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COMME UNE PIQÛRE DE RAPPEL...

Publié le par Dorian Gay

COMME UNE PIQÛRE DE RAPPEL...

Vous savez, il y'a ces jours où vous êtes tout simplement heureux, où vous offrez aimablement votre sourire sincère à tous ceux que vous croisez, ces jours où votre pas est léger, où vous vous dites que rien n'est vraiment grave.

Ces jours où vous faites choix d'espérance et profession d'hédonisme. Ces jours où vous vous dites que la vie et bien belle, vous frôlez l'angélisme et la résilience. Ces jours où vos vous faites fit de vos tracas et inquiétudes et les noyez dans un verre de chocolat chaud sur la terrasse d'un café.

Puis il y'a ces jours où vous ne comprenez pas. Ces jours où le fiel, la rosserie et le venin vous éclaboussent avec violence et sans raison. Ces jours où les chatons se font torturer sans état d'âme, cerné de rires froids et criards, où de jeunes handicapés se font rouer de coups sans ménages, ces jours où vous vous dites que le monde est malade. Ces jours où, sans que vous n'ayez rien demandé, rien sollicité, un inconnu au visage pourtant rond de douceur et affichant un sourire qui se veut aimable, aussi gay que vous, aussi jeune que vous, vous offre une amère et douloureuse piqûre de rappel.

Vous avouant vaincu et désarmé devant les expressions de plus en plus outrancières de la bêtise humaine, plus crasseuse que jamais, vous finirez par en rire, d'un rire navré et affligé. Oui rire, car oui bien entendu : les Noirs vivent dans les branches des arbres, les Arabes sont tous des terroristes et des voleurs, les homosexuels sont quant à eux des pédophiles dégénérés, et les juifs des escrocs fortunés. Oui donc, les Noirs dans les champs, les Arabes à la mer, les homosexuels bon à noyer dans la seine, les juifs au four pensera t'il. C'est drôle... venant d'un roux*... homosexuel. L'histoire est bien évanescente...

Je me ferais bien un smoothie de bananes ce soir tiens !

* Petite histoire de la rousseur :

L’iconographique chrétienne affuble progressivement Judas d’une chevelure rousse pour mieux souligner sa traîtrise. Ainsi, le traître le plus célèbre du monde occidental porte désormais cette couleur terreuse ; le roux devient alors la couleur la plus honnie de toute la Chrétienté : « la plus laide de toutes couleurs » proclame un traité de blason du XVe siècle, qui voit associés en elle tous les aspects négatifs du rouge et du jaune. Dès lors, le roux évoque la couleur du feu impur, celui des flammes des enfers, « qui brulent sans éclairer ».  Peu à peu, le caractère « roux » s’étend à toutes les catégories d’exclus et de réprouvés : juifs, musulmans, bohémiens, suicidés, etc. On trouve alors de nombreux petits proverbes qui invitent à se défier des hommes roux. Les superstitions sont à leur apogée à la fin du Moyen Âge puisque croiser sur un chemin un homme roux devient un funeste présage.

Les femmes rousses, quant à elles, connaissent un sort peu enviable, car en plus de souffrir des maux attachés à leur chevelure, elles sont perçues comme des pécheresses tentatrices et hérétiques. Leur pilosité sulfureuse les apparente à la sorcière ou à la prostituée Marie Madeleine.  De telle sorte qu’à la suite de ces superstitions, en 1254, une ordonnance du roi Saint-Louis fait obligation aux prostituées de se teindre les cheveux en roux, pour bien les distinguer des femmes respectables.

Mais c’est avec la fondation de la tristement célèbre Inquisition par le pape Innocent III en 1199 que leur existence se met à sentir le roussi. Cette juridiction ecclésiastique se mute rapidement en lutte contre les hérétiques, c’est-à-dire contre tous ceux qui de près ou de loin s’éloignent du dogme, de la morale ou de l’ordre public. Ainsi, les rousses furent victime de leur assimilation à la sorcellerie et autres diableries, et près de 20 000 d’entre elles périrent sur le bûcher.
COMME UNE PIQÛRE DE RAPPEL...
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COSMOPOLITAN

Publié le par Dorian Gay

COSMOPOLITAN

/!\ Ce billet est volontairement décousu. Concentration nécessaire

Entre deux impondérables. Je crois que cette locution résume avec une certaine subtilité ces petites curiosités confondantes dont est parsemée la vie. Elle résume, en tout cas, de façon prosaïque et lapidaire ces souvenirs beaucoup plus complexes qui se mêlent les uns aux autres dans ma mémoire, formant une orgie sibylline, un enchevêtrement de situations inextricables. La vie est bien curieuse dit-on.

Un de ces soirs comme tous ces autres soirs. Sans originalité, sans particularité, sans singularité, un de ces soirs dont on ne garde généralement pas impérissable souvenir. La télé est restée un peu plus longtemps allumée que d'habitude. Je n'aime pas la télé. Le petit écran a, dès les prémices de mon adolescence, été à mes yeux que le reflet opaque d'une société bien curieuse où il est de bon ton de cultiver la bêtise, la superficialité, la consommation à l'excès. Par ailleurs, doté d'un tempérament vif, l'idée de me retrouver lové dans un fauteuil, pendant des heures, devant ce qui n'est qu'une grosse boite noire animée et bruyante m'est tout simplement insoutenable. Je ne tiens pas en place. Je n'aime pas la télé. Mais ce soir-là, surement acculé par une journée plus éprouvante qu'à l'usuel, je me retrouve devant elle, soumis, allongé, les ronronnements électriques du chat parcourant mon torse. Ces soirs sans originalité vous ai-je dit. Sans originalité jusqu'à ce que mon ordinateur resté sur la table basse du salon émette ce son si particulier, et jadis si familier : le cybermonde m'interpellait par un message d'un inconnu qui s'était surement égaré sur l'un des nombreux profils que je possédais sur un nombre incalculable de sites de rencontres.

Je regarde ma montre puis lève les yeux vers le plan de ligne que je peine à apercevoir derrière les têtes qui dépassent de la foule compacte. J'ai chaud, le métro est bondé. Ma main qui retient l'anse de mon sac de weekend est moite. J'ai toujours le chic pour rater mes trains. Je m'empresse donc de sortir de la rame de métro et de m'engouffrer dans le passage qui remonte dans le hall de la Gare du Nord. Je vérifie mes billets de train une énième fois : il est prévu que j'arrive à Bruxelles à 21h15 ce soir de février 2011.

Le voyage est court, je repense à ces semaines de dialogue interrompu que j'avais entretenu avec Baptiste. Je me rends compte du temps passé depuis ce soir où la télé est resté trop longtemps allumé et où le chat se complaisait à ronronner sur mon torse et je suis en même temps vivifié par une angoisse terrible. Je retombe en adolescence et me découvre anxieux à l'idée que la première rencontre allait survenir ce soir : "et si le fantasme couvé pendant toutes ces semaines s'évanouissait? et si je ne lui plaisais plus? et si la réalité des choses avait raison de la fantasmagorie des belles choses que nous avions, virtuellement certes, échangées? me prendra-t-il dans ses bras ou me fera t'il la bise? quel sera son parfum?".

