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Typologie des Photos Grindr/Hornet/Tinder/Scruff et cie

Publié le par Dorian Gay

Typologie des Photos Grindr/Hornet/Tinder/Scruff et cie

J’aime beaucoup la photographie. Celle de paysages, d’objets inanimés, de nuages, de sourires figés, de pieds dans le sable. J’aime la photographie plurielle, multicolore, riche. J’ai une affection toute particulière pour le portrait. Je m’amuse à penser qu’un appareil photo est un objet fascinant, magnétique – il a le pouvoir de figer, pour l’éternité, un moment, un visage, un sentiment, une émotion, des traits physiques qui ne cesseront de muer. Plus troublant encore, l’appareil photo brise la glace, il dénude, il dévoile. Je trouve souvent que les gens ne sont jamais autant sincères que sur une photo, pris à vif, authentiques. On ne ment pas à l’appareil photo.

Les gens ne se rendent souvent que peu compte du langage caché des photos. Ils n’appréhendent pas la richesse insoupçonnée qui peut se découvrir sur le papier glacé. Ils ignorent à quel point un portrait peut se révéler prolixe.

Hornet, Grindr, Scruff, Tinder, Planetromeo, les sites et applications de rencontres où nous nous croisons et entrecroisons ont toujours été un terrain de jeu récréatif pour moi. Le principe commun à toutes ces plateformes est qu’il faut se vendre. Pour ce faire, chaque utilisateur dispose de deux outils précaires : des photos et un texte. Voilà tout.

Je me suis amusé à dresser une typologie fondée sur ces fameuses photos et me suis diverti à exprimer ce qu’elles semblaient m’évoquer. L’exercice est assez édifiant.

1. Le sans-photo

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Ils sont partout. Ils pullulent. Ils donnent parfois le sentiment de faire partie d’une secte aux revendications peu claires.

Ils ne s’affichent pas, ne se montrent pas, mais sont quand même sur des plateformes de… rencontres.

Ils avancent dans l’ombre, à pas feutrés. Et n’osez pas leur reprocher leur anonymat – Ils vous répondraient sur un ton réprobateur (choix cumulatifs ou alternatifs) :

  • Qu’ils cherchent à conserver leur discrétion. En effet, nous savons tous que nous sommes susceptibles de croiser grand-mère ou tante Jeanne ou encore notre patron vêtu d’un harnais de cuir et d’un jockstrap en nylon entre deux profils sur Hornet. Cela est bien connu.
  • Qu’ils sont en couple et tenter d’éviter à l’être aimé l’amère découverte de leur présence sur ces réseaux. Moi, à leur place, la question que je me poserais serait plutôt celle de la présence dudit être aimé également sur le même réseau. A cocu, cocu et demi ? Je dis ça….
  • Qu’ils mènent une enquête journaliste ou pour le compte d’un groupuscule secret qui aurait pour but de surveiller des individus fort peu recommandables. Oui, oui, je vous l’assure. Il m’est arrivé, lors de ma courte existence de lire ce type de justifications qui s’expriment plutôt en « je surveille un tel… », « j’essaie de retrouver un tel autre… ». Des vocations de détectives se perdent. S’ils mettaient la même dextérité à « retrouver » ou « surveiller » ces individus, je pense que l’on aurait retrouvé le vol de la Malaysia Airlines depuis belle lurette.

2. Le Faussaire

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Qu’il s’agisse d’un ventre plat simulé au prix d’une apnée, d’une séance de maquillage salvatrice pré-photo, ou de ces aspirants Dorian Gray qui oublient que le temps passe et que les photos ne restent pas fidèles la réalité, ils sont nombreux.

Ils excellent en petits mensonges plus ou moins grossiers. N’osez pas non plus leur en faire un reproche. Ils rétorqueraient d’un air agacé ou entre deux sanglots que tout cela est sans conséquence et que par ailleurs, la société superficielle dans laquelle nous évoluons ne leur donne guère autre choix que de jouer d’artifices.

Ils dissimulent bien souvent des failles personnelles, un manque criard de confiance en soi et penser ainsi panser des plaies bien plus profondes.

3. Le Narcissique

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Alors que le sans-photo nage dans les eaux profondes des différentes plateformes de rencontres, le narcissique lui veut fendre les eaux claires, il veut ouvrir de grandes voiles, il veut qu’on le voit, il veut s’imposer, montrer.

Avec lui, les portraits se multiplient et se veulent léchés, propres, souvent professionnels.

