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journal (pas tres) intime

Si jeune et déjà en retard

Publié le par Dorian Gay

Si jeune et déjà en retard

Je ne danse pas. Rarement, presque jamais. Je préfère regarder, avec envie, peut-être, je préfère regarder ces gens qui brassent leurs corps. Je m’assoie et je regarde, avec envie peut-être.

Je ne danse pas très bien. C’est pour ça que je ne danse pas.

Voyez la scène : je suis petit, j’ai des grands yeux avec de longs sourcils et un visage tout rebondi. Je suis en classe de 5ème, je suis timide comme un enfant timide, le genre d’élève qui n’a jamais posé une question en classe, de peur d’avoir l’air con. Qui rougit quand il entend les mots « homosexuel » et « garçon », qui tremble quand le prof lui parle.

Chez Papa-Maman, le téléphone sonne, c’est pour moi, c’est un petit garçon de ma classe, petit grasset sympathique qui ne m’intimide pas trop, parce que, déjà à cette époque, j’ai un faible pour les grands et maigres, qu’on ne vienne pas me dire que cela vient des stéréotypes des magazines et de la télé.

Le téléphone sonne, c’est pour moi, c’est un garçon.

Il veut m’inviter à une fête. Ma toute première fête. Par pur reflexe de gars timide, je dis non, je ne peux pas, désolé , peut être la prochaine fois.

Le lendemain de la fête, à l’école, le grasset plutôt sympathique vient me voir et me dit que j’aurais dû venir, que c’était bien fun, et que je n’avais pas à être timide car il n’y avait personne de la classe qui avait déjà dansé avant la fête. C’était leur première fois à tous.

Sauf que là, ils avaient tous dansé une fois de plus que moi. Si jeune, et j’avais déjà du retard. C’est intimidant. Il n’était pas question que j’aille à la fête suivante : ils savaient tous mieux danser que moi.

Et ça a continué comme ça des années, jusqu’à ce que je commence à danser, sous la pression sociale, quand j’avais 15 ans ou quelque chose comme ça. 14 ans peut-être. Avec tout ce retard, vous comprenez mon désarroi.

Tout ça parce que j’ai dit non à un garçon en 5ème… Tu parles.

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Sale Pédé

Publié le par Dorian Gay

Sale Pédé

TOUT COMMENÇA AVEC LE JOURNAL D'ANNE FRANK

Avec Eole nous sortons beaucoup – C’était donc un samedi pluvieux, il y’a quelques semaines – nous avions décidé d’occuper notre après-midi au Théâtre Rive Gauche où se jouait la pièce d’Eric Emmanuel Schmitt – Anne Frank, avec le monstre des planches, Francis Huster. La pièce était sympathique mais Eole était bouleversé, il avait passé sa matinée au cinéma où il avait assisté à la projection du documentaire de Sébastien Lifshitz, les Invisibles et m’en a parlé au café où nous nous rendîmes à la fin de la pièce.

De mot en mot, de soupirs en soupirs, de thé en thé, la conversation dévia vers ce sujet de société bien actuel : le Mariage Pour Tous.

Comme je l’avais déjà exposé dans un précédent billet, je me suis toujours tenu à l’écart du débat, évitant d’exposer mes convictions politiques, convictions tout court par rapport à ce droit que j’estimais déjà acquis. Il ne s’agissait pour moi que d’une question de temps, préférant donc adopter une attitude de totale équanimité en attendant et m’amuser des élucubrations et agissements risibles des Anti-Mariage.

Avec le relatif recul, je ne sais pas s’il s’agit d’un reflex de protection ou d’une réelle naïveté. Un peu des deux surement.

DORIAN AU PAYS DES MERVEILLES

Mon monde a toujours été une bulle, une bulle de douceur, de réconfort et de chaleur. Je n’ai presque pas eu à faire de coming out, mon homosexualité se lisant depuis tout jeune sur mon visage, mes choix vestimentaires et mes jouets de fille. Je n’ai jamais eu à me battre ou à souffrir de l’acceptation de ma sexualité par mes proches. Je n’ai jamais eu à prétendre vivre une vie qui n’était pas la mienne.

Je me souviens de ces brunchs familiaux le dimanche où tout naturellement, déjà à 10 ans je parlais à mes proches de ces garçons que je trouvais beaux à l’école. Je ne me souviens pas d’avoir été l’objet de remarques homophobes ou d’un sentiment de rejet, que cela ait été en société ou dans mes études. Jamais. Jamais.

L’homophobie était donc presque chimérique. On pense tout naturellement que l’on vit dans une société civilisée, contemporaine, moderne et décomplexée et l’on renvoie toute homophobie à des temps révolus au mieux, ou à ces gens qui vivent de l’autre côté du périphérique Parisien au pire.

Je ne connaissais pas. Les seules piqûres de rappel étaient télévisuelles par le biais de reportages divers traitant de la problématique. De l’homophobie LCD. De l’homophobie sur papier ou sur écran d’Ipad.

Ce n’est que la semaine précédente, à 21 ans, 4 mois et 11 jours que je vais essuyer mon premier « sale pédé », en plein Paris, à quelques pas du Marais, vers l’Hôtel de Ville, alors que j’attendais Thomas, en retard pour aller diner dans un restaurant pas loin.

Ce n’est que récemment, alors qu’Hugues me rendait visite pour l’apéritif en s’amusant à décoller les affiches de la Manif Pour Tous sur le chemin et se voyant pris à parti et agressé par deux femmes des beaux quartiers endimanchées l’ayant vu faire, que j'ai réalisé que cette homophobie avait un visage et qu’elle pouvait porter des carrés Hermès et des chignons.

Ce n’est que cette semaine, après ces affiches du GUD incitant expressément à la violence, les deux agressions homophobes qui animent nos réseaux sociaux depuis quelques jours, l’illumination de Chantal Jouanno, l’explosion des standards d’SOS Homophobie, le vandalisme contre la voiture de la sénatrice Esther Benbassa et l'espace des Blancs Manteaux où se tenait le Printemps des associations LGBT mais aussi les obstacles aux interventions d'Erwann Binet, que j’ai peur, réellement peur.

Ce n’est que cette semaine, me rendant à la Gare près de chez moi et en y rencontrant ces mêmes gens qui vous livrent votre courrier, qui vous vendent votre baguette de pain le matin, qui vous sourient d’habitude chez le traiteur italien pas loin, qui sonnent à votre porte à Halloween pour vous quémander des bonbons, qui vous envoient des cartes de vœux au nouvel an et qui se préparent, bariolés de bleu et de rose à se rendre à une manifestation contre un droit auquel vous prétendez, contre votre sexualité, contre vous en fin de compte, que l’on se rend compte que les masques tombent et que les langues se délient.

BOITE DE PANDORE ET MORPHOLOGIES

La boîte de pandore est ouverte. Ma bulle aseptisée et javelisée a éclaté. L’homophobie n’a pas un visage, elle en a plusieurs et c’est ce qui l’a rend aujourd’hui encore plus perverse. Elle a des rides parfois, un visage rebondi et poupin souvent. Elle s’habille tantôt en tailleur-smoking ou skets et casquette quand ça l’amuse. Elle peut gagner très bien sa vie et faire partie de l’intelligentsia tout comme elle peut vivre d’allocations et ne pas avoir fini ses études. Elle peut vivre dans les contrées les plus perdues de France tout comme elle peut occuper un appartement en plein Marais. Elle est métamorphe, transversale, pluriforme.

Cette homophobie est institutionnalisée, organisée, financée, médiatisée. Elle se cache derrière des couleurs pastels rose et bleu et des visages souriants d’enfants qui manifestent. Cette homophobie a une représentante officielle à qui le blond ne va pas du tout. Cette représentante qui porte très bien son quolibet, qui avant m’amusait et me révulse aujourd’hui. Illuminée crasseuse, narcissique, mondaine des bas-fonds et opportuniste de la première heure qui ne voit en cette situation qu’une occasion de se mettre sur le devant des projecteurs et d’une pseudo scène politique et de vendre des livres car les apéros au Ritz commençaient à l’ennuyer à l’amorce de sa ménopause. Celle-là même qui ne mesure pas la portée de ses actes, et dont le nom sera pour toujours marqué du sceau peu flatteur de l’obscurantisme, du remugle et de la décomplexification de l’homophobie. Au fond, j’espère qu’elle profite de ce moment de gloire, et j’espère vraiment que cette bonne dame a réellement la bêtise qu’on lui reconnait, car c’est le meilleur voile pour apaiser sa conscience et faire des nuits complètes.

J’en veux aussi aux responsables politiques – ceux là – tantôt molletons ou silencieux devant ces appels clairs à la violence – et qui font stagner le débat, resté bien trop longtemps au premier plan des préoccupations politiques. Rappelons que, tout comme le racisme, l’homophobie n’est pas une opinion, c’est un délit. Juriste et Gay, je ne peux qu’être choqué à double titre devant tant de placidité, tant de haine cautionnée.

J’en tire cependant quelque chose d’éminemment positif : le travail de l’histoire et du temps qui passe – ce travail impitoyable, inexorable et intransigeant qui saura, comme il l’a toujours fait, faire la part des choses, et à ce jeu-là, l’opportunisme et la haine ne paient jamais.