Ce fut beau, à fleur de peau et à fleur de poésie. Ces moments dont on se souvient avec une nostalgie douce et sucrée comme si on oubliait tout le reste. Baptiste était un de ces garçons qui vous donnent tout, qui se donnent à vous, entier et sans concession, sans emballage et sans fioriture. Un de ceux-là, rares, qui vous émeuvent et arrivent avec la simple pureté d'un sourire à briser vos barrières d'introversion. On s'aime donc. On s'est aimés à en vouloir crever. Ce type de relation forte qui vous mue et vous fait perdre tout sens commun, toute mesure. On s'est aimés entre 342 kilomètres très exactement, et je prends plaisir à y compter les 2 kilomètres au cours desquels on se perdait systématiquement à la sortie de l'autoroute et tournions en rond avant de se décider à mettre le GPS en marche. On s'est aussi aimés particulièrement les weekends, deux jours sur sept, toutes les semaines pendant un an, avant de se rendre compte que la distance devenait pernicieuse. Je ne pouvais me résoudre à cette époque de ma vie à quitter un socle de vie relativement stable et des projets à foison pour une expatriation du côté du pays plat et où les gens vous répondent un "s'il vous plait" quand vous leur opposez un "merci". Baptiste ne pouvait guère non plus; un travail stable depuis quelques années déjà, des opportunités rares à Paris, une aversion profonde pour les grandes villes. Fin de relation amère sur une équation impossible.

Puis il y'a eu Gabriel à Berlin. Ensuite est apparu dans ma vie, Alexandre, qui après quelques semaines lumineuses s'expatriait pour San Francisco. Je me remémore aussi de Théo qui lui a préféré la chaleur de la méditerranée et ne s'était jamais vraiment adapté à la vie à Paris après une enfance passée à courir derrière les sauterelles dans les oliveraies embaumées par les champs adjacents de lavande et de tournesol. Je me rappelle aussi de Finn, Suédois vivant dans la capitale scandinave et avec lequel j'ai partagé des jours entiers devant des écrans rétroéclairés interposés avant qu'il me rejoigne à Paris, que je lui rende la pareille à mon tour en allant le voir à Stockholm et qui a souffert d'une distance absurde et lancinante avant que nous décidions à y mettre fin et à devenir amis. Je n'oublie pas non plus Laurent à Marseille, Eric à Genève, Roberto au Cap, Benoit à Tokyo, tous autant d'autres histoires éphémères et hétéroclites, plus ou moins longues, et placées sous le signe de la distance.

Avec le recul, je me complais parfois à penser, au détour d'une agence Thomas Cook ou d'une rediffusion de Thalassa que ces expériences m'ont permis tôt, motivé par des affinités partagées avec ces garçons aux quatre coins du monde, de découvrir des gens attachants et des cultures merveilleuses, de contempler des paysages splendides tirés des plus belles photos de cartes postales, comme si ces jours-là, en ces lieux-là, la nature, coquette, avait décidé de se parer de ses plus beaux atours. Je me suis enrichi et j'en garde des souvenirs qui, encore aujourd'hui, me font frissonner la peau et me perdent dans des rêves encore intacts et frais.

Vous savez, à mon âge, ces histoires qui débutent pas un solennel et anachronique "il était une fois deux gens qui se sont rencontrés dans un bar, au bureau ou par le biais d'amis proches…" sentent le renfermé et virent sépia.

De nombreuses histoires contemporaines débutent par un "poke" ou par le bip d'un email ou d'un message électronique ou sur un site ou une application de rencontres quelconque. Si ces technologies ont eu pour effet indéniable de détruire les frontières géographiques déjà bien mises à mal, elles ont aussi considérablement élargi le terrain des rencontres possibles à l'infini de telle sorte que le concept de relation à distance est aujourd'hui totalement banal.

De façon liminaire, une relation longue distance peut paraitre comme une expérience intense et excitante, être synonyme d'un certain exotisme même : cela n'est pas totalement faux. Il faut néanmoins nuancer le propos en n'omettant pas tous les inconvénients et les frustrations que ce schéma peut engendrer.

Pour certains, cela apparait comme une évidence. Certains de nos pairs ont besoin de préserver une certaine liberté, de garder clos un certain espace réservé au sein duquel une autre personne, aussi proche soit-elle, aurait du mal à trouver sa place. La relation à distance peut également séduire deux autres catégories de personnes : celles qui privilégieront leur épanouissement professionnel à leur vie de couple, la distance permettant alors qu'aucune compétition ne s'installe entre leur relation et leur travail et ceux qui n'arrivent pas à s'épanouir dans une configuration classique pour des raisons plus ou moins légitimes.

Lorsque l’argent et le temps vont de pairs, la relation peut être mieux nourrie malgré les kilomètres, en permettant une régularité dans les rencontres. Bien que les retrouvailles soient généralement extatiques, il reste, sur le pavé dur d'un quai de gare ou dans la froideur d'une salle d'attente d'aéroport, l'amertume de la brièveté et le sentiment fugace que les choses stagnent comme si chaque rencontre devenait une parodie de la précédente : des habitudes et des redondances s'installent progressivement. A ces choses s'est ajoutée, pour ma part, l'opacité de l'avenir proche, les incertitudes qui devaient être appréhendées tôt ou tard notamment celle de savoir si un tel lien subsisterait longtemps à des pressions quotidiennes, les choix qui devraient être faits. J'ai toujours estimé que dans ce type de relation, le fantasme et les projections sont rois. On peut facilement se faire un film dans son coin en se nourrissant d'un lien symbolique rarement mis à l'épreuve de la réalité. Même si les outils modernes facilitent la communication immédiate, l'absence de contacts rapprochés dévitalise la relation et peut amener un repli narcissique où l'autre n'existe pas vraiment, ou seulement à travers un lien imaginaire.

Ce seront les quelques leçons que j'ai tiré de ces nombreuses expériences. Nombre qui me laisse d'ailleurs parfois pantois, au point où il m'arrive, avec une pointe d'ironie, de penser à l'acharnement du sort. Jeter cela au sort permet surement de ne pas se poser les bonnes interrogations qui permettraient d'expliquer une telle propension à s'amouracher de garçons vivant à des centaines, voire milliers de kilomètres ou encore ceux-là qui, animés par une envie plus ou moins latente, décident de quitter Paris pour d'autres latitudes. Désir refoulé de quitter Paris? Peur de l'engagement sempiternel? La réflexion reste intacte mais les fissures sont encore béantes.

