’astuce est infaillible.

18. Le BCBG

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Sur sa photo, on retrouve tous les codes symbolisant son appartenance sociale : un chino aux couleurs pastels, une mèche sur le côté, des mocassins à gland, une décoration soignée, souvent d’influence baroque. On distingue généralement, dans le fond, quelques pièces d’exception, vases, tableaux, une bibliothèque fournie. Il ne manquerait, pour compléter un tel tableau qu’une chevalière apparente et un pull Vicomte A sur les épaules.

Le BCBG est bourgeois ou aristo et il le revendique. Il en est fier. Il l’arbore comme un blason et l’indique comme pseudonyme si toutefois l’on avait manqué à le constater.

Son texte de profil serait souvent assez pédant : « un peu de culture », « quel niveau ici… », « aime l’opéra, le chant lyrique Malgache et l’art de la broderie chilienne » ou une citation en latin et donnera le sentiment de ne pas être à sa place, tel un cygne voguant au milieu de canards de barbarie.

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5 Films de pédés à voir (ou pas)

Publié le par Dorian Gay

5 Films de pédés à voir (ou pas)

Cinéphile serait un mot peu approprié pour me décrire. Oui, j’aime le 7ème art, c’est un fait. Mais, comme pour un bon œnologue qui doit avoir les sens assez affinés, subtils, pour reconnaître le millésime du picrate imbuvable, le cinéphile, le bon cinéphile est nécessairement un connaisseur, aux goûts souvent experts, tranchés, parfois vaniteux.

Moi, le cinéma, je l’aime avec toute sa beauté et sa laideur. Des films d’auteur remarquables peuvent m’arracher les tripes, tout comme des productions hollywoodiennes grossières peuvent m’arracher des éclats de rire et de l’émotion. Je suis bon public.

Je me suis toujours intéressé à la représentation de la communauté homosexuelle dans le cinéma, et notamment, dans des productions contemporaines plus ou moins récentes. En sus du plaisir évident de regarder un film, s’y ajoute celui de la curiosité, de l’observation sociologique. Par ailleurs, en tant que jeune homosexuel, on dira bien ce que l’on voudra, mais j’ai tendance à m’identifier plus aisément à des personnages qui partagent la même orientation que moi, et dans une certaine mesure, affrontent les mêmes démons que les miens.

Pendant longtemps, l’image du pédé au cinéma fluctuait entre stéréotypes rudimentaires et symbolisme élusif. Cependant, une nouvelle génération de réalisateurs, qui compte notamment des génies tels qu’Andrew Haigh, ont contribué et contribuent à enrichir la palette réservée aux pédés dans le cinéma. Avec cette nouvelle génération de gens du cinéma LGBT, les productions se veulent plus abouties, les personnages plus complexes, plus réalistes, plus sobres. On voit émerger un « vrai » cinéma LGBT, qui séduit par la qualité croissante des productions du genre.

Récemment, j’ai entamé un marathon cinématographique de films LGBT sans cohérence aucune, sans lien particulier entre les différents films autre que celui de mettre en scène un ou plusieurs personnages principaux homosexuels.

Ainsi, en l’espace d’une journée, j’ai regardé : Free Fall, Eat With Me, Eastern Boys, Naked As We Came et Boys.

Voici donc mes impressions à froid.

Free Fall

5 Films de pédés à voir (ou pas)

Ce film se détache assez nettement des quatre autres productions visionnées et se place, sans le moindre doute, en tête du palmarès.

La vie de Marc est ordonnée : CRS de son état, il vient d’emménager dans une maison hors de prix majoritairement payée par ses parents tandis que sa femme Bettina attend leur premier enfant. Lorsque Kay, homosexuel et rebelle, entre dans son unité, un désir incontrôlable et rapidement incontrôlé s’empare de Marc, déstabilisant son cocon artificiel et l’ordre normatif qu’il défendait. La masculinité est le sujet angulaire de ce film.

Stephan Lacant, le réalisateur dont Free Fall est le premier coup d’essai a une écriture et une réalisation soignées -à défaut d’être réellement inventives-, des acteurs impeccables, un sujet de société devenu presque classique (l’entrée peu tolérée de l’homosexualité dans un univers d’ordre, ici le monde policier) et pourtant, Free Fall fait partie de ces films qui insinuent un doute.

Que veut-on nous raconter ? Que veut-on nous dire ? Il est des thèmes évidents que Lacant insinue sans trop de pesanteur telle que la bestialité du monde policier, ordonné face aux crises qu’il doit démêler mais ultra-compétitif en son sein. La scène d’ouverture constitue en cela une entrée en matière des plus directes, in medias res : en pleine course d’entraînement, Marc, essoufflé, est peu à peu exclu de la meute. C’est en remarquant son manque de souffle que Kay, nouveau venu dans la division, s’approche de lui et, à force d’endurance, lui fait découvrir son homosexualité. Si l’argument semble désormais presque banal, son développement et les représentations sociales et affectives qui en découlent ne le sont pas. Le doute qu’insinue le film ne provient pas de la mise en scène de la violence (masculine principalement) mais de son origine. Et c’est peut-être sur ce point que Free Fall oscille entre l’honnêteté brute et la théorisation maladroite et confuse.

Si Kay ne crie pas son homosexualité sous tous les toits, Marc refuse la sienne, tiraillé entre un confort normatif (le travail, la famille, la reproduction) et un désir passionnel mais difficilement intégrable à ce confort particulier. Si ce refus de l’attirance physique et la frustration qu’il engendre chez Marc donne une vivacité à l’image, une représentation épidermique et sensorielle du désir, les conséquences de sa satisfaction mènent toutes à la violence : physique avec sa femme qu’il tente de violer et qu’il abandonne progressivement alors que Bettina est enceinte ; et symbolique tant la découverte de l’abandon va de pair, dans Free Fall, avec celle de la honte et du dégoût de soi.

Lacant a sans doute voulu filmer les différentes étapes du coming out -la répulsion, l’abandon, l’acceptation, le retour vers autrui-, mais les motifs de l’expression cinématographique sèment le trouble. Pourquoi cette figure de démon tentateur blond et marginal ? Pourquoi cette quasi invisibilité du personnage féminin, doux, tendre et compréhensif (la mère en somme) dont la souffrance, elle-même causée par l’homme, mène-t-elle aussi à la violence ?

Ce premier film étonne par sa grande attention aux décors, aux troubles de passage et aux flottements du quotidien en creux de Marc, mais perturbe par des schémas répétitifs (frustration/sexe/violence). Il retrouve, heureusement, la simple pudeur qui permet à l’histoire de s’envoler de temps à autres vers une spontanéité qui tranche avec les constructions théoriques. Les personnages ne peuvent se résumer à des figures strictes et cadrées, et le film au placage d’un discours sur les êtres et les choses, et c’est dans ces interstices de liberté que Stephan Lacant introduit parfois sa volonté de faire œuvre.

Trailer ci-dessous.

Eat With Me

5 Films de pédés à voir (ou pas)

Petite bulle virevoltant dans le ciel du cinéma LGBT. Certes, le fim n’éblouit pas par la qualité de son scénario, le jeu de ses acteurs ou sa réalisation, mais ce film a ce petit quelque chose, non identifiable qui vous laisse l’impression d’avoir passé un bon moment lorsque s’amorce le générique.

Quand Emma emménage avec son fils gay dont elle est très éloignée, la paire doit apprendre à se retrouver a travers la nourriture quand les mots ne sortent pas. Elliott, le fils, doit en plus surpasser sa peur de l’intimité et fait face a la possible fermeture du restaurant familial qu'il a repris.

Les thèmes qui émaillent le film sont assez classiques : une relation mère-fils malmenée, une romance entre deux garçons que tout opposerait, les oscillations entre l’envie de former un couple et celle de vivre une vie plus légère à l’âge de raison, la superficialité de certaines relations humaines.

On reprochera néanmoins au film des lenteurs gênantes, un piètre jeu d’acteur et des décors statiques, mais il apparaît aisément dès les premières minutes du film que ce dernier n’a pas bénéficié d’un budget qui aurait pu améliorer de façon sensible la qualité de la production. On lui pardonne.

Trailer en dessous.

Eastern Boys

5 Films de pédés à voir (ou pas)

Certainement un film qui marquera mon esprit. Au terme des six chapitres intenses et d’une lenteur agaçante, qui lui servent d’architecture, de ses nombreux rebondissements et variations de points de vue, je ne suis pas certain d’avoir percé tous les mystères d’Eastern Boys.

Pas sûr non plus que l’on devine une morale dans cette affaire, tant la complexité des sentiments qui l’animent rend illusoire tout jugement catégorique. Et c’est d’ailleurs la singulière richesse de ce film troublant et retors.

Ici, ce dont on parle est clair et frontal : “les sans-papiers”. Mais parler pour dire quoi ? Pour dire sa révolte de citoyen face à un Etat qui, même sous un gouvernement de gauche, continue de réprimer les immigrés clandestins ? Non ce serait trop simple. Le réalisateur choisit d’interroger notre regard sur les sans-papiers, ces sujets de fantasme et de répulsion qu’il aborde par le prisme le plus révélateur possible, celui du désir.

Eastern Boys est donc une histoire d’amour, qui commence logiquement par une scène de drague. Dans une gare de Paris, un petit bourgeois en goguette, Daniel, aborde un prostitué issu d’Europe de l’Est, Marek. Ils se toisent, discutent tarif, et Daniel invite le jeune gigolo à le rejoindre chez lui pour une passe.