Comment le reconnaître ? Les indices sont souvent concordants : il aborde une photo de profil parfaite, le mettant en valeur. La pose qu’il tient est souvent une pose de défi, hautaine, lèvres inexpressives, regard dur, bras mobiles (souvent accompagnés d’une main dans les cheveux). Bien souvent, ladite photo le dévoile torse nu et/ou dans une salle de sport.

Son texte regorge souvent d’adjectifs flatteurs : bogosse/bomec, sportif, mec viril, bien foutu, athlétique, etc… qui précédent un certain nombre d’exclusions : bogosse pour idem, viril pour idem, sportif pour idem, pas de gros, pas de noirs, pas d’asiat, pas de plus de 24 ans, pas de crevettes, pas de fumeurs, pas moins de 1m85, pas de pauvres, pas d’êtres humains, pas de mecs qui pètent, qui rotent, qui font caca.

Par ailleurs, le titre de son profil lui même se veut explicite : HotBoy, SexyBoy, TonedMan, GreatShape, Bomecdu75.

Si, malgré tous ces indices vous ne le reconnaissez pas, sachez que son profil contient habituellement de nombreux liens vers d’autres réseaux sociaux : compte Instagram où sont compilés des selfies et photos de salles de sport par centaines, agrémentés d’autant d’hashtags évocateurs, son compte Facebook où il affiche 5735 amis ou un compte Twitter où il s’épanche volontiers sur toutes les soirées auxquelles il se rend – excusez moi… auxquelles il fait l’honneur de sa présence.

4. Le lunettophile

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Cousin germain du sans-photo, ils se comprennent bien ces deux là. Le lunettophile souffre d’une addiction inexplicable à sa paire de lunettes de soleil. Qu’il fasse soleil radieux, qu’il pleuve, qu’il neige, qu’il vente, qu’il soit à la piscine, au cinéma, en boîte de nuit, sous la douche ou dans son lit, ses lunettes de soleil restent inexorablement sur son nez.

La légende populaire dit que le dernier lunettophile qui aurait dévoilé ses yeux au jour aurait eu la rétine brûlée par les rayons du soleil. Pauvres êtres.

5. L’Homme-Puzzle

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Il fait partie de la grande famille du sans-photo et du lunettophile. Artiste raté, il exprime sa vocation artistique morte dans l’œuf dans sa vie privée. Il affectionne les gros plans, le rognage agressif. Il a le sens du détail, peut être un peu trop.

Ses portraits se déclinent en séries complémentaires de gros plans sur différentes parties de son visage : ses yeux, son nez, puis une joue par là, ici j’aperçois des cheveux.

Avoir une image nette et claire de votre interlocuteur s’apparente à un atelier d’arts plastiques en maternelle. Il vous envoie volontiers plusieurs gros plans de son visage et vous défie de les assembler. Sauf que nous ne sommes plus à la maternelle, que nous ne sommes pas tous passionnés par l’art du collage, et que ce n’est pas un artiste. Voilà.

6. L’éternel Triste

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Nous vivons dans un monde cruel, impitoyable. Nous savons tous qu’à chaque jour vaut sa peine. Nous savons que rien n’est si simple. L’éternel triste le sait, il le sait bien trop bien et il veut que le sachiez également.

Sur ces photos, il arbore un visage abattu, tragique, désabusé. Ses lèvres semblent ne plus savoir comment dessiner un sourire, ses yeux ne savent plus comment se plisser dans un éclat de rire.

Sa peine, il l’affiche. Son profil énonce souvent des affirmations emplies d’amertume : « tous les mêmes », « plus jamais de mytho », « déçu à jamais », « non aux connards », « peut être enfin un jour », « j ‘écoute Mylène Farmer en m’ouvrant les veines avec un crucifix dans ma baignoire de chambre de bonne ».

Vous commencez à bien me connaître maintenant depuis que je m’épanche ici. Je suis compatissant, secourable. Bien mal m’en a pris. L’éternel triste se complait à vous brosser tous les détails de sa vie sinistre ; chaque effort de votre part de formuler un compliment, de lui faire prendre du recul, d’insuffler un peu de positivisme se conclut inexorablement par un échec patent sous forme d’un « de toute façon tu ne peux pas comprendre. Toi ta vie elle est bien ».

Oui l’éternel triste, ce qu’il souhaite c’est une oreille éternellement attentive, mais aussi vous rappeler que vous, votre vie, elle est sympathique en comparaison à la sienne et vous emplir de culpabilité et de remords.

Et quand vous vous décidez finalement à ôter votre cape de bon samaritain, voilà qu’il vous reproche « d’être comme tous les autres » et qu’il s’empressera d’ajouter au texte de son profil Grindr une énième lamentation laconique sur ses déceptions.