Retrouvez moi sur Twitter ICI ou écrivez moi à doriangayparis@gmail.com

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Les Hommes Préfèrent les Blondes : Joies et Malheurs de la Teinture

Publié le par Dorian Gay

Les Hommes Préfèrent les Blondes : Joies et Malheurs de la Teinture

«Les hommes adulent les blondes mais épousent les brunes » - Jackie Kennedy et Marylin Monroe ne contrediraient pas l’imagerie populaire, ni l’étude de l’Université britannique de Westminster, qui vient d’être publiée dans le Scandinavian Journal of Psychology.

Qui sont ces blondes ? Ce sont ces femmes – fantasmes, symboles de féminité, de fraîcheur de légèreté et de glamour, de simplicité et de sexualité. Ces femmes vénéneuses, acides, toxiques, mortelles – qui peuvent vous faire perdre la tête ou vous la dévorer avec avidité, telles des mantes religieuses après copulation. Elles fascinent donc, elles attirent, elles séduisent mais elles font peur – elles ne riment pas avec stabilité, sérieux, engagement, couple, soumission, vie rangée de banlieue chic et brunch familial tous les dimanches matins. On les préfère donc généralement comme exquises maîtresses ou déesses d’ivresse plutôt que femmes au foyer chrétiennes du dimanche et intellectuelles compétentes, ce qui est selon les stéréotypes, un privilège plutôt de brunes.

Parce que quand on est mondain, carriériste, physiquement pas mal fait, décomplexé (multidater), libre, impétueux, vif et festif, sexuel et séducteur comme je peux souvent l’être – on est blonde. Je suis blond. Oui, ma couleur de peau ne s’y prête pas, ni celle de Nicki Minaj d’ailleurs – mais c’est comme ça, je suis blond. Je renvoie en tout cas, l’image stéréotypante de la blonde.

Mais au fond, oui plus profondément, je suis brun, j’ai des désirs de brun, des aspirations de brun, des rêves de brun, la complexité de brun. Piège donc volontaire ou subi d’une image et d’un style de vie. Garçon à l’apparence superficielle mais insondable. Sans doute, il a toujours été plus facile d’assumer mon style de vie léger et de faire retenir aux gens qui ont croisés mon chemin des mots comme « élégance », « mondanités » et « sourire full bright » plutôt que « précocité », « sensibilité » et « générosité ».

Parce qu’inconsciemment je vais avoir peur d’effrayer mon auditoire en m’étalant sur mes considérations politiques ou sur mes avis poussés en matière d’art, d’histoire ou de sujets sociaux, ce que j’apprécie pourtant, et plutôt préférer m’égosiller sur le dernier défilé Céline.

Parce que je vais omettre de parler de mon safari humain et humanitaire inoubliable d’un mois entier en Afrique de l’Ouest entre les ronces, la poussière, le sourire des enfants, la chaleur touchante des locaux, mais préférer le confort de l’évocation de péripéties Tropéziennes.

Parce qu’une partie de mon entourage ne pourrait m’imaginer être l’auteur de l’exercice de style auquel je m’adonne sur ce blog – être celui qui peint le portrait de ce Dorian si singulier, si atypique et si profond, m’imaginant plutôt enchaîner les Ventes Privées.

Parce qu’inconsciemment je fais vite oublier à ce qui me rencontrent que j’ai fini HEC à l’âge où certains passent le Bac et qu’ils retiennent mieux le nombre ou la beauté de mes amants.

Parce que les garçons qui viennent à moi aiment le blond et l’univers qui y est rattaché – ceux avec lesquels j’ai fait un bout de chemin avaient eu une sorte de sixième sens, d’intuition qui leur a permis de sonder le brun.

Parce qu’être blond c’est facile – sans risque immédiat et ça plait, cela attire du moins, certainement plus que l’aura complexe et sibylline que je m’évertue à étouffer. Parce que c’est simple d’être un tant soit peu « beau et de se taire ».

Beau tableau que d’être blonde – encore faut-il en être une vraie – mais moi, je suis un brun infiltré. J’aimerais pouvoir laisser accepter ma vraie couleur s’exprimer – ma vraie complexité s’affirmer – quitte à faire peur oui, oui comme toutes ces années d’enfance où je fus le génie-sensible et compliqué dans un monde de superficialités. J’aimerais qu’on puisse être attiré par le produit lui-même et non par le packaging. J’aimerais avoir et assumer l’aura de ces brunes qu’on épouse et ne plus faire partie de ces blondes fantasmagoriques qui attirent et qu’on admire mais ne retiennent pas ou du moins pas pour les bonnes raisons…

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Entre cinq eaux

Publié le par Dorian Gay

Entre cinq eaux

Dans la merveilleuse petite vie de Dorian il y’a pas mal de choses, les parfums, le Signal White Now, les magasins, les livres, les pots de glace, Nougat l’ours en peluche borgne, le chat, les bougies parfumées, les garçons, les garçons et surtout les garçons les samedis.

Ces garçons il y’en a de toutes sortes : des grands, des petits, des colorés, des pâles, des barbus, des lisses, des garçons amoureux, des garçons attachants – Bref, le panel est large.

Il y’a donc aussi les samedis, ces journées que l’on consacre souvent à procrastiner, ou pour les plus vaillants à entretenir un minimum de lien social.

Ce samedi de pâques devait être pour moi un samedi comme les autres. J’aime quand les choses sont à leur place, quand le rouge est rouge, quand le propre est propre et quand mes samedis sont mes samedis. J’entrevoyais donc une journée lascive où j’aurais demandé asile dans un café et enchainé les macchiatos – bon livre en main – pieds sur un pouf – Norah Jones dans les oreilles - Grindr en fond. J’aurais baisé aussi peut être, j’aurais aussi fait les boutiques, j’aurais aussi vu Bradon, ce très bon et bel ami Indien rencontré sur les bancs d’HEC et avec qui je finis généralement mes journées du samedi devant un succulent agneau vindaloo à parler de voyages, de nos vies, de sexe, de mocassins, d’argent, d’argent, et de mocassins.

Le problème c’est que ce samedi-là n’était pas comme ces autres samedis. Nous passons à l’heure d’été et Jésus a ressuscité il y’a deux millénaires.

Il est 11h37, la température extérieure est de 2°C, l’humidité de 67%, le vent souffle à 17km/h. J’enclenche l’alarme en sortant de chez moi, tourne la clé dans la serrure, ça fait clic, j’appuie sur la poignée pour vérifier. J’ai pris mon sac de weekend : « L’amour dure trois ans », un parfum, mon stick à lèvres, mon portefeuille, une huile, mon casque audio, ma carte de fidélité au Starbucks.

11h39 mon téléphone sonne – numéro étranger – indicatif Suisse – voix masculine : « Hé ! Je suis à Paris pour le Weekend ! Il faut absolument que je te vois ! ». Sébastien – 29 ans, 1m84, 72 kg, brun, yeux bleus, groupe sanguin O+ et à ce jour garçon le plus beau que le hasard des rencontres et des tchats m’ont amené à connaitre. Nous avions passé quelques semaines à converser par sms mais il n’avait pas prévu de passer sur Paris dans les mois à venir –cela était donc voué à stérilité et je n’étais pas vraiment très enjoué dans nos dialogues, mais il me plaisait bien, non beaucoup, non énormément.

Rendez-vous donné à 15h devant l’Hôtel de Ville. « let’s be spontanious » disait-il. Spontané il l’était, il était venu à Paris sur un coup de tête, sans plans, sans programme, rien, nada. « Tu m’occuperas… » a-t-il dit en raccrochant. Tout mon contraire en somme – éternel duel de l’organisateur psychorigide et de l’impulsif-instinctif-irrationnel. Au fond je jalouse ce type de personnalités. Je lui propose Boutiques pour commencer, je ne suis pas le meilleur guide en la matière pour rien.

14h55, je vais acheter des cigarettes. Non, je ne fume pas. Je suis juste stressé. Par ailleurs, fumer, ou du moins prétendre fumer permet d’avoir une justification pour s’éclipser quelques minutes et s’aérer l’esprit dehors.

15h02, j’arrive devant. Je me mets sur la pointe des pieds pour lui faire la bise, il me fait un câlin à la place. Je suis bouleversé, bouleversé par l’anéantissement immédiat de mes défenses, de ma froideur, de ma protection, du pouvoir de mes foulards – la glace est brisée. Il est beau – je sais qu’il m’arrive assez souvent de gratifier mes rencontres de cet adjectif mais il est vraiment, définitivement, absolument beau. Mélange de beauté méditerranéenne et nordique – yeux d’un bleu presque plasma – sourire de journaliste Américain. Il est beau.Trop beau

Il n’y a aucun silence, aucun blanc, nous nous mettons à converser comme si nous nous connaissions depuis toujours.

Nous allons au BHV, rue du Temple. Quand vous êtes avec un garçon d’une telle beauté dans un tel lieu vous ne passez point inaperçus et les vendeurs, réputés pour leur snobisme se bousculeraient presque pour vous être d’une quelconque utilité. Nous en ressortons chargés. Il a faim, nous allons manger dans un restaurant pas loin. Nous parlons, de choses superficielles au départ comme nos boulots, nos voyages, nos gardes robes puis nous nous livrons progressivement sur des choses plus intimes et profondes. Il est touchant. Encore plus touchant lorsqu’un groupe de 4 personnes pénètre dans le restaurant déjà bondé sans y trouver places suffisantes et leur propose spontanément d’échanger nos tables, la nôtre étant plus grande.

