Il Parait Que J'ai de Belles Fesses

Publié le par Dorian Gay

Il Parait Que J'ai de Belles Fesses

Il parait que j’ai de belles fesses. Il faut alors présumer que les clichés sur les Brésiliens ne sont pas aussi édulcorés ou hyperboliques que cela. J’ai de belles fesses donc. Un beau regard aussi. Une peau douce aussi à ce qu’il parait. En tout cas Samir vient de passer deux bonnes heures à me conter de tels éloges.

Il en 23h00, j’ai froid, je marche, j’engloutis ces 8 minutes qui séparent ma maison de la gare où je viens de raccompagner Samir. Mes pas résonnent dans la nuit, je suis emmitouflé sous mon écharpe et mon manteau. Mon propre parfum, Arpage de Lanvin, connu pour sa lourdeur, m’étouffe, mon jean slim me compresse, ma chemise m’étrangle. Les ruelles sont vides, j’ai envie le temps d’une seconde de me mettre en plein milieu de ce boulevard désert et de compter les minutes qui me sépareraient de l’éventuel passage d’une voiture qui me faucherait. Je me ressaisis, je continue à marcher. Je passe devant toutes ces belles maisons du Domaine Privé dans lequel j’habite, devant ces voisins souvent anonymes qui, à 21h sont déjà dans les bras de leurs époux/ses ou de Morphée. Je ris. J’accélère le pas. Je tourne la clé dans la serrure. Le chat miaule. Je me déshabille complètement. Me masturbe. Eponge la flaque de Côtes d’Ormes sur la moquette – œuvre de la maladresse de Samir. Je prends un verre de lait, m’allonge sur le divan, allume une bougie, pose mon ordinateur sur les genoux, me remémore cette soirée – rictus – je commence à écrire.

Plus tôt dans la journée, alors que je revenais de mon traditionnel cours de Golf du mercredi après-midi, mon téléphone émet le bip reconnaissable parmi mille de la notification de la réception d’un message sur une appli de rencontres gay qui n’est plus à présenter. Franco-Marocain – 27 ans – 1m78 – il m’aborde avec « brun ténébreux très sexy. Envoie-moi une photo de ton beau visage et je te montrerai beaucoup plus...;) ». Généralement, les garçons qui s’autocongratulent ou qui s’affublent d’adjectifs flatteurs m’exècrent mais lui, lui... ; avait toute légitimité pour clamer haut son physique parfait. L’on devinait de l’unique photo reçue de sa part, des cils interminables, réminiscences de ses gènes Arabes, des cheveux noir jais, un sourire – poignard, un buste fort et puissant. Il m’intrigue, Il m’amuse, Il m’excite. Je joue le jeu – le jeu me joue. Il me rappelait fortement et étrangement Ramy, ce libano-iranien, beauté perse sculputurale, premier amour d’adolescence – première déchirure, premiers oreillers mouillés d’amour. Mais Samir était encore plus beau.

Nous échangeons nos numéros de téléphone, il me contacte à la suite – nous échangeons quelques banalités. Je l’invite chez moi le soir même à 20h. Il accepte et me promet ponctualité. J’en suis amusé, j’en deviens niais, les ‘’lol’’ et les ‘’mdr’’ s’entremêlent. Les « j’ai envie de toi » et les « je vais te démonter » aussi.

Je referme le rideau de douche derrière mon corps nu, l’eau est chaude, je continue à penser à lui – partagé entre surprise et intrigue. Je m’habille, allume quelques bougies parfumées et un bâton d’encens, lance la lecture du dernier album de Woodkid, descend à la cave pour en remonter le bon vin, m’allonge livre à la main et l’attend. Il m’envoie plusieurs messages anticipant et s’excusant du léger retard qu’il aura. J’en ris – je suis touché par ces attentions bien trop rares.

Il sonne à ma porte – salutations expéditives – il me suit à l’intérieur, s’assoit sur le canapé, moi sur le divan en face. Il est beau, incroyablement beau, effrontément beau. Chaque regard porté sur moi devient lancinant, son parfum commence lentement à embaumer les lieux déjà bien dénaturés olfactivement par divers artifices. Je lui propose un verre de ce Côtes d’Ormes 2009, il refuse poliment et avance des justifications culturelles et demande plutôt un verre d’eau. Je boirais donc ce vin seul, cet elixir qui au fil des minutes qui passeront, au fil des grammes d’alcool s’accumulant entre mes veines, relèveront le pudibond impudique qu’il m’arrive d’être. Il se lève s’approche – me caresse – commence à se déshabiller – je l’imite. Ce moment est bizarre, solennel, étrange. Il m’étreint et s’allonge sur le dos. Je le suce – profondément, longuement, avec gourmandise et sadisme. Il gémit, il exhale. Il pose sa main sur ma tempe, retient mes mouvements, se relève, appuie sa main sur mes hanches, me fait allonger sur le ventre, s’allonge sur moi, débute de lents mouvements avec son bassin, qui deviennent de plus en plus énergiques. Son souffle se raccourcit, ses mouvements se font presque incontrôlables. Il s’arrête brusquement, se redresse, s’adosse sur le rebord du canapé : « désolé je ne peux pas… ».