7. Le Duckfaced

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Sur toutes ses photos le duckfaced a la même expression, la même moue immuable. Nos amis anglais ont baptisé cette expression le « duckface » pour « face de canard », les traits formés par les lèvres faisant en effet penser au minois d’un canard.

En France, l’expression équivalente pourrait être « avoir les lèvres en cul de poule ». Il s’agit toujours de volaille mais nous avouerons cependant que cela est moins gracieux…

Là encore, la légende dit que les duckfaced souffrent d’une affection anatomique. Cette immuable moue n’est guère volontaire mais est devenue permanente au fil des années et des centaines de selfies postés sur Instagram.

Un ami médecin me disait autour d’un café la semaine dernière qu’une solution chirurgicale serait explorée par un groupe de chercheurs Américains. Je vous tiendrais bien évidemment au courant de ces avancées scientifiques majeures.

8. L’inclassable, ou encore le « WTF »

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Ses photos parlent d’elles mêmes : l’inclassable est un OVNI, un être curieux, étrange, une sorte de chimère, de licorne.

On ne comprend pas vraiment les raisons qui le poussent à porter ce costume de Spiderman sur cette photo ou celle de choisir « Merlin Actif » comme pseudonyme, tout comme on ne saisit pas non plus les raisons qui poussent un autre à se travestir en Centaure à l’aide d’artifices informatiques. On ne comprend vraiment pas et au fond, on ne veut pas vraiment comprendre.

9. Le Daddy’s Boy

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Le Daddy’s Boy est jeune, bel éphèbe, à la beauté fraîche, pétillante, gaie. Au premier abord, on ne comprend pas la présence systématique de cet autre homme à ses côtés sur l’ensemble de ses photos. On devine qu’il s’agirait de son grand-père, de son père peut être, de son parrain sûrement. Lorsque le Daddy’s Boy nous répond que ces trois supputations sont fausses, on se complait à imaginer que le Daddy’s Boy, jeune homme sûrement charitable consacre une partie de son temps à ceux qui en ont besoin. Notre imagination veut qu’il passe ses weekends à faire la lecture à des seniors en maison de retraite entre deux volontariats à la soupe populaire. Que nenni.

Le Daddy’s Boy finit par nous avouer que cet homme, qui semble en fin de vie, et qui le regarde d’un œil vitreux et tendre sur toutes ses photos n’est nul autre que son compagnon.

Alors que nos doigts vont rechercher la fonction « bloquer » sur le côté droit de l’écran, un message de l’interlocuteur a le temps de se placer : « Nous cherchons un plan à trois, ça t’intéresse ? Par contre il ne faudra pas y aller trop fort, Francis vient juste de se faire opérer de la hanche ».

10. Le Chercheur d’Exotisme

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On les qualifie de « Rice Queens » quand ils ne sont intéressés que par des asiatiques, « Mud Sharks » quand ils vouent un culte à la peau ébène ou encore « Wanna Beaner » lorsqu’ils ne jurent que par la beauté latine, ces hommes sont assoiffés d’exotisme.

Leurs profils sont certainement les plus explicites et arborent sans retenue des : « lopes pour blacks », « only 4 asiat », « ForLatino ».

Alors qu’il s’agissait traditionnellement d’hommes caucasiens d’un certain âge il y’a encore années, le phénomène se démocratise. Il n’est plus rare de rencontrer des profils du type « Black4Black », ou « LatinWantsLatin » et de constater que l’âge des concernés est de plus en plus jeune.

11. Le Paradoxe

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On en est persuadé lorsqu’on le contacte : il est passif ou actif. Dans notre esprit cela semble être une évidence. Son physique, sa dégaine, son visage semblent parler pour lui.

Frêle, peau laiteuse, imberbe, voix fluette, féminin, l’idée qu’il soit actif ne nous effleure même pas.

Imposant, musculeux, viril, poilu, masculin, nous l’appréhendons comme l’archétype même de l’actif puissant.

Le paradoxe aime les surprises, il aime nous attendre à ce coin de rue où nous l’espérons pas et nous mettre une claque – une gifle à nos préjugés, à nos attentes primaires. Et parfois, ça c’est bien.

12. Le XXL4XXL

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La nature s’est montré particulièrement généreuse avec lui. Il en est fier. Ces turgescences flatteuses lui valent souvent un certain égo, un certain orgueil. Il sait faire partie de ce club extrêmement sélectif, 2% dit-on, d’hommes dont la masculinité évidente caresse au moins les 20 centimètres.

