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journal (pas tres) intime

Une fleur dans le béton

Publié le par Dorian Gay

Une fleur dans le béton

Bitume froid, symphonie métallique des vas-et-viens du métro, cliquetis des souliers sur le pavé, bips intempestifs des pass Navigo, tourbillon de vies qui s'assemblent et se désassemblent le temps de deux stations de métro, d'un café en terrasse, d'un regard furtif porté sur un inconnu qu'on ne recroisera plus jamais et qui se noiera dans l'océan d'autant illustres inconnus : voilà comment j'ai pendant longtemps appréhendé Paris.

 

Une sorte de grosse machine fumante et sonore qui broie inlassablement le temps, les rêves et les dernières réminiscences de convivialité et d'altruisme. Ville où le soi est roi et où nous faisons tous la même chose, affrontons chaque jour nos longues minutes de métro, visages inexpressifs et froids, travaillons dans une boîte que nous n'aimons pas pour un patron que l'on aime encore moins pour gagner le précieux pécule nécessaire à nous assurer à peine la pérennité de la location bien trop chère de l'appartement dans lequel nous cachons la réalité de nos aspirations, tout en prétendant s'en complaire parfaitement et jurant ne pas s'imaginer vivre ailleurs.

 

Nous répétons inlassablement les mêmes choses, aspirons à un appartement un peu plus grand, une paie un peu plus généreuse, un arrondissement un peu plus sympathique, un peu plus de temps pour nos activités extraprofessionnelles et nos amis, à se mettre nos propres comptes ou le non moins célèbre «l'année prochaine je plaque tout et je monte ma boîte».

 

Parisien de naissance, je crois que les charmes de Paris se sont évaporés au fil des années, ou du moins sont devenus invisibles à mes yeux laissant place à une sorte d'étanchéité sur laquelle sont venus se superposer l'ennui, la sensation de voir les mêmes têtes et les mêmes endroits.

 

Je déménageais donc en début de mois, quittant le confort douillet et rassurant de l'ouest parisien dans lequel j'avais pris racine et ce qu'il y'a de propre aux déménagements c'est qu'ils mettent face à vous la réalité de votre vie. On retrouve derrière ces meubles sédentaires que nous ne déplacions jamais, des objets égarés. Nous retrouverons dans des coins de porte abîmés, dans des petites tâches au mur, dans de vieilles photos coincées dans l'angle d'une commode, des fractions de passé et souvent même de l'oublié. On se rend aussi compte assez ironiquement que notre vie aussi longue et riche soit-elle peut parfaitement tenir dans un utilitaire 12m2.

 

Et à la fin, quand tout ce qui vous était cher est délicatement emballé dans des cartons et que les lieux sont vides, aseptisés, comme si tout ce que vous aviez vécu se tourne aussi vite qu'une page de magazine, on remet symboliquement les clés ces quatre murs à quelqu'un, souvent inconnu qui lui aussi va y inscrire une partie de sa vie.

 

Les déménagements sont aussi synonymes de nouveaux départs. Convaincus que de nouveaux mètres carrés, de nouveaux voisins, un nouvel ''épicier arabe d'à côté" et une nouvelle déco de circonstance effacent ce qui fut et ouvrent le champ d'un nouveau possible. Et ma foi… cela marche plutôt bien.

 

Je ne saurais dire si cela est éphémère ou juste dû à l'émulation née de la nouveauté mais je me surprends à retrouver les charmes de Paris, ou du moins à retrouver une sensibilité à ces choses que l'on ne voit plus, un peu comme un ex fumeur qui retrouve la plénitude de son sens olfactif. Non, je ne m'émerveille pas devant l'imposante tour Eiffel, l'Arc de Triomphe ou le fourmillement sur les Champs Elysées. Je ne suis toujours pas plus ému par la beauté de Notre – Dame, des immeubles Haussmanniens ou de la place de la Concorde mais je suis plus que jamais séduit par ces petites maisons nichés dans l'est Parisien, je reste sans voix quand je contemple Paris la nuit depuis un point d'altitude, m'amusant comme Amélie Poulain à m'imaginer ce que font ces inconnus dans ces immeubles illuminés à ce moment précis. Je retrouve la beauté intacte des quais de Seine en fin d'après-midi, la fraicheur du Parc Monceau en début de matinée, de chiner et de trouver des trésors dans ces petites échoppes cachées derrière de grands immeubles de béton, de rendre un sourire à des touristes qui vous l'offrent désespérément, le tumulte autour des terrasses en été, le plaisir de se faire des petits trajets en vélo, l'effort de regarder tout simplement ces autres nous entourent et que l'on finit par ne plus voir. Réceptif? Je crois que c'est le mot.

 

 

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La Fleur Dans Le Béton

Publié le par Dorian Gay

La Fleur Dans Le Béton

Bitume froid, symphonie métallique des vas-et-viens du métro, cliquetis des souliers sur le pavé, bips intempestifs des pass Navigo, tourbillon de vies qui s'assemblent et se désassemblent le temps de deux stations de métro, d'un café en terrasse, d'un regard furtif porté sur un inconnu qu'on ne recroisera plus jamais et qui se noiera dans l'océan d'autant illustres inconnus : voilà comment j'ai pendant longtemps appréhendé Paris.

Une sorte de grosse machine fumante et sonore qui broie inlassablement le temps, les rêves et les dernières réminiscences de convivialité et d'altruisme. Ville où le soi est roi et où nous faisons tous la même chose, affrontons chaque jour nos longues minutes de métro, visages inexpressifs et froids, travaillons dans une boîte que nous n'aimons pas pour un patron que l'on aime encore moins pour gagner le précieux pécule nécessaire à nous assurer à peine la pérennité de la location bien trop chère de l'appartement dans lequel nous cachons la réalité de nos aspirations, tout en prétendant s'en complaire parfaitement et jurant ne pas s'imaginer vivre ailleurs.

Nous répétons inlassablement les mêmes choses, aspirons à un appartement un peu plus grand, une paie un peu plus généreuse, un arrondissement un peu plus sympathique, un peu plus de temps pour nos activités extraprofessionnelles et nos amis, à se mettre nos propres comptes ou le non moins célèbre «l'année prochaine je plaque tout et je monte ma boîte».

Parisien de naissance, je crois que les charmes de Paris se sont évaporés au fil des années, ou du moins sont devenus invisibles à mes yeux laissant place à une sorte d'étanchéité sur laquelle sont venus se superposer l'ennui, la sensation de voir les mêmes têtes et les mêmes endroits.

Je déménageais donc en début de mois, quittant le confort douillet et rassurant de l'ouest parisien dans lequel j'avais pris racine et ce qu'il y'a de propre aux déménagements c'est qu'ils mettent face à vous la réalité de votre vie. On retrouve derrière ces meubles sédentaires que nous ne déplacions jamais, des objets égarés. Nous retrouverons dans des coins de porte abîmés, dans des petites tâches au mur, dans de vieilles photos coincées dans l'angle d'une commode, des fractions de passé et souvent même de l'oublié. On se rend aussi compte assez ironiquement que notre vie aussi longue et riche soit-elle peut parfaitement tenir dans un utilitaire 12m2.

Et à la fin, quand tout ce qui vous était cher est délicatement emballé dans des cartons et que les lieux sont vides, aseptisés, comme si tout ce que vous aviez vécu se tourne aussi vite qu'une page de magazine, on remet symboliquement les clés ces quatre murs à quelqu'un, souvent inconnu qui lui aussi va y inscrire une partie de sa vie.

Les déménagements sont aussi synonymes de nouveaux départs. Convaincus que de nouveaux mètres carrés, de nouveaux voisins, un nouvel ''épicier arabe d'à côté" et une nouvelle déco de circonstance effacent ce qui fut et ouvrent le champ d'un nouveau possible. Et ma foi… cela marche plutôt bien.

Je ne saurais dire si cela est éphémère ou juste dû à l'émulation née de la nouveauté mais je me surprends à retrouver les charmes de Paris, ou du moins à retrouver une sensibilité à ces choses que l'on ne voit plus, un peu comme un ex fumeur qui retrouve la plénitude de son sens olfactif. Non, je ne m'émerveille pas devant l'imposante tour Eiffel, l'Arc de Triomphe ou le fourmillement sur les Champs Elysées. Je ne suis toujours pas plus ému par la beauté de Notre – Dame, des immeubles Haussmanniens ou de la place de la Concorde mais je suis plus que jamais séduit par ces petites maisons nichés dans l'est Parisien, je reste sans voix quand je contemple Paris la nuit depuis un point d'altitude, m'amusant comme Amélie Poulain à m'imaginer ce que font ces inconnus dans ces immeubles illuminés à ce moment précis. Je retrouve la beauté intacte des quais de Seine en fin d'après-midi, la fraicheur du Parc Monceau en début de matinée, de chiner et de trouver des trésors dans ces petites échoppes cachées derrière de grands immeubles de béton, de rendre un sourire à des touristes qui vous l'offrent désespérément, le tumulte autour des terrasses en été, le plaisir de se faire des petits trajets en vélo, l'effort de regarder tout simplement ces autres nous entourent et que l'on finit par ne plus voir. Réceptif? Je crois que c'est le mot.