Sauf que le plan déraille : le jour du rendez-vous, Marek se pointe avec son gang de gamins sans papiers, tous issus des Balkans, et ils mettent à sac l’appartement de leur hôte, impuissant face à la violence des Eastern Boys. Cette scène est l’une des plus longues et fortes du film. On est partagés, en tant que spectateurs passifs entre une certaine curiosité presque pornographique, une certaine incompréhension, et la contemplation d’une certaine forme de beauté. Vous savez, un peu comme la scène où les deux héroïnes de la Vie d’Adèle ont un coït qui dure une bonne dizaine de minutes, sans bande sonore, sans coupure au montage ? A peu près pareil.

D’une tension inouïe, scandée par les pulsations hypnotiques de la musique d’Arnaud Rebotini, cette belle scène de cambriolage ouvre le premier chapitre d’une romance à l’issue très incertaine.

Certainement un film qui marquera mon esprit. Au terme des six chapitres intenses et d’une lenteur agaçante, qui lui servent d’architecture, de ses nombreux rebondissements et variations de points de vue, je ne suis pas certain d’avoir percé tous les mystères d’Eastern Boys.

Pas sûr non plus que l’on devine une morale dans cette affaire, tant la complexité des sentiments qui l’animent rend illusoire tout jugement catégorique. Et c’est d’ailleurs la singulière richesse de ce film troublant et retors.

Ici, ce dont on parle est clair et frontal : “les sans-papiers”. Mais parler pour dire quoi ? Pour dire sa révolte de citoyen face à un Etat qui, même sous un gouvernement de gauche, continue de réprimer les immigrés clandestins ? Non ce serait trop simple. Le réalisateur choisit d’interroger notre regard sur les sans-papiers, ces sujets de fantasme et de répulsion qu’il aborde par le prisme le plus révélateur possible, celui du désir.

Eastern Boys est donc une histoire d’amour, qui commence logiquement par une scène de drague. Dans une gare de Paris, un petit bourgeois en goguette, Daniel, aborde un prostitué issu d’Europe de l’Est, Marek. Ils se toisent, discutent tarif, et Daniel invite le jeune gigolo à le rejoindre chez lui pour une passe.

Sauf que le plan déraille : le jour du rendez-vous, Marek se pointe avec son gang de gamins sans papiers, tous issus des Balkans, et ils mettent à sac l’appartement de leur hôte, impuissant face à la violence des Eastern Boys. Cette scène est l’une des plus longues et fortes du film. On est partagés, en tant que spectateurs passifs entre une certaine curiosité presque pornographique, une certaine incompréhension, et la contemplation d’une certaine forme de beauté. Vous savez, un peu comme la scène où les deux héroïnes de la Vie d’Adèle ont un coït qui dure une bonne dizaine de minutes, sans bande sonore, sans coupure au montage ? A peu près pareil.

D’une tension inouïe, scandée par les pulsations hypnotiques de la musique d’Arnaud Rebotini, cette belle scène de cambriolage ouvre le premier chapitre d’une romance à l’issue très incertaine.

Car les deux hommes se reverront plus tard, de plus en plus fréquemment, et ils vivront une aventure de couple sans que l’on sache précisément quelles sont les intentions de Daniel, ni ce qui l’attire chez ce clandestin d’Europe de l’Est.

Ce film est un petit ovni cinématographique, indéfinissable, brumeux et assez confus, mais c’est peut-être là tout son intérêt.

Le trailer est juste là.

Boys

5 Films de pédés à voir (ou pas)

Ce film est un joli, léger et peu prétentieux. Il traite avec pudeur et sensibilité le thème de la découverte de l’homosexualité.

Sieger est un jeune sportif de dix-sept ans qui s’entraîne pour des championnats. Lors de vacances d’été, il fait la connaissance de Marc, un jeune homme sympathique. Amitié et complicité se développent rapidement entre les deux adolescents. Naissent alors des sentiments bien plus forts.

Réalisé pour la télévision allemande, Boys connut un accueil public et critique tellement favorable qu’une sortie en salles fut décidée, suivie d’une vente à l’international. L’œuvre a également été primée à l’occasion de diverses rencontres de cinéma. C’est à vrai dire un film mineur mais touchant dans sa modestie même.

Il s’inscrit dans ce courant de cinéma LGBT proposant des produits formatés et rassurants, sur la forme comme sur le fond. Mais dans le genre, il se situe un peu au-dessus du lot. Le scénario est minimaliste, qui se concentre sur la relation naissante et fragile entre deux adolescents de milieu plutôt modeste. Rien de véritable transcendant dans les situations : les deux garçons sont présentés comme jeunes, beaux, gentils, sportifs, et bien sous tous rapports. Par contraste, le réalisateur oppose la figure du grand frère de Sieger, hétérosexuel rebelle, qui vole des motos et insulte le père, un homme veuf et généreux, débordant d’amour et de bienveillance pour ses deux fils.

Le message est clair : ce film frôle la corde sensible et rassure par un romanesque classique et certains passages dénotent un vrai talent de narration : le film séduit en particulier par ses non-dits et la finesse avec laquelle l’auteur se frotte à son intrigue sans surligner les troubles des personnages. Mais tel quel, ce petit film agréable mérite le détour.

Mon cœur de cœur ? la scène qui clôt le film : Sieger et Marc, une moto qui transperce la nuit, une route de campagne, la délicieuse chanson de Moss, I Apologize (Dear Simon). Une perle.

Un petit aperçu ci-dessous.

Naked As We Came

5 Films de pédés à voir (ou pas)

Laura et son frère Elliot (un superbe éphèbe à la musculature aussi élégante qu’un Rodin) ont reçu un appel les alertant de l’état de santé critique de leur mère, Lilly. Inquiets, ils décident de lui rendre visite après près d’une année de silence. Un long silence qui s’explique par des la nature chaotique du climat familial depuis leur enfance. Lilly était en effet une mère assez antipathique, ne témoignant quasiment jamais aucun signe d’affection, se montrant plus passionnée par le jardinage, sa passion, que le bien être de ses enfants.

Malade, sentant sa fin proche, elle dévoile un nouveau visage lorsqu’elle les reçoit. Les enfants sont déchirés entre la tentation de régler de vieux comptes, celle d’exprimer les rancœurs et des émotions fortes face à une mère aimante comme ils ne l’avaient jamais connue. Au centre de ces retrouvailles familiales il y a Ted (super beau bosse bis), romancier, qui travaille pour Lilly comme homme à tout faire et qui est devenu, par l’usure du temps, son seul ami. Sa présence suscite des interrogations, des doutes, des tensions… avant que Ted et Elliot, entament une liaison à la nature peu ordinaire.

Naked As We Came est une œuvre indépendante à la fois modeste dans sa démarche, assez sincère et disposant d’une mise en scène relativement élégante et subtilement poétique. En s’attaquant au thème de la maladie, le projet aurait rapidement pu sombrer dans les clichés, le misérabilisme ou la niaiserie.

Il n’en est rien, grâce à un scénario relativement bien construit qui dessine progressivement des personnages humains, contradictoires, riches en nuance. On reprochera cependant à ce scénario, une certaine facilité. Les dénouements se devinent, les dialogues sont parfois irréels d’insipidité, lents, tout est parfois un peu confus – les thèmes s’entremêlent et s’entrechoquent. Le film est un peu trop riche, un peu trop gras.

Par ailleurs, le choix des acteurs incarnant les deux personnages homosexuels du film est quelque peu allégorique. Tous les deux sont beaux – pas d’une beauté classique, banale, complexe. Non, leur beauté est plastique, fade, faite de porcelaine ennuyante de perfection. Je retrouve dans ce film ce que j’exècre dans beaucoup de films LGBT : le stéréotype usé et usant du jeune homosexuel éphèbe, irréprochable, presque gênante. J’aurais souhaité des pédés banals, comme vous peut être, comme moi, comme ces amis qui m’entourent, comme ces gens que je croise tous les jours, des gens à travers lesquels je peux me projeter.

« Des roses et des prunes pourries dans le même pot de fleurs » comme disait ma grand-mère.

Quelques minutes du film pour se faire une idée ? C'est en dessous.

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50 Shades of Purple

Publié le par Dorian Gay

50 Shades of Purple

Je parle rarement de sexe. On pourrait me reprocher une certaine pudeur, une relative pudibonderie. Il n’en est rien. Bien au contraire, je crois que j’aime bien la chose, et que si j’en ne parle avec avarice, c’est certainement parce que je ne veux pas reconnaître ma propre sexualité bien outrecuidante.

Je pense, à mon jeune âge, que j’ai bien vécu – j’ai vécu des expériences intimes riches et variées, et ai méthodiquement repoussé mes limites et ai définitivement enfoui les ruines de mon éducation catholique.

Là où le bât blesse, c’est quand il devient de plus en plus difficile de revivre l’émoi si particulier des « premières fois ». La sexualité quotidienne devient parfois bien morose, car on ne peut s’empêcher de « comparer, de juger, de se rappeler », si bien que les amants qui me sortent de ma torpeur sont bien rares.

Conter mes aventures charnelles comme le fait si bien Quentin Mallet m’est impossible. Je n’ai ni le talent, ni les souvenirs assez frais.

Je préfère donc narrer ici quelques expériences significatives qui ont émaillé mon passé.

Mes « threesomes »

Fantasme le plus universel qu’il puisse exister, le sexe à trois est sûrement l’une des premières étapes que j’ai franchie dans le long chemin de l’exploration de ma sexualité.

Ce devait être l’été 2010. Je me retrouve au Maroc où je passe des vacances charmantes avec ma famille. Nos journées, suintant la lascivité et la l’oisiveté, j’occupais mes journées à scooter, à sillonner les ruelles de Marrakech et d’Essaouira.

Déjà inscrit sur Romeo à l’époque, je discutais avec parcimonie avec quelques locaux. L’un d’eux avait particulièrement retenu mon attention. Je ne me souviens guère ni de son nom, ni vraiment de son visage. J’ai souvenir qu’il avait également un scooter, qu’il n’était pas très grand et qu’il portait une chemise blanche la première que nous nous sommes rencontrés dans un salon de thé.