Ce petit groupe cultive l’entre soi et veille sur l’accès au club comme un videur de l’entrée d’une boite de nuit.

Le XXL4XXL ne souhaite rencontrer que des gens aussi bénis que lui. Il sera avide de photos de prétendants, de détails. La rencontre se mue souvent insidieusement en compétition : « magnifique, moi je n’ai que 22 centimètres, bravo ».

Curieuse communauté.

 

13. Le Photoshoppé
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Selon les bruits de couloir, le photoshoppé serait en étroite amitié avec le faussaire et qu’il leur arriverait d’assister aux mêmes soirées. Rumeurs ? Vérités ? Je ne saurais vraiment me prononcer.

Quoi qu’il en soit, le photoshoppé est un être relativement rocambolesque. Il est pressé, il apprécie que les choses se fassent vite, avec célérité, dans le court terme. Le long terme est pour lui une notion vaporeuse.

Ainsi, doté de quelques talents d’édition il se divertit en améliorant ses portraits et photos de vacances et pratique une sorte de chirurgie digitale : un nez trop gros ? et hop, aminci. Une peau acnéique ? la voilà aussi lisse que celle d’un nourrisson élevé au lait de chamelle. Quelques kilos en trop après les fêtes ? quelques rides témoignant du temps qui passe ? tout est enlevé.

Quand je disais que le photoshoppé appréciait le court terme c’est parce qu’il omet, à son grand dam, que tout intérêt suscité à l’aide de ses photos « mises en beauté » mène souvent, à plus ou moins long terme à une rencontre réelle, et que celle ci se conclut inexorablement par des déceptions amères. Oui, le photoshoppé est quelque peu sot. Dans la vraie vie, le nez bien trop gros reprend son volume réel, la peau acnéique bourgeonne à nouveau, les rides se recreusent, les kilos en trop épaississent à nouveau. Cruelle existence.

14. Le Flou Amateur de Paysages (le « FAP »)

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Le FAP est le filleul de l’Homme-Puzzle et le neveu du Photoshoppé. Il paraît que la ressemblance de famille est assez évidente. Le FAP s’aurait également imaginé artiste, il apprécie tout ce qui est brumeux, vaporeux, nuageux, doux.

Demandez-lui des photos et vous recevrez une série de portraits dignes des plus grands (et plus flous) tableaux de Monet. Le FAP aime l’art. Le FAP est aussi fin stratège, il que si après deux ou trois bières, nous sommes bien moins regardants quant à la qualité de nos conquêtes, la portée de quelques photos floutées ne devrait pas être bien différente.

Cependant, vous êtes perspicace et vous enjoignez fermement au FAP de vous transmettre des photos plus claires, plus nettes. Il s’exécute. Spontanément, il vous envoie une photo de lui, en randonnée dans la Moselle, un crépuscule d’Octobre à 700 mètres environ de l’objectif, alors qu’il est adossé en pantacourt à un arbre. Du moins, c’est ce que vous distinguez dans cette photo dont il occupe à peu près 5% de l’espace total, le reste étant laissé au paysage.

Le FAP est un poète.

15. La Lope

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Lopaille en vieux français, « Lope » pour les intimes, désigne ces jeunes et moins jeunes, passifs, qui pratiquent le « Lopage », autrement dit une certaine forme de jeu sexuel empruntant les codes du S&M, de la domination et de l’asservissement, des jeux de rôles. Jusque là tout va bien me direz vous. Comme dirait une humoriste que j’apprécie : « tout le monde fait ce qu’il souhaite avec ses cheveux ». La Lope a un profil qui se veut clair, sans atours et artifices, elle sait ce qu’elle veut et elle le veut là, tout de suite, entre les murs humides d’une cave de Montreuil.

La lope n’a pas de photo type. Il peut s’agir d’un petit minet aux cheveux blonds et à l’air sage sur cette photo, ce brun musculeux et trapu sur cette autre image ou encore cet homme à lunettes, dans son costume cintré, dans la quarantaine, bien sous-tous-rapports.

La lope se reconnaît plutôt à son texte de présentation : « qui veut me loper/baiser/piner/fourrer/niquer/défoncer/et toutes autres joyeusetés » précédant un « now ».

17. Le Dresseur de Lope

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A chaque fois que vous croiserez une lope, sachez qu’un « dresseur » ne sera pas loin. Sur les réseaux de rencontres, les « maîtres à lope » pullulent également.

