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Monologue du Dessous

Publié le par Dorian Gay

Monologue du Dessous

L’ivresse fut évanescente. Après quelques belles semaines ponctuées de belles rencontres avec de beaux garçons : Sébastian et Sam, l’un rentré dans sa contrée Helvétique natale et l’autre à ses amours hétérosexuelles, je reviens en dessous. Au fond, ma vie est comme cela : j’alterne entre des immersions, au fond de l’eau et des retours à la surface pour reprendre mon souffle et replonger.

Le fond de l’eau c’est cette routine Parisienne pourtant sympathique mais sournoisement soporifique : travail – cocktails et lecture les weekends en terrasse – magasins – amis et amants.

La surface ? Ce sont ces petites rencontres, ces interconnections, ces entremêlements de vie qui durent une heure, une journée, une semaine…

Elles se font rares ces dernières semaines et c’est peut être mieux comme cela : j’ai l’impression de prendre plus de plaisir à chaque nouvelle rencontre que je m’accorde, de m’y consacrer plus, d’être plus ouvert, plus réceptif et mes Daters, ces amants, jadis relativement nombreux, en ont fait les frais.

Je ne vois plus personne. Je n’ai plus envie de voir personne, plus envie de fournir des efforts, de l’impulsion. Silence et immersion faisant leur œuvre, ils sont se donc successivement évaporés dans les méandres des rencontres stériles. J’en garde pour la plupart néanmoins de très beaux souvenirs ; de souvenirs de belles tables et de beaux spectacles ; de conversations passionnées et passionnelles ; de parfums et de baisers ; de pas qui résonnent sur le bitume tard la nuit et de « tocs » sur des portes en bois sombres ; de mots sous les yeux et dans le creux de l’oreille.

J’en revois toujours un ponctuellement, Delioso, le dandy journaliste Argentin avec lequel j’entretiens une sympathique relation amicale. Toujours pareil à lui-même : hyperactif, vif, brillant et surtout drôle, notre relation d’amants a muée naturellement vers quelque chose de plus durable et c’est mieux comme cela. C’est donc tout aussi naturellement que le jour de l’adoption de la loi ouvrant le Mariage pour tous, que nous avons passés la soirée ensemble autour de verres de Saint Emilion et de récits nos vies professionnelles respectives.

Au fond c’est bien comme ça. Je passe d’une période peut être trop intense sur le plan sentimental à un calme plat et (presque) entier. Là où certains verraient dépression et défaitisme, je vois redéfinition des priorités et souffle et dans tous les autres volets de ma petite vie cela rejaillit. J’ai envie de Culture, j’en suis boulimique – j’ai envie de me faire plaisir, de faire du sport, de bien manger, de profiter enfin de ce printemps – j’ai envie de faire l’amour sans attaches ou du moins sans projection dans le futur – j’ai envie de voyages, de croquer dans le monde – j’ai envie de nuits d’ivresse et de désinhibition – de concerts rocks et d’expériences insolites. J'ai envie de marcher pieds nus dans l'herbe, de sentir les feuilles taquiner mes orteils, et de m'y allonger toute une après midi, Susan Graham dans les oreilles. L’appel à la surface se fait puissant.

Je n’en suis pas pour autant fermé à stabilité, je ne l’ai jamais été et je ne le serais surement jamais mais disons que je n’appréhende pas les choses de la même façon, un peu lassé de la superficialité du milieu Parisien ; ces rencontres, souvent renouvelées mais qui finissent toujours infructueuses pour diverses raisons bien Parisiennes (manque de temps ; trop de choix qui tue le choix ; distance ; manque d’initiatives, etc). L’amère impression d’être un hamster dans une roue qui tourne sans cesse… et toujours dans le même sens : les mêmes histoires, les mêmes replay, les mêmes sad – ends.

Peut-être qu’inconsciemment j’anticipe une rupture plus profonde : dans deux mois je change de Cabinet et débute mon nouveau contrat dans un Cabinet Américain sur les champs, 45 nouveaux collègues, nouveaux locaux, nouvelle équipe, nouveau style. Déménagement s’amorce aussi, je quitte concomitamment mon petit Domaine retranché, presque féerique, dans lequel j’ai passé toute ma jeunesse et mon confort affectif pour jeter mon ancre dans la 17 ème – nouvelle intégration à faire.