17h30 – nous sommes assis sur les marches de l’Hôtel de Ville, je fume, il boit un café. Il veut boire des mojitos, je l’emmène au Spyce, lieu dans lequel je n’avais encore jamais mis les pieds mais qui était réputé servir des mojitos pas trop dégueulasses.

Un, deux, trois, quatre… les verres s’enchainent – nous parlons, rions, déconnons, ce qui a l’air s’insupporter les gens autour, afficher sa joie n’est pas de bon ton semble-t-il.

20h, une main frôle lentement mon épaule, je me retourne – Pierre, mon ex – perdu de vue depuis un an après avoir très mal digéré notre rupture. Les dernières rumeurs disaient qu’il vivait à Bruxelles depuis lors. Je reste stoïque, je ne réalise pas, convaincu que c’est l’alcool qui me joue des mauvais tours. Il me fait la bise, il est avec un garçon, il serre la main à Sébastian. Nous balbutions quelques salutations de convenance, quelques marques d’étonnement – dessinons quelques sourires. Ils se mettent à la table juste à côté.

« Un autre mojito s’il vous plaît – un double » - j’explique la situation à Sébastian, il éclate de rire, il prend ma nuque, m’embrasse pour la première fois, il rit.

Thomas l’Anglais m’appelle, je lui propose de nous rejoindre, il vient avec sa fille à Payday, Aurélie. Le courant passe instantanément, nous enchainons les boutades et les rires. Thomas me propose de nous écarter du groupe et de fumer une cigarette devant l’entrée. Je le suis.

  • Il est beau. Vous vous êtes rencontrés comment ? vous faites quoi ce soir ?
  • Il est bourré, je ne peux pas le laisser sortir dans cet état. Je pense que je vais le raccompagner à l’Hôtel
  • Il est mieux que moi ?

S’en suit une conversation assez animée dont je ne retiens que quelques brides et l’objet principal : Thomas, un de mes meilleurs amis, me fait une crise de jalousie et m’avoue à demi-mot des sentiments que j’avais jusque-là totalement insoupçonnés. Après la visite surprise de Sebastian, cette journée quasi irréelle, Pierre mon ex qui sirote son Cosmo juste à côté, il ne manquait plus cela. Je préfère mettre ces aveux sous le coup de l’alcool. Nous rejoignons les autres.

J’en ai marre, j’étouffe, je propose au groupe de quitter les lieux, il est presque 23h. Sébastian me tient par la main. Elle est incroyablement chaude.

Nous arrivons à l’Hôtel, il s’effondre sur le lit, se déshabille. Je tiens à peine debout aussi mais ne tiens point à m’imposer dans ces circonstances :

« Me voilà rassuré de te savoir rentré – je file »

« Reste avec moi – viens » - il tend sa main

Je reste là – à moitié dans le noir, mon regard dans le sien, je ne réagis pas – quand je vous dis que la spontanéité ça me connait…

« Allez… »

00h11, ma tête est dans le creux de son cou, sa main sur mon épaule, son corps collé au mien.

Pas de sexe – rien… absolument rien. Juste un très long câlin chaud teinté de douceur et de Just Different d’Hugo Boss et ponctué par quelques souffles et quelques baisers sur le front.

Je sors du lit à 5h pour prendre une bouteille d’eau dans le minibar et en profite pour vérifier mes sms :

Pierre (l’ex) :

SMS 1 : Hello toi. Je ne vais pas te déranger trop longtemps mais les rencontres à l'improviste sont les meilleures… Ça m'a fait plaisir de te revoir, ton visage et ton sourire sont toujours aussi angéliques. Par contre il faisait la gueule ton copain quand tu m'as présenté, cela n’est point étonnant

Au plaisir d'une rencontre de nouveau à l'improviste

Pour info je suis présent sur Paris jusque Lundi 19h15, si tu veux aller boire un verre fais-moi signe

Bisous

Delicioso (L’Argentin – Présentateur à France Télévisions – voir billet sur le multidating) :

SMS 2 : Ta nouvelle photo est magnifique. Je revois quand ? (perdu de vue depuis quelques semaines)

Julien (aventure perdue de vue depuis 5 bons mois)

Salut, comment vas-tu ? Cela fait longtemps je sais… Je suis plus sur Grindr au cas où tu te serais posé la question mais comme tu peux voir… je ne suis pas prêt de te lâcher… après si je reviens trop tard, dis le moi, je ne t’embêterais pas… Bonne nuit

Je me remets dans le lit mais je n’ai plus vraiment sommeil. Je le regarde dormir, les yeux clos, la respiration constance. C’est un passe-temps exquis.

9h27 – Il dort encore, je prends une douche, me prépare à rentrer. Il balbutie un « câlin ! » ensommeillé. Je souris. Câlin de 47 secondes. Oui je les ai comptés. Je referme la porte.

Dans la petite et merveilleuse vie de Dorian il y’a pas mal de choses : les boutiques de déco, le magazine GQ, les chansons de Norah Jones, les gambas fraiches, les chaussures, les expos, la vie sous –marine à L’Anse du Colombier à St Barth, les macarons, les poissons rouges, les garçons du samedi qui ne sont pas comme les autres samedis.

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Nos Petites Vies Virtuelles - Rehab I Said No No No

Publié le par Dorian Gay

Nos Petites Vies Virtuelles - Rehab I Said No No No

C’est un monde comme le vôtre, mais pas tant que ça.

Un monde de gens ordinaires, comme vous, pleins de frustrations, de chewing-gums collés sous les bancs des parcs et de nids-de-poule dans les rues. Un monde de larmes et de rires, de smoothies à la fraise et de gin-tonic, un monde d’argent et d’argent.

Un monde de gars et de filles, de filles et de gars, de filles qui aiment des filles et des garçons qui aiment des garçons et de tout ce qu’il y’a entre les deux. Un monde d’images et de sons. Je vous jure que c’est un monde qui ressemble beaucoup au vôtre. Sauf que.

Sauf que, dans ce monde-là, les raisons ont tous des pépins, le papier toilettes est toujours au bout du rouleau et les cravates sont toutes à pois. Dans ce monde-là, le temps s’arrête de temps en temps, histoire de laisser le monde respirer, histoire de calmer la vie qui trépigne un peu trop.

Dans ce monde-là, il y a moi. Minet ordinaire, pas grand-pas petit, pas trop con, pas trop mal fait mais sympathique. Moi qui me demande du fond de mon appartement ce qu’il peut bien avoir de si tripant à l’extérieur.

Moi, à qui Internet, mon Mac Book, Grindr et ma Nespresso suffisent.

Le problème avec toutes ces choses c’est qu’elles peuvent devenir vos amis. Et quand elles deviennent vos amis, forcément, vous leur faites confiance. Ce qui signifie que quand Internet vous dit qu’une belle fille c’est une fille de publicité pour Gemey Maybelline ou qui se déhanche en franglisant un « J’adore Dior », et qu’un beau garçon c’est celui qui répond « What Else ? » dans une réclame pour du café, et bien vous le croyez. Et plouf, vous voilà plongé dans le triste ravin de l’illusion d’optique. De l’illusion tout court. Et quand, dans ce ravin là, vous croisez quelqu’un de vrai, ce quelqu’un est ordinaire. Trop ordinaire. Ryan Gosling dans The Place Beyond The Pines, les Ephèbes dans Dante’s Cove, Les sculptures qui font la frontpage de TETU ou de Vogue Hommes Intl. Tout ce qui est dessiné et qui a de belles boules (vous avez le choix de l’interprétation à ce niveau) et qui se dandinent devant vos yeux LCD ou Plasma. La nouvelle réalité. La vôtre. Celle qui rend l’ancienne plate à mourir.

C’est dur l’amitié. C’est dur l’amour.

Aujourd’hui c’est samedi, et je devrais aller au supermarché, ou du moins commander sur internet et me faire livrer. Mais il fait froid, et je suis paralysé. Paralysé non physiologiquement mais psychologiquement. Alors fuck le supermarché, ce sera smoothie et derniers macarons Hermé qui trainaient.

Il est 13 heures, c’est l’heure de se lever, puis marche de la chambre au bureau adjacent. Quoi de mieux que l’exercice pour se maintenir en forme ? Je suis un gars ordinaire avec mes rêves et ma collection de foulards et de chaussures, avec mes joies et mes surprises. A mon arrivée dans la pièce qui me sert de bureau, le Mac s’illumine de joie, le smartphone aussi – salutations et témoignages d’affection. Mes amis et moi sommes en route pour une autre journée pleine d’inaction – de tchats virtuels, de visages pixelisés. Nous sommes en 2013, personne ne drague plus ou ne se fait plus draguer dans ce qu’il reste de la « vraie » vie. Nous faisons tous online, agrippés à nos smartphones ou avachis devant nos écrans d’ordinateur. Ceux qui daignent encore mettre les pieds dans de vrais lieux physiques dédiés, et draguer à la « old school » s’aperçoivent généralement assez vite que ceux qui les entourent sont bel et bien physiquement présents mais tous éblouis par le rétroéclairage de leur smartphone où tourne en fond Grindr. Bref.

- Page temporairement indisponible – veuillez vérifier votre connexion internet. Pire mon ordinateur bugge et ne répond plus à mes cliquetis sur le clavier. Drame intersidéral.