A la distance je dis dorénavant non. Je ne suis pas de ceux-là qui dogmatisent et affirment de façon péremptoire la stérilité des relations à distance, mais plutôt de ceux-là, endurcis dans le moule de l'expérience et des déboires, que l'on ne surprend plus à jouer à ce jeu. Cela reste subjectif et je continue à envier ceux, tant nombreux, qui arrivent à s'épanouir à deux malgré les kilomètres et l'organisation stricte que suppose la relation à distance.

Mais je suis fondamentalement de ceux-là qui se complaisent à rêver, souvent la tête levée. La tête levée vers l'écran affichant les arrivées prévues. L'espace est bruyant, il s'y entremêlent un raffut se nourrissant des dizaines de langues différentes parlées tout autour de moi, le crissement des valises que l'on traîne, et les annonces froides et ciselées de l'hôtesse, répétant que le vol AF 955 venait d'atterrir. Au-dessus de la petite foule qui descend les escalators, une tête pas comme toutes les autres têtes se dégage. Deux larges sourires sont échangés.

- Bon… alors… voyons voir… c'est si loin que ça Tokyo?

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VOYEZ COMME JE DANSE

Publié le par Dorian Gay

VOYEZ COMME JE DANSE

Le pas est léger mais véloce sur le pavé lézardé de la Rue Mouffetard. Les craquelures du trottoir abîmé, telles des artères, laissent ruisseler une eau scintillant à la lumière de l'unique lampadaire du passage où nous nous engouffrons pour échapper à l'averse subite.

Abrités sous l'auvent précaire de ce qui semblait être une énième souricière pour touristes d'infortune, nous éclatons spontanément d'un rire sonore à deux voix, qui emplit la ruelle sombre.

Le ruelle ne reste pas longtemps déserte, elle se retrouve quasiment instantanément gorgée par un défilé de silhouettes agitées cherchant refuge. Mélange hétéroclite de gueules cassées râleuses, de mères agitées tentant, tant bien que mal, d'abriter leur marmaille excitée et amusée par les filets de pluie, de vieux et de vieilles inquiétés.

Je ne me lasserais jamais du spectacle de la pluie qui tombe sur Paris, tant elle mue la ville et les comportements. L'air froid et pollué laisse place à une légère brise fraiche et humide, les sons cosmopolites laissent placent quant à eux au clapotement ininterrompu des gouttes d'eau. Le pas trainant des passants se fait confus et pressé, les regards se croisent plus qu'à l'habitude, quelques minutes de vie et quelques sourires s'échangent entre inconnus sous des abris d'infortune le temps que l'intempérie leur accorde un peu de répit. Paris est un spectacle, la vie est en un elle-même, mélange réconfortant de certitudes, d'habitudes, de rythmes séculiers et de spontanéités, de lueurs, de petites fraicheurs et de petites surprises comme celles -là.

J'aime incontestablement être surpris, et préfère ne pas savoir, ne pas m'attendre, ne pas me préparer au prévisible, au certain, à l'attendu. Je frissonne à l'idée de m'abandonner, entier et candide à la fortune des choses, tel un marin qui abandonne aux flots sa pagaie et se laisse guider par le courant naturel des choses. Il est parfois si délectable de ne pas se laisser aller aux projections et aux prévisions et de vivre ce présent qu'il nous est parfois si difficile de saisir tant nous sommes acculés par le passé et rongés par les incertitudes qu'induit l'avenir. Entre un avenir qui n'existe pas encore et un passé qui n'existe déjà plus se glisse une pure abstraction, une sorte de rêve impossible. C'est cette absence haletante que nous appelons le présent. Personne n'a jamais vécu ailleurs que sur cette frontière vacillante entre le passé et l'avenir mais tout le monde se complait parfois à l'ignorer. Si j'écris aujourd'hui avec une certaine assurance, je n'oublie pas le jeune torturé qui m'habite, celui-là qui pendant longtemps s'est perdu dans les méandres du passé, ruminant et fulminant après ce qui a déjà été et qui ne sera pas et s'inquiétant, ulcérant de ne pas savoir de quoi demain serait fait et vivant dans une anticipation constante, prévoyant, calculant, épargnant.

Je préfère aujourd'hui, de loin, le mystère à l'absurde. J'ai même un faible pour le secret, pour l'énigme. Les malheurs , trop réels, les ambitions, les échecs, les grands desseins, et les passions elles-mêmes si douloureuses et si belles, changent un peu de couleurs. Avec souvent quelques larmes, je me mets à rire de presque tout. Les imbéciles et les méchants ont perdu leur venin et leur dard. Pour un peu, je les aimerais. Une espèce de joie m'envahit. Je remercie je ne sais qui de m'avoir jeté dans une histoire dont je ne comprends pas grand-chose mais que je lis comme un roman difficile à quitter, un roman à une voix et dont l'encre aura été mon narcissisme, mes interrogations et mes doutes et que j'aurai beaucoup aimé.

Dans une époque si lourde, où la dérision, le cynisme et la contestation sont devenus les nouveaux impératifs sociaux, j'aime faire profession d'admiration. Pratiquer l'enthousiasme et entretenir, ainsi, l'espérance, m'interdisant de pleurer le passé, et de me lamenter sur le futur. Entre nostalgie et impatience, il est une place qu'il faut apprendre à habiter: le présent. Etre là, au présent, entièrement dédié à l'instant avant que ce dernier ne disparaisse et ne nous entraîne dans sa chute. Se souvenir des belles choses, se surprendre à rêver.

Mais se surprendre également à changer et à oser. Bien prétentieux mot qu'est le changement; mot dont je ne déguste le nectar que ces derniers temps. Si il y'a une vérité aussi nue que celle qui veut que nous naissons pas tous avec la même histoire et les mêmes prédestinations, il y'en aussi une que de dire nous en sommes tous parfois si prisonniers.

Comme disait Jean d'Ormesson, prisonniers de nos familles, de notre milieu, de nos métiers, de notre temps, des codes qui nous sont imposés, opprimant tant bien que mal nos réelles volontés, tels des corsets ou des gaines sociales. Pourquoi? Question naïve que voilà : pourquoi?

Ce à quoi j'aurais jadis répondu : "parce que c'est comme ça". Je me suis ainsi rendu compte qu'un certain nombre de décisions, parfois éminemment importantes, que j'ai prises furent dictées par les mauvaises impulsions, les mauvaises raisons. La prise de conscience de l'existence et de l'ampleur insidieuse de ces codes sociaux omniprésents est douloureuse. Il m'était ainsi inconcevable de ne pas me destiner à de longues et brillantes études, couronnée par une carrière épanouie, m'ancrant dans une sorte de schéma idéal et utopique auquel j'aurais satisfait. Il m'était également tout aussi inconcevable que mes pairs ne fassent pas de même. Je ne donnais pas de crédit à ces légendes de reconversion professionnelle, à ces histoires de gens qui plaquent une vie professionnelle florissante pour se vouer à une passion longtemps couvée.