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Billet Double : Blind Date Vs Marseillais Do It Better

Publié le par Dorian Gay

Billet Double : Blind Date Vs Marseillais Do It Better

PART 1 - BLIND DATE

A l’Andy Wahloo, dans le 3ème arrondissement, rue des gravilliers, un soir d’automne, je suis seul à une table, je dévisage une demie–bière en attendant ce garçon que je n’ai jamais vu. C’est le deuxième blind date de ma vie. Le premier avait flopé atrocement, non seulement le « jeune homme » comme il était vendu sur son profil sur internet n’était pas si jeune que cela, s’étant lifté d’une bonne vingtaine d’années; mais aussi car il affichait les intolérants affres visiblement non assumés de l’âge, et maladroitement camouflés derrière des jeans bien trop serrés, des boutons de chemises bien traîtres, une peau étouffée par une couche bien trop épaisse de maquillage – subterfuge. Vous imaginez mon stress.

D’abord, va-t-il savoir que je suis moi ? J’avais dit que je porterais un chandail rouge, mais mon seul chandail rouge était sale, alors je suis gris. En réalité, je lui avais dit que je porterais un polo rose et un béret noir. Je croyais qu’il n’y aurait pas grand monde dans la place, un jeudi à 21 heures, je ne sais pas. Je m’étais trompé, bien sûr. Plein de monde, plein de garçons seuls surtout. Comment je fais pour savoir qu’il sait qui je suis, comment je fais pour être sûr qu’il ne pensera pas que je suis l’un des autres ? Et s’il découvre qu’il s’est trompé de garçon et qu’il a l’air déçu parce que l’autre était plus beau ?

Puis lui, de quoi aura-t-il l’air ? J’ai la phobie des vilaines dents et des mono sourcils. Mon ami Hugues m’a dit qu’il était beau et brun, mais je n’ai pas pu placer ma question dans la conversation. Et il a un mono sourcil ? De belles dents ? Je me connais, cas échéant je risque de laisser transparaitre ma déception et de faire une fixation malsaine sur la bouche ou le front de mon interlocuteur tout au long du rendez–vous galant. Et si, au contraire, il est bien trop beau, je vais trembler comme quand je faisais des exposés oraux en anglais au secondaire. Je suis un trembleux.

Et puis de quoi on parle à un garçon avec lequel on n’a jamais conversé et que l’on a jamais rencontré, je vous le demande. Je ne suis pas charmeur, je ne suis pas bourré d’entregent, je ne suis pas Monsieur mots. J’ai une liste de sujets dans ma tête, en cas de vide dans la conversation, et si ma liste s’épuise, je pourrai toujours parler de ma liste. Je ne suis pas très interactif avec les garçons. Je préfère parler de moi, vous l’avez remarqué, sinon vous ne seriez pas ici, monologue sur ma vie et mes angoisses. Je ne sais jamais quoi poser comme question à un garçon pour lui montrer que sa vie m’intéresse. C’est parce que sa vie ne m’intéresse pas. Pas tout de suite.

Comment ai-je pu avoir tant d’aventures dans le passé ? Moi non plus je ne sais pas.

Dix minutes à dépenser autant d’énergie. Il est neuf heures pile, l’heure du rendez-vous, et je ne sais plus. Pourquoi je me suis planté dans ce bar impersonnel, pourquoi je m’en fais tant, pourquoi je réfléchis trop ? Je me fais mal à penser trop. Mes ongles sont morts, je les ai tous mangés, et pas juste les ongles, les doigts aussi, mal aux dents. Comment ça s’écrit pitoyable ?

***

Il est 23 heures. Il n’est pas venu. Je suis épuisé. Pour rien. Y’avait The Voice sur TF1. Merde.

Billet Double : Blind Date Vs Marseillais Do It Better

Part 2 - MARSEILLAIS DO IT BETTER* (Les Marseillais le font mieux)

Vous savez ce que je trouve de plus beau dans cette chose morne et bien souvent monotone qu’on appelle « la vie » ? Et bien ce sont les choses et les événements sur lesquels on n’exerce aucun contrôle. Ces moments où quelqu’un ou quelque chose, peut-être ce que des illuminés appellent « le destin », dieu, sheitan ou le hasard, tiennent les rênes de votre vie. Ces jours où vous vous retrouvez petite bille de métal froid dans un jeu de flipper, tantôt malmené ou béni par les règles du jeu.

Et ce qu’il y’a de poétique dans ces moments, c’est de constater qu’ils peuvent naître de tout. Tout comme un SMS que l’on reçoit neuf mois plus tard. Neuf mois comme une naissance.

Billet Double : Blind Date Vs Marseillais Do It Better

Je n’allais pas bien en fin d’année, névroses vivaces et pétulantes. Paris m’ennuyait et m’asphyxiait. Je me réveillais avec la lancinante sensation de revivre inlassablement les journées de la veille, de la veille de la veille, ces mêmes rituels, ces mêmes conversations tantôt cyniques ou niaiseuses à la machine à café, ces mêmes 17 minutes de trajet par jour, ces mêmes invitations par ci et par-là qui riment avec fleurs ou bouteille de vin, ces mêmes événements auxquels on assiste par complaisance, s’efforçant de sourire et de répéter toujours aussi inlassablement à des personnes que l’on croise inéluctablement, l’Hymne du Parfait Parisien Mondain : je vais bien - tout se passe bien – telle expo était sublime – je vais ici en vacances – on devrait se faire une bouffe un de ces quatre tiens.

Le remariage du patriarche de la Famille qui affiche 82 belles années et une santé qu’il m’arrive moi-même de jalouser, avec D. , (beaucoup) plus jeune mondaine en octobre à Saint Tropez, où s’était exilé mon grand-père il y’a une dizaine d’années tombait donc à point nommé, espérant que l’air méditerranéen, le style de vie indolent de la Côte d’Azur ainsi que l’euphorie qui entoure tout projet matrimonial, auraient vite fait de tordre le cou à cette routine pernicieuse.

Je ne frétillais pourtant pas d’impatience et d’enthousiasme à l’idée de passer deux semaines sous le même toit que le patriarche dont la réputation terrible de maniaque-colérique-psychorigide-capricieux qu’il traînait depuis toujours suffisait à refroidir toutes les ambiances des rares fêtes de fin d’années auxquelles quelques valeureux membres de la famille osaient encore le convier.

J’avais donc emprunté une voiture et pris l’habitude, dès l’aurore, de parcourir des centaines de kilomètres dans les profondeurs de la région, seul, m’arrêtant dans quelques villages dont le charme m’interpellait, et ne rentrais qu’à la tombée de la nuit à la maison, où j’ avais insisté pour occuper la maison d’ami, seul, qui avait l’avantage de se trouver certes sur le même terrain que celle où s’entassaient tantes et cousins, mais à 400 mètres de cette dernière, qui étaient largement dissuasifs.

C’est après une journée comme celle–ci, poussé par une curiosité presque exceptionnelle que je me suis retrouvé sur un site de rencontre régional. Et c’est sur ce site que Jean-Baptiste m’a très naturellement abordé, peut être même trop naturellement, et dont les messages fréquents ponctuèrent une bonne partie de mon séjour Tropézien. Il était beau. Il était gentil et semblait intéressé, outre le dialogue sympathique, par quelque chose de beaucoup plus durable et qui s’inscrirait dans le temps.

Marseillais, il avait insisté pour effectuer le trajet de deux heures en voiture qui séparent Marseille de Saint Tropez dans le seul dessein, très flatteur, de passer une soirée avec moi avant la fin de mes vacances.

Et c’est face à un tel engouement, exceptionnel pour moi, que mes démons ont refait surface, ceux-là même qui n’acceptent pas les rencontres « trop faciles », trop simples, trop spontanées, trop flatteuses, comme si chaque rencontre potentiellement intéressante devait se mériter à la suite d’une longue bataille psychologique, hormonale et stratégique de séduction et d’argumentation.

Je lui ai donc opposé moult objections et prétextes afin de refroidir ses ardeurs : « c’est bien trop loin, aurons-nous vraiment le temps ? Et puis moi je repars bientôt ». Objections qui ne venaient que camoufler maladroitement l’envie d’y croire, de couver l’utopie selon laquelle tout est possible. Envies très vites étouffées par les peurs diverses qui enfouissent leurs racines dans mes expériences antérieures et ma crainte presque phobique des relations à distance.

Je croyais donc, du haut de mon cynisme et de mes tentatives d'auto-conviction que cet intérêt mutuel, qui était à mon sens, de toute façon voué à stérilité, s'était éteint, après mon retour à Paris et l’évanescence de progressive de nos conversations virtuelles.

9 mois sont donc passés, 9 mois qui effacent, classent, trient toutes ces relations éphémères. Je n’aurais cependant pas dû sous-estimer Jean Baptiste comme le prouve ce premier SMS.

18h15, avenue de Madrid, il a loué un appartement pour son séjour. J’ai passé 3 minutes à me recoiffer dans la glace de l’ascenseur. Je n’ai sonné qu’une fois. Des bruits de pas qui résonnent sur un vieux parquet se font entendre dans un bruit croissant. La porte grince et s’ouvre. Il apparaît et nous restons là, lui tenant la poignée ronde de la porte et moi les ances d’un sac bien trop lourd, quelques secondes à se demander ce que l’on fait là, et surtout qu’est-ce qu’on aurait bien pu faire là si cette journée passée si vite n’avait pas pris cette tournure.