J’attends une minute, deux, cinq, cent vingt. Toujours rien. J’ai mal aux pouces à force de me les tourner, mal aux yeux, à l’égo, au cœur, au sexe et au cerveau de ne rien avoir à les offrir à manger. J’ai besoin de voir des pseudos, des images de torses nus décapités, d’images en rafale, de conversations niaiseuses ou stéréotypées. J’appelle mon meilleur ami, Ingénieur Informatique. Il ne peut pas venir aujourd’hui mais il me donne le contact d’un de ses proches amis, que je ne connaissais que de prénom, réputé habiter près de chez moi et qui pourrait m’aider après ses recommandations.

Ça sonne.

- Euh, salut, c’est Dorian, pas « Dori-anne », j’anticipe. l’ami à Hugues, je t’…

- Oui, oui je sais, il m’a prévenu. Tu ne me déranges pas.

- Je n’ai pas posé la question…

- J’anticipe aussi ! Problèmes avec ta connexion internet donc ?

- Oui, mes voisins n’ont pas de souci, je pense donc que cela vient de ma box. En plus mon Mac bugge, il ne répond plus. Tu me sauverais si tu pouvais intervenir. Je créerais une religion animiste et je t’érigerais en dieu que je louerais chaque matin.

- Ha ha ha. Bien trop d’honneur. Je pourrais voir ce que je peux faire pour le bug mais pour la box et ta connexion, je crains que tu aies à appeler ton assistance technique. Tu habites où ?

- Boulevard Lannes. Pas loin de …

- Ah oui, je vois, c’est faisable en 6 minutes à pied

- Parfait. Et tu pourrais venir quand ?

- Là, le temps de sortir mon chien

Il sonne à la porte, j’accoure vers mon sauveur, Il est beau, fin et tout gêné, quelques clics et miracle : plus de bug, j’appelle l’assistance technique pour la connexion internet, ils disent que la connexion est mise à mal par un défaut technique généralisée et que cela sera rétabli d’ici demain, je suis content même si j’ai mon ordinateur sans la connexion, nous prenons le thé. Ça fait bizarre de rencontrer des gens dans la vraie vie et de façon aussi originale. Il m’invite à prendre l’apéro chez lui le soir même « pour éviter de me morfondre chez moi tout seul et de sauver un jeune homme du suicide ». Je ris, j’accepte.

Il est 20h01 et dans deux minutes je vais cogner à sa porte. Je me suis préparé pendant une heure, ça fait longtemps que je n’ai pas eu de date aussi naturel, vrai et spontané, je ne sais plus comment cela est sensé se passer mais je rappelle qu’il faut que je sois beau. Alors je me suis préparé tout bien, tout longtemps et je ne me trouve pas mal ; en tout cas je sens bon.

Il est 20h02 et je me demande si j’ai mauvaise haleine. Je fouille dans les poches de mon trench, je trouve un fond de boite de Tic-Tac surement périmés depuis le temps, mais bon cela fera l’affaire.

Il est 20h03 et je cogne à sa porte. Je sonne, il n’a pas répondu au cognement. La porte s’ouvre et c’est lui : il est tout beau, tout souriant, tout sent-bon.

On a bu du porto et on n’a parlé des émissions que nous regardions, d’Almodovar, de Nabila, des Pubs Dolce & Gabanna, du Franprix d’à côté. Quand je suis rentré chez moi, il devait être 4 heures du matin. Mes pas résonnant sur le pavé humide, j’ai pensé à lui. On avait baisé comme dans Bleu Nuit, doucement et dans le noir, j’avais passé une belle soirée.

Je me suis couché en diagonale dans mon lit, à moitié habillé, l’autre moitié heureux. J’ai fait de beaux rêves.

Clic. Le temps qui reprend.

C’est dimanche, il est 14h, je me réveille. J’ai envie de pisser, j’ai les yeux collés. Débarbouillette, la vie qui se réveille, je prends un paquet de toasts dans la cuisine, lance ma machine à café, et, dans le bureau, j’allume mes amis.

Yes ! Internet est revenu - trêve de réalités, retour à la vie virtuelle.

Retrouvez moi sur Twitter ICI ou écrivez moi à doriangayparis@gmail.com

Song: After the Fall - Norah Jones - 2012

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Il Parait Que J'ai de Belles Fesses

Publié le par Dorian Gay

Il Parait Que J'ai de Belles Fesses

Il parait que j’ai de belles fesses. Il faut alors présumer que les clichés sur les Brésiliens ne sont pas aussi édulcorés ou hyperboliques que cela. J’ai de belles fesses donc. Un beau regard aussi. Une peau douce aussi à ce qu’il parait. En tout cas Samir vient de passer deux bonnes heures à me conter de tels éloges.

Il en 23h00, j’ai froid, je marche, j’engloutis ces 8 minutes qui séparent ma maison de la gare où je viens de raccompagner Samir. Mes pas résonnent dans la nuit, je suis emmitouflé sous mon écharpe et mon manteau. Mon propre parfum, Arpage de Lanvin, connu pour sa lourdeur, m’étouffe, mon jean slim me compresse, ma chemise m’étrangle. Les ruelles sont vides, j’ai envie le temps d’une seconde de me mettre en plein milieu de ce boulevard désert et de compter les minutes qui me sépareraient de l’éventuel passage d’une voiture qui me faucherait. Je me ressaisis, je continue à marcher. Je passe devant toutes ces belles maisons du Domaine Privé dans lequel j’habite, devant ces voisins souvent anonymes qui, à 21h sont déjà dans les bras de leurs époux/ses ou de Morphée. Je ris. J’accélère le pas. Je tourne la clé dans la serrure. Le chat miaule. Je me déshabille complètement. Me masturbe. Eponge la flaque de Côtes d’Ormes sur la moquette – œuvre de la maladresse de Samir. Je prends un verre de lait, m’allonge sur le divan, allume une bougie, pose mon ordinateur sur les genoux, me remémore cette soirée – rictus – je commence à écrire.

Plus tôt dans la journée, alors que je revenais de mon traditionnel cours de Golf du mercredi après-midi, mon téléphone émet le bip reconnaissable parmi mille de la notification de la réception d’un message sur une appli de rencontres gay qui n’est plus à présenter. Franco-Marocain – 27 ans – 1m78 – il m’aborde avec « brun ténébreux très sexy. Envoie-moi une photo de ton beau visage et je te montrerai beaucoup plus...;) ». Généralement, les garçons qui s’autocongratulent ou qui s’affublent d’adjectifs flatteurs m’exècrent mais lui, lui... ; avait toute légitimité pour clamer haut son physique parfait. L’on devinait de l’unique photo reçue de sa part, des cils interminables, réminiscences de ses gènes Arabes, des cheveux noir jais, un sourire – poignard, un buste fort et puissant. Il m’intrigue, Il m’amuse, Il m’excite. Je joue le jeu – le jeu me joue. Il me rappelait fortement et étrangement Ramy, ce libano-iranien, beauté perse sculputurale, premier amour d’adolescence – première déchirure, premiers oreillers mouillés d’amour. Mais Samir était encore plus beau.

Nous échangeons nos numéros de téléphone, il me contacte à la suite – nous échangeons quelques banalités. Je l’invite chez moi le soir même à 20h. Il accepte et me promet ponctualité. J’en suis amusé, j’en deviens niais, les ‘’lol’’ et les ‘’mdr’’ s’entremêlent. Les « j’ai envie de toi » et les « je vais te démonter » aussi.

Je referme le rideau de douche derrière mon corps nu, l’eau est chaude, je continue à penser à lui – partagé entre surprise et intrigue. Je m’habille, allume quelques bougies parfumées et un bâton d’encens, lance la lecture du dernier album de Woodkid, descend à la cave pour en remonter le bon vin, m’allonge livre à la main et l’attend. Il m’envoie plusieurs messages anticipant et s’excusant du léger retard qu’il aura. J’en ris – je suis touché par ces attentions bien trop rares.

Il sonne à ma porte – salutations expéditives – il me suit à l’intérieur, s’assoit sur le canapé, moi sur le divan en face. Il est beau, incroyablement beau, effrontément beau. Chaque regard porté sur moi devient lancinant, son parfum commence lentement à embaumer les lieux déjà bien dénaturés olfactivement par divers artifices. Je lui propose un verre de ce Côtes d’Ormes 2009, il refuse poliment et avance des justifications culturelles et demande plutôt un verre d’eau. Je boirais donc ce vin seul, cet elixir qui au fil des minutes qui passeront, au fil des grammes d’alcool s’accumulant entre mes veines, relèveront le pudibond impudique qu’il m’arrive d’être. Il se lève s’approche – me caresse – commence à se déshabiller – je l’imite. Ce moment est bizarre, solennel, étrange. Il m’étreint et s’allonge sur le dos. Je le suce – profondément, longuement, avec gourmandise et sadisme. Il gémit, il exhale. Il pose sa main sur ma tempe, retient mes mouvements, se relève, appuie sa main sur mes hanches, me fait allonger sur le ventre, s’allonge sur moi, débute de lents mouvements avec son bassin, qui deviennent de plus en plus énergiques. Son souffle se raccourcit, ses mouvements se font presque incontrôlables. Il s’arrête brusquement, se redresse, s’adosse sur le rebord du canapé : « désolé je ne peux pas… ».

Sonné et alcoolisé je ne comprends pas, je me relève presque en sursaut, l’air paniqué.