Et au fond, j’ai l’optimisme, la belle intuition selon laquelle le meilleur reste à venir, que je vais refaire surface pour un long moment, et que cet été va être bien particulier…

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Saisine du Conseil Constitutionnel pour les Nuls

Publié le par Dorian Gay

Saisine du Conseil Constitutionnel pour les Nuls

Ce jour est un beau jour, c’est un jour historique – Mais il est utile de se rappeler que même si Messe est dite, le vin n’est pas encore totalement tiré : les « antis », députés de l’opposition à qui l’on doit, je l’admets, reconnaître une certaine ténacité, une relative’obstination et un réel acharnement, ont saisi, ce jour même le Conseil Constitutionnel, invoquant la prétendue inconstitutionnalité de cette loi.

Pour célébrer les premiers mariages il faudra donc user d’un peu de patience, et en attendant penchons-nous en plus en détail sur cette saisine et analysons les prétentions de « l’ultime recours » des détraqueurs Pétrarque du texte et pour une fois que mon métier de Juriste peut être utile, usons, usons-en.

Que va-t-il faire là ? Combien de temps cela va-t-il durer ?

« Comment ? » est la première question que les néophytes m’opposent. Il faut savoir que le Conseil n’a vocation qu’à déterminer si une loi adoptée, mais non promulguée est en conflit avec une disposition de la Constitution, texte suprême. Par ailleurs ce conflit doit être indéniable et reposer sur du droit, et non des faits. Il n’a, en effet, que faire que Rigide ait réussi à rassembler 2 millions de manifestants dans la rue ou que 40% des députés aient voté contre le texte. Que du droit, que du droit.

« Quand ? » est l’une des questions que l’on se pose le plus. L’article 61 de la Constitution nous précise que le Conseil constitutionnel doit statuer dans le délai d'un mois, il a donc jusqu'au 23 mai 2014.

Le président de la République a dix jours pour promulguer la loi après la validation des Sages. Pendant ce délai, trois textes seront préparés, a indiqué la Chancellerie : tout d'abord, un décret d'application de la loi, signé du Premier ministre, pour modifier les règles relatives à l'état civil. Le Conseil d'Etat disposera alors de trois semaines pour se prononcer sur ce décret.

Ensuite, un arrêté du garde des Sceaux sera rédigé afin d'indiquer aux mairies, imprimeurs, éditeurs de logiciels quelles sont les mentions à modifier sur le livret de famille. Enfin, une circulaire sera adressée par Christiane Taubira aux parquets, pour qu'ils puissent exercer leur contrôle sur les maires et officiers d'état civil. Ces dispositions visent à permettre l'application de la loi dès sa promulgation par François Hollande.

Comment saisit – on le Conseil ? En avaient ils le droit ?

Le Conseil constitutionnel ne peut pas s’auto-saisir. La saisine ne peut être l’œuvre que de quelques autorités : le président de la République, le Premier ministre, le président du Sénat et le président de l’Assemblée nationale, une coalition de soixante députés ou soixante sénateurs. Les députés ayant voté contre le texte et à l’initiative de cette saisine remplissaient cette condition d’effectif. Ipso facto et In concreto, on ne peut donc que leur concéder la régularité de celle - ci

Pour vérifier de la constitutionnalité d'une loi, le Conseil constitutionnel doit être saisi après le vote de la loi par le Parlement mais avant la promulgation par le Président de la République. Cette seconde condition de délai est donc remplie.

Pour quelles raisons une loi peut-elle être déclarée inconstitutionnelle ?

Pour quatre raisons : l’incompétence, le vice de procédure (ce sont les irrégularités commises durant la procédure législative, et notamment la méconnaissance du droit d'amendement, chose dont ils ne pourraient se prévaloir je crois bien…), la violation de la Constitution (il s'agit principalement du non-respect des droits fondamentaux) et le détournement de pouvoir.

Concrètement, qu’est-ce que les antis reprochent au texte ?

La soupe est froide, mais ils la réservent quand même. Sans aucune surprise, les Sages du Conseil voient des arguments-types pour la énième fois martelés.

  • « Mais vous n’aviez pas le droit ! » : Les député-e-s estiment que «l'adoption du texte est entachée d'illégitimité» parce qu'aucun «organisme ayant une compétence réelle en matière familiale» n'a rendu d'avis favorable, que le Président de la République a fait preuve d'hésitation, allant jusqu'à parle de «liberté de conscience», que le gouvernement a refusé de recourir au référendum…

Ils s’agit là de faits, or comme je l’ai déjà précisé, le Conseil ne statue pas sur des faits mais du Droit pur, nonobstant la faiblesse passagère du Président de la République, du silence desdits organismes et le refus du recours au référendum.