Libertin qui s’assumait, il ne tardait pas à me proposer de passer chez lui en soirée afin de « prendre le thé » à nouveau. Avec une certaine spontanéité, je répondais oui. Il faut dire que, le climat chaud et moite ne devait pas être sans conséquence sur ma libido ce jour là.

Je me retrouvais dans le séjour de son appartement quelques heures plus tard où nous fûmes vite rejoints par un des ses amis. Plus grand, d’un physique assez longiligne, il n’était pas très causant.

Il ne fallut pas beaucoup de temps avant que nous nous retrouvions tous les trois dans la plus grande intimité. J’ai le souvenir d’un moment assez fougueux et rustique. Je me rappelle que deux d’entre nous étaient parfaitement versatiles et que le troisième n’était uniquement qu’actif. Je me souviens d’une parfaite complémentarité et d’une alchimie idéale.

Ayant pris goût à la chose, j’ai réitéré l’expérience plusieurs fois en France. Il y’a eu ce couple qui habitait à quelques centaines de mètres de mon appartement et que je voyais, avec une régularité digne d’une montre suisse, tous les dimanches pendant plusieurs mois. Je me souviens que j’étais réfractaire à l’idée de réitérer l’expérience avec un couple déjà constitué depuis plusieurs années. J’avais le sentiment que je servirais de « troisième roue », « de bouche trou » (sans jeu de mots volontaire) et que ma participation à ces trinômes était purement instrumentalisée. Ce ne fut nullement le cas. Ils furent absolument charmants et je me souviens de nos longues conversations dans leur jardin quand nous finissions nos affaires. Le coït était plus passionnel que fougueux, contrairement à ce que j’avais vécu au Maroc. Ce n’était pas pour me déplaire. Je sentais, à chaque rencontre, le déploiement de sincères efforts afin que tous les membres du trinôme puissent retirer de nos rencontres du plaisir et de la satisfaction. Il faut aussi dire que la verge démesurée dont la nature avait doté l’un de ces deux garçons y était, dans une certaine mesure, pour quelque chose.

Puis, il y’a cet autre couple dans le 18ème arrondissement à Paris. Cette fois-ci, les choses se sont déroulées autrement, l’alchimie étant inexistante. Il était évident que l’idée de partager son partenaire avec le parfait inconnu que j’étais, n’était pas parfaitement digérée par l’un des deux garçons.

J’ai le sentiment que c’est après cet échec que j’ai pris la décision de ne plus réitérer ce type d’expériences avec un couple déjà constitué. J’estime que la réussite d’un threesome est principalement basée sur l’alchimie entre les trois individus ; alchimie elle même qui dépend des relations interpersonnelles entre chacun des membres des groupes. Dès lors que l’une des relation est viciée par de la jalousie, de la frustration ou de l’égoïsme, tout le modèle s’effondre.

La dernière fois que j’ai tenté à nouveau l’expérience remonte à un an environ. Alors que je me retrouve dans la maison de vacances de mes parents dans le sud de la France. Alors qu’ils sont absents pour la journée, je convie ces deux jeunes mecs à la maison. Le premier, l’instigateur, était grand et fin, châtain. L’autre, un peu plus jeune, arabe, était d’une physique carré, un peu trapu et arborait une barbe de 5 jours. L’expérience fut à peine satisfaisante. Le trinôme s’est vite transformé en binôme entre le jeune arabe et moi, le troisième s’étant confiné au simple rôle de spectateur, doublement passif. Cela m’a permit d’ériger ma deuxième règle en matière de threesome : un équilibre entre les préférences sexuelles de chacun des participants, fondée sur un socle d’envies communes.

Ma première (et seule) expérience « cuir » & « roleplay »

Je n’ai jamais vraiment compris la culture « cuir », « latex » et leurs dérivés. Je n’ai jamais compris cet attrait profond, érogène, pour ces matières. Tout au plus, je peux comprendre que l’odeur du cuir puisse être agréable mais cela se résume à cela.

Je ne savais donc pas quoi répondre de prime abord à ce grand mec au physique herculien qui m’abordait il y’a quelques semaines sur Grindr. Il revendiquait ses penchants « cuir » et « roleplay » et ne tardait pas à me proposer de le rejoindre chez lui et me promettait de me recevoir dans une tenue que je n’étais pas prêt d’oublier.

J’ouvrais la porte de son appartement dans le 19ème sur un corps bodybuildé de 1m95. Il portait une tenue en cuir noir, qui rappelait un uniforme policier, un peu comme ce membre des Village People, vous voyez ?

Il avait un petit gilet ajusté qui recouvrait à peine son torse, des cuissardes qui remontaient jusqu’à mi cuisse, une ceinture assez large et un cockring qui entravait une des verges les plus imposantes que ma courte vie m’ait permis de voir.

Pour continuer sur cet élan de franchise, avec le recul, je ne pense pas pouvoir dire ne pas avoir apprécié le contact et l’odeur du cuir. C’était loin d’être désagréable mais je n’estime pas que cela soit suffisant à susciter des envies récurrentes chez moi.

Jeux de domination

Je crois, qu’après le threesome, les jeux de domination sont le fantasme le plus partagé. Il est à croire, que la domination est une composante naturelle du sexe. En matière de coït, les deux partenaires sont rarement égaux. Il s’instaure, dans une certaine mesure, une certaine domination, et corrélativement une certaine soumission.

Dans le monde si particulier des gays, l’acte de pénétration, et les rôles de passif et d’actif, induisent par leur simple terminologie, des aspects de domination et de soumission.

J’ai inévitablement, aussi bien en tant qu’actif que passif, perçu cette dimension.

La domination peut être aussi tout un style de vie, ou du moins une préférence à part entière, avec ses spécificités et ses complexités.

Il m’a été donné différentes occasions de m’essayer à la domination stricto sensu, et à la soumission.

Je dois avouer que je trouve ces jeux particulièrement excitants. En ce qu’ils éveillent nos instincts les plus primaires, ils donnent à l’acte une saveur toute particulière.

Prendre son plaisir en imposant avec dureté ses envies ou ses désirs, ou au contraire, se nourrir du plaisir que l’on procure en son partenaire en lui offrant sa dévotion est extatique.

Je crois que j’ai été initié à ce type de jeux par un journaliste de France 2 (dont l’identité restera secrète) argentin, que j’avais rencontré l’été 2013.

Derrière une apparence « dandiesque », ses costumes trois pièces, ses cravates Hermès et un visage on-ne-peut-plus conventionnel se cachait un personnage à la lubricité exacerbée et qui épanouissait sa sexualité dans des jeux de domination.

La première fois ne fut pas vraiment la bonne. L’unilatéralité dans la recherche du plaisir, et la petite claque à l’égo induite par le rôle de soumis, étaient assez difficiles à accepter, étant quelqu’un de nature fière et parfois orgueilleuse.

Il faut aussi dire que je l’avais trouvé un peu gauche, jouant avec parfois sans naturel, son rôle de dominateur. Il ne fallait pas rester sur une telle déconvenue. Je l’ai revu plusieurs fois cet été là et nous nous sommes liés d’amitié au fil de nos rencontres.

Il était assez drôle de voir comment les rôles pouvaient s’inverser quand nous nous rencontrions dans des cadres plus conventionnels, pour dîner ou prendre un verre ensemble. Mon tempérament assez trempé refaisait surface alors que lui devenait instinctivement plus doux, plus lisse. Je pense que les jeux de domination sont d’ailleurs souvent un exécutoire pour ceux qui les pratiquent et une occasion rare et précieuse, de jouer un rôle aux antipodes de leur trempe naturelle. Les caractères impétueux se complaisent à se soumettre alors que les discrets et les timides prennent l’ascendant.

Avec le recul, je pense que les ingrédients de jeux de domination restent le respect mutuel et l’instauration de limites. Même si ces jeux peuvent faire supputer que le respect est loin d’être la première préoccupation des participants, il n’en est rien, bien au contraire. Derrière chaque ordre, chaque claque, chaque fessée reçue, chaque acte d’asservissement, il faut du respect. En effet, il ne faut guère occulter que ces jeux de domination restent des jeux, et qu’une fois clos, chaque participant retrouve son tempérament naturel et qui les atteintes disproportionnées à l’amour propre devaient être évitées, ce qui suppose l’instauration de limites.

A chaque fois que je me suis essayé à ces jeux, j’ai toujours pris le temps, au préalable, de discuter avec mes partenaires de nos limites respectives. Il est parfois saisissant de constater à quel point les limites des deux partenaires peuvent être différentes.

Je me rappelle de ce garçon, soumis qui, une fois, m’avait annoncé vouloir tenter une expérience qui me paraissait parfaitement déraisonnable. Il songeait à s’allonger à plat sur le sol et à supporter pendant toute la durée du jeu mon entier poids sur son dos et m’invitait à « flâner » autant que possible sur l’étendue de son corps.

Je me rappelle également de cet autre garçon, cette fois dominateur, qui envisageait assez sérieusement de m’entraver de cordages et de me mettre à disposition de trois autres de ses comparses. Jeu poliment décliné.

Fist et autres plaisirs

Cette pratique m’a toujours intrigué tant que l’ai toujours trouvé extrême à divers égards. L’idée de m’abandonner à une main indiscrète n’a jamais, une seule fois, effleuré mon esprit.

Celle d’offrir la mienne elle, a tôt germé. Je pense que la première que j’ai tenté l’expérience, c’est parti d’une facétie entre amis. De discussion légère en discussion légère, nous en vîmes à discuter de fist et, de façon collégiale, critiquions cette pratique. Je me souviens que nous estimions que les séquelles qui subsistaient après une pratique trop régulière ne valaient pas le plaisir éphémère qui en résultait.

En soirée ce jour là, un des amis qui avait participé à la conversation me recontactait et par messages interposés la discussion reprit de plus belle.