Enième exemple en ce jour du weekend dernier. Un "mais c'est toi ! c'est pas vrai" criard et féminin m'arrache de mes rêveries habituelles et du doux bercement de la ligne 4. Après quelques embrassades et quelques échanges sommaires, cette jeune fille connue au cours de mes études et que je n'avais pas revu depuis un long moment m'annonçait qu'après des études en école de commerce et en droit, faites sans accroc, changeait de vocation pour devenir … comédienne.

Comédienne disait-elle. Cela m'a fait sourire, sourire de spontanéité. Je me suis retrouvé le soir même, après quelques verres de chardonnay, devant le puzzle, les petits morceaux recollés qui composaient ma vie et je comprenais véritablement cette fois-là qu'il n'appartenait qu'à moi d'en faire ce que je souhaitais. Le comprendre était la clé.

Non, je n'ai pas pris mon sac à dos et le premier billet d'avion pour des destinations inconnues et des paysages inexplorés, je n'ai pas encore moins envoyé ma lettre de motivation derechef dans une enveloppe aux motifs fleuris, ni encore moins décidé de me vouer à l'humanitaire en Birmanie. Je me suis juste rendu, enfin, après ces 22 années linéaires, que je pouvais reprendre les rênes de ma vie, partager avec le sort la co-écriture de ce roman dans lequel je suis plongé depuis 22 ans en tant que protagoniste principal.

L'averse mue en bruine et nous sommes toujours sous le porche à l'abri et je sens que son regard perplexe est posé sur moi depuis un instant déjà. Je m'imagine qu'il se complait à deviner les contrées dans lesquelles flottent mes pensées. Le propre des longues amitiés est de permettre de supporter les silences, ces blancs parfois longs qui peuvent ponctuer une conversation et qui n'en paraissent pas plus gênants.

La rue est devenue silencieuse, vidée du tumulte brusque qu'il l'animait quelques minutes auparavant. Impatient l'ami qui finit par proposer : "allez on y va ! la pluie est bientôt terminée. Passons par le fleuriste, je dois m'acheter une nouvelle plante d'intérieur, j'en ai perdu une cette semaine".

Une demie heure plus tard, chargé d'un ficus et d'un bouquet de roses oranges, et refermant la porte d'un magasin embaumée de senteurs sucrées et sur un vieux fleuriste au regard doux, à moi d'adresser à mon compagnon d'infortune : "Merci pour les roses" accompagné d'un sourire sincère. Avant d'ajouter, dans un rire : "Et merci pour les épines". Oui, il faut imaginer Dorian heureux.

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HORS MILIEU GAY OU HISTOIRE D'UN GHETTO ORDINAIRE

Publié le par Dorian Gay

HORS MILIEU GAY OU HISTOIRE D'UN GHETTO ORDINAIRE

Toutes les réverbérations nées de l'annonce des futurs Gay Games à Paris et les pseudo-réflexions des uns et des autres m'ont exacerbé mais ont toutefois nourri ma réflexion des diverses positions qui se sont érigées, pour ou contre cet évènement.

Entre ceux qui vagissent au communautarisme, arguant que l'existence de ces jeux n'est qu'une énième turgescence d'un communautarisme gay asphyxiant et ceux qui y voient une avancée supplémentaire dans l'avancée des droits de la cause gay, dur de savoir à quel son de cloche réagir lorsque l'on fait partie de cette jeune génération homo; dur de se greffer à une de ces deux principales écoles de pensée.

 

Communauté vous dites? Cette notion de communauté nous divise; cette notion de communauté interpelle.

 

Si j'admets, avec la relative subjectivité qu'induit ma jeunesse, que ce que nous appelons "communauté gay" a permis, au long de l'histoire de nous façonner une culture, une identité, une histoire, et nous a permis, telle une armée unie, cohésive, forte, fière et rugissante de conquérir nos droits et notre place dans la société dans laquelle nous vivons aujourd'hui, je reste tout aussi persuadé qu'elle n'est pas universelle et qu'elle a ses limites.

Je refuse en effet l'idée même de communauté gay au sens sociologique et historique du terme : si, certes, nous avons toujours formé au fil de l'histoire contemporaine une sorte de groupe – n'oublions pas que le seul lien qui fonde, qui unit cette communauté n'est intrinsèquement que notre orientation sexuelle. Admettre ainsi qu'un garçon, parce qu'il aime les garçons, et une fille parce qu'elle est attirée par d'autres filles, fait inéluctablement partie d'une "communauté" et adhère forcément à une philosophie, à une culture et à une histoire préétablies est absolument aberrant.

 

Bien qu'homosexuels, je pense ne pas me conforter dans mes convictions en affirmant que nous ne nous définissons pas par notre sexualité – encore heureux. Cette idéologie communautarisme basée sur ce seul lien objectif qu'est la sexualité est profondément réducteur et si pauvre de réflexion – imaginez-vous si, tous les groupements d'individus s'érigeaient en communauté, où serait donc la limite : communauté de végétariens? De gauchers? De groupes sanguins? D'amateurs de saumon fumé ?

 

Nous sommes, individuellement, personnellement différents bien que réunis par notre orientation sexuelle, qui n'est à juste titre qu'un infime élément qui compose les Hommes que nous sommes, que vous êtes – et de cette individualisation résulte la principale limite à ce que j'ose appeler le "communautarisme d'office" et dans laquelle une génération croissante de jeunes homos ne se retrouvent pas et préferent se déclarer "hors milieu", alors que d'autres, sans autre repère que celui de la communauté, s'y complaisent, errant dans le seul et même univers bien étroit et parfois dans les mêmes lieux réservés, comme rassurés par l'idée même de n'être entourés que de semblables. La communauté s'est même virtualisée : on se follow, on s'ajoute, on se connecte... bien souvent qu'entre nous.

 

Allons plus loin dans le raisonnement: tout comme je considère que la notion de "tolérance ou d'acceptation des gays dans la société" est un total abus de langage, en ce que nous n'avons pas à être "tolérés ou acceptés", comme on n'accepterait ou non un chien dans un restaurant, mais juste intégrés, je pense également que ce que certains appellent la fierté gay est un concept bien étrange, et sert à tort de ciment pour renforcer le communautarisme.

 

Non, je ne pense pas que l'on doive se sentir particulièrement fier de sa sexualité et l'arborer comme une crête de coq dans les rues : cela reste une sexualité – point. Nul besoin de la couvrir de vanité. On peut être fier de la personne que l'on est en globalité, on peut être fier du succès des études faites et du travail effectué, on peut être également fier de la famille ou des proches que l'on a, on peut être fier de nos petites victoires quotidiennes, mais on ne peut pas être fier d'être blonde, d'être grand ou de ne pas sentir des pieds, c'est une caractéristique physique comme une autre.