  • « Mais vous êtes allés trop vite ! » Les député-e-s considèrent également que l'accélération du calendrier après le vote au Sénat n'était pas justifiée. Ils/elles invoquent aussi le «non-respect du droit d'exercice du temps exceptionnel par un président de groupe», en l'occurrence Christian Jacob, qui a fortement insisté sur ce point lors des dernières heures des débats en fin de semaine dernière.

Ouf, enfin un point de Droit, je n’y croyais plus. En effet « Une fois par session, un président de groupe peut obtenir, de droit, un allongement exceptionnel de cette durée dans une limite maximale fixée par la Conférence des présidents ». Or, lors de la Conférence des Président du lundi 15 avril 2013, convoquée en urgence pour organiser la seconde lecture du projet de loi déférée, la majorité a décidé de recourir au temps législatif programmé, et a refusé au Président du Groupe UMP d’exercer son droit, certes, mais comme cela est clairement statué, la Conférence des Présidents a tout pouvoir, tant que toute décision est votée à la majorité, même lorsqu’il s’agit de bâillonner un peu plus un érudit. Il n’y a donc pas méconnaissance d’un droit mais plein exercice de celui – ci. Au demeurant, cela ne violerait même pas un principe Constitutionnel.

  • « Mariage = Homme + Femme » Le mariage civil républicain est l'union d'un homme et d'une femme», martèlent les député-e-s, estimant qu'il s'agit là d'un principe inhérent à l'identité constitutionnelle de la France. De même pour «l'origine sexuée de la filiation».

Je n’ai pas trouvé le fondement constitutionnel qui dirait que le mariage, c’est obligatoirement l’union d’un homme et d’une femme. Dans les textes de ce genre, il y a une présomption de constitutionnalité. Un texte ne peut être censuré que s’il brise une loi constitutionnelle de manière claire. Ce qui ne serait pas le cas de la loi Taubira.

Parmi les autres griefs, on retrouve le principe d'intelligibilité et de clarté de la loi, en particulier en raison du «découpage du sujet du mariage entre plusieurs textes de loi, l’un sur le mariage, l’autre sur la famille, tel que le Gouvernement l’a annoncé».

  • « Fameux Article 16 bis » L'article 16bis du projet de loi, cher à Hervé Mariton lors des débats, est ainsi visé: «Pour bénéficier en pratique de cette disposition, il obligera en premier lieu le salarié à dévoiler à son employeur son orientation sexuelle, en méconnaissance de son droit au respect de la vie privée qu’implique l'article 2 de la Déclaration de 1789, sauf à mettre l’employeur en situation de méconnaitre la nouvelle règle du code du travail par ignorance, alors que la liberté d’entreprise lui reconnaît un pouvoir de direction pour muter tout salarié, dans l’intérêt de l’entreprise».

C’est assez délicat…En effet, la rédaction de l'article 16 bis, inséré par l'Assemblée nationale en première lecture, posait une difficulté en ce qu'elle visait uniquement les salariés mariés ou pacsés à une personne de même sexe. Certains employeurs pourraient alléguer du fait qu'un salarié n'est ni marié, ni pacsé pour le sanctionner en raison de son refus de mutation. Ainsi, les salariés homosexuels célibataires ou vivant en union libre ne seraient pas couverts par cette disposition, ce qui reviendrait à introduire une discrimination en fonction de la situation familiale.
Pour pallier à cette carence, le projet de loi est modifié afin que la mesure de protection soit étendue à l'ensemble des salariés homosexuels, indépendamment de leur situation familiale, ce qui devrait alors suffire à éviter toute ombre de discrimination.

  • « Oui, mais et les enfants ?! » Pour les députés d’opposition, l’ouverture de l’adoption plénière aux couples homosexuels est anticonstitutionnelle car source «d’inégalités» entre les enfants. «L’enfant adopté doit pouvoir se représenter ses parents adoptifs comme ses vrais parents, détaille Jean-Frédéric Poisson. Il doit exister, sur le plan psychique, une garantie de vraisemblance. Or, avec des parents de même sexe, l’enfant ne pourra se les représenter comme un couple parental réel.»