Puis il a ouvert une bouteille de rouge qu’il avait ramené du Sud "par anticipation", a commandé des sushis, m’a demandé si j’aimais, j’ai répondu d’un « oui » vide de circonstance, encore frappé par l’irréalité du moment. Il a répété une dizaine de fois qu’il n’était pas fou, plus pour se convaincre que pour m’en assurer, je lui ai dit qu’il avait de grandes mains et je me suis réveillé, le lendemain dans cet appartement bien trop propre, bien trop calme, après une nuit bien où nous fûmes bien prolixes, dans des draps bien froissés qui sentaient mon propre parfum et le shampoing boisé d’un brun qui avait l’accent chaud et chantonnant du sud dont il m’arrive de tant me moquer, un brun encore endormi et un peu fou qui semble bien m’aimer depuis quelques temps et qui défie effrontément mes peurs. La fenêtre est ouverte sur rue vide, l’air est frais et humide, chargé d’odeurs de vies qui se réveillent et de nuits qui s'évaporent. Puis de grandes mains vous font la surprise de vous tenir la taille. Et, sans savoir pourquoi, sans savoir comment, vous éclatez d'un rire sonore, juste amusé et béat devant cette vie bien drôle et bien rigolote.

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L'Amour, l'Argent, la Santé : Mon Couple Avec Ryan Gosling

Publié le par Dorian Gay

L'Amour, l'Argent, la Santé : Mon Couple Avec Ryan Gosling

* Ce billet est inspiré de faits réels... ou presque.
** L'auteur cultive l'art de la double lecture... ou triple selon son humeur.


J’ai rencontré un génie l’autre jour dans un bar.

Bar branché, lumières tamisées, sofas confortables, les filles en petites robes sexy qui n’osent pas s’écraser, le dos droit sur le coin du coussin, les jambes croisées, des talons vertigineux aux pieds, des ongles impeccablement vernis, des soutiens gorge wonderbra, la classe. Et des garçons tout aussi beaux, bruns, blonds, châtains, dont les poils virils dépassaient du col de leurs chemises, elles-mêmes glissées sous des jeans flatteurs et des ceintures chics. C’était plein de monde, plein de mode aussi, vraiment très plein, des grands gars forts, des grandes filles minces, des milliers d’euros de vêtements par mètre cube, qu’est-ce que je faisais là me direz-vous. C’est à côté que je devais rencontrer des amis, mais j’ai mal lu l’adresse, et je suis entré là, dans ce bar surbranché, une chance que je n’étais pas trop mal habillé.

En entrant, je ne voyais pas grand-chose, lumière tamisée je vous l’ai déjà dit, et plein de monde, je vous l’ai dit aussi. Dans ces circonstances, la recherche des amis est difficile. J’aurais parié qu’ils étaient complètement au fond. J’aurais perdu, bien sûr. Mais je ne le savais pas à ce moment, et il fallait que j’aille voir. En glissant d’un carré du plancher à l’autre, en frôlant toutes ces peaux bien hydratées et parfumées, en effleurant contre mon gré les bras velus de ces garçons superbes, je me suis senti un peu mal et , d’un geste de recul j’ai un peu frotté une lampe sur patte disco qui mettait de l’ambiance. Et il y’a un génie qui en est sorti.

  • Bon ben, je n’ai pas le choix, tu m’as fait sortir de là, t’as droit à trois vœux. Mais viens dehors, on étouffe ici.

Moi j’aurais cru qu’on étouffait plus dans une lampe que dans un bar, mais je n’ai jamais vraiment été dans une lampe. J’ai suivi le génie jusque sur le trottoir. C’est vrai qu’on était mieux là qu’à l’intérieur, et, en plus, le génie risquait moins de se sauver. On ne sait jamais. Des génies malhonnêtes ça doit exister…

  • J’ai trois vœux c’est ça ?
  • Oui.
  • Je peux commencer par le troisième ?
  • Han ?
  • Non, non, c’t’ une blague.
  • Ah bon ! Si tu veux, tu pourrais faire le vœu de devenir drôle…

J’étais tombé sur un génie cynique. C’est bien ma chance ça.

  • Je peux faire le vœu d’avoir trois vœux ?
  • Je l’ai déjà entendue, celle-là.
  • Moi aussi, mais je la trouvais bonne.
  • Pas moi, non tu ne peux pas.

Finalement ce n’était pas tant un génie cynique qu’un génie bête.

  • Je peux faire un vœu qui a rapport à l’amour ?
  • Oui petit
  • C’est parce que dans Aladin, il ne pouvait pas…
  • Ici on n’est pas dans la tête de Walt Disney, on est dans la vraie vie.

Bête et réaliste. Le pire génie, j’imagine. Qu’est-ce qu’il faisait dans une lampe disco ?

  • Est –ce que vous choisissez vos lampes ?
  • Ecoute, je n’ai pas le temps de répondre à toutes tes questions niaiseuses, fais tes vœux, qu’on en finisse.

Bête, réaliste et impatient. Ou bien c’est moi qui suis fatigant… Bon. Trois vœux. En théorie, si on est intelligent, c’est deux de trop. Mais là, je vais découper le vœu idéal en deux, j’ai pas très envie de me faire engueuler par le génie. Premier vœu : l’argent. Bon, je sais, l’argent ne fait pas le bonheur, mais je vous y verrais, moi, avoir trois vœux et ne pas prendre d’argent…

  • Dix milliards d’euros dans mon compte en banque, en permanence. C’est mon premier vœu.
  • C’est fait.
  • Pas de feux d’artifice, pas de fumée, pas d’explosion, c’est tout. Tu réalises les vœux, comme ça, sans spectacle ?
  • Tu peux faire le vœu d’avoir des explosions, de la fumée et des feux d’artifice si tu veux.
  • Non, ça va aller… Mais là, je suis vraiment milliardaire ?
  • Oui.

Cool. Deuxième vœu : l’amour bien sûr. C’est ce qu’on veut tous n’est-ce pas ?

  • Mon deuxième vœu, c’est que Ryan Gosling et moi soyons amoureux l’un de l’autre pour le reste de nos jours, à partir de maintenant.
  • C’est fait.

Et pouf, je me suis retrouvé avec Ryan Gosling qui me mettait la main autour de la taille, les yeux pleins d’affection, comme ça. Et mon Dieu, j’étais vraiment amoureux de lui. La puissance d’un génie, c’est fou.

  • Mon troisième vœu, c’est la santé pour Ryan et moi.
  • C’est fait, ça ne te rend pas immortel.
  • Pas de problème, c’est déjà pas mal.
  • Au revoir.
  • Merci, génie.
  • Oui, c’est ça, dégage maintenant.

Et c’était le début de ma nouvelle vie.

L’argent, c’est chouette l’argent. On peut tout faire, tout le temps, avec n’importe qui. On devient beau grand fort et séduisant du jour au lendemain. Tout le monde en veut, de notre argent. On devient tout ce que j’ai toujours voulu être, beau, grand malgré mes 1m75, le meilleur, le plus fin, c’est tout ce qu’on me dit en tout cas, et je préfère le croire. On arrête de travailler et de prendre le métro, on ne va plus à la cantine, on ne craint plus les fins de mois, on s’habille bien, on voyage beaucoup, on va dans les magasins et on se sent Julia Roberts dans Pretty Woman, sauf que l’American Express Black est la notre et qu’on ne la rend pas après.

On est invité dans les soirées les plus trend. C’est drôle. Tenez, la semaine dernière, je me suis retrouvé dans un salon, ou quelque chose comme ça. Je ne connaissais personne, tout le monde me connaissait. Il y’avait là les plus beaux garçons de Paris, et à mesure que les verres de cocktails apparaissaient dans ma main, ils se rapprochaient de moi. A la fin de la soirée, ils étaient quatre ou cinq à me toucher, à me raconter des niaiseries, à me parler de leurs boulots chez Abercrombie et Fitch, dans des langues que je ne connaissais pas. Plus beaux les uns que les autres, et les autres aussi, ils voulaient que je rentre avec eux à leur hôtel. Ils me léchaient le lobe et me palpaient la cuisse.

Et moi, je vous jure, j’avais envie de tous ces beaux gars. Tous, pas un plus que l’autre, même l’autre blond un peu trop fin. C’était le paradis. Je voulais aller à leur hôtel, mais au fond de moi, il y’ avait ce petit malaise, l’amour. J’aimais Ryan, et toujours cette petite pensée pesante que, par amour, je n’avais pas le droit. J’ai quitté les éphèbes avec ce drôle de ressentiment – de m’être fait avoir – et je suis rentré au manoir, mon chez-moi de néo-riche.

Aujourd’hui, on est rendu aujourd’hui, et, pour être honnête, ça me pèse. Pas l’argent, l’amour. Ce constant sentiment de culpabilité, cette petite chaîne qui m’étrangle chaque fois que j’ai envie d’un autre garçon – chaque jour condamné à aimer, oui j’aime Ryan mais ce n’est pas suffisant, et je suis piégé, la cheville dans les crocs de métal, dans la neige, dans le froid, en moonboots TATI, et pas moyen de me ronger les os pour m’en défaire. L’amour éternel comme une obligation, comme un corridor sombre qui ne semble pas vouloir finir.

Cela pour dire que si voulez mon avis, ce qui ne fait pas le bonheur, ce n’est pas l’argent, c’est l’amour.

Génie ? Génie ? Je peux changer un de mes vœux ? J’aimerais ça finalement… être drôle.

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Requiem Pour Ceux Qui Meurent Jeunes

Publié le par Dorian Gay

Requiem Pour Ceux Qui Meurent Jeunes

Il y’a des jours, des semaines parfois, où j’ai mal au cœur sans vraie raison. Des jours, des semaines parfois, qui ressemblent à des années, des siècles parfois. Mal de cœur, mal au cœur, coeurite. Infection du cœur.

Aujourd’hui, c’est un jour comme ça, et je crois bien que je suis parti pour une semaine et un siècle. Ce matin, en me levant, je me suis gratté le sourcil pendant deux minutes, il y’avait des gars qui montaient un échafaudage dans la villa du voisin, les bruits de métal ont résonné dans mes os. Il y’avait des enfants qui jouaient à se torturer, dans la rue. Et des arbres qui verdissaient, en quelques secondes, mais longtemps.