 

Non je ne renie pas l'histoire de la cause gay, je ne réfute pas que la force du groupe a été le principal moteur des avancées sociales et politiques dont nous avons bénéficié, le fabuleux élan à l'occasion du Mariage Pour Tous en étant un bon exemple; je refuse juste l'idée de la communauté d'office et toutes les dérives auxquelles peuvent mener un zèle excessif de communautarisme.

 

Là où le bât blesse c'est lorsque nous les discours et les revendications de la "communauté" ne correspondent pas à ses actes concrets. Nous réclamons sans cesse l'intégration, l'homophilie presque, mais persistons à garder clos certains domaines réservés, nos petits ghettos "sans conséquence" : entre le Marais où jadis tout couple d'hétéro banal ayant l'audace de roucouler en public étant fusillé du regard et tous les évènements divers dont nous en faisons égoïstement apanage, toute personne non concernée ne peut y voir que des murs subsistants érigés entre nous et eux. Une reminiscence de sectarisme sous-jacent. C'est ce paradoxe, ce "un pas en avant-un pas en arrière" qui marque une dérive de ce communautarisme.

 

Au risque d'attirer foudres et lames, je vais jusqu'à penser que contrairement à ce qu'affirment de fervents défenseurs de la communauté gay, cette imperméabilité de notre monde sert de charbon de bois au feu de l'homophobie : "je ne connais pas, je ne fréquente pas, je ne vois pas, donc j'hais". Il n' y a pas besoin de faire un Doctorat en Droit pour se rendre compte d'une telle évidence et se rappeler à quel point l'histoire nous a démontré que la survie de groupes, de communautés qui s'entêtaient à restés closes a toujours entrainé haine, rejet et violence.

 

Seconde dérive? La communautarisation de la communautarisation. Qu'on me traite de cynique blasé – le cynique blasé n'en reste pas moins réaliste : le voile du communautarisme gay à outrance ne cache que d'autres clivages entre des sous-communautés, qui elles aussi, sans que l'on puisse parler de "culture" ou d'histoire, tiennent à rester homogènes : gay de province versus gay francilien, gay de banlieue vs gay intramuros, gay viril vs gay efféminé, gym queen vs crevette, fashionista vs casual gay, lesbiennes vs pédés, ethniques vs caucasiens, jeunes vs seniors la liste est loin d'être exhaustive.

 

 Le test est facile à effectuer : prenez moi, jeune minet à l'orée de sa jeunesse, au loin volontairement soigné et proposez lui d'aller boire un verre au Cox par exemple – entre les regards et sourires éloquents, vous aurez une bonne visibilité de ces frontières intra-communautaires. En fin de compte, il s'avèrerait plus juste de parler de "causes gay" ou de "communautés gay". La communauté reste donc un faux concept, ou du moins un beau mirage : tous gays certes mais c'est tout – cela appuie donc mon constat de départ : pourquoi donc militer pour cette idée de "communauté gay globale" et forcer le trait avec des évènements censés être fédérateurs,  lorsqu'elle montre elle-même des lacunes évidentes?

 

Modérons néanmoins mon discours. Je reconnais à cet esprit de groupe un certain nombre de vertus. Comme je l'ai déjà affirmé, la force du groupe nous a permis de revendiquer nos droits et de briser les murs du rejet et de l'inégalité – la "communauté", moi jeune gay m'a permis encore enfant, perdu et tourmenté par sa sexualité "curieuse" de trouver réconfort et apaisement auprès de personnes "comme lui", à l'ère où Grindr et autres joyeusetés technologiques n'existaient pas encore – la "communauté" m'a permis d'expérimenter des choses qui me seraient restées étrangères si j'avais été isolé, elle m'a permis de m'enrichir de la richesse des identités gay, de sociabiliser, de vivre de formidables aventures humaines et sociétales, de me sentir parfois en sécurité et compris.

 

Cependant, aujourd'hui, n'est-il pas temps de percer la bulle et de laisser un peu d'air frais s'y glisser avant de frôler l'asphyxie?

 

 

 

 

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BLOW THE BUBBLE

Publié le par Dorian Gay

BLOW THE BUBBLE
BLOW THE BUBBLE

Au nombre des mystères insolubles et insondables de la nature masculine, celui qui occupe mes pensées et réflexions en ce moment n'est nul autre que l'âge.

Au détour d'une conversation stérile et insipide comme on en compte pléiade par jour sur les réseaux sociaux, le débat fut jeté : à moins de trente ans, trente années synonymes d'expérience, de maturité, de stabilité, est-il ambitieux d'avoir des aspirations plus durables que de simples plaisirs charnels? En d'autres termes beaucoup moins lyriques : aspirer à une relation relativement sérieuse, la trentaine non amorcée, relève-t-il du pur caprice de jeunes? Comme on offrirait à un bambin une voiturette en plastique, jusqu'à ce qu'il ait l'âge de passer son permis de conduire et de s'offrir une voiture.

Je dois avouer que la question est particulièrement intéressante lorsque, de façon récurrente, sur fond de déclarations subjectives et péremptoires, on vous oppose des "mais tu es beaucoup trop jeune pour cela", "tu es si jeune, tu devrais t'amuser pendant les dix années à venir et chercher à te poser que quand tu auras vraiment profité de la vie".

BLOW THE BUBBLE

Lorsque l'on creuse d'avantage les fondements de ces affirmations, les raisons avancées sont relativement simples quoique discutables : on n'aurait pas avant cet âge, apparemment fondamental, toutes les clés, toute l'expérience, tout le vécu nécessaire à s'assurer un couple sain, stable et un tant soit peu heureux.

Ces affirmations dogmatiques ont pour don de m'exaspérer au plus point et cela à plusieurs titres.

D'une part, j'estime que cette interprétation de ce qu'est censé être l'évolution "normale" est profondément réductrice. Je ne vois aucune once de justification au précepte selon lequel ces années 20-30 ans seraient sensées êtres les années folles de nos vies. Je crois au contraire que tout est une question de choix et de style de vie. Chaque période d'une vie, chaque étape de cette route en sens unique offre une vision de la plénitude, du bonheur, différentes. Et je considère que si certains se complaisent à penser que la plénitude du jeune gay commun consiste en un épanouissement rythmé par nuits d'ivresse, nuits charnelles et nuits festives, sur fond de musique pop et de débauche pré pubère, cela reste un stéréotype particulièrement pauvre.

Que ne faut-il pas entendre de plus subjectif : qu'à 30 on est prêt à se poser? Qu'à 35 on doit adopter ? Qu'à 40 on est épanoui professionnellement ? Qu'à 50 on boit du thé toutes les après-midi et se réalise devant l'intégrale des feux de l'amour?

Il n'y a pas de norme à établir, car rien n'est plus subjectif et plus stochastique que la nature humaine. Il s'agirait presque de vouloir mettre des cailloux de gabarits différents dans des boites rondes uniformes.