On peut soutenir qu'elle est contraire à l’égalité et à la dignité des enfants mais Je ne vois pas d’éléments juridiques qui permettraient de ne pas ouvrir l’adoption aux couples homosexuels. A la limite, philosophiquement, moralement, pourquoi pas ! Mais ces arguments n’ont pas leur place au Conseil constitutionnel.

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Mariage Pour Tous: le jour d'après - et maintenant?

Publié le par Dorian Gay

Mariage Pour Tous: le jour d'après - et maintenant?

Quand j’étais gamin j’adorais les films Disney. J’aimais ces histoires tantôt féeriques, tantôt contemporaines, mais toujours teintées d’optimisme, de merveilles pixélisées et de chansonnettes niaiseuses sur fond d’amour impossible. Ces histoires où, bien souvent, une méchante bonne dame à la voix criarde, veut en découdre avec une gentille-belle-blonde-princesse-un-peu-naive-et-qui-parle-aux-animaux.

Ces histoires qui finissent toujours bien, où l’on retrouve toujours celles qui perdent leurs pantoufles de verre après une soirée trop arrosée, où les petits garçons de bois un peu menteurs deviennent de vrais garçons de chair, où ceux qui croquent dans des pommes empoisonnées s’en sortent toujours in extremis grâce au baiser salvateur d’un éphèbe blond (qui, comme par hasard, est toujours jeune, célibataire, vivant dans un 300m2 édifié dans les nuages avec vue sur le Taj Mahal, et accessoirement pété de thunes). Bref ces contes télévisuels où les choses rentrent toujours en ordre, où l’intransigeance du karma n’oublie personne ; des Happy Ends en VHS quoi.

Gays, pendant toute notre jeunesse, notre construction sur le chemin d’acceptation de notre sexualité, un doute a souvent pesé, celui de la peur de l’avenir, que nous avons presque tous, à un moment ou un à autre, imaginé âpre, incertain ou bâti sur des clichés encore vivaces.

Stéréotypes d’avenir donc, avenir de stéréotypes : éternel célibat des homosexuels, prédestination pour des métiers artistiques et culturels, vie sociale trépidante, revenus supérieurs à la moyenne, succession d’aventures d’un soir, d’une heure, (et même de quelques minutes pour les plus expéditifs), PACS pour les plus vernis, solitude bien souvent… et la liste est loin d’être exhaustive mais bien excluante en ce que des mots comme Amour, Relation durable, Stabilité n y trouvent généralement pas leur place… Alors « Mariage »… « Enfants »… « Famille »… encore moins, vous vous imaginez bien. « Absurde » nous auraient rétorqué nos propres pairs, il y’a encore quelques décennies.

Si jeunes donc parfois et déjà promis à une vie standardisée. Une vie presque sans surprises, sans coups de théâtre – une vie, pour les plus rebelles d’entre nous, souvent marquée du goût amer de la frustration de l’inégalité, de la frustration du « non-choix » : non choix quant à la volonté de fonder légalement et pleinement une Famille, non choix quant à la volonté d’officialiser aux yeux de la loi un beau sentiment, non choix quant à la couleur des cartons d’invitation et du parfum de la pièce montée. Amputés du droit au choix, du droit à l’alternative, du droit à l’auto-détermination. Comme tout, on s’y fait, on digère, on assimile.

Votre mère se fait à l’idée que vous aurez peut être quelqu’un dans votre vie, qui sera « un concubin » au mieux. Votre grand-mère se fait à l’idée qu’elle n’aura pas de petit Thomas à babysitter et à couver de tendresse pendant les vacances scolaires. Votre père se fait à l’idée qu’il n’ira pas chercher Antonin le mercredi soir à la sortie des classes pour l’hebdomadaire balade au parc qui se finit pas une glace à la pistache. Votre patron se fait à l’idée que vous ne prendrez jamais de congés maternité/paternité, ni pour vos noces. Tout le monde s’y fait.

Après les remous d’une adolescence tumultueuse et rebelle et les premiers émois de jeune adulte, je ne me voyais pas échapper à ces carcans : en couple si j’ai un peu de chance – un PACS si j’en ai beaucoup – une vieillesse heureuse main fripée dans main fripée, déambulateur dans déambulateur, si j’en ai énormément. Point question de mariage donc, d’enfants encore moins. Pourquoi ? Parce que c’était comme ça et que je ne fais pas partie de ces braves-là qui vont outre le cadre législatif pour s’octroyer, en fait, ces droits. Mon père vous dira que je n’ai jamais su faire la part des choses : tout ou rien, rien à moitié, pas de verre à demi plein, pas de jambon sans couenne, pas de café sans sucre, pas de demie –victoire.