« Non, non ce n’est pas toi, bien au contraire, tu me plais beaucoup ! Je suis en couple avec une fille et c’est ma première fois avec un mec… »

J’esquisse un rictus – me ressert un verre de vin. Je suis partagé entre une vive déception, une rage égoïste consumante et de la tristesse. Sa compagne, à ce moment-là, était la dernière de mes préoccupations devrais-je avouer, mais il semblait réellement affecté, touché, bouleversé.

Je déteste jouer aux psychanalystes du mercredi avec tous ces garçons en quête consciente ou inconsciente d’eux-mêmes et à la recherche de leur réelle sexualité. Je me sentais pris au piège – dans le labyrinthe des plans culs qui soudain, n’en sont plus.

« Pourquoi tu ne m’as pas dit plus tôt que … enfin… que j’allais être ton premier ? »

« Parce que j’avais peur que tu ne veuilles pas me rencontrer… »

Verre de vin – mon âme et mes ardeurs s’adoucissent – je débande – il me touche- nous nous mettons à parler de lui, de sa vie, de ses fantasmes, de son travail, de ses rêves, de sa compagne, du mariage gay, de la virilité, du poids de la religion, des clichés – sa sensibilité, sa naïveté, sa fraicheur, son altruisme me touchent. Il ignore tout de la nébuleuse gay. Après lui avoir expliqué brièvement que cette sexualité n’était pas « un choix » et que tous les gays ne correspondaient pas aux clichés marginaux et ultraféminisés largement entretenus par les médias, je lui parle de mes articles sur le blog. Je pose ma tête sur son épaule – Woodkid chante toujours en fond – Verre de vin – silence - nos regards se croisent. Une heure s’écoule, sans bruits, sans paroles, sans onomatopées – une heure comme une minute.

Il se remet à rebander. Je n’ose pas réagir. Les minutes passent. La bouteille se vide. Il m’embrasse dans le cou, je l’embrasse sur la clavicule, il m’embrasse plus bas, je l’embrasse plus bas, encore plus bas, encore plus bas… je le suce à nouveau. Il gémit – se contracte – ne tient plus. Il est bien « puceau ». J’arrête. Il se relève violemment – m’étreint à nouveau, m’allonge, se masturbe, jouit. Souffles – Verre de vin.

Nous reparlons, je ne sais plus de quoi, nous nous rhabillons. Il est encore plus beau habillé – il porte très bien les pantalons à pince – Je me souviens maintenant, nous parlions mode et chiffons. J’ai l’impression de le connaitre depuis toujours, de vivre un moment déjà vécu en rêve, la réalisation d’une prémonition, une irréalité.

Ces grands yeux m’observent longuement sur le quai de la gare – je souris – les lampadaires m’aveuglent – le silence est tellement entier que je perçois sa respiration – entier mais pas gênant. Il tente quelques blagues, je ris de bon cœur – il me remercie pour le moment, s’excuse pour les déconvenues – je suis touché par la sincérité de ses attentions.

Il me dit que j’ai de belles fesses. Je prunis. Je ne sais pas si je le reverrais. Je sais juste qu’en 3 heures il a récolté plus d’affection et d’empathie que nul autre en si peu de temps. Je veux le serrer dans mes bras, passer mes mains dans ses cheveux, humer à nouveau son parfum, mettre fin à ses doutes, sentir son ventre chaud contre le mien, lui susurrer que tout ira bien, écarter tout fatalisme et lui dire que son destin n’est pas scellé ni pour lui et ni par lui.

Il est 23h00, j’ai froid, je marche, j’engloutis ces 8 minutes qui séparent ma maison de la gare où je viens de raccompagner Samir. Mes pas résonnent dans la nuit, je suis emmitouflé sous mon écharpe et mon manteau. Mon propre parfum, Arpage de Lanvin, connu pour sa lourdeur, m’étouffe, mon jean slim me compresse, ma chemise m’étrangle. Les ruelles sont vides

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Dorian ou l'Art d'aller dans un Sex-Shop

Publié le par Dorian Gay

Dorian ou l'Art d'aller dans un Sex-Shop
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Le garçon aux carrés de soie

Publié le par Dorian Gay

Le garçon aux carrés de soie

Il y’a quelques jours je vous postais un article sur le Multidating et j’y retranscrivais de façon assez crue, décomplexée voire choquante, une facette de ma personnalité ; Une petite mise en exergue de mon rapport aux autres en matière de rencontres. J’étais chez moi, assis sur mon bureau, les yeux rivés sur l’écran, les doigts immobiles sur le clavier, deux Thés Noirs d’Assam fumant sur la table. Je relisais avec une voix murmurante encore une dernière fois ce que j’allais vous livrer – je cliquais sur le bouton marquant la publication du billet – je reposais mon dos sur le dossier de mon siège et pris une gorgée de thé comme ultime récompense – pencha ma tête vers Thomas qui me regardait et qui était resté silencieux pendant toute mon introspection, silence lourd presque solennel. Thomas est ce bon ami Anglais, charmant jeune homme, Parisien depuis un an, avec lequel je passe beaucoup et temps et qui à nos heures perdues me sert de confident – Le reste du temps, on parle en Anglais, on fait les courses ensemble au temple de la malbouffe Anglaise – Mark & Spencer, et on écume les parfumeries : oui Thomas est multitâche et multifonction.

- « Penses-tu que je sois une mauvaise personne mon petit Tom ? Suis-je excessif ? 7 amants c’est peut-être trop non ? Enfin… sûrement… Mais bon… »

- « Tu es une tortue Dorian»

- « Hein ? »

- « Non, je ne crois pas que tu sois une mauvaise personne, loin de là. Tu es juste toi. Totalement toi. Parfaitement toi – un écorché vif qui se cache, tremblotant sous sa carapace d’acier »

« … » Je reportais la tasse à mes lèvres mais je n’eus aucun reflexe d’ingurgitation. Il avait raison ce con. J’ai peur de tout, de rien, de tout et rien à la fois : peur du vide, peur de la solitude, peur du mensonge, peur des lézards, peur de la douleur, peur des crapauds, peur des microbes, peur des autres, peur de l’imprévisible, peur de l’avenir, peur des rats, peur du travail mal fait, peur des reproches, peur de la ruine, peur de la crise, peur des ruelles mal éclairées, peur, peur, peur…

Quand on est bambin et qu’on a peur, on trouve toujours des solutions : papa nous lit des histoires où la méchante sorcière meurt dans d’atroces souffrances, torturée à la lame de rasoir, défigurée à l’acide et brûlée au Karcher - maman laisse la porte de la chambrette entrouverte et la veilleuse allumée - on nous offre des doudous pour nous réconforter, nous consoler, nous protéger.

Quand on est plus grand, on a toujours des doudous qui nous rendent plus forts, mais ils prennent juste d’autres formes qu’un ours en peluche borgne ou qu’une couverture tâchée et effilochée. Entre ceux qui se sentent impuissants lorsqu’ils n’arborent pas des signes de luxure comme une Rolex ou une Jaeger Lecoultre au poignet, ceux qui se sentent insignifiants lorsqu’ils n’arborent pas une présentation irréprochable en public, toujours tirés à quatre épingles, ceux qui se camouflent derrière leur savoir et leur culture, et ceux… et ceux… et ceux….

Bref, on a beau être adultes, être de grandes personnes, nous avons toujours peur et nous avons tous ces petits doudous, parfois virtuels et abstraits, souvent concrets, qui, plus ou moins inconsciemment nous imperméabilisent contre de vilains monstres.

Mon doudou à moi ? Ce sont les foulards. Ça pourrait être ma bague à l’annulaire gauche que je n’arrive pas à enlever depuis des années ou ce baume à lèvres à base de Karité que j’ai toujours systématiquement dans la poche droite de mon trench, ça pourrait être mon look en général qui me donne en soi pas mal d’assurance, mais ça sera mes foulards. C’est comme ça et pis c’est tout.

Quand j’étais jeune, mon père était souvent absent – absent à cause de son travail qui avait fait de lui un parfait globe-trotter. C’est un homme fort élégant qui a toujours fait attention à chaque détail de son style vestimentaire. Il ne m’a jamais dit expressément qu’il m’aimait – je ne lui ai jamais dit en retour mais je le sais. Il le sait. Nous le savons. Se sentant coupable après chaque voyage, il m’offrait quelque chose, un présent souvent de mon choix et cela était devenu à force une tradition familiale, paternelle du moins. Je lui demandais toujours la même chose – ces mêmes beaux carrés en soie qu’arboraient au cou, dans les cheveux ou autour de la ceinture, les belles femmes blondes, grandes et bien parfumées que je voyais au Club House ou aux cours de Golf le dimanche. J’adorais les porter en nœud – scout autour du cou. Les garçons trouvaient cela bizarre. Les filles en étaient jalouses. Je me trouvais beau. Ces 90 cm * 90 cm autour du cou n’étaient pas juste une découpe de soie, c’était le signe de mon affirmation, de ma différence, du « je t’aime » que je n’ai jamais entendu, c’était ma force.

Les monstres que j’ai combattu avec mes carrés de soie en guise de glaive ne sont plus les mêmes. Ils sont devenus plus insidieux, plus malins, plus fourbes, ils ont muté, ils m’ont infecté.