D'autre part, si il mathématiquement indéniable qu'à 30 ans on a vécu plus longtemps et potentiellement roulé sa bosse, cette affirmation n'est pas absolue. Des jeunes dotés d'une maturité exceptionnelle et à contrario, des trentenaires qui ne veulent pas vieillir en esprit sont de plus en plus légion.

On m'opposera, chose classique, que ces jeunes qui aspirent à une relation non éphémère ne vont que, tête butée, vers regrets à posteriori de ne pas avoir vécu leur vie de jeune. Je renverrais ces contradicteurs à la question suivante : un tandem, une telle relation n'est-elle pas une des plus enrichissantes expériences justement ? Une de celles qui vous modèle, vous façonne, vous murit le mieux ? Et si c'était encore là une alternative à ce stéréotype de la "vie de jeune" si entretenu?

Qu'on me comprenne bien, je ne plaide pas et ne m'insurge pas contre ceux qui entretiennent cette vision du levier 20-30 ans, je plaide juste pour une ouverture d'esprit sur la question, afin que chacun, puisse dans sa singularité et ses aspirations personnelles, trouver épanouissement sans qu'on lui renvoie en pleine face ces idées arrêtées et peu progressistes. Parce qu'il y'a autant de jeunes gays qu'il y'a de schémas possibles, parce qu'il y'a autant de jeunes que d'aspirations, parce que la jeunesse gay est plurielle tout simplement.

Sujet tout autre qui nourrit ma réflexion depuis quelques jours déjà : la solitudine. Si le sujet est tabou depuis toujours car va avec antinomie avec le cliché de l'homosexuel toujours bien entouré, de l'homosexuel sociable et fêtard, la réalité est bien outre : le phénomène de la solitude gay est incommensurable. Pourquoi? J'ai quelques pistes …

1) Le milieu gay est inadapté, particulièrement en France

Les personnes LGBT voyagent et elles voient bien qu'à l'étranger, il y a des endroits qui permettent une meilleure entente, une meilleure ambiance, et plus de diversité. La solitude française, c'est tout d'abord une carence des initiatives. Le business gay nous offre sans cesse les mêmes variantes de la même franchise. Le Marais devient étouffant, stéréotypé, clivant, dans son cadre, son ambiance, son esprit étriqué, l'effarante lacune des nouveaux concepts. Quand un nouveau bar ouvre ses portes, il ne s'agit de d'une énième réédition du même concept avec plus de déco et un serveur un peu plus barbu et athlétique que son prédécesseur, c'est tout. Une impression de déjà-vu perpétuel, une aussi standardisé que la recette du Big Mac, des consommations chères, une sensation d'étroitesse spatiale, collective, et accessoirement d'esprit.

Le Marais traite mal, le Marais est un microcosme dur et aussi froid que du béton, derrière un premier abord pailleté et enjôleur. On se bouscule pour aller au bar, on se bouscule sur le trottoir, on se bouscule pour parler. Année après année, ces établissements façonnent à nos dépends les principes basiques de savoir vire et influencent nos gestes, notre manière de se rencontrer aujourd'hui à l'ère du 3.0.

2) Internet n'est pas le bouc émissaire de la solitude

Internet, sangsue de pixels. The Atlantic nous apprenait récemment une étude qui montrait que la majorité des utilisateurs de Facebook considèrent que ce réseau social les rend plus seuls. Le même constat est transposable, à mon sens, à tous les réseaux de rencontres.

Même si la dureté d'Internet est précisément accentuée par la redéfinition du savoir vivre dans les bars et autres lieux du même acabit, cela n'est point une justification à la déshumanisation complète des rencontres virtuelles, aussi froides et sanglantes qu'un vulgaire 'tu suces?' jeté en pâture, comme on jetterait de la viande à des canidés hypoglycémiques.

La solitude reste grande mais elle est accentuée par cette sensation récurrente de rejet, transversale et endémique, mais qui ressemble aujourd'hui à un matraquage quasi normatif. Comme me disait un ami hier : "on sort, on rencontre, on sourit, on danse, mais au fond, le soir quand on se couche, qu'est-ce que se sent pitoyablement seul".

Entre ceux qui éludent le problème en entretenant l'illusion, soir après soir, bar après bar, changement de tenue après changement de tenue de combattre leur solitude et ceux qui, défaitistes accablés, s'en arrangent, le problème reste le même.

3) Because living alone is the new thang

La solitude chez les gays, c'est le sujet le plus dramatique de tous, peut-être plus que la maladie, parce que ça touche beaucoup de monde et qu'on est tous censés faire bonne figure, tout le temps, sur les sites de drague, dans les bars, partout. Le mec seul de la bande, c'est celui que l'on plaint gentiment et avec la charité chrétienne que l'on nous reconnait fortuitement mais c'est celui qui fait tâche. Celui à qui on propose à la fin de la soirée, une énième soirée où, du haut de notre altruisme, "nous lui présenterons, l'ami du cousin de l'oncle d'un tel avec qui on pense que cela pourrait coller".

Searching to find the one, vous pouvez passer ainsi trois ou quatre ans ou plus. Une étude récente montre que la crainte N°1 des homosexuels, c'est d'être seul. Et pourtant, vous pouvez chercher sur Google, il n'y a pas beaucoup de livres ou d'outils pour calmer cette angoisse. Chaque jour, la répétition du même échec est une marginalisation qui s'accentue. La solitude est le sentiment le plus suicidaire parce que c'est un constat qui vous est sans cesse envoyé à la figure. Vous avez beau faire des choses intéressantes dans votre vie, créer une entreprise, aider les autres, faire des choses, vivre selon des principes corrects, vous faire remarquer, rien ne peut faire oublier ce stigmate social. C'est votre lacune, votre faiblesse, votre croix du calvaire, votre talon d'Achille.

Parfois, pas toujours, bien sûr, beuacoup restent ensemble dans un couple, malgré les conflits, parce qu'ils ont peur d'être seuls face à leurs amis, leur famille ou la société, ce qui est à mon humble avis, l'une des raisons de la multiplication des schémas de couples dits libres. L'identité gay impose déjà beaucoup d'efforts pour s'assumer et s'imposer à l'entourage, à la société, mais c'est la capacité d'aimer et d'être aimé qui sert de récompense à mon avis, à ces efforts. Affronter ce parcours et subir en finalité la solitude, c'est une incohérence, c'est le meilleur moyen pour basculer dans une certaine d'amertume, d'aigreur tout aussi destructrices que vicieuses.

4) Pilule contre l'absence

Pour survivre jour après jour l'absence de quelqu'un que l'on a passé sa vie à imaginer, il y a l'industrie de la psychanalyse et de la foi, il y a tous les dérivés commerciaux que l'on avale avec frénésie pour combler un vide immense. La solitude est le moteur qui alimente beaucoup d'industries et une grande part de l'économie moderne.

Je pense que tout ce que l'on fait dans sa vie, c'est bien sûr pour soi, égoïstement, mais c'est surtout pour cet autre que l'on se complait inconsciemment ou non à attendre. Une maison, un appartement, un jardin, une musculature, toutes ces choses qui au fond ne sont pas que pour nous.