Cela se faisait ailleurs me direz-vous, dans des pays précurseurs, où j’aurais pu faire sauter ces verrous et me redonner ce choix dont j’ai été amputé ; mais je vous répondrais que c’est comme me sous-tendre que l’herbe est plus verte ailleurs – elle peut en effet l’être… mais souvent on préfère lorsqu’elle l’est juste en dessous de nos pieds nus.

23 avril 2013, nous disons enfin oui à cette loi, oui, cette loi qui aura vu, tout au long de ces mois, des vertes et des pas mûres, des cheveux décolorés et des crucifix, des visages tuméfiés et des accoutrements roses, des évanouissements sur les Champs et des ballerines dans des Assemblées Nationales. Elle aura essuyé les affres de la bêtise humaine dans sa quintessence et celles de la manifestation la plus sournoise de la haine la plus latente. Mais elle est là cette loi, elle est là, belle, fière, forte – elle effacera lentement les meuglements « Pas de mariage pour les pédés » par d’émouvants « Oui, oui, François, moi, ton homme, je te dis oui » et rien que pour cela ça en valait la peine.

Nous sommes donc lundi, la veille du vote. La loi, sereine dort une dernière fois sur les Tribunes froides de l’Assemblée Nationale et je suis ému et déstabilisé, presque euphorique. J’écoute Dire Straits, c’est vous dire… Pourquoi ? Parce que maintenant, j’ai le choix et ça change tout… cela change mon regard sur toutes ces 21 années où je ne l’avais pas ; cela change mon regard sur l’avenir, sur les marches de mon Hôtel de Ville, sur les Powerpoints pourris, sur tout. Les digues cèdent, les verrous sautent, les portes s’ouvrent et elles mènent à tous les chemins imaginables. Le sentiment de se sentir s’approprier cet aspect de nos vies est enivrant et libérateur. Libre, Libres – amputés réhabilités – Hommes entiers – Citoyens pleins.

Je pourrais mourir aux côtés de mon chat, célibataire endurci et refroidi par les turbulences d’une piètre vie sentimentale. Je pourrais répondre « non » à un garçon, genou à terre, bras tendu (séquence niaiseuse – bis) ou au contraire décider d’infliger à nos amis l’intégrale de Boney M et d’Aqua entre deux photos de mariage. Je pourrais divorcer à Las Vegas, après 3 jours et 11 heures de mariage comme Paris Hilton parce que « c’est cool » comme je pourrais porter un bel anneau argenté à l’annulaire pendant quelques bonnes années. le plus important, dans ces hypothèses quelque peu ubuesques est le choix, ce choix que je pourrais exercer et qui nous prouve qu’Egalité peut tenir en cinq lettres. Vous pouvez CHOISIR.

C’est peut-être pour cela que j’aime moins les films Disney : Happy Ends inévitables. Amour, Gloire et Beauté, version pré pubères, où tout est prédictible et linéaire et où les Princesses finissent toujours dans les bras imberbes de leurs Princes, sans choix, sans coup de théâtre, presque condamnées, et parce qu’au fond c’est beau, c’est joli, ça scintille, ça pétille… mais c’est triste.

Retrouvez moi sur Twitter ICI ; ou pouvez m’écrire àdoriangayparis@gmail.com

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Si jeune et déjà en retard

Publié le par Dorian Gay

Si jeune et déjà en retard

Je ne danse pas. Rarement, presque jamais. Je préfère regarder, avec envie, peut-être, je préfère regarder ces gens qui brassent leurs corps. Je m’assoie et je regarde, avec envie peut-être.

Je ne danse pas très bien. C’est pour ça que je ne danse pas.

Voyez la scène : je suis petit, j’ai des grands yeux avec de longs sourcils et un visage tout rebondi. Je suis en classe de 5ème, je suis timide comme un enfant timide, le genre d’élève qui n’a jamais posé une question en classe, de peur d’avoir l’air con. Qui rougit quand il entend les mots « homosexuel » et « garçon », qui tremble quand le prof lui parle.