Les développements précédents s’appliquent avec la même pertinence à cette autre catégorie. Il suffira simplement de remplacer par le terme « se faire », le « me » dans le texte de présentation sus-énoncé. Le résultat serait : « qui veut SE FAIRE loper/baiser/piner/fourrer/niquer/défoncer/et toutes autres joyeusetés » précédant toujours un « now ».

L’astuce est infaillible.

18. Le BCBG

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Sur sa photo, on retrouve tous les codes symbolisant son appartenance sociale : un chino aux couleurs pastels, une mèche sur le côté, des mocassins à gland, une décoration soignée, souvent d’influence baroque. On distingue généralement, dans le fond, quelques pièces d’exception, vases, tableaux, une bibliothèque fournie. Il ne manquerait, pour compléter un tel tableau qu’une chevalière apparente et un pull Vicomte A sur les épaules.

Le BCBG est bourgeois ou aristo et il le revendique. Il en est fier. Il l’arbore comme un blason et l’indique comme pseudonyme si toutefois l’on avait manqué à le constater.

Son texte de profil serait souvent assez pédant : « un peu de culture », « quel niveau ici… », « aime l’opéra, le chant lyrique Malgache et l’art de la broderie chilienne » ou une citation en latin et donnera le sentiment de ne pas être à sa place, tel un cygne voguant au milieu de canards de barbarie.

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5 Films de pédés à voir (ou pas)

Publié le par Dorian Gay

5 Films de pédés à voir (ou pas)

Cinéphile serait un mot peu approprié pour me décrire. Oui, j’aime le 7ème art, c’est un fait. Mais, comme pour un bon œnologue qui doit avoir les sens assez affinés, subtils, pour reconnaître le millésime du picrate imbuvable, le cinéphile, le bon cinéphile est nécessairement un connaisseur, aux goûts souvent experts, tranchés, parfois vaniteux.

Moi, le cinéma, je l’aime avec toute sa beauté et sa laideur. Des films d’auteur remarquables peuvent m’arracher les tripes, tout comme des productions hollywoodiennes grossières peuvent m’arracher des éclats de rire et de l’émotion. Je suis bon public.

Je me suis toujours intéressé à la représentation de la communauté homosexuelle dans le cinéma, et notamment, dans des productions contemporaines plus ou moins récentes. En sus du plaisir évident de regarder un film, s’y ajoute celui de la curiosité, de l’observation sociologique. Par ailleurs, en tant que jeune homosexuel, on dira bien ce que l’on voudra, mais j’ai tendance à m’identifier plus aisément à des personnages qui partagent la même orientation que moi, et dans une certaine mesure, affrontent les mêmes démons que les miens.

Pendant longtemps, l’image du pédé au cinéma fluctuait entre stéréotypes rudimentaires et symbolisme élusif. Cependant, une nouvelle génération de réalisateurs, qui compte notamment des génies tels qu’Andrew Haigh, ont contribué et contribuent à enrichir la palette réservée aux pédés dans le cinéma. Avec cette nouvelle génération de gens du cinéma LGBT, les productions se veulent plus abouties, les personnages plus complexes, plus réalistes, plus sobres. On voit émerger un « vrai » cinéma LGBT, qui séduit par la qualité croissante des productions du genre.

Récemment, j’ai entamé un marathon cinématographique de films LGBT sans cohérence aucune, sans lien particulier entre les différents films autre que celui de mettre en scène un ou plusieurs personnages principaux homosexuels.

Ainsi, en l’espace d’une journée, j’ai regardé : Free Fall, Eat With Me, Eastern Boys, Naked As We Came et Boys.

Voici donc mes impressions à froid.

Free Fall

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Ce film se détache assez nettement des quatre autres productions visionnées et se place, sans le moindre doute, en tête du palmarès.

La vie de Marc est ordonnée : CRS de son état, il vient d’emménager dans une maison hors de prix majoritairement payée par ses parents tandis que sa femme Bettina attend leur premier enfant. Lorsque Kay, homosexuel et rebelle, entre dans son unité, un désir incontrôlable et rapidement incontrôlé s’empare de Marc, déstabilisant son cocon artificiel et l’ordre normatif qu’il défendait. La masculinité est le sujet angulaire de ce film.

Stephan Lacant, le réalisateur dont Free Fall est le premier coup d’essai a une écriture et une réalisation soignées -à défaut d’être réellement inventives-, des acteurs impeccables, un sujet de société devenu presque classique (l’entrée peu tolérée de l’homosexualité dans un univers d’ordre, ici le monde policier) et pourtant, Free Fall fait partie de ces films qui insinuent un doute.