Il finit par m’avouer qu’il était moins réfractaire que nous à cette pratique et qu’il avait déjà eu à sonder ses propres limites à cet égard. Quelques heures plus tard, je me retrouvais une bonne vingtaine de centimètres dans la plus totale de ses intimités. C’en est presque ironique.

L’expérience s’est renouvelée quelques fois par la suite, avec lui mais avec de nouveaux partenaires également.

C’est une pratique qui reste, malgré le recul, assez déroutante. Elle suppose, pour celui qui la pratique, un sens aigu du partage. Elle induit en effet que, pendant tout le jeu, « l’actif » accepte de faire don de sa personne pendant tout le jeu, et renonce à recevoir une contrepartie. D’un point de vue biblique, ca pourrait presque en devenir poétique.

Golden Showers

Autre expérience partie d’un simple défi entre amis. Je compte parmi mes amis un trentenaire marseillais, chercheur en philosophie, installé à Paris depuis quelques années et avec qui je cultive une amitié assez particulière.

Il ne cessait d’éprouver mes limites en me répétant avec une assiduité remarquable que tôt ou tard, nous nous retrouverions dans sa salle de bains, à s’arroser mutuellement de pissat. Je m’en amusais et lui répondait dans un ton tout aussi provocateur que ma sexualité n’était pas aussi déviante.

Quelques semaines plus tard, alors que j’avais passé la nuit chez lui, en toute amitié, je me retrouvais dans sa baignoire, sous un flot abondant et doré, me demandant continûment comment j’en étais arrivé là.

Il ne faut donc jamais dire « fontaine, je ne boirais jamais de ton eau ». Le jeu de mots est à peine ici voilé.

Voyeurisme, Exhibitionnisme et autres Joyeusetés.

Je pense que nous sommes tous, dans une certaine mesure, voyeurs. Sans l’avoir nécessairement recherché ou provoqué, qui resterait insensible à la vision de deux bellâtres se faisant du bien ?

Ainsi, il m’est arrivé, à quelques rares occasions, alors que des couples s’adonnaient sans pudeur à leurs débats en public, de ressentir une certaine excitation mais je ne considérerais pas comme voyeur. En effet, je ne pense pas rechercher de façon active ce type de plaisirs.

Au contraire, l’exhibitionnisme est une pratique qui ne m’est pas étrangère. Mes deux seules expériences restent mémorables.

En ce qui concerne la toute première, elle a eu lieu dans les douches d’une salle de sport parisienne connue pour sa population essentiellement gay. Après avoir échangé des regards assez éloquents avec un jeune habitué des lieux pendant toute la séance de sport, il n’en fallu pas longtemps qu’il me suivit aux douches pour clore nos efforts. Dans un élan de spontanéité, nous n’attendîmes pas d’être à l’abris de regards indiscrets pour s’étreindre. Les choses se poursuivirent assez insoucieusement alors que le cercle d’observateurs ne faisait que croître. L’acte final de notre divertissement public fut applaudi par une vingtaine de curieux amassés autour de nous.

La seconde expérience eu lieu pendant mes vacances l’été dernier en Espagne. Je m’étais lié d’amitié avec un charmant espagnol avec qui je passais mes journées à flâner. Il m’avait proposé ce jour là de passer la journée à la plage d’un petit village à une heure de Barcelone, San Pol de Mar.

Alors, que nous étions tendus sur le sable fin, au milieu d’une petite foule assez éclectique, il me proposa un massage que j’acceptais spontanément. Ses mains se firent progressivement indiscrètes et il n’en fallu pas longtemps pour que nos slips de bain soient ôtés. Sans que je comprenne vraiment ce qui se passait, nous nous retrouvâmes à baiser là, à même le sable, en pleine journée, sur une plage mixte, voire familiale, alors même que nos plus proches voisins étaient à quelques pas de nous.

Ce qui m’avait alors surpris ce fut l’imperturbabilité des espagnols qui, semblaient totalement aveugles à la scène qui s’offrait à eux et continuaient à discuter de banalités en famille et entre amis.

Braver l’interdit était je pense encore plus excitant que l’acte en lui même, même si je dois reconnaître que l’alchimie avec mon partenaire espagnol était tout simplement parfaite.

Avec le recul et à l’aune des différentes expériences que j’ai pu avoir, parfois, je me dis qu’il va être de plus en compliqué d’animer mes prochaines années….

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Dans le lit des autres

Publié le par Dorian Gay

Dans le lit des autres

Il m'arrive parfois de dormir chez les autres. Dans le lit des autres. Pour une nuit, juste une. Avec des inconnus ou des connus, m'importe. Parfois donc, sans que je sache trop pourquoi et comment, je me retrouve dans des bras étrangers le temps d'une nuit, le temps d'une étreinte, 8 heures en moyenne.

Je me souviens parfaitement du premier jour où j'ai commencé. Ce devait probablement être l'été 2011. Insouciant, à l'âge où l'amour et les sentiments sont kitsch – celui où les nuits sont ivresse et chair, je découvrais Grindr. C'était beau ces petites bulles bleues sur fond noir et orange – presque à en oublier déjà que c'était d'autres garçons derrière. D'autres garçons faits de chair, avec une vie, des amis, un travail, peut être même un poisson rouge ou des plantes et tout, et tout. Surprenant n'est ce pas ?

De blop, en blop, de cliquetis en cliquetis sur le clavier du téléphone on s'échange des prénoms comme des cartes Pokemon, on se demande où on vit, on s'échange des photos de chats, de fleurs et de bites et on se dit qu'on prendrait bien un café en terrasse ou qu'on se baiserait dans la cage d'escalier d'un vieil immeuble Haussmannien. Ca dépendait des fois. Ces liens virtuels se construisent et s'effritent aussi facilement qu'un vieux pull GAP passé trop longtemps à la machine à laver.

Et puis y'a des soirs comme celui-là, celui-là dont je vais vous parler. Je n'étais pas loin de Montmartre – j'aime bien Montmartre. Je trouve que c'est un quartier sympa et je n'ai pas attendu de voir Amélie Poulain pour aimer ces petites ruelles, ces petites échoppes de la rue des martyrs qui ne semblent pas avoir changé depuis des siècles, comme si le temps s'était arrêté dans ces rues de Paris. On s'attend à chaque tournant de rue à entendre un accordéon résonner sur les murs lézardés du quartier et une voix intemporelle envelopper ces notes volatiles. Je digresse, pardonnez moi. Je vous parlais donc de Grindr, des garçons, du sexe et de ce jour là.

Il m'écrit comme tous ces autres. Une belle bulle bleue apparaît sur mon écran de téléphone. Elle est assez petite, elle contient un "salut". Parfois c'est bien de commencer avec un "salut", ca évite de se demander si on doit plutôt utiliser un "bonjour" ou un "bonsoir" selon le moment de la journée. Ca reste sobre et engageant en plus un "salut". Je suis poli, je réponds donc un "salut" symétrique, un "salut" miroir. Les bulles s'enchainent sur mon écran et deviennent de plus en plus grandes et grosses comme si elles se nourrissaient des minutes qui passent et de l'énergie de nos doigts sur le clavier.

Il me demande ce que je cherche. Je ne sais pas – 3 ans après je ne sais toujours pas. C'est curieux tout ces gens qui cherchent quelque chose. Moi, à vrai dire, j'attends plutôt qu'on me trouve – pour quoi ? Je ne sais pas non plus. Je ne sais pas beaucoup de choses.

Il me dit que lui veut dormir avec quelqu'un. Juste dormir. Il a 26 ans, de beaux cheveux noirs bouclés qui sentaient la méditerranée et de beaux yeux aussi. Enfin, je crois. Je sonne en bas de son appartement Montmartrois. Il m'ouvre. La nuit est tombée depuis un certain moment mais Montmartre elle est toujours en éveil. Nous prenons un thé ou une tisane – je ne sais plus exactement. Nous nous racontons des brèves de nos jeunes vies comme pour briser l'anonymat derrière lequel nous nous protégeons. Je crois qu'il s'appelait Lucas et qu'il était jeune prof.

Les heures passent, les corps se délassent – nous nous couchons dans les bras l'un de l'autre et nous endormons lentement, au son mélancolique d'une ville qui s'endort et au gré des mains caressant inlassablement nos peaux respectives. Nous sommes des amants inconnus, des amants passagers, des amants éphémères cette nuit platonique.

Le lendemain je prends mes affaires disséminées dans cet appartement du 5ème étage et partage un dernier et solennel café entrecoupé de discussions candides avec ce jeune Lucas. Quelques heures plus tard, la porte de ce petit appartement parisien se referme et avec elle cette petite lucarne ouverte, le temps d'un songe, sur la vie d'un inconnu d'un soir. D'un inconnu qui replonge dans la mare pleine d'autres inconnus. Un inconnu dont on ne garde que quelques souvenirs épars, le parfum d'une peau et les boucles d'une chevelure brune.

Je trouve que la vie est fabuleuse. D'autres fois elle me fait peur. Nous passons quotidiennement nos journées dans une foule compacte, dans le métro, au travail, dans la rue, en oubliant que chaque personne qui compose cette masse, chaque particule de cette molécule sociale est un univers complexe à elle seule. Derrière chaque pas sur le trottoir, chaque regard évité dans le métro, chaque manteau frôlé, il y'a une vie, des projets, des angoisses et des rêves. Derrière chacun des ces visages il y'a peut être de la solitude.

Certains la noient donc dans les bras chauds d'autres inconnus – le temps d'un soir ou un peu plus, comme pour se rappeler ce que ça fait.