L’un que j’ai traqué au fil des années et que j’ai (presque) réussi à exorciser s’appelle « Manque de confiance en soi ». Nous le surnommerons MCS. Les gens qui me connaissent disent unanimement de moi que je semble avoir du charisme, un fort caractère, un certain égo et transpirer la confiance en moi… Les gens qui disent cela ne m’ont toujours vu avec un foulard autour du cou et aucun d’eux ne s’est jamais essayé à le défaire. S’ils l’avaient fait, ils auraient coupé la tignasse de Samson. L’esbroufe est trompeuse, la vanité vaine, la verve traître : je n’aime pas ma peau si délicate et capricieuse, je déteste ma modeste taille (1m75), j’exècre tellement parfois ce corps que certains disent pourtant aimer, car il paraitrait qu’en dépit de tout que je plais et que je charme – c’est la légende qui le dit. Je ne me trouve pas drôle. J’ai beau être précoce, je trouve mon intellect quelconque. Je me trouve sans intérêt, sans plus-value, originalité, singularité, telle un énième grain de sable d’Olonne. Mais pourtant… mais pourtant… mon doudou m’a permis jusqu’à ce jour de continuer à entretenir cette belle mascarade – j’enroule un de mes carrés autour du cou le matin – je me parfume – m’observe 17 fois dans la glace - mon armure de platine m’enveloppe et je deviens ce Dorian sans faille.

L’autre monstre dont je poursuis la traque se nomme « Tour de Babel », nous le surnommerons "TDB" et il apprécie particulièrement s’immiscer dans mes rencontres et mes histoires de cœurs (et de coups de reins), ces histoires comme toutes ces autres histoires quelconques, ces histoires comme les vôtres, ces histoires que vous ne trouverez pas dans les romans d’Alexandre Jardin ou de Frédéric Begbeider. Ces garçons qui échangent par écrans interposés, qui se font rire, qui se souhaitent bonne nuit, qui se rencontrent autour d’un thé, qui se regardent, qui se frôlent, qui se sentent, qui s’apprécient, qui font l’amour en refaisant le monde et inversement, qui s’embrassent dans le cou, ces garçons qui se voient et se revoient … jusqu’ à ce que la Tour de Babel écrase de son poids celui de ces deux garçons qui aiment les carrés de soie. Elle le séduit, elle lui ment, elle l’embourbe, lui dit que de toute façon cela finira comme d’habitude : qu’il s’attachera, qu’il tombera peut être même amoureux et que c’est là que le garçon qui aimait moins les carrés de soie, profitant de ce moment de faiblesse, le quittera. Le garçon aux foulards, défaitiste par anticipation teintera la relation de mélancolie – rendant son acolyte tout aussi triste – tristesse répulsive. Comme d’habitude donc, le garçon aux foulards, ressortira de son écrin orange au cheval volant, un doudou qui voudra bien le réchauffer pendant qu’il marchera dans Paris, Barbara dans les oreilles – Comme d’habitude ce doudou salvateur, mouillé et vicié sera teinté de mauvais souvenirs et le garçon aux foulards s’offrir, comme un grand, un énième doudou, plus neutre, sentant bon le neuf. Il trouve juste qu’il a beaucoup trop de doudous maintenant. Son Banquier trouve aussi...

Thomas l’Anglais avait donc parfaitement raison : j’ai peur de la douleur – peur de la déconfiture. J’ai érigé autour de moi des murailles qui au fil du temps, au fil des nouveaux carrés de soie, se sont fortifiées, épaissies, au point où personne ne peut plus y grimper. Certains ont bien essayé d’en effriter les parois mais ils s’en sont arraché les ongles. D’autres encore ont essayé de s’autocatapulter mais ils ont atterri dans les douves. D’autres encore ont tenté la dynamite – inefficace.

Les foulards ne peuvent continuer à être mes béquilles. Il faut bien qu’un jour je songe à ranger mes doudous tout doux, en espérant que pendant ce temps le premier monstre sera définitivement vaincu et que le second sera combattu par un valeureux imprudent qui saura faire preuve d’ingéniosité et de perspicacité. Celui là qui verra mon cou nu, sans artifice, sans protection, sans enveloppe. Thomas avait donc raison… je suis une tortue… une putain de tortue…

Perhaps the ending has not yet been written

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Sexe au Vatican - "Mon Père pardonnez leur car ils ne savent pas ce qu'ils font" Luc 23:34

Publié le par Dorian Gay

Sexe au Vatican - "Mon Père pardonnez leur car ils ne savent pas ce qu'ils font" Luc 23:34

A 21 ans, je crois avoir beaucoup et bien vécu ; comme quoi l’on pas forcément besoin de quitter le douillet Boulevard Lannes pour vivre une trépidante vie Hitchcockienne.

En même temps, comme dirait Amy Winehouse, je suis un jeune homme « who looks for trouble », s’immisçant ainsi plus ou moins sciemment dans des situations des plus incongrues.

On dit bien que les plus belles conneries deviennent à terme les plus beaux souvenirs non ?

L’actualité politique (et religieuse) de ces derniers jours est teintée par la démission du Pape et par la prétendue existence d’un Lobby Gay interne même au Vatican et qui serait l’une des raisons de la démission de ce dernier.

Je ne m’intéresse pas à l’actualité religieuse. Celle ci m’ennuie vite et j’ai l’impression souvent que l’on parle d’un monde parallèle qui n’interfère pas avec ma vie personnelle. Egoïste ? Oui. Je ne m’intéresse qu’à ce qui me touche particulièrement : la fermeture d’un AppleStore près de chez moi, d’un Ladurée, une météo affectant mes vacances ou une grève de transports touchant ma ligne habituelle seraient plus enclins à me faire réagir (vivement).

Cette rencontre datant du printemps dernier, noyée sous tant d’autres rencontres, tant d’autres corps, cette rencontre qui pourrait n’être qu’une énième rencontre routinière sans particulier intérêt mérite d’être à ce titre développée. Pourquoi ? Parce que j’étais moi, et que lui était lui et que nous avions un point un commun : nous portions des robes noires. La mienne, ornée d’une hermine pour défendre sans scrupule et avec la plus parfaite mauvaise foi les clients qui viennent me consulter en tant qu’Avocat, et lui pour marquer sa dévotion envers Dieu et consacrer la voie pieuse qu’il avait choisi. Nous l’appellerons Séraphin, car d’une part c’est beau, et d’autre part cela un beau clin d’œil à sa vocation. Séraphin est prêtre. Prêtre, jeune, beau et homo.

Je suis issu d’une famille Chrétienne et dont les valeurs s’ancrent aussi dans celles d’une France catholique, bourgeoise et traditionnaliste. Pourtant, mes grands-parents sont issus d’une vague d’immigration plus ou moins récente et n’ont incorporé ces valeurs dans leurs vies qu’une fois parfaitement intégrés. Sans rentrer les détails, car cela n’a pas de réel intérêt en l’espèce, la belle chance que j’ai eu et qui m’a évité de me retrouver à la rue à l’annonce de mon homosexualité, renié, rejeté par les miens, ou pire, entrainé en thérapie religieuse comme cela peut être le cas pour tant de cas analogues, fut la relative large ouverture d’esprit de mes parents, qui je crois ont toujours su faire la part des choses et accepter la différence sous toutes ses formes. Des Chrétiens progressistes « New Age » en somme, et qui ont eu, malgré leurs valeurs, un regard critique sur la Chrétienté et sur ces valeurs qu’ils considéraient comme anachroniques et désuètes.

Bref, revenons à Séraphin après cette petite contextualisation. Je rentrais sur Paris après un weekend passé au Marais poitevin avec un bon ami ex – Parisien qui vivait à Niort ; j’étais à la Gare de Poitiers, assis sur un banc, scrutant d’un œil l’affichage qui allait indiquer la voie sur laquelle allait se diriger le train qui me ramenait à Paris. Je m’ennuyais. Un Dorian qui s’ennuie, à défaut de reluquer les mâles qui trainent aux alentours et faire des bonhommes en boulettes de papiers, Grindereute sur son smartphone.

Il était là, tout près connecté à 300 mètres indiquait l’appli, son profil n’indiquant que son âge – 30 ans – et sa taille, le tout sur fond de photo bucolique des Jardins de Versailles. Il m’interpella, m’envoya sa photo spontanément où il arborait un col roulé noir, une coupe de cheveux à la Don Draper et des lunettes très vintage. Un dialogue hors du commun s’installa. Il était beau ; ce genre de beauté presque intemporelle, frappante, touchante. Il me dit qu’il était dans son train et qu’il était juste en pass-by et remontait sur Paris. Quelques minutes plus tard je l’enregistrais en favoris.

Les jours passèrent et nos dialogues devenaient presque quotidiens et routiniers jusqu’à cette matinée où nous en sommes venus à parler d’extrémisme religieux, puis de religion, puis de catholicisme tout court. « Tu es croyant ? » me demanda t’il. A cette question surprenante à laquelle je n’ai pu opposer qu’une réponse maladroite. Il ajouta « je suis croyant pour ma part ». Avec la plus parfaite ironie et l’humour qui me caractérise je renchéris « il ne manquerait plus que tu sois prêtre ! » - « Je suis prêtre … ».

Silence de quelques secondes qui me parurent des heures, comme lorsqu’un grain de sable est coincé dans le grand sablier. Pensant d’abord à une farce et tentant de reconstituer nos dialogues à la lumière de cette nouvelle donnée, l’évidence n’était plus à nier : c’était un homme de Dieu.