Vous édifiez une carrière, vous créez un chef d'œuvre ou même vous faites une très bonne tarte aux prunes, si vous n'avez personne à qui l'offrir, c'est juste un message dans une bouteille qui se perd dans la mer. Et au fond, cela me rappelle avec ironie les bowerbird, ces oiseaux qui font des nids sur le sol qu'ils décorent avec des pierres brillantes, des bouts de bois, pour attirer leur compagne. A notre époque, tout le monde fait ça. Jamais, dans la civilisation moderne, nous n'avons eu autant d'artefacts brillants à disposer sur le sol pour attirer l'âme sœur, le compagnon, le mari.

Mais malgré FB, Grindr, les sites de rencontre, les bars, les clubs, les associations LGBT conviviales, le tourisme gay, la Gay Pride, le mariage et l'homoparentalité, gays ou hétéros, la solitude reste une plaie. Et plus on dispose d'outils pour se rencontrer et plus la solitude devient épaisse, toxique.

Il est temps de se poser des questions sur ce que ça veut dire, de notre contribution à cet éloignement progressif des uns et des autres, de cet apartheid amoureux entre ceux qui sont seuls et ceux qui ne le sont pas. Au lieu de se tourner sans cesse vers la société pour l'accuser de tous les maux, il faut bien se regarder pour évaluer ce que nous faisons, réellement, pour réduire cette distance entre hommes encore plus pernicieuse.

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Les Non - Choix de Dorian

Publié le par Dorian Gay

Les Non - Choix de Dorian

Nature ou aux fruits ? Bio ou ordinaires ? Pack de deux, de quatre, de huit ? Lait de vache, de brebis, de soja ? Pots en verre, en terre cuite, en plastique ou en carton ?  Nous passons notre vie entière à devoir décider. Sans arrêt. Depuis les yaourts jusqu’aux éléments majeurs de notre existence, comme la personne avec laquelle nous vivons, l’emploi que nous acceptons ou refusons, la conception d’un enfant, l’achat d’un logement remboursable sur quinze ou vingt-cinq ans, un engagement politique ou religieux… Et d’une foule d’autres choses plus ou moins importantes, mais souvent un peu inquiétantes : se faire vacciner ou pas, un chino bleu ou un chino vert pâle, partir dans ce pays où la terre risque de trembler ou plutôt le ClubMed d'à côté, accepter un devis, trouver un nouveau médecin, bousculer les convenances…

 

Sans que nous comprenions toujours pourquoi, le choix devient parfois inextricable. Comme si la profusion et la liberté nous engloutissaient et nous faisaient perdre nos repères.

 

Pendant longtemps, les individus se sont conformés à un destin défini par leur naissance : classe sociale, métier transmis de père en fils, rôle prédéterminé en fonction de leur sexe, de leur place dans la famille, de leur religion… Chacun suivait les injonctions de la société, pour en assurer la cohésion et l’équilibre, sans qu’il ne soit jamais question d’un quelconque épanouissement individuel librement décidé.

 

Mais les révolutions et la démocratie sont passées par là. En décrétant la liberté et l’égalité, elles ont individualisé la société, et donné à chacun la responsabilité de son développement personnel et de son propre bonheur. Et la possibilité de choisir tout ce qui, jusqu’alors, lui était imposé. À nous, désormais, de trouver le moyen de devenir des êtres libres, épanouis, harmonieux, développés.

 

Nous voilà donc, parfois, totalement dépassés par l’infinité des possibilités de choix qui s’offrent à nous, et l’écrasante responsabilité qu’elle fait peser sur nos épaules. Au point de ne plus pouvoir rien décider du tout. Et même de la voir parfois se transformer en aboulie : une maladie qui enferme ses victimes dans l’incapacité chronique de contacter leurs désirs et d’exprimer une volonté. Maladie dont je suis sans conteste atteint, au stade terminal même je dirais. Faire des choix fut toujours quelque chose d'éminemment difficile pour moi; au point où, à HEC, dans le cadre de mes études, un professeur m'avait vivement exhorté à m'inscrire dans un module proposé par l'école et qui s'intitulait "Prise de décision" dont le contenu m'a permis de prendre plus de hauteur et de théoriser mon mal mais qui s'est révélé dans la vie de tous les jours inefficace.

 

A quel point suis-je atteint vous demandez vous? Au point où les choix usuels les plus anodins deviennent de véritables anicroches; c'est ainsi que le choix d'un film ou entre deux paires de chaussures dans un magasin, ou pire, d'une boisson sur une carte de bar deviennent d'étonnants et d'indisposants moments folkloriques. Je me souviens avec ironie du jour où, jeune bachelier, je me retrouvais à la date butoir des inscriptions en Université, toujours tiraillé par un choix antinomique entre la Faculté de Droit et celle de Sciences Economiques, choix qui ne fut tranché que dans le véhicule de ma mère qui me conduisait au bureau des inscriptions.

 

Je compare souvent la vie à des voies ferroviaires, marquée de nombreuses intersections où, chaque dérivation, chaque virage, chaque choix de direction pris trop tôt ou trop tard, peut mener à d'infinis scénarios, d'innombrables destinations. Et devant une telle succession tentaculaire de choix, on ne peut qu'avoir peur – peur de louper le coche, de ne pas prendre le bon virage, de louper de meilleures opportunités. Et quand on pas réellement eu le choix, comme cela a pu être le cas en ce qui me concerne pendant une période assez longue de ma vie, cela peut s'avérer particulièrement enivrant… ou tétanisant, lorsque l'on se retrouve devant ce vide insondable, partagé entre l'envie de s'y jeter et de se laisser porter par le vent (ou de s'écraser pathétiquement) et l'effroi du vertige.

 

Les spécialistes en relations humaines imaginent des « carrefours de carrière » et autres bilans de compétences, pour nous aider à savoir où nous en sommes et, surtout, vers où nous pouvons ou devons aller. En perdant de vue, souvent, la question centrale du choix identitaire : avant de trouver quoi choisir, peut-être faut-il savoir qui je suis et ce que je veux. Et c'est peut-être cela le fond du problème, je ne sais très certainement pas ce que je veux et je préfère souvent me laisser guider par cette chose que nous appelons  le destin et qui n'est, en ce qui me concerne, que la superposition de "non choix". Je suis donc  passivement le cours de la vie et des évènements qui la ponctuent, me faisant souvent opposer les choix d'autrui. Comme beaucoup de personnes, j'essaie de rationaliser les choix et de raisonner avec pragmatisme, notamment à l'aide de ces fameuses balances "pour – contre / avantages – désavantages" que nous avons déjà tous, à degrés variables, déjà expérimenté. Mais il faut parfois se rendre à l'évidence et reconnaitre les limites de cette méthode bien trop cartésienne: la vie n'est pas un cours de bourse ou une équation mathématique; on ne peut pas indéfiniment "optimiser" ses choix en y appliquant des règles rigides.