En versant le lait dans mon bol de céréales, le jet a ricoché sur un Corn Flake, et une goutte est tombée sur le napperon. Une petite goutte, le genre que l’on essuie avec son doigt, une petite goutte comme une larme qui s’est arrêtée sur le coin trop anguleux d’une joue trop anguleuse. En l’essuyant avec mon index, une goutte encore plus petite est tombée par terre. Vraiment petite, une goutte comme une larme qui n’existe pas, comme un remords qu’on garde, comme une conscience éprouvée.

En regardant la goutte tomber par terre, en la perdant dans un rayon de soleil, j’ai vu des années de poussière entre les planches du parquet. Des années de poussière, des années de vie qui s’égrènent et qui flottent quelques instants avant de tomber dans la mémoire des planches, dans l’oubli de bois, poussée par les pantoufles et les sandales de chez Minelli. C’est ma vie et celle des autres qu’il y’a entre les planches de mon parquet, et quand j’éternue, c’est notre vie que je souffle. Entre mes planches, là où le balai ne se rend pas et où l’aspirateur n’est d’aucune efficacité.

Ce matin, je n’ai pas apprécié mon verre de jus d’orange autant que j’aurais pu. Il est sans pulpe, et j’aime la pulpe.

Puis je me suis habillé, j’ai sorti de mes placards un bermuda rouille et un polo marron. Craignant qu’il fasse beau mais un peu froid, j’ai aussi décidé d’auréoler le tout d’un petit pull à fermeture éclair blanc perle et d’un foulard. Après cela j’ai sorti le chat dans le jardin, mis l’alarme plusieurs fois afin de m’assurer de l’avoir bien activé. J’ai compté les 6 « tuts-tuts » qu’elle émet, puis j’ai fermé la porte de la maison vide.

Puis j’ai marché vers la petite place où se tient le marché le dimanche. Je suis entré dans une petite échoppe tout près de la Gare et accolée au Tabac. J’ai regardé les étals, rien ne m’intéressait, je suis sorti, je suis allé prendre le train pour remonter dans les entrailles de Paris. J’ai cueilli une petite fleur orange sur le chemin. Ses pétales étaient toutes douces. Je me suis dit que je la prendrais en photo puis je l’ai perdu et je me suis dit que ce n’était pas bien grave. Rien n’était vraiment grave : il faisait beau, j’étais en bermuda, j’avais toute la journée pour lire, chiner et regarder la vie qui tourbillonne.

L’histoire de ma journée. Vous me direz qu’elle n’a rien de spécial. C’est à peu vrai. Ce que j’ai retenu avant midi, ce sont les gars qui montaient un échafaudage, la goutte de lait, la poussière, le chat, la fleur et la petite échoppe. Et ce que j’ai retenu cet après-midi, c’est que Florian, le garçon aux souliers vomis du billet précédent, mon meilleur ami, est mort, ce matin à 3h. A 25 ans. D’une pneumonie violente.

La vie est pleine d’ironie, parfois la mort l’envie et se veut elle aussi ironique.

Florian avait décidé d’effectuer son stage de fin de Cursus (Géologue) au Mexique. Nous suivions ses péripéties en terre des Sombreros par le biais des photos qu’il postait sur divers réseaux sociaux ; et quand nous pouvions, nous nous épanchions par webcams interposées, sur l’évolution de nos vies, en finissant toutes lesdites conversations avec un « quand reviens tu ? ». Il toussait un peu sur les dernières conversations.

Il y’a 1 mois ½, il m’a enfin répondu « dans deux semaines ». Il devait cependant faire une escale en Italie avant son retour définitif à Paris, afin d’y retrouver ses parents en vacances au même moment.

J’essaie de l’appeler pendant son séjour. Il ne répond pas. Je laisse des messages drôles où je m’amuse à faire pléthore de jeux de mots en Italien. Il ne rappelle pas. Je ne m’inquiète. Rien ne m’inquiète. Parce que rien n’est vraiment grave je vous ai dit. Pis de toute façon, on devait boire du Champagne ensemble dans 4 jours, il serait rentré à Paris, bronzé, barbu et toujours souriant comme à son habitude.

Il me rappelle au bout d’une semaine :

  • Je suis à l’Hôpital de Milan depuis une semaine
  • Mais qu’est ce qui se passe ?
  • Pneumonie chopée à Mexico mais en cours de traitement. Ça va beaucoup mieux, je sors demain. Il a intérêt à être bon ton Champagne hein.
  • Eh ben écoutes, soignes toi. On en reparle quand tu reviens mais heureux de voir en tout cas que ça va mieux. Mais tu ne me l’as pas dit ! Je..
  • Rho ! Mais puisque je t’appelle là !
  • D’accord, d’accord… Bon je file à bientôt alors

Il n’a pas rappelé. Je ne m’inquiète pas. Rien n’est jamais grave quand il fait beau. On se verra ce Weekend. En plus je lui ferais la surprise de lui faire lire le billet que j’ai écrit samedi sur notre rencontre « J’ai vomi dans le métro ». On rira. On finira soûls. Je lui parlerais de Nabilla, de NKM, de la Manif Pour Tous, de Cahuzac, bref tout ce qu’il aura raté pendant ses 3 mois d’expatriation. Puis nous nous ferons un énorme câlin dans le taxi quand il en descendra en premier. Rien n’est jamais grave, surtout pour Florian qui avait les pieds si légers, la tête si lourde et pleine de rêves, de projets et d’aspirations. Ce genre de personne qui vous fait tout relativiser même la mort elle-même, ce genre de personne devant qui vous n’avez pas le droit au pessimisme, au défaitisme et à l’anxiété. On rêvait de poser une année sabbatique, de faire le tour du monde. Il y croyait. Je riais qu’il y croit.

Hier midi, il m’envoie cependant un message sur Facebook. Je n’ai pas le temps de répondre. Il est habitué. Tous mes proches sont habitués. Tout le monde sait que j’ai une fâcheuse tendance à répondre bien tard aux messages. Je me dis juste que je lui répondrais plus tard quand j’aurais fini de travailler. Rien n’est grave.

Ce sera donc ce coup de fil à midi qui ébranlera ma journée :

  • Florian est décédé ce matin à 3 heures du matin. (silence). Il a fait une rechute violente. (silence).

Je ne connais pas le deuil, je ne connais pas la perte, je ne connais pas cette douleur. Comme beaucoup, je vais aux enterrements, j’achète des fleurs, j’envoie des lettres de condoléances mais au fond je n’ai jamais été affecté de manière profonde et lancinante car ceux qui tombent ne sont jamais les miens. Des choses les plus intimes, la douleur est reine. On ne la partage qu’à moitié, on ne descend pas à plusieurs dans ses abimes, on ne la divise pas, on ne se subroge pas. On traîne chacun nos croix comme on peut sur la longue pente de la rémission et de l’apaisement.

Ce n’est plus le cas. Je rentre dans la danse et je valse comme tout le monde devant cette dissolution du « nous ». Oui, j’ai mal, mal au cœur de ne parler de lui à l’imparfait. J’ai mal de savoir le « nous » éteint : plus de nous irons, nous marcherons, nous verrons, nous mangerons, nous regarderons… Le « nous » est mort cette nuit du 04 juin. J’ai mal à la lecture des circonstances : je n’ai pas eu la chance de lui reparler une dernière fois, je n’ai pas accroché la perche tendue par lui la veille, resté silencieux devant son message, il n’a pas lu ce que je pensais de lui. C’est ça le visage nu de la mort : le plus jamais.

J’ai mal car c’est l’essence même de la mort. Nous, Hommes modernes, vivons en oublier que vivre est déjà exceptionnel. Nous avons repoussé jusque dans les limites de l’absurde la notion de vieillesse et la mort est enfermée dans les combles du « plus tard ». Nous sommes immortels, nous nous n’y pensons que peu, enfermés dans la certitude du lendemain et des projets futurs… enfermés dans la certitude qu’il y’a toujours un futur, alors nous économisons, nous prévoyons, nous planifions, nous repoussons.

Alors que dire de la mort jeune ? Qu’a-t-on donc vécu à 25 ans pour que le sort, au comble de l’injustice, décide d’une fin si prématurée ; à l’âge où les rêves éclosent à l’orée de la vie professionnelle ; à l’âge où se fixe, on se greffe et on construit celui que l’on sera pour quelques décennies. A l’âge où on peut encore se permettre d’être fou et de rêver avant de rentrer dans les rangs usants de la formalisation. Qu’a-t-on donc fait à 25 ans qui saurait justifier la mort ? Avant de mourir, il faudrait bien avoir le droit de vivre.

Je suis sonné et plus que jamais frappé dans ma propre mortalité et dans ma nouvelle solitude. Longtemps, égaré dans ce labyrinthe d’ambitions et d’angoisse, je me suis demandé, la tête aux champs, que faire avant de mourir. Je n’ai que 21 ans, la réponse est toujours aussi incertaine mais je ne vois plus ces 21 années du même œil, ni celles à venir avec la même sérénité.

Il m’est arrivé, dans mon trouble et au zénith de mes névroses de souhaiter mourir assez vite, pas par curiosité comme Beigbeider, mais par ennui d’une vie sans « difficultés », et cette envie de vivre aujourd’hui déborde de mon âme et ruisselle dans les caniveaux de l’injustice des départs trop tôt.