Que veut-on nous raconter ? Que veut-on nous dire ? Il est des thèmes évidents que Lacant insinue sans trop de pesanteur telle que la bestialité du monde policier, ordonné face aux crises qu’il doit démêler mais ultra-compétitif en son sein. La scène d’ouverture constitue en cela une entrée en matière des plus directes, in medias res : en pleine course d’entraînement, Marc, essoufflé, est peu à peu exclu de la meute. C’est en remarquant son manque de souffle que Kay, nouveau venu dans la division, s’approche de lui et, à force d’endurance, lui fait découvrir son homosexualité. Si l’argument semble désormais presque banal, son développement et les représentations sociales et affectives qui en découlent ne le sont pas. Le doute qu’insinue le film ne provient pas de la mise en scène de la violence (masculine principalement) mais de son origine. Et c’est peut-être sur ce point que Free Fall oscille entre l’honnêteté brute et la théorisation maladroite et confuse.

Si Kay ne crie pas son homosexualité sous tous les toits, Marc refuse la sienne, tiraillé entre un confort normatif (le travail, la famille, la reproduction) et un désir passionnel mais difficilement intégrable à ce confort particulier. Si ce refus de l’attirance physique et la frustration qu’il engendre chez Marc donne une vivacité à l’image, une représentation épidermique et sensorielle du désir, les conséquences de sa satisfaction mènent toutes à la violence : physique avec sa femme qu’il tente de violer et qu’il abandonne progressivement alors que Bettina est enceinte ; et symbolique tant la découverte de l’abandon va de pair, dans Free Fall, avec celle de la honte et du dégoût de soi.

Lacant a sans doute voulu filmer les différentes étapes du coming out -la répulsion, l’abandon, l’acceptation, le retour vers autrui-, mais les motifs de l’expression cinématographique sèment le trouble. Pourquoi cette figure de démon tentateur blond et marginal ? Pourquoi cette quasi invisibilité du personnage féminin, doux, tendre et compréhensif (la mère en somme) dont la souffrance, elle-même causée par l’homme, mène-t-elle aussi à la violence ?

Ce premier film étonne par sa grande attention aux décors, aux troubles de passage et aux flottements du quotidien en creux de Marc, mais perturbe par des schémas répétitifs (frustration/sexe/violence). Il retrouve, heureusement, la simple pudeur qui permet à l’histoire de s’envoler de temps à autres vers une spontanéité qui tranche avec les constructions théoriques. Les personnages ne peuvent se résumer à des figures strictes et cadrées, et le film au placage d’un discours sur les êtres et les choses, et c’est dans ces interstices de liberté que Stephan Lacant introduit parfois sa volonté de faire œuvre.

Trailer ci-dessous.

Eat With Me

5 Films de pédés à voir (ou pas)

Petite bulle virevoltant dans le ciel du cinéma LGBT. Certes, le fim n’éblouit pas par la qualité de son scénario, le jeu de ses acteurs ou sa réalisation, mais ce film a ce petit quelque chose, non identifiable qui vous laisse l’impression d’avoir passé un bon moment lorsque s’amorce le générique.

Quand Emma emménage avec son fils gay dont elle est très éloignée, la paire doit apprendre à se retrouver a travers la nourriture quand les mots ne sortent pas. Elliott, le fils, doit en plus surpasser sa peur de l’intimité et fait face a la possible fermeture du restaurant familial qu'il a repris.

Les thèmes qui émaillent le film sont assez classiques : une relation mère-fils malmenée, une romance entre deux garçons que tout opposerait, les oscillations entre l’envie de former un couple et celle de vivre une vie plus légère à l’âge de raison, la superficialité de certaines relations humaines.

On reprochera néanmoins au film des lenteurs gênantes, un piètre jeu d’acteur et des décors statiques, mais il apparaît aisément dès les premières minutes du film que ce dernier n’a pas bénéficié d’un budget qui aurait pu améliorer de façon sensible la qualité de la production. On lui pardonne.

Trailer en dessous.

Eastern Boys

5 Films de pédés à voir (ou pas)

Certainement un film qui marquera mon esprit. Au terme des six chapitres intenses et d’une lenteur agaçante, qui lui servent d’architecture, de ses nombreux rebondissements et variations de points de vue, je ne suis pas certain d’avoir percé tous les mystères d’Eastern Boys.

Pas sûr non plus que l’on devine une morale dans cette affaire, tant la complexité des sentiments qui l’animent rend illusoire tout jugement catégorique. Et c’est d’ailleurs la singulière richesse de ce film troublant et retors.