C'est curieux. Plus tard, je l'ai fait à nouveau un certain nombre de fois avec un certain nombre d'inconnus qui m'ont demandé de dormir dans leurs bras juste le temps d'une nuit. Je passe de lit en lit, de couverture en couverture, m'imprégnant de l'odeur volatile de chacun d'eux comme de leurs vies, ou du peu qu'ils me confient spontanément. Je ne baise quasiment jamais avec eux, ce serait vicier l'exercice et ces moments si particuliers. C'est curieux cette impression de partager la plus grande intimité, sans sexe, et la plus infinie tendresse avec ces gens qui semblent bien seuls dans des appartements bien trop froids.

Pourquoi j'accepte ? Je ne sais pas – une curiosité malsaine ? Le plaisir de partager de la tendresse ? Une empathie exacerbée ? Une solitude camouflée ? Peut être un peu de tout ça surement. Mais au fond, ce que j'aime c'est le côté furtif de ces rencontres. Je préfère effleurer la vie des inconnus d'un soir plutôt que de l'éteindre. J'aime les mystères qui perdurent le lendemain, j'aime ce dernier café avant de franchir une dernière fois le palier de ces appartements et de faire une bise qui cache maladroitement des adieux.

C'est dur parfois, la vie. C'est si froid dans le lit des autres, parfois dans le mien.

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Big Boys Don't Run

Publié le par Dorian Gay

Big Boys Don't Run

Ici rien n'est vraiment grave, rien n'est vraiment urgent. Ici, on se laisse réveiller par les doux rayons du soleil de la méditerranée qui se glisse entre les brèches des volets blancs d'une petite maison qui donnent sur une cour intérieure bordée de jeunes plants de figuiers qui se balancent en rythme sous la légère brise matinale.

Ici on prend le temps de lever la tête vers le ciel, on prend le temps de dire bonjour et d'échanger quelques banalités avec sa voisine exubérante qui aime s'épancher sur la météo du jour et le prix des tomates qui aurait encore augmenté au marché ce matin.

Ici le pas se fait lent et traînant sur le pavé ou le sable. Ici quand on rate son métro, son bus ou son train, on peut l'attendre plus d'une demie heure et au fond ce n'est pas grave, ne pensez vous pas ? Ici on ferme les bureaux en début d'après midi pendant une heure car c'est l'heure de la sieste à laquelle personne ne déroge. Ici l'air est lourd et chaud, chargé de fragrances acidulées et, tel le parfum enivrant de l'opium, il vous enveloppe et vous plonge dans une douce torpeur. Ici nous sommes à Barcelone, à Majorque, à San Pol de Mar ou à Nairobi; ici nous sommes où vous êtes bien.

J'aime le voyage et l'évasion. J'aime sortir de cette danse macabre du toujours plus-vite, du toujours-mieux que nous impose la vie en mégalopole occidentale. Ce répit est plus que nécessaire, il est vital. Ma vie à Paris me donne souvent l'impression d'être à califourchon sur un cheval sans rênes, un vélo sans pédales, un canoë sans rames ; il m'arrive d'avoir le sentiment de faire trop de choses, et en même temps de passer à côté de tant d'autres. Et souvent, en fin de journée, je me retrouve dans l'écrin de mon appartement, essoufflé, exténué, en ayant le sentiment d'avoir terminé une course de fond et que le lendemain, à nouveau, je serais jeté à nouveau dans cette course effrénée, où chaque métro raté, chaque piéton beaucoup trop lent à notre goût qui aurait le malheur de précéder notre marche, sonne le glas de la journée. Ce type de course folle où nous optimisons continuellement le ratio temps/efficacité, mémorisant par cœur les horaires de passages des transports publics, nous plaçons stratégiquement devant une porte spécifique de la rame du métro afin d'en sortir le plus rapidement possible, n'avons plus le temps de faire nos courses et préférons nous les faire livrer et préserver une trentaine de précieuses minutes, où nous nous horripilons dès que nous ne sommes pas assez rapidement servis où que les choses vont globalement trop lentement à notre goût. Mais pourquoi donc? Pour accomplir efficacement un travail qui nous garantit un salaire qui lui même a pour dessein de nous permettre de nous acquitter de nos charges ou de mener quelques projets personnels? Ce serait donc ça la vie?

A bout de souffle, je regarde les journées défiler de plus en plus vite, les semaines, les mois et les années recommencer sans avoir le temps de les voir venir. Nous courrons avec toujours plus de virulence pour gagner un temps qui semble lui aussi avoir commencer son marathon et qui bat désormais les records de vitesse d’Usain Bolt. Le temps s’accélère sans cesse. Pourtant, je suis intimement convaincu que le temps est notre hologramme, il dépend de notre perception, nous le façonnons à notre image. Et si c’était nous qui ne savions plus nous arrêter ?

Pourtant, il existe un phénomène assez magique : plus on décide de prendre son temps, plus on en gagne. Le temps est un élastique que nous tendons et détendons à volonté. Et si nous pouvions faire tout ce que vous voulions en une journée et qu’il suffisait juste de prendre le temps de ralentir le temps ? Cela se joue pourtant à peu : privilégier le bus au lieu du métro pour les courtes distances, écouter son corps, mais écouter ses réelles envies, prendre le temps de se demander si être pressé pour accomplir telle tâche ou aller à tel rendez-vous est réellement nécessaire. J'insiste : réellement?

L’heure est mathématique et est la quintessence même du concept cartésien me direz vous ? Mais si 60 secondes font une minute, 60 minutes font une heure, 24 heures font une journée et 365 jours font une année, vivons-nous pour autant tous la même minute de la même façon ? Le temps est cyclique, le temps est rythmique, le tempo quant à lui est élastique.

Pour ralentir le temps, il faut prendre le temps de ne rien faire et prendre celui de s'imprégner de ce qui se passe autour, prendre de la hauteur et lâcher prise. Quelle meilleure façon de le faire que lorsque le cadre invite à la torpeur ?

Et pourtant, même si j'essaie tout au long de mes journées de prendre le temps, les réflexes sont vivaces. Je me surprends parfois, à l'autre bout du monde, à presser le pas soudainement et à ralentir quelques pas plus loin, parce que rien ne presse. Je m'étonne de temps en temps de la placidité de certains locaux, amusés, qui rétorquent dans un français approximatif à chacune de mes excuses maladroites pour justifier un retard de cinq minutes : "Mais ce n'est pas grave ! c'est une question de vie ou de mort? Tranquille ! Bois de l'eau".

Prendre le temps de s'arrêter et de prendre la photo d'un tournesol qui semble vous adresser un sourire, emprunter le long chemin tortueux qui mène à la plage et recevoir quelques "hola" d'enfants rieurs jouant dans les champs au lieu de votre raccourci habituel, prendre le temps de parler de la pluie, du beau temps et de la pêche du jour à ce marin qui s'intéresse à votre appareil photo, remettre à demain ce qui ne presse pas, Ce ne serait pas ça plutôt "vivre"?

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Au fait... à propos de séries "gay"....

Publié le par Dorian Gay

Au fait... à propos de séries "gay"....

Je me souviens vous avoir parlé de quelques films, d'auteurs souvent, et que l'on pourrait qualifier de "gay", soit parce que la trame se tresse autour de l'homosexualité d'un personnage, soit parce que l'univers du film plus généralement renvoie à l'homosexualité. Depuis cet article, il y'a plusieurs mois déjà, plusieurs nouvelles œuvres du même type ont fait parler d'elles, et souvent beaucoup. Que ce soit La vie d'Adèle, plébiscité à Cannes ou Tomboy, tourné en 2011 certes, mais qui a été sous les feux de l'actualité récemment, les films récents qui représentent l'homosexualité sont à la fois plus audacieux, mais offrent surtout une représentation plus mature, plus saine, plus "normale" finalement de l'homosexuel contemporain.

Les minutes inaugurales de La vie d'Adèle ou de Looking en attestent, la vie des gays des années 2010 s’est transformée, au point où les clichés longtemps entretenus par le 7ème art paraissent aujourd'hui anachroniques. Qu'il y'avait -il de plus simple pour remplir toutes les salles de France il y'a quelques années, que de représenter l'homosexualité stéréotypée à son paroxysme par des personnages hauts en couleur, affublés d'un uniforme de soubrette comme dans la Cage aux Folles, et utilisés comme des personnages comiques. Oui, il y'a encore quelques années l'homo au cinéma ou à la télévision c'était tantôt le dépressif-victime qu'on aperçoit 15 secondes 3/4 au cours d'un film, soit la créature chimérique, souvent travestie et provocatrice, qui aime faire la fête et n'est généralement pas dénuée d'humour.

Je fais pourtant partie d'une génération où, presque série télévisée, ou chaque film, représente l'homosexualité, souvent par le biais d'un personnage secondaire. La liste est longue : Glee, Grey's anatomy, Mad Men, The Office, Brothers and Sisters, Cold Case, Desperate Housewives, Dawson, Dr House, Sex and the City, Weeds, etc.

Et cette représentation n'est pas récurrente que dans les productions outre-Atlantique : En France, nous avons eu droit à notre petite idylle gay dans Plus Belle La Vie (phénomène à ce qu'il parait chez les octogénaires et les petites adolescentes pré pubères ), Faites Comme chez Vous, Les Filles d'à Côté, Sous le Soleil, et j'en passe. Pourtant, j'ai toujours été irrité par la représentation incessamment stéréotypée de l'homosexuel, au point où j'y voyais des réminiscences d'homophobie ordinaire, souvent même perçue par le grand public comme comique.

En effet, il semble que pendant longtemps, représenter un éphèbe noir faisant le ménage, à moitié dévêtu, et enchainant des gestes et des postures aussi excentriques les unes que les autres, était aussi drôle que les indémodables blagues de Toto. De même, les gestes gracieux et la voix fine d'un molosse bodybuildé nommé Gérard dans une série à succès des années 1995, ont fait échapper plusieurs fous rires à des milliers de foyer français. Les illustrations ne manquent pas.