Sonné et alcoolisé je ne comprends pas, je me relève presque en sursaut, l’air paniqué.

« Non, non ce n’est pas toi, bien au contraire, tu me plais beaucoup ! Je suis en couple avec une fille et c’est ma première fois avec un mec… »

J’esquisse un rictus – me ressert un verre de vin. Je suis partagé entre une vive déception, une rage égoïste consumante et de la tristesse. Sa compagne, à ce moment-là, était la dernière de mes préoccupations devrais-je avouer, mais il semblait réellement affecté, touché, bouleversé.

Je déteste jouer aux psychanalystes du mercredi avec tous ces garçons en quête consciente ou inconsciente d’eux-mêmes et à la recherche de leur réelle sexualité. Je me sentais pris au piège – dans le labyrinthe des plans culs qui soudain, n’en sont plus.

« Pourquoi tu ne m’as pas dit plus tôt que … enfin… que j’allais être ton premier ? »

« Parce que j’avais peur que tu ne veuilles pas me rencontrer… »

Verre de vin – mon âme et mes ardeurs s’adoucissent – je débande – il me touche- nous nous mettons à parler de lui, de sa vie, de ses fantasmes, de son travail, de ses rêves, de sa compagne, du mariage gay, de la virilité, du poids de la religion, des clichés – sa sensibilité, sa naïveté, sa fraicheur, son altruisme me touchent. Il ignore tout de la nébuleuse gay. Après lui avoir expliqué brièvement que cette sexualité n’était pas « un choix » et que tous les gays ne correspondaient pas aux clichés marginaux et ultraféminisés largement entretenus par les médias, je lui parle de mes articles sur le blog. Je pose ma tête sur son épaule – Woodkid chante toujours en fond – Verre de vin – silence - nos regards se croisent. Une heure s’écoule, sans bruits, sans paroles, sans onomatopées – une heure comme une minute.

Il se remet à rebander. Je n’ose pas réagir. Les minutes passent. La bouteille se vide. Il m’embrasse dans le cou, je l’embrasse sur la clavicule, il m’embrasse plus bas, je l’embrasse plus bas, encore plus bas, encore plus bas… je le suce à nouveau. Il gémit – se contracte – ne tient plus. Il est bien « puceau ». J’arrête. Il se relève violemment – m’étreint à nouveau, m’allonge, se masturbe, jouit. Souffles – Verre de vin.

Nous reparlons, je ne sais plus de quoi, nous nous rhabillons. Il est encore plus beau habillé – il porte très bien les pantalons à pince – Je me souviens maintenant, nous parlions mode et chiffons. J’ai l’impression de le connaitre depuis toujours, de vivre un moment déjà vécu en rêve, la réalisation d’une prémonition, une irréalité.

Ces grands yeux m’observent longuement sur le quai de la gare – je souris – les lampadaires m’aveuglent – le silence est tellement entier que je perçois sa respiration – entier mais pas gênant. Il tente quelques blagues, je ris de bon cœur – il me remercie pour le moment, s’excuse pour les déconvenues – je suis touché par la sincérité de ses attentions.

Il me dit que j’ai de belles fesses. Je prunis. Je ne sais pas si je le reverrais. Je sais juste qu’en 3 heures il a récolté plus d’affection et d’empathie que nul autre en si peu de temps. Je veux le serrer dans mes bras, passer mes mains dans ses cheveux, humer à nouveau son parfum, mettre fin à ses doutes, sentir son ventre chaud contre le mien, lui susurrer que tout ira bien, écarter tout fatalisme et lui dire que son destin n’est pas scellé ni pour lui et ni par lui.

Il est 23h00, j’ai froid, je marche, j’engloutis ces 8 minutes qui séparent ma maison de la gare où je viens de raccompagner Samir. Mes pas résonnent dans la nuit, je suis emmitouflé sous mon écharpe et mon manteau. Mon propre parfum, Arpage de Lanvin, connu pour sa lourdeur, m’étouffe, mon jean slim me compresse, ma chemise m’étrangle. Les ruelles sont vides

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