Ici, ce dont on parle est clair et frontal : “les sans-papiers”. Mais parler pour dire quoi ? Pour dire sa révolte de citoyen face à un Etat qui, même sous un gouvernement de gauche, continue de réprimer les immigrés clandestins ? Non ce serait trop simple. Le réalisateur choisit d’interroger notre regard sur les sans-papiers, ces sujets de fantasme et de répulsion qu’il aborde par le prisme le plus révélateur possible, celui du désir.

Eastern Boys est donc une histoire d’amour, qui commence logiquement par une scène de drague. Dans une gare de Paris, un petit bourgeois en goguette, Daniel, aborde un prostitué issu d’Europe de l’Est, Marek. Ils se toisent, discutent tarif, et Daniel invite le jeune gigolo à le rejoindre chez lui pour une passe.

Sauf que le plan déraille : le jour du rendez-vous, Marek se pointe avec son gang de gamins sans papiers, tous issus des Balkans, et ils mettent à sac l’appartement de leur hôte, impuissant face à la violence des Eastern Boys. Cette scène est l’une des plus longues et fortes du film. On est partagés, en tant que spectateurs passifs entre une certaine curiosité presque pornographique, une certaine incompréhension, et la contemplation d’une certaine forme de beauté. Vous savez, un peu comme la scène où les deux héroïnes de la Vie d’Adèle ont un coït qui dure une bonne dizaine de minutes, sans bande sonore, sans coupure au montage ? A peu près pareil.

D’une tension inouïe, scandée par les pulsations hypnotiques de la musique d’Arnaud Rebotini, cette belle scène de cambriolage ouvre le premier chapitre d’une romance à l’issue très incertaine.

Certainement un film qui marquera mon esprit. Au terme des six chapitres intenses et d’une lenteur agaçante, qui lui servent d’architecture, de ses nombreux rebondissements et variations de points de vue, je ne suis pas certain d’avoir percé tous les mystères d’Eastern Boys.

Pas sûr non plus que l’on devine une morale dans cette affaire, tant la complexité des sentiments qui l’animent rend illusoire tout jugement catégorique. Et c’est d’ailleurs la singulière richesse de ce film troublant et retors.

Ici, ce dont on parle est clair et frontal : “les sans-papiers”. Mais parler pour dire quoi ? Pour dire sa révolte de citoyen face à un Etat qui, même sous un gouvernement de gauche, continue de réprimer les immigrés clandestins ? Non ce serait trop simple. Le réalisateur choisit d’interroger notre regard sur les sans-papiers, ces sujets de fantasme et de répulsion qu’il aborde par le prisme le plus révélateur possible, celui du désir.

Eastern Boys est donc une histoire d’amour, qui commence logiquement par une scène de drague. Dans une gare de Paris, un petit bourgeois en goguette, Daniel, aborde un prostitué issu d’Europe de l’Est, Marek. Ils se toisent, discutent tarif, et Daniel invite le jeune gigolo à le rejoindre chez lui pour une passe.

Sauf que le plan déraille : le jour du rendez-vous, Marek se pointe avec son gang de gamins sans papiers, tous issus des Balkans, et ils mettent à sac l’appartement de leur hôte, impuissant face à la violence des Eastern Boys. Cette scène est l’une des plus longues et fortes du film. On est partagés, en tant que spectateurs passifs entre une certaine curiosité presque pornographique, une certaine incompréhension, et la contemplation d’une certaine forme de beauté. Vous savez, un peu comme la scène où les deux héroïnes de la Vie d’Adèle ont un coït qui dure une bonne dizaine de minutes, sans bande sonore, sans coupure au montage ? A peu près pareil.

D’une tension inouïe, scandée par les pulsations hypnotiques de la musique d’Arnaud Rebotini, cette belle scène de cambriolage ouvre le premier chapitre d’une romance à l’issue très incertaine.

Car les deux hommes se reverront plus tard, de plus en plus fréquemment, et ils vivront une aventure de couple sans que l’on sache précisément quelles sont les intentions de Daniel, ni ce qui l’attire chez ce clandestin d’Europe de l’Est.

Ce film est un petit ovni cinématographique, indéfinissable, brumeux et assez confus, mais c’est peut-être là tout son intérêt.

Le trailer est juste là.

Boys

5 Films de pédés à voir (ou pas)

Ce film est un joli, léger et peu prétentieux. Il traite avec pudeur et sensibilité le thème de la découverte de l’homosexualité.