Ce n'est que bien plus tard, que le cinéphile et sériephage que je suis, a vu cette représentation évoluer et se calquer progressivement à la réalité, tout simplement; à une réalité bien plus riche, bien plus complexe, bien plus quelconque souvent. L'homosexuel a cessé d'être le féru de déco à la pointe de la mode, le meilleur ami timide de la protagoniste principale (souvent blonde et naïve), le garçon riche, sensible et toujours élégant et est devenu le voisin, l'ami, le collègue, le boulanger, le patron.

En ce qui concerne plus précisément les séries télévisées et autres analogues, neuf ans après la fin de Queer as Folk version américaine, cinq ans après le bye-bye des filles de The L Word, il était temps d'une nouvelle génération de productions contemporaines voit le jour.

Mes errances virtuelles m'ont amené à découvrir quelques pépites, libres de droit, auxquelles je voulais consacrer un billet. Il s'agit de webséries, qui, comme leur nom l'indique, sont des séries généralement accessible via web uniquement et sont, pour des raisons de budget, beaucoup plus courtes que les séries télévisées.

1. Il y'a tout d'abord In Between Men

C'est une websérie que j'ai découvert il y'a près de deux ans déjà et qui m'a tout de suite séduit par la qualité de l'image et le soin donné à chaque prise de vue. A ce jour, deux saisons ont été produites et la 3ème serait prévue pour cette année.

In Between Men c'est une histoire plutôt banale qui entremêle plusieurs jeunes personnages gays, à l'histoire et aux aspirations souvent éclectiques et qui vivent à New York. La personnalité des personnages est assez riche et il est assez simple de trouver des résonnances communes à beaucoup d'homos : la drague, le couple, les proches, le travail et les objectifs de carrière, la vie dans les mégalopoles, le dictat du physique et de l'apparence, le VIH, l'argent, etc.

Ici pas de styliste mondain promenant son chihuahua dans Central Park ou de personnages à la perfection irréelle comme dans Dante's Cove, mais plutôt des gens comme vous et moi, noyés parmi tant d'autres gens et aspirant à trouver notre chemin et nous retrouvant de façon récurrente devant des doutes, des défis et des interrogations.

Mais la vraie richesse de cette série, et qui la rend originale, est la réflexion menée par ses réalisateurs sur l'altérité et les interactions entre le "milieu" homosexuel et le "milieu" hétérosexuel (vous aurez compris que je n'apprécie pas particulièrement ce terme), par le biais de personnages partagés entre ces garçons qui ne se reconnaissent pas dans la "communauté gay" encore parée de ses clichés, et ceux qui ne sentent pas plus intégrés parmi leurs proches hétérosexuels.

Le seul bémol reste la pauvreté du jeu des acteurs, qui sont parfois peu convaincants, et la qualité du scénario, qui parfois s'avère, malgré la brièveté des épisodes, lent et répétitif.

Episodes là

2. Gayxample

Le titre de cette websérie, que j'ai découvert il y'a plusieurs années déjà, est assez évocateur : les protagonistes vivent à Barcelone dans le quartier très friendly de Eixample, capitale ibérique bien colorée purple. Si l'on s'arrêtait au titre, des conclusions hâtives pourraient être tirées. On s'imaginerait, nous Français, une série qui s'articulerait autour de quelques personnages vivant dans les artères du Marais parisien et se réunissant tous les jeudis soir aux Marronniers pour papoter autour d'un cosmo et se remémorer de leur soirée au Spyce la veille.

Gayxample est bien plus originale et surtout bien plus transversale. La palette des personnages est assez riche : éphèbes, bears massifs, minets imberbes, jeunes, plus âgés, et même transsexuels y sont représentés. Là encore, le but de la série est d'offrir une représentation objective de la vie de plusieurs personnages homos confrontés à des problématiques diverses. L'homophobie ordinaire d'un proche y est décrite dès le premier épisode - la peur de vieillir également - le sexe - l'identité de genre et bien d'autres sujets qui me parlent.

Les rares regrets qui subsistent sont, d'une part, que la série s'est arrêtée après une unique saison, (comme beaucoup de webséries), et d'autre part qu'il y'avait matière à développer la personnalité et la représentation de plusieurs personnages et que cela n'a pas été suffisamment exploité.

Episodes là

3. The Outs

J'ai trouvé cette série réellement touchante dès les prémices du premier épisode. Jack, 25 ans peut être, sonne à l'interphone d'un immeuble à Brooklyn. Un bip se fait retentir. Il ouvre timidement la grande porte faisant découvrir un escalier en colimaçon, enjambe les marches, retient son souffle et sonne à une porte au 3ème étage. Il est ni vraiment beau, ni à plaindre. Il est au chômage, vend de la drogue pour arrondir ses fins de mois et reste amoureux de son ex avec lequel il a rompu récemment. Autour de lui vont graviter plusieurs personnages assez éclectiques et tout aussi touchants. On découvre l'ex compagnon susvisé, sa meilleure amie au caractère bien trempé, et plusieurs autres personnages qui vont apparaitre au cours des 7 épisodes (seulement) qui composent la série.

Certains clichés restent encore vivaces, mais ils sont dilués dans un ensemble plus général de qualité, qui fait bien vite de les éluder.

Cette série nous montre des vingt-trentenaires gays d’aujourd’hui, avec leurs doutes, leurs interrogations, leurs envies. Des gays bien dans leur peau, des gays 2.0, qui draguent sur les sites de rencontres et sur leurs mobiles, chez eux, au boulot. Aucun personnage n’est dans le placard. Ils vivent normalement.

Ensuite, la série ne cherche pas à dresser le portrait d’une communauté. Il y n’a pas le côté sociologique d’un Queer as Folk. The Outs se contente juste de suivre trois personnages principaux qui tentent de donner du sens à leur vie (en finir avec les aventures, construire une vie de couple, réussir leur vie professionnelle), et il se trouve juste que ces personnages sont gays. Les protagonistes sont assez crédibles et surtout attachants.

Épisodes là

4. DramaQueenz

DramaQueenz nous plonge dans le Queens, à New York, quartier pauvre et longtemps considéré comme "quartier noir" de la ville. On y suit l'histoire de 3 jeunes homos noirs qui vivent en colocation, mais partagent surtout une solide et profonde amitié.

Ici, si le ton est délibérément comique et que les personnages peuvent sembler tout droit sortis de l'émission de Ru Paul, beaucoup de sujets de fond y sont abordés. Le VIH comme dans beaucoup de productions du même type certes, mais aussi les relations "interraciales" (un autre terme qui m'horripile mais qui politiquement correct outre Atlantique), la pauvreté en filigrane, la prostitution masculine, l'âge, les aspirations à construire une vie de couple dans une ville où cette aspiration est peu partagée.

DramaQueenz est donc un ovni, entre le comique et le documentaire social, entre le léger et le profond, et reste une production que j'ai apprécié.

Episodes là.

5. Hunting Season

Hunting Season se démarque de la présente énumération. En effet, elle fait le pari de suivre le portrait de plusieurs personnages, vivant à New York (encore...), et bien proches de certains clichés qui pourraient se transposer dans n'importe quelle ville : le protagoniste principal est jeune et beau, il faut l'admettre; il est entouré d'amis tout aussi beaux avec qui il apprécie passer du temps à… la salle de sport ou en boîte de nuit, lorsqu'il ne "hunt" pas sur Grindr ou Manhunt (d'où, d'ailleurs, le titre de la Websérie).

Autant le dire tout de suite, Hunting Season ne brille pas par le jeu des personnages, son scénario ou l'univers de la série. Cependant, outre le physique indécent des personnages et l'omniprésence de sexe à chaque épisode, certaines thématiques traitées restent intéressantes. Ainsi, un des protagonistes principaux mènera une longue réflexion sur la notion de couple libre, y été confronté avec son compagnon après six années de relation exclusive.

Je suis cependant moins indulgent quant au manque criant de diversité : je n'ai pas vu un seul gramme de gras ou un seul homo coloré tout au long des épisodes de la série (à part un petit minet métissé que l'on aperçoit furtivement accoudé à un bar dès le premier épisode).

Malgré les quelques ratés et le parti pris des réalisateurs, je continue à penser que la représentation des homos dans cette série n'est, au fond, pas si erronée, même si elle est, certes, hyperbolisée. Il ne faut pas chercher très longtemps pour trouver, autour de nous, des personnages faits du même bois. C'est finalement cela aussi la diversité inhérente aux gays, et il est normal que cette diversité, dans son entièreté puisse être représenté, même si c'est par le biais de personnages comme ceux-là.

Episodes là

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JUSTIFY MY LOVE? REFLEXIONS SUR LA BISEXUALITE

Publié le par Dorian Gay

JUSTIFY MY LOVE? REFLEXIONS SUR LA BISEXUALITE

La bisexualité a toujours été un concept obscur et vaporeux dont j'ai eu du mal à saisir le sens. J'ai toujours cultivé une certaine once de scepticisme à l'égard de la bisexualité; scepticisme nourri pour les certitudes artificielles que la bisexualité n'avait pour définition que celle que lui donnent les personnes qui sont confuses à propos de leurs attirances. J'ai longtemps cru que la bisexualité n'existait pas, persuadé que ceux qui se clamaient bisexuels étaient des "invertis in progress", encore dans la brume de l'incertitude, et que le clivage homme-femme était si important et si fort que l'on ne pouvait pas être raisonnablement attiré indifféremment par un fils d'Adam et une fille d’Ève. J'étais de ceux-là qui pensent que la bisexualité n'était qu'une étape de transition soit les deux antipodes de l'homosexualité et de l'hétérosexualité, une sorte de zone de transit où les goûts et les choix se définissaient au gré des expériences et des réflexions.