Chez Papa-Maman, le téléphone sonne, c’est pour moi, c’est un petit garçon de ma classe, petit grasset sympathique qui ne m’intimide pas trop, parce que, déjà à cette époque, j’ai un faible pour les grands et maigres, qu’on ne vienne pas me dire que cela vient des stéréotypes des magazines et de la télé.

Le téléphone sonne, c’est pour moi, c’est un garçon.

Il veut m’inviter à une fête. Ma toute première fête. Par pur reflexe de gars timide, je dis non, je ne peux pas, désolé , peut être la prochaine fois.

Le lendemain de la fête, à l’école, le grasset plutôt sympathique vient me voir et me dit que j’aurais dû venir, que c’était bien fun, et que je n’avais pas à être timide car il n’y avait personne de la classe qui avait déjà dansé avant la fête. C’était leur première fois à tous.

Sauf que là, ils avaient tous dansé une fois de plus que moi. Si jeune, et j’avais déjà du retard. C’est intimidant. Il n’était pas question que j’aille à la fête suivante : ils savaient tous mieux danser que moi.

Et ça a continué comme ça des années, jusqu’à ce que je commence à danser, sous la pression sociale, quand j’avais 15 ans ou quelque chose comme ça. 14 ans peut-être. Avec tout ce retard, vous comprenez mon désarroi.

Tout ça parce que j’ai dit non à un garçon en 5ème… Tu parles.

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Sale Pédé

Publié le par Dorian Gay

Sale Pédé

TOUT COMMENÇA AVEC LE JOURNAL D'ANNE FRANK

Avec Eole nous sortons beaucoup – C’était donc un samedi pluvieux, il y’a quelques semaines – nous avions décidé d’occuper notre après-midi au Théâtre Rive Gauche où se jouait la pièce d’Eric Emmanuel Schmitt – Anne Frank, avec le monstre des planches, Francis Huster. La pièce était sympathique mais Eole était bouleversé, il avait passé sa matinée au cinéma où il avait assisté à la projection du documentaire de Sébastien Lifshitz, les Invisibles et m’en a parlé au café où nous nous rendîmes à la fin de la pièce.

De mot en mot, de soupirs en soupirs, de thé en thé, la conversation dévia vers ce sujet de société bien actuel : le Mariage Pour Tous.

Comme je l’avais déjà exposé dans un précédent billet, je me suis toujours tenu à l’écart du débat, évitant d’exposer mes convictions politiques, convictions tout court par rapport à ce droit que j’estimais déjà acquis. Il ne s’agissait pour moi que d’une question de temps, préférant donc adopter une attitude de totale équanimité en attendant et m’amuser des élucubrations et agissements risibles des Anti-Mariage.

Avec le relatif recul, je ne sais pas s’il s’agit d’un reflex de protection ou d’une réelle naïveté. Un peu des deux surement.

DORIAN AU PAYS DES MERVEILLES

Mon monde a toujours été une bulle, une bulle de douceur, de réconfort et de chaleur. Je n’ai presque pas eu à faire de coming out, mon homosexualité se lisant depuis tout jeune sur mon visage, mes choix vestimentaires et mes jouets de fille. Je n’ai jamais eu à me battre ou à souffrir de l’acceptation de ma sexualité par mes proches. Je n’ai jamais eu à prétendre vivre une vie qui n’était pas la mienne.

Je me souviens de ces brunchs familiaux le dimanche où tout naturellement, déjà à 10 ans je parlais à mes proches de ces garçons que je trouvais beaux à l’école. Je ne me souviens pas d’avoir été l’objet de remarques homophobes ou d’un sentiment de rejet, que cela ait été en société ou dans mes études. Jamais. Jamais.

L’homophobie était donc presque chimérique. On pense tout naturellement que l’on vit dans une société civilisée, contemporaine, moderne et décomplexée et l’on renvoie toute homophobie à des temps révolus au mieux, ou à ces gens qui vivent de l’autre côté du périphérique Parisien au pire.

Je ne connaissais pas. Les seules piqûres de rappel étaient télévisuelles par le biais de reportages divers traitant de la problématique. De l’homophobie LCD. De l’homophobie sur papier ou sur écran d’Ipad.

Ce n’est que la semaine précédente, à 21 ans, 4 mois et 11 jours que je vais essuyer mon premier « sale pédé », en plein Paris, à quelques pas du Marais, vers l’Hôtel de Ville, alors que j’attendais Thomas, en retard pour aller diner dans un restaurant pas loin.