Sieger est un jeune sportif de dix-sept ans qui s’entraîne pour des championnats. Lors de vacances d’été, il fait la connaissance de Marc, un jeune homme sympathique. Amitié et complicité se développent rapidement entre les deux adolescents. Naissent alors des sentiments bien plus forts.

Réalisé pour la télévision allemande, Boys connut un accueil public et critique tellement favorable qu’une sortie en salles fut décidée, suivie d’une vente à l’international. L’œuvre a également été primée à l’occasion de diverses rencontres de cinéma. C’est à vrai dire un film mineur mais touchant dans sa modestie même.

Il s’inscrit dans ce courant de cinéma LGBT proposant des produits formatés et rassurants, sur la forme comme sur le fond. Mais dans le genre, il se situe un peu au-dessus du lot. Le scénario est minimaliste, qui se concentre sur la relation naissante et fragile entre deux adolescents de milieu plutôt modeste. Rien de véritable transcendant dans les situations : les deux garçons sont présentés comme jeunes, beaux, gentils, sportifs, et bien sous tous rapports. Par contraste, le réalisateur oppose la figure du grand frère de Sieger, hétérosexuel rebelle, qui vole des motos et insulte le père, un homme veuf et généreux, débordant d’amour et de bienveillance pour ses deux fils.

Le message est clair : ce film frôle la corde sensible et rassure par un romanesque classique et certains passages dénotent un vrai talent de narration : le film séduit en particulier par ses non-dits et la finesse avec laquelle l’auteur se frotte à son intrigue sans surligner les troubles des personnages. Mais tel quel, ce petit film agréable mérite le détour.

Mon cœur de cœur ? la scène qui clôt le film : Sieger et Marc, une moto qui transperce la nuit, une route de campagne, la délicieuse chanson de Moss, I Apologize (Dear Simon). Une perle.

Un petit aperçu ci-dessous.

Naked As We Came

5 Films de pédés à voir (ou pas)

Laura et son frère Elliot (un superbe éphèbe à la musculature aussi élégante qu’un Rodin) ont reçu un appel les alertant de l’état de santé critique de leur mère, Lilly. Inquiets, ils décident de lui rendre visite après près d’une année de silence. Un long silence qui s’explique par des la nature chaotique du climat familial depuis leur enfance. Lilly était en effet une mère assez antipathique, ne témoignant quasiment jamais aucun signe d’affection, se montrant plus passionnée par le jardinage, sa passion, que le bien être de ses enfants.

Malade, sentant sa fin proche, elle dévoile un nouveau visage lorsqu’elle les reçoit. Les enfants sont déchirés entre la tentation de régler de vieux comptes, celle d’exprimer les rancœurs et des émotions fortes face à une mère aimante comme ils ne l’avaient jamais connue. Au centre de ces retrouvailles familiales il y a Ted (super beau bosse bis), romancier, qui travaille pour Lilly comme homme à tout faire et qui est devenu, par l’usure du temps, son seul ami. Sa présence suscite des interrogations, des doutes, des tensions… avant que Ted et Elliot, entament une liaison à la nature peu ordinaire.

Naked As We Came est une œuvre indépendante à la fois modeste dans sa démarche, assez sincère et disposant d’une mise en scène relativement élégante et subtilement poétique. En s’attaquant au thème de la maladie, le projet aurait rapidement pu sombrer dans les clichés, le misérabilisme ou la niaiserie.

Il n’en est rien, grâce à un scénario relativement bien construit qui dessine progressivement des personnages humains, contradictoires, riches en nuance. On reprochera cependant à ce scénario, une certaine facilité. Les dénouements se devinent, les dialogues sont parfois irréels d’insipidité, lents, tout est parfois un peu confus – les thèmes s’entremêlent et s’entrechoquent. Le film est un peu trop riche, un peu trop gras.

Par ailleurs, le choix des acteurs incarnant les deux personnages homosexuels du film est quelque peu allégorique. Tous les deux sont beaux – pas d’une beauté classique, banale, complexe. Non, leur beauté est plastique, fade, faite de porcelaine ennuyante de perfection. Je retrouve dans ce film ce que j’exècre dans beaucoup de films LGBT : le stéréotype usé et usant du jeune homosexuel éphèbe, irréprochable, presque gênante. J’aurais souhaité des pédés banals, comme vous peut être, comme moi, comme ces amis qui m’entourent, comme ces gens que je croise tous les jours, des gens à travers lesquels je peux me projeter.

« Des roses et des prunes pourries dans le même pot de fleurs » comme disait ma grand-mère.

Quelques minutes du film pour se faire une idée ? C'est en dessous.

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