Ces considérations dichotomiques ont été nourries également par un certain nombre d'expériences et de constats. Qui n'a jamais rencontré une personne se prétendant bisexuelle, mais qui, concrètement, n'avait des relations qu'avec des individus du même sexe et dont l'orientation bisexuelle ne restait qu'une réfutable proclamation théorique? Qui n'a jamais rencontré ou entendu parler de ces hétéros "dits curieux", qui restent sempiternellement "curieux" malgré la multiplication de rencontres homosexuelles et qui s'entêtent à ne pas franchir la ligne fine entre hétérosexualité et bisexualité, entre bisexualité et homosexualité? Qui n'a pas connu cet autre spécimen d'hétérosexuel qui s'adonne de façon diligente à quelques infidélités homosexuelles, sans pour autant se considérer bi, encore moins inverti. A Emilie, cette amie qui vous veut tout de suite du bien de surenchérir : "oui il m'arrive de temps en temps de coucher avec des filles, ça reste un plaisir exquis à chaque fois. Je pense que l'amour entre femmes reste quelque chose de sacré, de beau, de profondément intime et généreux car qui de mieux qu'une femme sait ce que veut une autre femme? Mais pour autant je me considère comme totalement hétéro car l'attirance ne reste que physique et totalement spontanée".

Mais quelle était alors la vraie limite entre réelle hétérosexualité et bisexualité? la perméabilité aux sentiments? La ligne est-elle franchie uniquement lorsque l'on s'égare à s'éprendre amoureusement d'un être du même sexe? Bref, tout ceci fut brumeux et cette brume n'est qu'en partie dégagée encore aujourd'hui. Justement, la définition du bisexuel n’est pas simple - elle constitue toute une palette d'attirances. Tenez, le fait d’avoir eu quelques « expériences » homosexuelles fait-il de vous un bisexuel ? Encore faudrait-il s’entendre sur l’idée d’expérience. Ou encore d’être attiré, ou troublé, par une personne du même sexe, sans oser passer à l’acte, cela relève-t-il d’un désir trouble - bisexuel ou homosexuel ? Et que penser du macho affirmé qui craque pour un travesti efféminé, s'entiche de sa double nature et sa sexualité composite ?

Voilà pourquoi la bisexualité gène. Elle redistribue les cartes du jeu amoureux et sexuel, elle interpelle la rigueur des identités, elle entretient le flou, elle cultive la fantaisie. Elle nous révèle que l’homosexualité comme l’hétérosexualité ne sont pas nées, programmées, définitives.

Puis j'ai grandi, j'ai réfléchi, j'ai rencontré et j'ai appris. Pour ma part, j'ai été très tôt conscient de mes attirances. Je crois que cela remonte à la maternelle déjà. Beaucoup rétorquent, à l'évocation de mes souvenirs précoces, que j'aurais eu de la chance de voir mon orientation apparaître très tôt comme une évidence, contrairement à ceux-là qui s'en rendent compte après une vie déjà bien remplie et qui en voient les fondations ébranlées.

De la chance, je ne pense pas et ce n'est d'ailleurs pas le sujet. Je me rappelle juste que malgré la précocité de la découverte de mon homosexualité, j'ai été de façon sporadique attiré par quelques spécimens femelles lors de ma puberté. Je me souviens de mon premier coup de cœur. Je devais être au collège et avoir une dizaine d'années, c'était le jour de la rentrée scolaire. Il y'avait cette jeune fille devant moi, Nairi elle s'appelait. Le rouge à lèvres de Nairi sentait la framboise acidulée et elle était gentille Nairi. Pendant des semaines, je me suis contorsionné de désir et de passion pour cette fille d’Ève, moi qui pendant toute ma jeunesse m'émoustillait plutôt devant la pilosité naissante et les muscles qui se dessinaient sur le torse glabre de mes camarades masculins. Puis c'est passé. Puis il y'a eu Alice. Je devais avoir 14 ans je crois et elle était bien plus âgée. Qu'elle était belle Alice. Qu'elle était douce et gentille Alice. Quand je lui ouvris la porte de la bibliothèque du lycée, je découvrais au travers de la vitre claire, deux belles lèvres rouges qui disaient merci sans le moindre bruit. Je refermais la porte le plus lentement possible pour ne pas faire disparaître le miracle. Puis c'est aussi passé et depuis lors mon attirance pour mes pairs masculins n'est allée que crescendo.

Puis, comme je vous l'ai dit, j'ai grandi, j'ai réfléchi, j'ai rencontré et j'ai appris. Et le hasard et les circonstances m'ont joué des tours : l'intégralité de mes ex compagnons était bisexuelle. Comme je l'avais décrit, et sans vouloir faire de conclusions hâtives ni faire l'apologie du hasard, mais il est à croire que mon physique semi-androgyne s'inscrirait dans les normes d'attirance bisexuelles masculines. Allez donc savoir. Qu'y a-t-il de plus instructif sur la bisexualité que de l'expérimenter au quotidien et de pouvoir confronter les peurs et les préjugés à la réalité ?

- La Bisexualité existe (enfin, pour ceux qui s'engouffrent pas dans sa brèche par opportunisme). C'est une orientation à part entière. Ce n'est pas un état de transit, ni une orientation à cheval sur deux antipodes, elle est beaucoup plus complexe. A la question que j'ai souvent posé à mes ex compagnons : "mais qu'est-ce que tu définis clairement par bisexualité? est-ce juste le fait de ressentir une attirance physique pour les deux sexes?", ils m'ont unanimement répondu que cela s'analysait plutôt en une sensibilité générale à la beauté féminine et masculine. Cela peut se réduire à une certaine exaltation physique, mais la plus grande majorité des bisexuels seraient capables de développer des réels sentiments indifféremment pour l'un ou l'autre sexe, ce qui anéantissait mon préjugé selon lequel cela n'allait pas généralement plus loin que quelques escapades ponctuelles avec des pairs du même sexe. Puis j'ai reçu des témoignages assez éloquent d'hommes qui me racontaient avec un naturel édifiant comme s'était construit leur vie sentimentale, et comme ils arrivaient à construire des relations longues, tour à tour avec des hommes et des femmes, sans que l'attirance et la relation au quotidien ne se vive sur le fond différemment. "C'est comme ça, on se sait jamais à l'avance, ça ne se contrôle pas, c'est chimique, c'est circonstanciel, là je suis avec un garçon depuis 3 ans. J'étais avec une femme pendant deux ans. Dans l'hypothèse où cette relation devait se clore, je ne sais pas si je serais à nouveau avec un garçon ou une femme". C'est quand même bien complexe tout cela.

- Bisexualité ne rime pas avec infidélité : voilà un préjugé aussi suranné que l'infidélité elle-même. Du fait de l'orientation bisexuelle, ouvrant chemin à un choix de partenaires beaucoup plus important, presque exponentiel, une présomption d'infidélité chronique pèse sur les bisexuels et je dois avouer que je m'y suis moi-même, pendant longtemps rallié, ce qui a d'ailleurs rendu les prémices de certaines de mes relations compliquées. De qui se méfier quand on sait que son compagnon est tout aussi attiré par les hommes que les femmes? Doit-on aussi frémir d'effroi lorsqu'il vous parle un peu trop longuement de Camille, la belle nouvelle stagiaire à la belle chevelure blonde comme on s’inquiéterait de le savoir déjeuner ce midi avec Jérôme, son collègue gay? Au-delà de ces considérations quelque peu ridicules, la réflexion se mûrit et s'affine. Et ce sera un ex compagnon qui aura raison : "en même temps, hétéro homo ou bi, quand on est avec quelqu'un ce qu'on espère c'est la fidélité, quand fidélité il y a la question de l'orientation n'a plus de sens. Elle peut en avoir avant ou après mais pas pendant. Pour paraphraser, tant que vous êtes bien dans l'eau chaude, peu importe qu'en dehors il fasse froid, faut juste pas sortir. Tu veux manger quoi ce soir?". Ce fut limpide et finalement si simple. Nous avons mangé Japonais.

- Le Bisexuel n'est un pas être éternellement insatisfait et réversible : la vie avançant, nos existences se révèlent beaucoup plus fluides, mouvantes, multiples, capricieuses, emportées que les définitions courantes : hétéro, homo, bi. Dès lors, une idée commune veut que le bisexuel soit un sempiternel insatisfait et il est vrai que j'ai moi-même expérimenté ces craintes au cours de toutes mes relations avec des bisexuels. L'idée ainsi que mes compagnons ne seraient pas comblés par à long terme par une relation homosexuelle était omniprésente, l'ennui et le harassement étant suspendus en épée de Damoclès.

Il faut aussi dire que j'ai longtemps pensé que le Bisexuel avait le luxe du choix dans le cadre de son projet de vie. Cela n'est pas totalement erroné. Là où le désir d'enfant, de paternité ou de maternité pour un bisexuel vont s'avérer être légèrement moins difficultueux lorsqu'il partage sa vie avec un individu fertile du sexe opposé, cela devient plus ambitieux lorsqu'il s'agit au contraire d'une personne du même sexe. Dès lors, j'envisageais déjà ces angoisses et le désarmement dans lequel je serais, si dans un futur plus ou moins lointain, un de mes compagnons bisexuel nourrissait un désir de paternité qui m'aurait mis face aux lois de la nature. Ces situations s'abordent différemment dans un couple formé par deux homosexuels, la paternité ou la maternité ne se conçoivent que par le biais d'un certain nombre de schémas définis qui peuvent être longs ou tortueux: adoption, coparentalité, GPA/PMA. Etant en couple avec un bisexuel, la question du choix de la facilité est sous-jacente et en tant que compagnons de bisexuels, beaucoup m'ont avoué avoir mené la même réflexion.