Ce n’est que récemment, alors qu’Hugues me rendait visite pour l’apéritif en s’amusant à décoller les affiches de la Manif Pour Tous sur le chemin et se voyant pris à parti et agressé par deux femmes des beaux quartiers endimanchées l’ayant vu faire, que j'ai réalisé que cette homophobie avait un visage et qu’elle pouvait porter des carrés Hermès et des chignons.

Ce n’est que cette semaine, après ces affiches du GUD incitant expressément à la violence, les deux agressions homophobes qui animent nos réseaux sociaux depuis quelques jours, l’illumination de Chantal Jouanno, l’explosion des standards d’SOS Homophobie, le vandalisme contre la voiture de la sénatrice Esther Benbassa et l'espace des Blancs Manteaux où se tenait le Printemps des associations LGBT mais aussi les obstacles aux interventions d'Erwann Binet, que j’ai peur, réellement peur.

Ce n’est que cette semaine, me rendant à la Gare près de chez moi et en y rencontrant ces mêmes gens qui vous livrent votre courrier, qui vous vendent votre baguette de pain le matin, qui vous sourient d’habitude chez le traiteur italien pas loin, qui sonnent à votre porte à Halloween pour vous quémander des bonbons, qui vous envoient des cartes de vœux au nouvel an et qui se préparent, bariolés de bleu et de rose à se rendre à une manifestation contre un droit auquel vous prétendez, contre votre sexualité, contre vous en fin de compte, que l’on se rend compte que les masques tombent et que les langues se délient.

BOITE DE PANDORE ET MORPHOLOGIES

La boîte de pandore est ouverte. Ma bulle aseptisée et javelisée a éclaté. L’homophobie n’a pas un visage, elle en a plusieurs et c’est ce qui l’a rend aujourd’hui encore plus perverse. Elle a des rides parfois, un visage rebondi et poupin souvent. Elle s’habille tantôt en tailleur-smoking ou skets et casquette quand ça l’amuse. Elle peut gagner très bien sa vie et faire partie de l’intelligentsia tout comme elle peut vivre d’allocations et ne pas avoir fini ses études. Elle peut vivre dans les contrées les plus perdues de France tout comme elle peut occuper un appartement en plein Marais. Elle est métamorphe, transversale, pluriforme.

Cette homophobie est institutionnalisée, organisée, financée, médiatisée. Elle se cache derrière des couleurs pastels rose et bleu et des visages souriants d’enfants qui manifestent. Cette homophobie a une représentante officielle à qui le blond ne va pas du tout. Cette représentante qui porte très bien son quolibet, qui avant m’amusait et me révulse aujourd’hui. Illuminée crasseuse, narcissique, mondaine des bas-fonds et opportuniste de la première heure qui ne voit en cette situation qu’une occasion de se mettre sur le devant des projecteurs et d’une pseudo scène politique et de vendre des livres car les apéros au Ritz commençaient à l’ennuyer à l’amorce de sa ménopause. Celle-là même qui ne mesure pas la portée de ses actes, et dont le nom sera pour toujours marqué du sceau peu flatteur de l’obscurantisme, du remugle et de la décomplexification de l’homophobie. Au fond, j’espère qu’elle profite de ce moment de gloire, et j’espère vraiment que cette bonne dame a réellement la bêtise qu’on lui reconnait, car c’est le meilleur voile pour apaiser sa conscience et faire des nuits complètes.

J’en veux aussi aux responsables politiques – ceux là – tantôt molletons ou silencieux devant ces appels clairs à la violence – et qui font stagner le débat, resté bien trop longtemps au premier plan des préoccupations politiques. Rappelons que, tout comme le racisme, l’homophobie n’est pas une opinion, c’est un délit. Juriste et Gay, je ne peux qu’être choqué à double titre devant tant de placidité, tant de haine cautionnée.

J’en tire cependant quelque chose d’éminemment positif : le travail de l’histoire et du temps qui passe – ce travail impitoyable, inexorable et intransigeant qui saura, comme il l’a toujours fait, faire la part des choses, et à ce jeu-là, l’opportunisme et la haine ne paient jamais.