Et comble de l’ironie, je me souviens d’avoir fait écouter à Florian, avec qui je partageais la même bibliothèque musicale cette chanson, If I Die Young (Band Perry) et qu’il s’amusait à siffloter avec la plus inébranlable gaieté, cigarette aux doigts :

"A penny for my thoughts, oh no I’ll sell them for a dollar

They're worth so much more after I’m a gonner

And maybe then you’ll hear the words I been singin’

Funny when you're dead how people start listenin"

A Florian D. 17 Juillet 1988 - 4 juin 2013

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J'ai vomi dans le métro

Publié le par Dorian Gay

J'ai vomi dans le métro

J’ai rencontré tous mes ex de façon incongrue, presque invraisemblable: Romain, interne en médecine qui m’avait reçu en consultation au CHU de Poitiers quand j’étais en 3 ème année de Droit car j’avais chopé une MST, la chaudepisse et qui m’avait suivi pendant les 3 semaines du traitement et 2 belles années encore, mais à titre plus personnel.

Alexis, dans un parc, assis sur le même banc, où nous nous sommes surpris à lire le même livre : "La Nuit des Temps" de René Barjavel et avec qui nous avons passé 6 beaux petits mois avant qu’il aille vivre à Stockholm et enfin, David, journaliste russe en détachement un an à Paris pour perfectionner son français et rencontré sur une plateforme d’échange linguistique, moi voulant également perfectionner mon anglais.

J’aurais donc fait plus de belles rencontres avec une MST, un Livre et un Cours d’anglais qu'avec toutes les applications et sites de rencontres sur lesquels il m'arrive de déambuler. Bref.

Il y a un peu plus d’un an j’ai vomi dans le métro. Comme un délinquant trop stone pour savoir ce qui se passe. Comme un gars trop saoul de la veille qui aurait dû rester couché.

La foule de plus en plus proche de moi, le monde qui se serre et se bat pour dix centimètres du précieux poteau, tenir le poteau comme s’ils tenaient le flambeau olympique. Serrer le poteau comme si c’était de l’or, le bras de son fils, serrer le poteau comme si c’était le Graal, la main de Dieu, la cheville de son mec qui s’en va pour un autre, plus beau et meilleur au pieu.

Ceux qui perdent, les losers, ils se tiennent après n’importe quoi d’autre. Le mur, le plafond, mon bras. Et de station en station, plus il en rentre, moins on a besoin de se tenir après quoi que ce soit. On se tient tout seul, élevé par le nombre, tous pour un, un pour tous, un gros poteau humain. On a tous gagné.

Station Louvre-Rivoli. Quatre personnes de plus se joignent à nous dont un jeune brun visiblement gay et qui vient se planter devant moi, comme pour me défier.

Station Hôtel-de-ville, il fait chaud et je respire difficilement, je commence à être un peu étourdi. J’essaie de penser à autre chose, genre le printemps qui arrive dans trois mois, les mocassins de chez Jean-Baptiste Rautureau, le cul, mon ex, le cul avec mon ex, et soudainement j’ai encore plus mal au cœur. L’estomac un peu à l’envers, sans raison, il faudrait que je le remette du bon bord mais j’ai pas de place pour me tenir sur les mains, pas de place et surtout pas de temps. Besoin oppressant de respirer. Un vieux entre et se place près de mon beau brun, qui me regarde d’un air de dépit. Les portes se referment, et nous sommes unis comme une équipe de hockey, comme un gros poteau humain, le cœur à l’unisson, sauf le mien qui se débat de plus en plus vite et qui me remonte la gorge au même rythme. Le wagon balance, je n’arrive même plus à voir quoi que ce soit, ça devient noir devant mes yeux, mou au-dessus de mes genoux. Je m’accroupis, un petit bonhomme ridicule, et je m’imagine que les gens me voient et se demandent ce qui se passe.

BERRI-UQAM. Je vomis sur les pieds du jeune brun. Juste avant qu’il ne sorte avec tout le monde. Je lève les yeux vers lui et il me trouve répugnant, et tout le monde s’en va en feignant de n’avoir rien remarqué. Je me lève et en retrait un peu, sur le quai, lui et moi, tout seuls, lui maudit d’avoir les souliers pleins de sucs gastriques, moi maudis d’avoir la tête pleine de gêne.

  • S’cuse.

Tout ce que j’ai trouvé à dire. Un demi-verbe, pas de sujet, pas de complément, pas même un sourire pour accompagner. Juste un mini-s’cuse, juste ce qu’il fallait pour étoffer mon nouveau look de psychotique sans intérêt.

Je m’attendais à recevoir un coup de pied vomi. Il a esquissé un sourire. Le genre de sourire sincère, à deux cheveux d’un rire, à deux doigts de s’en amuser. Le genre de sourire qui fait sourire, en vous imprimant des points d’interrogation sur le coin de la lèvre. Il m’a tendu un miroir, tout petit mais assez grand pour que puisse voir la tête que j’avais. Et j’ai compris pourquoi il souriait. En regardant mon visage gris, grisé par mon malaise.

  • Tu fais ça souvent, vomir sur les gens m’a-t-il demandé, à moitié reproche et à moitié reproche aussi.
  • Oui. Ça change l’haleine du matin.

Ça, c’est ce que j’aurais aimé répondre. Mais c’est toujours la même histoire, vous savez, les répliques cool, on les trouve toujours le lendemain. Dans les faits, j’ai répondu : « Euh… ». Un bon euh bien appuyé, tout de verve et de lyrisme. Un bon euh de troubadour.

N’empêche, même si je me sentais ridicule, niaiseux et tout, j’ai eu le bon réflexe de p’tit gars bien élevé. J’ai sorti des mouchoirs pour essuyer ses souliers, et je me suis penché. Et il m’a interrompu.

  • Laisse faire, ils sont finis de toute façon. C’est du suède, ça a déjà tout bu.

Moi je l’ai cru, même si c’était louche. Je n’étais pas vraiment en position de rouspéter. Pas vraiment en position de le contredire. Pas vraiment en position de dire quoi que ce soit d’ailleurs.

Sauf que bon, il ne pouvait quand même pas passer la journée avec des souliers vomis, et je lui ai fait remarquer.

  • Je sais bien, mais est–ce que j’ai le choix ?
  • Beh… oui. T’as juste à prendre mes mocassins à moi s’ils sont à ta taille.

Et pour ne pas lui laisser de chance, je les ai enlevés et je les lui ai donnés.

Comme ça, comme rien, sans vraie logique, sans que je comprenne trop ce qui s’était passé, je me suis retrouvé pieds nus dans la rue, seul à chercher le Minelli/San Marina ou Eram le plus proche, avec le numéro de téléphone d’un garçon dans mes poches.

Quand je suis rentré chez Minelli, ils m’ont regardé bizarrement.

  • Est-ce que vous cherchez quelque de chose de particulier ?
  • Ben, des chaussures.
  • Un style en particulier ?
  • En fait, j’ai besoin de deux paires : une pour remplacer mes mocassins invisibles là…
  • OK (dit-il avec dans les yeux la crainte du gars qui pense avoir affaire à Ted Kaczynksi)
  • Une autre paire en Suède, un peu plus grande en pointure
  • OK (dit-il avec la certitude que j’étais pire que Ted Kaczynksi)

Avant qu’il appelle le 18, je lui ai tout expliqué, il a ri de soulagement, et on s’est mis au boulot. Pour moi, n’importe quoi, les moins chers, c’est pas grave, je récupérais mes vraies chaussures bientôt.

Pour le garçon du matin, dont j’ignorais le nom, c’était une autre histoire. Ils se sont mis à quatre sur mon cas et m’ont bombardé de questions. On a tous trouvé ensemble une paire qui a fait l’unanimité. Je les ai payés une fortune, il va de soi mais je n’ai pas acheté de pouche pouche pour les imperméabiliser. Quand même. Faut pas déconner.

***

  • Allo ?
  • Euh.
  • Oui ?
  • Euh, je ne sais pas si je parle à la bonne personne, je voudrais parler à un jeune homme qui m’a donné son numéro de téléphone ce matin dans le métro.
  • C’est moi.
  • Ok, cool, euh, ben, je t’ai acheté des souliers, je voudrais te les donner.
  • Ce n’était pas nécessaire t’sais.
  • Mais là, t’as mes mocassins préférés en otages, là que…
  • Tu veux donc absolument payer une rançon ?
  • Ouais, c’est ça.
  • Ben, je pourrais passer chez toi ce soir, t’habites dans quel coin ?
  • Moi : Place des Ternes.
  • Lui : Je passe par là de toute façon. Donne-moi ton adresse, je passerai plus tard.

Quand j’ai ouvert la porte, sa taille m’a impressionné, d’où le contraste avec ses petits pieds. Il était plus beau que ce matin, et dans sa main, mes mocassins.

  • Tiens, tes chaussures, ça va mieux ? m’a-t-il demandé avant même que je puisse dire bonsoir.
  • Oui, oui ça va.
  • Je peux donc entrer sans trop de risque que tu te répandes encore sur moi ?
  • Je suis vraiment désolé t’sais. J’sais pas quoi dire.
  • C’est pas la fin du monde.
  • Entre, entre. C’est pas très grand ici.
  • Mais c’est chaleureux…. Comme ça tu m’as acheté des souliers ?
  • Oui. Mais je ne sais pas si tu vas les aimer…

C’était comme donner un cadeau de Noël un inconnu. D’un côté, c’est jouissif de donner et de l’autre, c’est effrayant de pas connaître la personne. Comme une peur amusée, un stress incontrôlé et des points d’interrogation pour ce qui se trouve dans une boîte bien ordinaire.