Puis, comme je vous l'ai dit, j'ai grandi, j'ai réfléchi, j'ai rencontré, j'ai appris et j'ai compris que ces considérations dichotomiques, noir-blanc, petit-grand, facile-difficile n'avaient rien à voir dans quelque chose de beaucoup plus subjectif que la qualité de la relation. Que ce soit avec un homme ou une femme. N’est-il pas terriblement réducteur de toujours catégoriser la rencontre passionnelle et sa croissance en termes de sexualité - l’émotion est tellement plus vaste.

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CET AUTRE SOI

Publié le par Dorian Gay

CET AUTRE SOI

Il m'a fallu du temps pour m'y habituer, pour l'accepter, après l'avoir maltraité, torturé et épuisé : ce corps. Ce corps a fait les affres de mes névroses, de mes envies parfois contradictoires, de mes indécisions. Ce corps, il m'a fallu de temps pour apprendre à l'aimer, il m'a fallu de temps pour atténuer puis éluder ces pulsions qui me poussaient sans cesse à le modifier et à atteindre un certain idéal, une certaine utopie.

Il a fallu du temps pour que la nature m’enseigne aussi par ces sentiments de douleur, de faim, de soif, de douleur, que je ne suis pas seulement logé dans mon corps, ainsi qu’un pilote en son navire, mais outre cela, que je lui suis conjoint, confondu et mêlé, que je compose comme un seul tout, en gardant à l'esprit, en même temps, qu'il reste un objet que je pouvais observer, évaluer et sur lequel je pouvais agir.

Oublié quand il nous permet de vivre facilement notre quotidien, sujet d’inquiétude lorsque ses fonctions vitales sont enrayées, complice joyeux dans le plaisir, adversaire quand son apparence va à l’encontre de l’image que nous aimerions renvoyer, mon corps a toujours jouit d’un statut qui a varié au gré des circonstances.

Pendant longtemps, je n'ai pas aimé ce que j'ai été. Mon corps s'est d'abord fait chétif, j'ai été maigre pendant toute mon enfance et les rares photos de moi à ces âges me renvoient à un passé que j'ai l'impression de ne pas avoir vécu. En sus, j'ai toujours été petit par rapport aux autres enfants de mon âge, le boom de croissance m'ayant pendant longtemps boudé. Ce corps faible a souffert, je tombais souvent malade et les convalescences étaient souvent longues, de sorte que j'ai développé très tôt avec ma mère, médecin, une relation particulièrement fusionnelle.

Je l'ai attendu cette puberté et ai guetté avec impatience l'apparition des premiers signes qui allaient faire enfin de moi un homme. Premiers poils pubiens, mue de ma voix flûtée, croissance de la masse musculaire, reformations du squelette, remodelage du visage qui se durcit, s'affirme, se singularise.

Ça n'a pas été assez. Moi qui me nourrissait de rêve de grandeur, il a fallu me résigner et accepter ce mètre 75 que j'ai tant voulu allonger de quelques centimètres par la pratique de sports divers tels que la natation. Puis cette peau métissée, que tant ont qualifiée "d'originale par sa teinte", à mi-chemin entre le cuivre, le caramel et l'alezan et ses reflets améthyste, a été jusqu'il y'a encore trois ans source d'obsessions. Il est vrai que j'ai reconnu à cette teinte une certaine originalité. Il n'a pas fallu longtemps après les premiers signes de puberté pour que je tente, tel un dangereux peintre fou, d'obtenir une nuance de teinte plus classique : uniformisation mécanique par bronzage pour obtenir cette teinte chocolatée si répandue puis éclaircissements chimiques plus tard afin de me rapprocher plutôt de ces teintes plutôt beiges. Ces pratiques ne traduisaient que le besoin injustifié d'effacer mes singularités et de me fondre dans une certaine idée de la masse, comme ces roux qui ont en horreur leurs belles taches de rousseur, ces asiatiques qui se font débrider les yeux ou ces gens qui se font resserrer leurs dents du bonheur.

Puis il y'a eu ma pilosité, ou plutôt mon absence criante de pilosité, moi qui ai dû attendre mes 21 avant de voir quelques poils percer la peau de mon menton, et qui n'ai encore aujourd'hui besoin de me raser qu'une fois toutes les semaines. Cruelle peau glabre ai-je longtemps songé.

Autre ennemie, ma silhouette longtemps haie. Détestée non pas en raison d'un éventuel surpoids mais de sa sveltesse. Il faut aussi dire qu'adolescent, j'ai longtemps couvé l'idée d'un certain idéal de corps masculin qui se devait sculpté, dessiné, ferme et puissant. Indéfectiblement, malgré chaque anti-régime (alimentation à base de protéines dans le but de prendre de la masse musculaire) et mes vains efforts sportifs, il a fallu me résoudre à ce que mon reflet dans la glace soit toujours, sans surprise, le même, celui du corps d'un minet qui aurait souhaité ne plus l'être. Il faut tout aussi dire que les standards de beauté normés, particulièrement ceux propres au milieu gay, réputé pour le culte de l'esthétisme, ont fortement nourri cette volonté de métamorphose. Après l'apologie de la crevette et les égarements stylistiques et musicaux dont elle est synonyme, le "bel homme" homo et parisien se veut viril, poilu, sportif, sculpté, grand, une barbe fournie et taillée étant appréciée. Ceux-là pullulent telle une armée de clones, se ressemblent tous ou y aspirent, et cela parait parfois bien triste de voir toutes ces singularités gommées et refoulées. Autant dire qu'en termes d'antagonisme avec mon physique de minet légèrement androgyne on ne pouvait faire mieux…

Il y'a aussi ces yeux. On me dit qu'ils sont beaux, soulignés par une forme amande et ornés de longs cils. Me résoudre alors à l'orée de mes 13 ans à porter des lunettes en raison d'une forte myopie fut un atroce renoncement, avant qu'à 19, je découvre les lentilles rigides et leurs joyeusetés parfois si désespérantes, et déshabille et allège mon regard.

Je passerais sur ces traits fins de visage que j'ai parfois souhaité tant anguleux et masculins, vivant chaque remarque soulignant une certaine androgynie comme une profonde blessure; ces cheveux bouclés, indomptables et sauvages, ces fossettes qui animent mes joues lorsque je souris, mes nombreuses allergies, la sensibilité de mes yeux.

Plus jeune, j'ai eu du mal à accepter les compliments , j'ai eu du mal à croire et à donner crédit aux éloges portés à un putatif charme que j'aurais eu. Cela a servi de charbon de bois au feu du manque de soi en moi, à ces névroses poussant à la métamorphose et au long processus d'acceptation de mon corps qui en a résulté.

En pleine période de tourments, est apparu dans ma vie Cédric, jeune photographe Bordelais qui souhaitait que je lui serve de modèle. Sans motivation particulière, je me suis voué à l'exercice et ai découvert un résultat saisissant. Il est parfois confondant de s'observer par le regard de quelqu'un d'autre, cet œil qui voit et sublime tout ce qu'on se complaît à haïr, qui voit la beauté où elle est et non plus où nous voudrions qu'elle soit. J'ai exploré chaque pli de ce corps figé et transpirant de sensualité, chaque crevasse, chaque détail comme si ce corps saisi par l'obturateur d'un appareil photo n'était à ce moment pas le mien. S'en est suivi l'exposition des œuvres de Cédric à Barcelone, où anonyme jadis pudique et en immersion dans le public, je me suis cru livré en pâture à tout curieux quelconque avant d'en tirer une certaine vision thérapeutique. Puis je réessaie, encore et encore, avec bien d'autres amis photographes, comme enivré par la première séance avec Cédric. Il y'a aussi eu ces compagnons de vie qui ont su, avec oeuvre de patience et d'affection, panser chaque blessure causée par le regard de l’autre et par d’incessantes autocritiques.

J'ai appris à l'aimer. J'ai appris à aimer cette teinte si particulière dont je suis aujourd'hui si fier. J'ai appris à m'attacher à cette silhouette svelte qui ne complaît pas aux normes, à supposer que parler de normes de ce contexte soit pertinent. J'ai appris à apprécier ces traits fins légèrement androgynes, j'ai appris à voir le bénéfice de ne pas avoir à me raser chaque matin, ou à devoir entretenir un corps obsessionnellement sculpté. J'ai appris à voir la beauté dans ces fossettes qui marquent mes joues, le reflet améthyste de ma peau, son glabre et son grain. J'ai accepté celui que je suis avec toutes ses imperfections, au détriment de celui que j'aurais aimé être. Nous nous sommes réconciliés. Nous nous retrouvons. Je me suis fait à cette idée que nous nous répétons de façon dogmatique sans en saisir tout le sens : nous nous pouvons pas plaire à tout le monde… et ma foi.. c'est bien comme ça.

Accepter son corps, c’est reconnaître en lui un certain héritage familial, une histoire et un parcours uniques, voir en lui une certaine cartographie de vie. Une cicatrice à peine visible à la jambe me rappelle avec nostalgie cette après-midi où je devais avoir 7 ou 8 ans. Ma famille s'était réunie au bord d'un petit lac qui bordait la maison de mes parents et un barbecue trônait au milieu du jardin. Aujourd'hui le souvenir de la brûlure de la braise sur ma jambe de garçonnet a laissé place à celui d'un rare moment familial et la joie diffuse dans l'air chaud et chargé des parfums des cyprès de cet après-midi d'été. Cette autre cicatrice sur le genou me renvoie quant à elle à cette période révolue où j'étais proche de mon père et que celui-ci m'apprenait à faire du vélo. C'était un mercredi soir, mon vélo était rouge, c'était un vélo de fille rouge à paillettes où il était inscrit "Fairy Monkey" sur le guidon. Je l'avais choisi.

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/!\ Toutes les photos jointes à ce billet sont protégées par droit d'auteur -

Photos - Dorian Gay - par Cédric S. Tous droits réservésPhotos - Dorian Gay - par Cédric S. Tous droits réservés
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