Nager Dans Les Mains De Dieu

Publié le par Dorian Gay

Ma grand-mère disait souvent lorsque je posais ma tête sur ses cuisses et pendant qu’elle passait ses mains veineuses sur mon crâne : à l’intérieur de chaque âme, il y’ a une chambre close. Au fil des années, le nombre de chambres closes à l’intérieur de la mienne se multipliaient. Je ne savais pas où se trouvaient les clefs.

 

Une fois, mon psychologue m’a dit qu’il trouvait ironiques l’amour et l’affection que ma personnalité semblait réfléchir, parce je ne m’en accordais aucunement.

 

Elle a souri, comme si l’amour propre était quelque chose qui pouvait relever de l’humour.

 

J’ai eu un rictus, puis ai pleuré tout le reste de la journée chez moi.

 

Une autre fois, quelqu’un m’a dit qu’il me serait impossible d’aimer quiconque tant que je ne m’accordais pas la même faveur.

 

Cette fois, c’est moi qui ai rit.

 

Autant attendre l’éternité m’étais-je dit.

 

A 7 ans, je me rappelle de la haine de mon identité, mes journaux intimes remplis d’autocritiques.

 

A 8 ans, j’avais accumulé assez de pages pour les assembler en ailes et m’envoler vers le soleil, voir mes larmes s’échapper en vapeurs, sentir mon corps se dégarnir, et finir en volutes fines de chair.

 

J’avais 9 ans lorsque j’ai voulu mourir. A cause des abus dont j’étais victime mais dont je me sentais néanmoins responsable et consumé de honte.

 

A 13 ans, je me suis pris à imaginer que si je coupais les jambes, la gravité me laisserait enfin m’en aller.

 

Et quand j’ai compris que cela ne serait guère efficace, j’ai pris de larges oreillers blancs que j’entourais autour de mon corps, le plus fermement possible, comme des cordes épaisses, je pouvais alors entendre distinctement le battement de mon cœur au creux de mes oreilles, comme de lourdes percussions. Puis le bruit se dissipait.

 

Quand j’ai commencé à écrire, je laissais invariablement des traces de sang sur les pages d’un blanc immaculé afin que de me rappeler que tout ce qui beau a forcément une conséquence, un effet papillon.

 

Je suis mort tellement de fois.

 

Alors quand je vous ai dit que votre amour propre, celui que vous donner, donne presque une raison d’être à la vie elle-même, ce n’était pas de l’humour.

Quand je vous dis que l’amour que j’essaie de donner aux autres, m’a fait presque oublier la haine que je conservais à mon égard, il ne s’agit ni de beaux mots, ni de poésie.

 

L’amour que j’essayais de répandre ce n’était que mettre à profit l’amour que je ne voulais pas m’accorder.

 

Cela me rappelle que quelqu’un comme moi peut aimer inconditionnellement des êtres parfois gisants au sol, attendant la mort, retenir le corps émacié de Lazare dans ses bras et se réjouir de ses dernières expirations.

 

Si quelqu’un peut embrasser les cicatrices, administrer les pilules, avaler les nuages noirs des mauvais jours et se réveiller à mes côtés avec un sourire, alors peut être que je peux tenter de respirer à nouveau.

 

L’amour propre ne vient pas toujours en premier.

 

Ou en second.

 

Ou même jamais.

 

Mais l’amour que l’on donne reste le gardien au bord de la falaise, les murailles qui protègent des lames.

 

Sois le corps qui porte mon âme évanouie sous les draps, sois les fleurs que tu m’as apportées, parce que même si elles finiront par mourir aussi dans un vase, elles danseront au gré au vent.

 

L’amour de ma famille, de mes proches, de mes amis et même celui des inconnus ne me guérira pas, cela ne nettoiera pas totalement la boue sur ma peau – je resterai toujours un homme à cicatrices, avec une marque indélébile de corde sur le cou et à la peau qui fond au soleil.

 

L’amour ne m’apportera jamais la rédemption, mais si vous tenez ma main et qu’au fil du temps je guéris de mes propres efforts, et peut être me dire une blague à laquelle j’aimerai vivre assez content pour continuer à en rire.

 

Je vous aime, assez pour avoir commencé à m’aimer.

 

Le processus devait débuter par une mort puis une renaissance. La mort aura été au final la plus belle chose qui me soit arrivé ce 16 août 2017.

 

A la suite de cette renaissance, j’ai eu faim. Faim de tout dire, de tout exorciser et de tout laisser dans la tombe que je m’étais creusé. C’est ainsi et dans ce contexte que mon premier roman a été publié ce 6 juin : La Licorne Noire (que vous pouvez commander ici :  ).

 

Toutes les chambres closes dont me parlait ma grand-mère sont ouvertes. Elles l’ont été à l’aide des clefs et parfois à coups de haches. Et depuis cette exercice et depuis que mon âme est maintenant débarrassé du poids des secrets accumulés au fil des années, de la culpabilité, des apparences, des erreurs, je ne me suis senti aussi léger, heureux et en paix. J’ai pardonné, j’ai avoué, je n’ai plus de faiblesse, en tout cas pas celles là.

 

Au fil de l’écriture de ce roman, j’ai compris plusieurs choses :

 

  • Tout ce qui vous coûte votre paix est beaucoup trop cher. Laissezle au bord d’une route
  • Parfois, les mauvaises décisions nous mènent aux bonnes destinations
  • Quelques mauvais chapitres ne signifient en rien que votre histoire est terminée
  • A n’importe quel moment vous avez le pouvoir de décider « ce n’est pas ainsi que mon histoire va se clore »
  • Il faut savoir s’accorder assez d’amourpropre pour s’éloigner de ceux qui ne méritent pas le votre
  • Vous ne comprendrez jamais les dégâts que vous avez pu occasionner à quelqu’un, tant que la même chose ne vous arrive pas.
  • Certaines personnes ne vous écouteront pas peu importe l’amour, le ton, le volume que vous mettrez dans votre voix. Souhaitezleur le meilleur et continuez votre chemin
  • Peu importe vos accomplissements professionnels, personnels, votre statut, ou tout ce que vous pensez être… c’est la façon dont vous traitez les autres qui vous définit le mieux
  • Si vous avez été brutalement blessé voire anéanti mais gardez le courage d’éprouver de l’affection aux tiers, c’est que vous êtes un dur à cuir au cœur d’ange doté d’une force exceptionnelle

 

 

Ce blog va continuer à exister, peut être sous une forme différente. Je travaille sur des projets visant à en exporter la substance via d’autres mediums. Je vous en tiendrai naturellement informés.

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