  • Ils sont bien beaux
  • Tu trouves ?
  • Je suis impressionné. Tu as dû les payer une fortune ?!
  • Beh, regarde, avec ce que j’ai fait, je ne pouvais pas faire autrement.
  • Je les aime. Je les aime vraiment.

Il les a essayés. Il avait un sourire, un sourire sincère, qui se lit dans les yeux qui regardent les pieds.

  • Il faudra juste que je m’achète du stuff pour les imperméabiliser. En tout cas tu as bon goût. T’es vraiment fou d’avoir acheté ça.

Je me suis senti prunir. Je me sentais bizarre, avec ce garçon trop content chez moi. J’ai eu peur du silence, peur de ne pas savoir quoi dire, peur d’être malade encore peut être. Il fallait que je dise quelque chose, n’importe quoi.

  • Tu veux t’asseoir ?
  • Non, merci, il faut que j’y aille.

Dommage, j’aurais aimé qu’il reste, qu’il continue à essayer encore et encore ses chaussures. Il a remis ses souliers dans la boîte, la boîte dans un sac, et il s’est retourné vers la porte. Rendu là, il a tourné la tête, juste la tête, vers moi, a souri, a parlé.

  • Mais si ça te tente, on pourrait aller prendre un café à un autre moment ?
  • Euh. Oui. Je pourrais vomir sur ton manteau et t’en acheter un autre.
  • Si tu m’achètes un manteau aussi beau que tes souliers alors ça ne me dérangerait même pas.

En partant, il m’a fait deux bises, comme s’il n’était pas tant un inconnu, comme si ce Noël improvisé nous avait rapprochés réellement. Juste avant de refermer la porte, il m’a dit.

  • Je t’appelle bientôt.

Il s’appelle Florian. Il n’est pas devenu un ex, ni une aventure éphémère encore moins un histoire d’un soir. Il est devenu mon meilleur ami.

Pourquoi je vous raconte ça ? Pour que vous sachiez que si un garçon (ou une fille) vous plaît, vous avez juste à vomir sur ses souliers. Ça marche.

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J'aurais voulu être un Imbécile

Publié le par Dorian Gay

J'aurais voulu être un Imbécile

J’aurais voulu être un imbécile. J’admire les imbéciles, qui ne doutent pas d’eux, qui avancent tout droit, sans regarder ni à droite ni à gauche, enfermés dans leurs certitudes, et qui se soucient comme d’une guigne de ce qu’ils auraient pu être et qu’ils ne sont pas. Je ne cesse jamais de me dire que j’aurais dû prendre un chemin différent, que j’aurais mieux fait d’être un autre. Je pousse la contradiction si loin qu’il m’arrive aussi de me foutre éperdument de toutes ces ratiocinations et de vivre comme ça, au jour le jour, sans me poser la moindre question et en me moquant de tout ce qui peut ressembler à des scrupules et à des atermoiements.

Mais moi Dorian, 21 ans, 1m75, 60 kg, groupe O+, je suis de la famille de ceux qui s’interrogent sans fin sur eux-mêmes et sur le monde et dont le ressort est l’insatisfaction, le Baudelairisme, l’altérité entre Spleen et Idéal.

« Est-il préférable d’être un con heureux ou un homme complexe et éternel insatisfait ? » - question à laquelle je n’ai jamais pu répondre.

Et si il y’a bien un sujet sur lequel mon incertitude récurrente, ma complexité, s’est épanchée, il s’agit bien du bonheur, cet état de plénitude et de satisfaction selon Le Larousse.

Loin de moins l’envie de me lancer dans un débat philosophico-méta-physique mais juste initier une réflexion sur l’obligation, oui le devoir de bonheur, mythe encore plus vieux que les hommes eux-mêmes. Oui peu importe le méridien sous lequel on voit le jour, quel que soit le dieu que l’on vénère (ou pas), quel que soit le statut social que l’on occupe, nous sommes tous investis de cette mission, cet engagement, ce tribut : être heureux, trouver la cachette de cette chose informe et fantomatique que l’on appelle le bonheur, cette chose que l’on nous vend derrière des maisons chics de Banlieue, des dents ultrablanches traitées au BlueLight, des monospaces et des mioches, des paies à 6 chiffres, des IMC normaux, la santé, les amis, l’accomplissement professionnel et les pilules antistress.

Comme dit Jean d’Ormesson, il y’a quelque chose, avant la mort, qui ressemble à une vie et le pire est qu’il faut tâcher de vivre avant de mourir.

Et cela me renvoie à mon postulat de départ : les imbéciles qui ne se posent pas de question sont-ils les seuls à débusquer ce « bonheur », ou du moins ce postiche qui y ressemble fortement ?

La réponse à cette question m’intéresse notamment en matière de relations humaines et sentimentales, élément déterminant de ce qu’est censé être le bonheur et de la sanction infligée à ceux-là qui refusent à ce modèle, cette équation : bonheur = couple = enfants.

Or il est à constater que ce bonheur, ce bonheur frelaté, ce bonheur Barbie & Ken, ce bonheur plastique n’est qu’un combat perdu d’avance pour la majorité, une illusion entretenue par tous. Les contes de fées n’existent que dans les contes de fées. La vérité est plus décevante, la vérité est toujours plus décevante, c’est pourquoi tout le monde ment. On dit souvent qu’il faut préserver les apparences pour être sauvé, moi je dis qu’il faut les assassiner car c’est le seul moyen d’être sauvé.

Quelle est donc cette vérité ? C’est qu’aujourd’hui un couple hétéro sur deux divorce après moins de deux ans de mariage. C’est qu’aujourd’hui 66% des filles dans la trentaine sont célibataires et que 37% d’entre elles enchaîneront des aventures jusqu’à la fin de la vie sans réelle stabilité, aigries et frustrées de ne pas avoir trouvé ce que l’on a toujours vendu et autour duquel elles ont édifié leurs vies. Je dis « elles » mais « ils » aussi ne dissonerait pas. Oui ces « ils » qui subordonnent toute vie heureuse à des impératifs sentimentaux et qui n’hésitent pas à « acheter » une épouse d’Europe de l’Est ou de Thaïlande.

« ils gays » ne sont pas épargnés. Je me rappelle de ce dîner mondain de la semaine passée où entre deux plateaux de petits fours, je parlais à deux charmants messieurs au look BCBG British savamment entretenu et qui m’annonçaient fêter bientôt leurs 24 ans ensemble (ils se sont rencontrés très jeunes) et dont l'effet d'annonce a failli me faire renverser le service de flûtes. Je fais partie sans doute de cette jeune génération homosexuelle qui observe les relations se faire et se défaire en semaines et en mois et pour qui les années sont un ordre de valeur chronologique qui relève des contes de Grimm.

Pour nous l’amour Beigbederien dure 3 mois et le célibat 3 ans. Si peu sont en couple, et afin de gonfler ce nombre je compte même ceux en couple libre. Si peu le restent, tellement finissent seuls convaincus d’avoir raté le but de leurs vies. Beaucoup abandonnent par dépit cette recherche et se retranchent derrière des peurs ou des anticipations : peur de la fin seule, peur de l’âge qui n’épargne pas, etc. D'autres, enfin, décident de faire le choix de la solitude assumée.

Les sites de rencontres et autres vendeurs de rêves matrimoniaux s’enrichissent sur notre quête du bonheur, notre lourde mission de trouver parmi ces 7 milliards de corps errants, celui qui voudra bien accepter de payer la moitié du loyer, nous épouser (nouvelle innovation incluse dans le pack) nous supporter jusqu’à la tombe et sortir le chien une fois sur deux. Tels les gnous qui naissent avec la vocation innée de migrer une fois l’an, les Hommes naissent avec celle de ne pas finir seul, élément intrinsèque nécessaire au bonheur.

Et pourtant je ne suis entouré que par ça, aussi bien hétéros qu’homosexuels : des âmes en quête obsessionnelle d’écho, d’alter égo, tant de notes de restaurant, de préservatifs souillés, de sms teintés de déception, d’heures passées sur les sites de rencontres et dans les lieux inhérents et tant de recommencements ; et j’ai moi-même été pendant très longtemps membre actif de cette majorité silencieuse.

Je ne me faisais nul souci à propos de la pérennité de ma carrière professionnelle, ni quant à mon cadre social ou à ma santé mais subordonnait toute plénitude personnelle, tout accomplissement au son d’une voix qui vous accueille quand vous rentrez à l’appartement ou à la deuxième brosse à dents sur le lavabo de la salle de bains. Quête qui me fit même appliquer à la recherche amoureuse des principes d’économies, d’où cette fameuse pratique du multidating sur laquelle nous ne reviendrons pas.

Finalement la solution ne viendrait elle pas de l’inversion des priorités ? L’anéantissement de cette obligation au bonheur qui nous est imposée d’une part ? Et d’autre part la redéfinition, chacun de nous pour lui-même des critères de ce bonheur ? Une sorte de droit au « malheur », ou du moins à un autre type de bonheur que l’on serait chacun libres de composer comme un sandwich Subway ?

Non pas une idée du bonheur – Mais des bonheurs

Cette longue réflexion fut salutaire – oui je ne me vouais pas à la quête de l’âme sœur pour les bonnes raisons, animé plutôt par des peurs, celle de la solitude d'une part et celle de ne pas pouvoir réaliser une partie de mes projets seul (immobilier, enfants ?), (or nous savons que la peur est un mauvais moteur), et par des désirs, notamment ceux de m’inscrire dans la normalité du couple.

Une fois cela acté, un recul s’opère et on se prend, on se prend oui à ne pas voir le célibat comme une fatalité ou un état de précarité ; et surtout, on entrevoit l’avenir plus sereinement grâce à une redéfinition des priorités remettant cette « obligation dogmatique » du couple à son rang : un bonus.