Retrouvez moi sur Twitter ICI ou écrivez moi à doriangayparis@gmail.com

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Les Hommes Préfèrent les Blondes : Joies et Malheurs de la Teinture

Publié le par Dorian Gay

Les Hommes Préfèrent les Blondes : Joies et Malheurs de la Teinture

«Les hommes adulent les blondes mais épousent les brunes » - Jackie Kennedy et Marylin Monroe ne contrediraient pas l’imagerie populaire, ni l’étude de l’Université britannique de Westminster, qui vient d’être publiée dans le Scandinavian Journal of Psychology.

Qui sont ces blondes ? Ce sont ces femmes – fantasmes, symboles de féminité, de fraîcheur de légèreté et de glamour, de simplicité et de sexualité. Ces femmes vénéneuses, acides, toxiques, mortelles – qui peuvent vous faire perdre la tête ou vous la dévorer avec avidité, telles des mantes religieuses après copulation. Elles fascinent donc, elles attirent, elles séduisent mais elles font peur – elles ne riment pas avec stabilité, sérieux, engagement, couple, soumission, vie rangée de banlieue chic et brunch familial tous les dimanches matins. On les préfère donc généralement comme exquises maîtresses ou déesses d’ivresse plutôt que femmes au foyer chrétiennes du dimanche et intellectuelles compétentes, ce qui est selon les stéréotypes, un privilège plutôt de brunes.

Parce que quand on est mondain, carriériste, physiquement pas mal fait, décomplexé (multidater), libre, impétueux, vif et festif, sexuel et séducteur comme je peux souvent l’être – on est blonde. Je suis blond. Oui, ma couleur de peau ne s’y prête pas, ni celle de Nicki Minaj d’ailleurs – mais c’est comme ça, je suis blond. Je renvoie en tout cas, l’image stéréotypante de la blonde.

Mais au fond, oui plus profondément, je suis brun, j’ai des désirs de brun, des aspirations de brun, des rêves de brun, la complexité de brun. Piège donc volontaire ou subi d’une image et d’un style de vie. Garçon à l’apparence superficielle mais insondable. Sans doute, il a toujours été plus facile d’assumer mon style de vie léger et de faire retenir aux gens qui ont croisés mon chemin des mots comme « élégance », « mondanités » et « sourire full bright » plutôt que « précocité », « sensibilité » et « générosité ».

Parce qu’inconsciemment je vais avoir peur d’effrayer mon auditoire en m’étalant sur mes considérations politiques ou sur mes avis poussés en matière d’art, d’histoire ou de sujets sociaux, ce que j’apprécie pourtant, et plutôt préférer m’égosiller sur le dernier défilé Céline.

Parce que je vais omettre de parler de mon safari humain et humanitaire inoubliable d’un mois entier en Afrique de l’Ouest entre les ronces, la poussière, le sourire des enfants, la chaleur touchante des locaux, mais préférer le confort de l’évocation de péripéties Tropéziennes.

Parce qu’une partie de mon entourage ne pourrait m’imaginer être l’auteur de l’exercice de style auquel je m’adonne sur ce blog – être celui qui peint le portrait de ce Dorian si singulier, si atypique et si profond, m’imaginant plutôt enchaîner les Ventes Privées.

Parce qu’inconsciemment je fais vite oublier à ce qui me rencontrent que j’ai fini HEC à l’âge où certains passent le Bac et qu’ils retiennent mieux le nombre ou la beauté de mes amants.

Parce que les garçons qui viennent à moi aiment le blond et l’univers qui y est rattaché – ceux avec lesquels j’ai fait un bout de chemin avaient eu une sorte de sixième sens, d’intuition qui leur a permis de sonder le brun.

Parce qu’être blond c’est facile – sans risque immédiat et ça plait, cela attire du moins, certainement plus que l’aura complexe et sibylline que je m’évertue à étouffer. Parce que c’est simple d’être un tant soit peu « beau et de se taire ».

Beau tableau que d’être blonde – encore faut-il en être une vraie – mais moi, je suis un brun infiltré. J’aimerais pouvoir laisser accepter ma vraie couleur s’exprimer – ma vraie complexité s’affirmer – quitte à faire peur oui, oui comme toutes ces années d’enfance où je fus le génie-sensible et compliqué dans un monde de superficialités. J’aimerais qu’on puisse être attiré par le produit lui-même et non par le packaging. J’aimerais avoir et assumer l’aura de ces brunes qu’on épouse et ne plus faire partie de ces blondes fantasmagoriques qui attirent et qu’on admire mais ne retiennent pas ou du moins pas pour les bonnes raisons…

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