J’avais toujours pensé que les prêtres gays étaient des sortes de chimères, de légendes et qu’il était inimaginable d’en rencontrer un par le biais de sa sexualité. Par ailleurs je les imaginais tous vieux, puant l’encens et vivant retranchés dans les plus recluses provinces Françaises et se contentant de poser la main sur la cuisse de jeunes garçons en cours de cathé. Non, jeune, charmant, homosexuel et prêtre, et sur Grindr, c’était presque un oxymore, une équation sans solution.

Curiosité piquée à vif, plus alerte que jamais, je ne pouvais laisser passer cette occasion : j’avais une licorne de l’autre côté de Smartphone et la laisser s’échapper n’était pas envisageable. Je devais donc assouvir l’intrigue sans pour autant l’effrayer et perdre la touche à jamais. J’appris ainsi progressivement qu’il avait des origines italiennes, qu’il passait son temps entre Paris et la région PACA où se trouve son office, qu'il avait un compte Facebook « spécial rencontres », qu’il avait intégré les ordres très jeune, qu’il s’est toujours su gay, qu’il l’a bien vécu et qu’il s’était fait « outé » par un de ses anciens amants, ce qui lui a « juste » valu une réaffectation dans un autre département et un léger rappel à l’ordre de ces supérieurs. Seriously ?

Ce qui n’était qu’une légère curiosité devint un challenge de déterrement quotidien : ces prêtres homos sont-ils isolés ou en réseaux ? Comment rencontrent-ils ? vivent-ils leur sexualité ? Ces doubles vies si substantiellement contradictoires ? Séraphin me promit qu’il répondrait en partie à ces questions mais il voulait d’abord me voir. Il voulait d’abord coucher – et les photos explicites qu’il se mit à m’envoyer furent claires. Echange de bons procédés ?

« Fais-moi signe quand tu remontes en Ile de France » fut le texto qui marqua ma volonté de le rencontrer. Deux semaines plus tard, il était sur le palier, encore plus beau que je le pensais. Il enleva son manteau se déchaussa et me suivit au salon. Tension palpable – silence presque coupable. Il posa la tasse de thé encore fumante que je lui avais servi, s’approcha subitement, posa sa main sur ma hanche et m’embrassa. Il sentait bon. Une heure plus tard, il se reboutonnait, se recoiffait, m’embrassait dans le cou : « j’ai envie de te voir plus ». Je ne répondis pas. A lui de rajouter « Là où je suis à Paris, c’est compliqué pour nous de sortir sans éveiller la curiosité. Je ne pourrais pas me rendre aussi disponible que tu pourrais le souhaiter mais on pourra toujours s’organiser ». Il m’arracha quelques mots « je veux te revoir mais pas que pour (ça). Tu m’as promis aussi de me parler de (vous) ». Il sourit « oui, demain, sur facebook . je te promets ». Je humais une dernière fois son parfum. Il partit.

J’étais ailleurs : ce type de moment où on sait que ce qui vient de se passer est épique mais l’où on arrive pas encore à réaliser, à mettre des mots sur des émotions, à en voir la portée.

Le lendemain, il était comme à son habitude connecté sur le tchat Facebook, publiant photos de paysages normands et souhaitant bonne journée à « ses amis ». Ce qui suit est donc la retranscription de nos échanges :

- Séraphin : Dorian, encore une fois je ne comprends pas pourquoi tu t’entêtes à vouloir savoir ces choses qui ne t’apporteraient rien

- Dorian: Laisse-moi décider de leur intérêt ou non

- S : Tu me manques déjà. Je te veux. Je veux te manger jusqu’à ce que tu n’en puisses plus

- D : Tu changes de sujet !

- S : tu es dur en affaires… Tu es si beau et si doux ce n’est pas ma faute. Je cède à la tentation

- D : C’est le comble pour un homme de Dieu non ?

- S : Haha. Bon, ok. Je t’écoute

- D : Pourquoi prêtre ? Déception sentimentale comme dans la pub Mars ? lol

- S : C’est quoi ? je n’ai pas la télé tu sais. Mais pour répondre à ta question, non par réelle vocation. Ca a toujours été ce que j’ai voulu faire depuis jeune. Le frère de mon père était dans les ordres aussi… quelqu’un d’extrêmement touchant

- D : Quel gâchis ! si jeune ? si beau ?

- S : L’appel de Dieu n’a guère que faire de l’âge, de la beauté ou du physique

- D : Hum… et tu te savais gay depuis le départ ? d’ailleurs gay ou bi ?

- S : je n’aime pas les femmes. Et je l’ai toujours su

- D : Tu conviendras que c’est choquant… enfin surprenant plutôt. Je suis catholique non pratiquant aussi et si je me suis détourné de l’Eglise c’est justement parce que je ne pouvais pas comprendre ce reniement de ce que je suis, homo, alors que je n’ai jamais choisi cette orientation. Je ne pouvais comprendre qu’on me dise d’une part que « Dieu aime tout le monde sans exception » et me dire d’autre part « qu’il maudit les hommes qui couchent avec les hommes et les femmes qui couchent avec les femmes »

- D : tu es là ?

- S : Oui je suis là. Dieu t’aime indépendamment de ta sexualité. Il n’y a pas de doute sur la question

- D : Et pourtant vous dites tous le contraire lors des messes que vous célébrez. Comment peut-on avoir ce double discours ??

- S : Je me suis piégé tout seul

- D : hein ?

- S : je suis fondamentalement un homme, un homme de Dieu certes, mais un homme. Tout ce que nous faisons n’est pas forcément digne de louanges ; la chair parle. Mais à côté, nous faisons tellement pour les jeunes et les personnes en difficulté et je crois que Dieu est plus sensible à cela qu’à nos dérapages charnels ponctuels. Tu me trouves hypocrite ?

- D : Non par charité… et parce que tu embrasses bien

- S : J’estime que je fais bien mon travail et que c’est le plus important

- D : Quelques ave maria et on efface les coucheries de la veille ? :p

- S : Haha

- D : Tu rencontres beaucoup ?

- S : J’aime dialoguer via toutes ces apps. Nous n’avons pas accès à Internet. Mais je rencontre peu en réel. Tu as de la chance ;)

- D : Tu leur parle de ta vocation ?

- S : je parle plutôt d’enseignement religieux. Ils me prennent tous pour un prof dans un lycée catholique du 16ème. Peu de gens savent : toi et deux autres garçons que j’ai fréquenté. Je m’habille comme tout le monde. Je sors de temps en temps : j’aime le Tango.

- D : Ah ! Sexe à quelle fréquence ?

- S : Variable. Je dirais une fois toutes les deux semaines

- D : Pas mal ! Tu penses quoi du célibat des prêtres ?

- S : Je n’en pense rien. C’est Notre Seigneur qui aurait quelque chose à en dire

- D : Le sexe au séminaire, dans l’Eglise, légende ?

- S : Quand tu es dans un milieu où l’autre sexe est absent et où on cultive la négation de la chair et la mortification des sens, ça finit comment à ton avis ? Oui, beaucoup ont des vies parallèles, des femmes, des enfants, des amants. C’est presque nécessaire pour le maintien de l’équilibre

- D : je suis bouche bée, même si je m’en doutais un peu. Et vous ne vous préoccupez pas de tous ces gens qui vivent dans le secret, qui vous « donnent » leurs vies ?

- S : Ça c’est une autre question, moi je suis homo. Les choses sont différentes : je sais que je ne serais jamais en couple et que j’aurais des amants de plus ou moins longue durée. Ça me va… Mais toi… mais toi… je t’épouserais lol

- D : Dieu bénira notre union

- S : Tu es provocateur.

- D : Et vous êtes nombreux ? organisés ?

- S : Parait-il qu’à Rome cela est plus facile. Tout le monde se connait, s’épaule, se présente, introduit des « amants communs ». Ils sortent ensemble, se protègent, se cautionnent mais de là à parler de réseau, je ne pense pas. De toute façon, je n’en fais pas partie. En province c’est différent.

- D : Ce qui me choque c’est que l’on puisse baiser la veille au Dépôt et faire la messe le lendemain et vouer les homos à l’enfer. Problèmes de conscience ?

- S : Par choix, je ne prêche jamais sur les questions de sexualité. Je ne vais jamais dans ces endroits et je ne baise jamais un samedi.

- D : Ce n’est pas un peu facile ? Excuse mon ton si tu le trouves un peu trop inquisiteur. :p

- S : Non

- D : Tu n’es jamais tombé amoureux ?

- S : Pas d’investissement émotionnel loulou

- D : Et tu n’as pas l’impression de vivre une vie gâchée : non épanouie sur le plan sentimental et sexuel et non pleine sur le plan de la vocation ? Comme quoi le compromis n’est pas toujours une solution ?

- S : Je ne me vois pas vivre autrement. La confession est-elle finie mon beau métis?

- D : Que fais-tu ?