Je ne vous invite pas comme le fait Fréderic Beigbeder, à répéter de façon récurrente ces phrases :

  1. LE BONHEUR N’EXISTE PAS
  2. L’AMOUR EST IMPOSSIBLE
  3. RIEN N’EST GRAVE

Mais plutôt celles-ci :

  1. LE BONHEUR EXISTE
  2. JE PEUX Y RENONCER (n'écoutez pas HAPPY de Leona LEWIS)
  3. IL CONSISTE EN CE QUE JE DECIDE QU’IL SOIT

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"Tu fais Gay"

Publié le par Dorian Gay

"Tu fais Gay"

Je scrute avec l’œil le plus aiguisé mon reflet dans la glace, j’observe avec attention chaque détail de ma physionomie, chaque crevasse, chaque rebondi, chaque angle, chaque pli de peau – je baisse les yeux sur les vêtements dont je suis vêtu ce matin, me préparant pour une énième journée monotone et fade de travail sous les auspices d’une météo exécrable, je soupire, me rince les mains, y enduit une crème et sors de la salle de bains.

« Il fait un peu gay le monsieur » avait soufflé, un peu trop fort, une jeune adolescente à sa mère dans le bus, la veille, lorsque je me levais du siège dans lequel j’étais installé pour me diriger vers les portes pivotantes et m’engouffrer vers la sortie.

« Faire gay ? » - Je ne comprenais pas, je ne saisissais pas la quintessence de cette détermination. En 2013, qu’est-ce cela signifie et suppute de « faire gay » ?

Cela fit inéluctablement remonter à la surface de ma mémoire toutes ces allusions très souvent portées sur des minorités de tous azimuts, toutes ces réflexions souillées de stéréotypes qu’on a pour la plupart déjà entendu : « faire viril, faire gouine, faire gay » ; « faire immigré, étranger, intégré ou "Français de souche " », « faire bobo, faire modeste » et quelques autres perles.

L’apparence a toujours été reine dans la société dans laquelle nous vivons : elle sert à faire des liens (il)logiques, de socle aux préjugés, de justifications aux conclusions hâtives. Dans de nombreuses situations, elle est utilisée pour niveler et permettre de distinguer les minorités de la majorité.

De réflexion en réflexion, de verre de vin en verre de vin et de piste en piste (de la compil de Susan Graham), le sentiment qui se dégagea de mon analyse fut celui d’injustice : on ne choisit pas (toujours) son apparence. De ce principe découlent deux conséquences : on l’accepte et on s’en complait, peu importe le folklore qui y est rattaché ou on décide de nager à contre-courant et de le modifier afin d’échapper à ces renvois, et à cela aucune minorité n’échappe, les phénomènes de blanchiment de peau dans les communautés colorées, de débridement de yeux ou que sais-je encore suffisent à étayer cette affirmation.

Donc pour en revenir à mon questionnement, qu’est-ce donc « faire gay » ? C’est porter un sac au coude pour un garçon ? Porter un baggy et des cheveux courts pour une fille ? C’est faire « folle » ? C’est apprécier porter des couleurs ? Ne porter que des jeans slims ? Avoir des traits fins et féminins ? C’est être, quelque part, perdu, égaré, entre l’image dogmatique de l’homme puissant, poilu et viril et la femme douce, fragile, dépendante et parfumée ?

Lorsqu’on est jeune, jusqu’à un certain âge, on ne se pose généralement pas ces questions : nos parents décident de nos coiffures et de nos styles vestimentaires et on est, au pire, légèrement efféminé chez les garçons ou un tantinet garçon manqué chez les filles. Là où le bât commence à blesser c’est à l’adolescence et ses premières indépendances : on s’affirme, on se façonne un style, une image, un look, un univers et on l’assume … ou pas.

Pour ma part, dès que j’ai obtenu mon indépendance vestimentaire vis-à-vis de mes parents, avec le naturel le plus absolu, j’ai toujours eu un style « non-conventionnel » pour un garçon de l’époque : j’aimais les couleurs, j’appréciais les pantalons valorisants par leur étroitesse, les coiffures un peu osées, les accessoires, etc. Et, au fond, ce style qui en tout point pourrait donc correspondance à la checklist du « parfait dandy homosexuel des années 2000 » ne m’a jamais causé de souci, étant à cette époque dans une période d’excès.

Cependant, avec l’âge adulte viennent des choix impératifs : continuer à se laisser lire comme un livre ouvert ou se conformer à un style cliché plus « intégrant », de bon père de famille ? En d’autres termes, décider pour la suite de sa vie, notamment professionnelle si on veut se noyer dans l’anonymat, le quelconque, ou continuer à cultiver une certaine différence ? Facilité ou challenge ? Si certains homos n’ont jamais eu à se poser ce type de questions, étant naturellement et originellement « non-identifiables » par leurs looks, la plus grande majorité, dont je fais partie, s’est une fois au moins penchée sur cette épineuse préoccupation.

Car épineuse, elle l’est en effet. Ce sont des situations lourdes de conséquences. Les premiers ont le choix : choix de dissocier leur vie privée de l’image qu’ils reflètent, choix de cultiver un certain anonymat, choix de la parfaite intégration. Les seconds n’ont pas ce choix, pas cette facilité, ils sont dépossédés en partie du contrôle de leur image et par corollaire d’une partie de leur vie privée qui se lit sur eux, sans qu’ils l’eurent voulu. Certains opposeront que reprendre le contrôle de son image est aisé ; certains s’y essaient même : une barbe par ci, quelques biceps par-là, un style faussement négligé mais n’est-ce pas au fond une solution de compromis péremptoire à terme ?

Cette visibilité subie a, je l’accorde, d’indéniables avantages : impossibilité de mentir et de prétendre, nul besoin (ou presque) de réaffirmer à son entourage ou à de nouvelles connaissances que l’on est gay mais aussi facilité déconcertante à se faire aborder dans les lieux publics, les abordants étant certains de vos affinités sexuelles communes.

Mon choix est certes fait aujourd’hui, j’aime tout autant les foulards colorés que les jeans slims, mais alors que j’entame ma vie professionnelle je me rends compte que, malgré dans la relative tolérance de la société dans laquelle nous vivons, tout ne sera pas simple. Ma différence sexuelle se lit sur moi, comme ma différence de colorimétrie de peau, je n’ai pas le luxe du secret, pas le luxe de prétendre être ce que je ne suis pas, honnête malgré moi… et peut être aussi remarqué, discriminé, haï, moqué pour une chose que je n’ai pas pu cacher. Il n’est pas question ici d’acceptation, elle est pleine et entière pour moi et pour une grande partie de ceux qui vivent cet affichage subi, ce coming-out automatique. Nous aimerions juste, de temps à autre, nous fondre dans la masse et ne pas être résumés à une apparence corollaire d’une sexualité ; pouvoir de temps à autre être « X » ; pouvoir de temps en temps fermer le livre de nos vies privées…

Chose à quoi, Sébastien, ami métrosexuel et amoureux d’une bonne amie, a répondu : « tu augmentes l’entropie de l’univers sans raison, est ce que tu veux passer chez moi boire un thé avant mon rendez-vous chez la pédicure ? ». Et puis merde, s’ils s’y mettent aussi eux…

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Monologue du Dessous

Publié le par Dorian Gay

Monologue du Dessous

L’ivresse fut évanescente. Après quelques belles semaines ponctuées de belles rencontres avec de beaux garçons : Sébastian et Sam, l’un rentré dans sa contrée Helvétique natale et l’autre à ses amours hétérosexuelles, je reviens en dessous. Au fond, ma vie est comme cela : j’alterne entre des immersions, au fond de l’eau et des retours à la surface pour reprendre mon souffle et replonger.

Le fond de l’eau c’est cette routine Parisienne pourtant sympathique mais sournoisement soporifique : travail – cocktails et lecture les weekends en terrasse – magasins – amis et amants.

La surface ? Ce sont ces petites rencontres, ces interconnections, ces entremêlements de vie qui durent une heure, une journée, une semaine…

Elles se font rares ces dernières semaines et c’est peut être mieux comme cela : j’ai l’impression de prendre plus de plaisir à chaque nouvelle rencontre que je m’accorde, de m’y consacrer plus, d’être plus ouvert, plus réceptif et mes Daters, ces amants, jadis relativement nombreux, en ont fait les frais.

Je ne vois plus personne. Je n’ai plus envie de voir personne, plus envie de fournir des efforts, de l’impulsion. Silence et immersion faisant leur œuvre, ils sont se donc successivement évaporés dans les méandres des rencontres stériles. J’en garde pour la plupart néanmoins de très beaux souvenirs ; de souvenirs de belles tables et de beaux spectacles ; de conversations passionnées et passionnelles ; de parfums et de baisers ; de pas qui résonnent sur le bitume tard la nuit et de « tocs » sur des portes en bois sombres ; de mots sous les yeux et dans le creux de l’oreille.

J’en revois toujours un ponctuellement, Delioso, le dandy journaliste Argentin avec lequel j’entretiens une sympathique relation amicale. Toujours pareil à lui-même : hyperactif, vif, brillant et surtout drôle, notre relation d’amants a muée naturellement vers quelque chose de plus durable et c’est mieux comme cela. C’est donc tout aussi naturellement que le jour de l’adoption de la loi ouvrant le Mariage pour tous, que nous avons passés la soirée ensemble autour de verres de Saint Emilion et de récits nos vies professionnelles respectives.