- S : J’étudie à la bibliothèque. Je pense à toi…

- D : Punissez moi mon père car j’ai pêché :p

- S : Votre châtiment sera à la hauteur de votre pêché

Depuis ces échanges, Séraphin et moi nous sommes revus à deux reprises en terrain neutre et au fil des rencontres et des réponses, le sentiment de se retrouver face à une nébuleuse immense, sans réelle délimitation s’est accru. Tout était si près, si concret mais en même temps si loin. Avec le recul, mon sentiment est aujourd’hui mitigé entre pitié, tristesse, incompréhension et colère :

pourquoi… pourquoi ? Pourquoi un si beau visage et de si belles lèvres m’embrassent la nuit puis me maudissent le jour ? Pourquoi ces vies gâchées pour un livre qui date de deux millénaires ? Pourquoi tant de fausse haine et d’hypocrisie malsaine ? Pourquoi tant de victimes innocentes, enveloppées du voile du secret – femmes cachées, enfants illégitimes, amants ? Pourquoi une telle mascarade, en dépit de tous les scandales et des non – dits (mais sus) est-elle encore cautionnée ? Arrêtez de prier pour les pêchés de l’humanité, arrêtez de prier pour mon salut et ma rédemption, arrêtez de prier pour me refuser ces droits que vous n’aurez pas et qu’au fond vous jalousez, arrêtez d’utiliser le vieux barbu là-haut comme caution à votre bêtise, cela fait longtemps qu’il crache sur vos âmes. Priez pour vous et ce qu’il vous reste.

Retrouvez moi sur Twitter ICI ou écrivez moi à doriangayparis@gmail.com

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Le fouetteur et le fouetté: loi de Talion

Publié le par Dorian Gay

 

Lorsque je regarde à posteriori ma vie sentimentale, je me rends compte, non sans défaitisme qu’elle a été teintée de regrets. Regrets qui s’inscrivent dans un constat : je suis un sadomasochiste (involontaire) de l’amour.

Effacez de vos esprits coquins toute référence directe à la pratique sexuelle (à laquelle il m’arrive de reconnaitre quelques vertus) ; Lorsque je décide de faire le parallèle c’est sur le plan de la séduction, de la drague, des rencontres.

 

Le fouetteur et le fouetté: loi de Talion

 

Sadique pourquoi ? Parce qu’aujourd’hui, bien que jeune célibataire relativement bien entouré, je me suis rendu compte que je me suis retrouvé, au fil des rencontres, plusieurs fois face à de charmants garçons, qui en tout point, pouvaient me combler, mais à vis-à-vis de qui je suis resté fermé car « c’était trop beau, trop facile ».

J’ai en effet toujours pensé que l’amour était une sorte de lego ou de meuble IKEA en kit si vous préférez ; et que la bien curieuse vie nous mettait de temps en temps devant un kit ou un tas de LEGOS différents et nous mettait au défi de l’assembler comme des grands et qu’on devait au final se contenter, en fin de montage, d’un meuble bancal (car il manque toujours une pièce dans les meubles IKEA) ou d’une construction LEGO difforme.

 

Bref, qu’en matière d’amour, rien n’était livré plié, emballé avec un joli papier cadeau et un sublime nœud en satin surplombant l’ensemble. Ou du moins je l’ai toujours pensé…

 

Ces croyances irrépressibles m’ont ainsi, de façon plus ou moins inconsciente bien sûr, poussé à me refermer comme une huître dès que je me retrouvais devant un kit IKEA COM-PLET, un spécimen qui satisfaisait tous les critères de ma checklist du parfait gendre à maman.

Je me souviens de ce jeune (et magnifique) brun méditerranéen ténébreux, Franco – Italien de 26 ans qui habitait Tours, rencontré à l’angle d’un chat il y’a maintenant un an, et avec lequel j’ai correspondu pendant deux bonnes semaines avant qu’il m’enjoigne à passer le weekend avec lui, chez lui. Fabuleuse idée. Physiquement il était un hybride entre Enrique Iglesias et  Matt Bomer. Sainte Marie qu’il était bien foutu. Il entretenait savamment sa barbe de 3 jours qui lui donnait un air viril à se damner. Cerise sur le gâteau : la nature, dans un grand moment d’ironie (ou d’égarement) n’avait pas oublié de bénir ce qui pendait entre ses jambes ;

 Moins superficiellement, il était humour même et sa culture était impressionnante. On virevoltait donc alternativement entre chair et intellect, câlins passionnels et passionnés dont le souvenir me fait encore frissonner, à de passionnants débats sur l’instrumentalisation des médias dans la mouvance de la mondialisation ; entre shopping chez Ralph Lauren et visites d’Eglises. Il était présent, attentionné, réconfortant, sensible, vrai. Ma mère (à qui il faut reconnaitre une belle intuition et beaucoup de goût), que j’avais à tort cru en Weekend SPA et Détente à la Roche Posay, l’avait croisé très rapidement, alors que je l’avais invité à bruncher dans le jardin de la maison, un dimanche. Elle l’avait trouvé exquis malgré la furtivité de son passage et n’a pas tari d’éloges à son égard pendant les semaines qui ont suivi.

 

Et pourtant... et pourtant… je n’ai pas su le retenir, je n’ai pas su me lâcher, je n’ai pas su me dévoiler, agrippant de toutes mes forces la carapace en acier forgé qui me recouvrait. Ainsi, après son voyage - loisir à New York de deux semaines en fin d’année, pendant lequel j’avais été tenu quasi – quotidiennement de ses péripéties Big –Appliennes, j’ai insidieusement et progressivement disparu, comme j’étais venu dans sa vie, aussi facilement que le « salut » d’un chat …

Je me faisais rare, fantomatique, répondant de moins à moins à ses sollicitations, à ses messages, à ses pensées, jusqu’ à ce qu’il y’en ai plus un seul.

 

Le fouetteur et le fouetté: loi de Talion

 

Je me souviens aussi de cette autre perle rare, ce non moins sublime grand blond aux yeux bleus, de 24 ans au physique quasi – Aryien, beau à enchaîner des nuits blanches, gentil à souhait, et qui (aussi), remplissait tous les critères de ma checklist utopique. L’on avait passé des nuits exquises, des journées jouissives, une relation idyllique se profilait… avant que l’huitre se referme subitement et que le même scénario de relâchement se reproduise, entrainant chez lui SMS désespérés et désespérants, larmes au téléphone et lettres teintées d’incompréhension : « that was too easy ».

Hier, la propriété vide, malade, grippé comme un chien au fond de mon lit King Size, la voix mélancolique de Jarrousky émise par ma sono résonnant sur les murs, ayant comme seul compagnon Nougat, mon nounours bigleux, la question de savoir quel avait été le problème, m’a hanté.

La réponse grave, presque fataliste, se dessina progressivement : je suis un sadique sentimental, ou du moins je présente tous les symptômes de ce mal. Je n’arrive pas à être moi, à me lancer vulnérablement dans un début de relation, lorsque tout va trop bien, tout est trop parfait. J’ai l’impression, surement fausse et névrosante, que c’est un peu comme un trench coat Burberry Made In China – beau à l’extérieur mais non dépourvu de défauts d’imperfection cachés ; ou alors que c’est une énième réminiscence du manque de confiance qui me ronge (et que très peu de gens perçoivent) et qui me fait douter du véritable attrait de ces «mecs – édition limitée » pour moi.

C’est aussi peut être le fait qu’à force d’entendre « le beau et le bon ne se mélangent pas dans un même corps et inversement» que j’ai été amené à rejeter toutes les ‘’erreurs de fabrication’’, préférant des moins beaux mais bons, ou des moins bons mais beaux. En gros, toujours amené à choisir entre le « moche adorable et cultivé » et le « sublime mais con comme un poireau ». A vrai dire je ne sais pas, je ne sais plus…

Le fouetteur et le fouetté: loi de Talion

L’autre versant de mon mal, car, oui, ce mal est autoreverse, c' est le masochisme qui prend deux tournures tout aussi vicieuses. La première, corollaire caché du sadisme et du manque de confiance en soi, est ne pas ne considérer méritant des grâces et de l’ironie de la vie et fuir comme la peste ses bénédictions. La seconde tournure, relativement plus importante est cette attirance, parfois malsaine pour les garçons qui n’ont guère que faire de moi. Et là les exemples foisonnent par ci et par là, ces mecs entretenant le culte l’indifférence à mon égard, le désintérêt parfois maquillé. Bref ces garçons souvent quelconques, mais rebelles à mes charmes… comme si l’échec n’était pas, à mes yeux, une option envisageable. Obsédants, ils ont été ; Blessé (volontaire et conscient) par ces amours impossibles j’ai été.

« Cours moi, je te fuis – Fuis moi, je te cours »

Je ne me comprends pas, je ne me comprends plus à vrai dire…

Pourquoi cet attrait pour la difficulté ? Pour les complications ? Pour les challenges ? Alors même que la vie, comble de l’ironie, vous offre parfois tout sur un plateau d’argent Christofle ? Pourquoi j’aime tant cette pièce qui fait défaut quand je monte un meuble IKEA ? Pourquoi je ne peux pas me résoudre à faire appel à un menuisier et siroter pendant ce temps un Americano ?

Les moins empathiques d’entre vous me diront surement que je n’ai là que la monnaie de ma pièce et que je la mérite. Ceux qui me prennent en pitié (dont je ne veux pas) diront qu’il s’agit là d’une histoire de Karma et d’application divine de la loi du Talion, comme Blair Waldorf qui disait (OUI, je dis non aux clivages des sources de culture ! je peux aussi bien citer Neruda que Sailormoon) : « Karma’s only a bitch if you are ». Well, I guess I was…

 

Je sors fumer ma clope mensuelle bien que malade, et maudire sur 7 générations celui qui m’a refilé sa grippe.

 

Il faut que j’arrête Jarrousky, les cantates déteignent sur moi…

A bientôt

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