Au fond c’est bien comme ça. Je passe d’une période peut être trop intense sur le plan sentimental à un calme plat et (presque) entier. Là où certains verraient dépression et défaitisme, je vois redéfinition des priorités et souffle et dans tous les autres volets de ma petite vie cela rejaillit. J’ai envie de Culture, j’en suis boulimique – j’ai envie de me faire plaisir, de faire du sport, de bien manger, de profiter enfin de ce printemps – j’ai envie de faire l’amour sans attaches ou du moins sans projection dans le futur – j’ai envie de voyages, de croquer dans le monde – j’ai envie de nuits d’ivresse et de désinhibition – de concerts rocks et d’expériences insolites. J'ai envie de marcher pieds nus dans l'herbe, de sentir les feuilles taquiner mes orteils, et de m'y allonger toute une après midi, Susan Graham dans les oreilles. L’appel à la surface se fait puissant.

Je n’en suis pas pour autant fermé à stabilité, je ne l’ai jamais été et je ne le serais surement jamais mais disons que je n’appréhende pas les choses de la même façon, un peu lassé de la superficialité du milieu Parisien ; ces rencontres, souvent renouvelées mais qui finissent toujours infructueuses pour diverses raisons bien Parisiennes (manque de temps ; trop de choix qui tue le choix ; distance ; manque d’initiatives, etc). L’amère impression d’être un hamster dans une roue qui tourne sans cesse… et toujours dans le même sens : les mêmes histoires, les mêmes replay, les mêmes sad – ends.

Peut-être qu’inconsciemment j’anticipe une rupture plus profonde : dans deux mois je change de Cabinet et débute mon nouveau contrat dans un Cabinet Américain sur les champs, 45 nouveaux collègues, nouveaux locaux, nouvelle équipe, nouveau style. Déménagement s’amorce aussi, je quitte concomitamment mon petit Domaine retranché, presque féerique, dans lequel j’ai passé toute ma jeunesse et mon confort affectif pour jeter mon ancre dans la 17 ème – nouvelle intégration à faire.

Et au fond, j’ai l’optimisme, la belle intuition selon laquelle le meilleur reste à venir, que je vais refaire surface pour un long moment, et que cet été va être bien particulier…

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Mariage Pour Tous: le jour d'après - et maintenant?

Publié le par Dorian Gay

Mariage Pour Tous: le jour d'après - et maintenant?

Quand j’étais gamin j’adorais les films Disney. J’aimais ces histoires tantôt féeriques, tantôt contemporaines, mais toujours teintées d’optimisme, de merveilles pixélisées et de chansonnettes niaiseuses sur fond d’amour impossible. Ces histoires où, bien souvent, une méchante bonne dame à la voix criarde, veut en découdre avec une gentille-belle-blonde-princesse-un-peu-naive-et-qui-parle-aux-animaux.

Ces histoires qui finissent toujours bien, où l’on retrouve toujours celles qui perdent leurs pantoufles de verre après une soirée trop arrosée, où les petits garçons de bois un peu menteurs deviennent de vrais garçons de chair, où ceux qui croquent dans des pommes empoisonnées s’en sortent toujours in extremis grâce au baiser salvateur d’un éphèbe blond (qui, comme par hasard, est toujours jeune, célibataire, vivant dans un 300m2 édifié dans les nuages avec vue sur le Taj Mahal, et accessoirement pété de thunes). Bref ces contes télévisuels où les choses rentrent toujours en ordre, où l’intransigeance du karma n’oublie personne ; des Happy Ends en VHS quoi.

Gays, pendant toute notre jeunesse, notre construction sur le chemin d’acceptation de notre sexualité, un doute a souvent pesé, celui de la peur de l’avenir, que nous avons presque tous, à un moment ou un à autre, imaginé âpre, incertain ou bâti sur des clichés encore vivaces.

Stéréotypes d’avenir donc, avenir de stéréotypes : éternel célibat des homosexuels, prédestination pour des métiers artistiques et culturels, vie sociale trépidante, revenus supérieurs à la moyenne, succession d’aventures d’un soir, d’une heure, (et même de quelques minutes pour les plus expéditifs), PACS pour les plus vernis, solitude bien souvent… et la liste est loin d’être exhaustive mais bien excluante en ce que des mots comme Amour, Relation durable, Stabilité n y trouvent généralement pas leur place… Alors « Mariage »… « Enfants »… « Famille »… encore moins, vous vous imaginez bien. « Absurde » nous auraient rétorqué nos propres pairs, il y’a encore quelques décennies.

Si jeunes donc parfois et déjà promis à une vie standardisée. Une vie presque sans surprises, sans coups de théâtre – une vie, pour les plus rebelles d’entre nous, souvent marquée du goût amer de la frustration de l’inégalité, de la frustration du « non-choix » : non choix quant à la volonté de fonder légalement et pleinement une Famille, non choix quant à la volonté d’officialiser aux yeux de la loi un beau sentiment, non choix quant à la couleur des cartons d’invitation et du parfum de la pièce montée. Amputés du droit au choix, du droit à l’alternative, du droit à l’auto-détermination. Comme tout, on s’y fait, on digère, on assimile.

Votre mère se fait à l’idée que vous aurez peut être quelqu’un dans votre vie, qui sera « un concubin » au mieux. Votre grand-mère se fait à l’idée qu’elle n’aura pas de petit Thomas à babysitter et à couver de tendresse pendant les vacances scolaires. Votre père se fait à l’idée qu’il n’ira pas chercher Antonin le mercredi soir à la sortie des classes pour l’hebdomadaire balade au parc qui se finit pas une glace à la pistache. Votre patron se fait à l’idée que vous ne prendrez jamais de congés maternité/paternité, ni pour vos noces. Tout le monde s’y fait.

Après les remous d’une adolescence tumultueuse et rebelle et les premiers émois de jeune adulte, je ne me voyais pas échapper à ces carcans : en couple si j’ai un peu de chance – un PACS si j’en ai beaucoup – une vieillesse heureuse main fripée dans main fripée, déambulateur dans déambulateur, si j’en ai énormément. Point question de mariage donc, d’enfants encore moins. Pourquoi ? Parce que c’était comme ça et que je ne fais pas partie de ces braves-là qui vont outre le cadre législatif pour s’octroyer, en fait, ces droits. Mon père vous dira que je n’ai jamais su faire la part des choses : tout ou rien, rien à moitié, pas de verre à demi plein, pas de jambon sans couenne, pas de café sans sucre, pas de demie –victoire.

Cela se faisait ailleurs me direz-vous, dans des pays précurseurs, où j’aurais pu faire sauter ces verrous et me redonner ce choix dont j’ai été amputé ; mais je vous répondrais que c’est comme me sous-tendre que l’herbe est plus verte ailleurs – elle peut en effet l’être… mais souvent on préfère lorsqu’elle l’est juste en dessous de nos pieds nus.

23 avril 2013, nous disons enfin oui à cette loi, oui, cette loi qui aura vu, tout au long de ces mois, des vertes et des pas mûres, des cheveux décolorés et des crucifix, des visages tuméfiés et des accoutrements roses, des évanouissements sur les Champs et des ballerines dans des Assemblées Nationales. Elle aura essuyé les affres de la bêtise humaine dans sa quintessence et celles de la manifestation la plus sournoise de la haine la plus latente. Mais elle est là cette loi, elle est là, belle, fière, forte – elle effacera lentement les meuglements « Pas de mariage pour les pédés » par d’émouvants « Oui, oui, François, moi, ton homme, je te dis oui » et rien que pour cela ça en valait la peine.

Nous sommes donc lundi, la veille du vote. La loi, sereine dort une dernière fois sur les Tribunes froides de l’Assemblée Nationale et je suis ému et déstabilisé, presque euphorique. J’écoute Dire Straits, c’est vous dire… Pourquoi ? Parce que maintenant, j’ai le choix et ça change tout… cela change mon regard sur toutes ces 21 années où je ne l’avais pas ; cela change mon regard sur l’avenir, sur les marches de mon Hôtel de Ville, sur les Powerpoints pourris, sur tout. Les digues cèdent, les verrous sautent, les portes s’ouvrent et elles mènent à tous les chemins imaginables. Le sentiment de se sentir s’approprier cet aspect de nos vies est enivrant et libérateur. Libre, Libres – amputés réhabilités – Hommes entiers – Citoyens pleins.

Je pourrais mourir aux côtés de mon chat, célibataire endurci et refroidi par les turbulences d’une piètre vie sentimentale. Je pourrais répondre « non » à un garçon, genou à terre, bras tendu (séquence niaiseuse – bis) ou au contraire décider d’infliger à nos amis l’intégrale de Boney M et d’Aqua entre deux photos de mariage. Je pourrais divorcer à Las Vegas, après 3 jours et 11 heures de mariage comme Paris Hilton parce que « c’est cool » comme je pourrais porter un bel anneau argenté à l’annulaire pendant quelques bonnes années. le plus important, dans ces hypothèses quelque peu ubuesques est le choix, ce choix que je pourrais exercer et qui nous prouve qu’Egalité peut tenir en cinq lettres. Vous pouvez CHOISIR.

C’est peut-être pour cela que j’aime moins les films Disney : Happy Ends inévitables. Amour, Gloire et Beauté, version pré pubères, où tout est prédictible et linéaire et où les Princesses finissent toujours dans les bras imberbes de leurs Princes, sans choix, sans coup de théâtre, presque condamnées, et parce qu’au fond c’est beau, c’est joli, ça scintille, ça pétille… mais c’est triste.

Retrouvez moi sur Twitter ICI ; ou pouvez m’écrire àdoriangayparis@gmail.com

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