 

 

Outre le fait de ne pas réellement savoir ce que nous voulons, je suis convaincu que la deuxième motivation des non – décideurs pathologiques s'enracine souvent dans la volonté de ne pas se fermer aux différentes possibilités. En effet choisir c'est souvent exclure, écarter, et de ce fait ne pas choisir, offre ce confort psychologique douillet de se réserver toutes les possibilités, de rester ouvert à toutes les éventualités et les opportunités.

 

 

Enfin, troisième raison, je pense qu'il est nécessaire de garder à l'esprit que se tromper n’est pas gâcher sa vie. On a beau s’efforcer de faire le “meilleur” choix, la manière dont les liens amoureux, conjugaux, professionnels, sociaux se façonnent fi nit toujours par nous échapper. Même si c’est difficile à admettre, il semble que la manière la plus sage de rendre nos choix moins douloureux soit d’accepter que, finalement, une grande partie de leurs conséquences nous échappe !

 

Je me soigne donc chers lecteurs… je me soigne ….

 

Et quoi de mieux, pour rompre cette pernicieuse passivité qu'une belle folie : ce boulot m'ennuie, Paris me lasse à nouveau, l'ailleurs m'interpelle de plus en plus… et ce projet de tour de monde en semi road trip en décembre, commence à occuper mes pensées.

 

"Vous êtes effrontément jeune" m'avait lancé l'Associée qui m'avait fait passer l'entretien pour mon poste d'Avocat collaborateur. "Si j'étais vous, mon dieu… les folies que je ferais avant de vouloir entrer dans les carcans usants du métro-boulot-dodo !".

 

Elle avait raison… et Paulo Coelho aussi : « Un peu de folie est nécessaire pour faire un pas de plus. »

 

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TBM des Neurones

Publié le par Dorian Gay

TBM des Neurones

Si vous me lisez depuis longtemps vous devriez savoir qu'il m'arrive de m'épancher de façon assez cyclique sur le sujet bien générique de l'intelligence. Outre le fait que je sois précoce, je reste convaincu que l'intelligence (ou son antipode) a des implications importantes voire prépondérantes dans la façon dont nous abordons la vie (et bien souvent le couple) et je vous avouais à demi - mot et de façon ironique que j'aurais voulu être un imbécile pour réprendre les termes de Jean d'Ormesson.

 

Ces dernières semaines, suite à mon déménagement, j'ai enchainé les nouvelles rencontres de façon frénétique, comme animé par une envie boulimique de voir de nouvelles têtes, de rencontrer les nouveaux voisins et de tisser de nouveaux liens. Et je dois vous avouer que me retrouver devant un panel aussi large de physiques hétérogènes, d'esprits différents, de styles de vie hétéroclites m'a fait réaliser une chose et mettre un terme sur ce que je semble être: un sapiosexuel, léger.

Les sapiosexuels sont des gens pour qui l'intelligence est la chose la plus attirante sexuellement et plus généralement chez les autres.

Honnêtement, avant de me pencher sur la question, je connaissais le terme mais l'appréhendais comme une sorte de phénomène de mode, à mi chemin entre de la vanité et de la suffisance et cela notamment car je supputais que pour se considérer sapiosexuel, il fallait soi même se considérer comme faisant partie de l'intelligentsia, ce qui pour moi était totalement subjectif et présomptueux. Je considérais en outre que tout le monde était à dose plus au moins différente, sapiosexuel, et que par conséquent, cela n'avait point besoin d'être nommé et de constituer une catégorie imperméable de personnes. Oui, j'imagine en effet assez difficilement une personne préciser objectivement que sa recherche ne porte que sur des personnes dont la crucherie et l'ilotisme ne font aucun doute.

Ensuite, j'ai pensé au fait que Snooki est enceinte et fiancée et que ces gens vont certainement trouver quelqu'un qui va les aimer inconditionnellement. Puis j'ai pensé à Nabilla et à toutes ces personnalités publiques qui illuminent nos écrans de leur bronzage UV et de leur aculturisation et qui n'étaient généralement pas malheureuses.

On peut donc en déduire qu'il y a des gens, quelque part, qui se foutent de l'intelligence de leur douce moitié comme de leur première paire de bobettes. Intéressant.

Inquiétant, mais intéressant.

Je n'avais jamais imaginé qu'on ne puisse pas être ébahi, soufflé, et tomber sous le charme d'un esprit vif et acéré. Qu'on ne recherche pas la compagnie de quelqu'un qui met notre cerveau au défi et qui nous pousse à avoir de nouvelles idées et toujours plus de réflexions sur tout et rien.

D'un autre côté, je ne suis pas en train de vous avouer que je trouve sexy un illuminé qui cite du Dostoïevski et déclame l'histoire de la Grèce Antique entre une tranche de fromage du Québec et une gorgée de vin argentin. Il faut savoir doser, évidemment. Exhibée comme de la viande sur un étal de boucher, l'intelligence (et la culture) devient presque aussi obscène que le vide intersidéral entre les deux oreilles de certains candidats de téléréalités.

Tout ça m'amène à me demander quel serait le top 5 de mes critères pour être attiré par quelqu'un. Dans l'ordre: l'humour, l'intelligence/la culture, les attentions, le charme et l'humilité.

 

Puis, j'ai passé en revue mes récentes rencontres, mes coups de coeur et mes petites aventures par le prisme du fruit de cette réflexion et il s'est avéré que ceux qui m'avaient laissé un souvenir impérissable n'étaient pas les plus grands et les plus séduisants (même si leur charme ne me laissaient pas indifférent), mais plutôt ceux là qui ont retenu mon intérêt grâce à une référence lâchée au détour d'une phrase, à une analyse pertinente d'un sujet, à ce petit truc là qu'on ressent très vite.

Et j'ai réalisé que j'étais toujours interpellé par les garçons qui lisaient dans le métro (Voiture Magazine, FootClub Mag, tutti quanti exclus bien évidemment), qu'apprendre de l'autre me stimule énomément et que mes plus belles expériences, même sexuelles et éphémères ont toujours débuté autour d'une bouteille de vin et de très longues discussions préliminaires.

 

Je m'appelle Dorian, j'ai 21 ans, j'ai un chat et des poissons, je suis cho now et je cherche TBM des Neurones.

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Une fleur dans le béton

Publié le par Dorian Gay

Une fleur dans le béton

Bitume froid, symphonie métallique des vas-et-viens du métro, cliquetis des souliers sur le pavé, bips intempestifs des pass Navigo, tourbillon de vies qui s'assemblent et se désassemblent le temps de deux stations de métro, d'un café en terrasse, d'un regard furtif porté sur un inconnu qu'on ne recroisera plus jamais et qui se noiera dans l'océan d'autant illustres inconnus : voilà comment j'ai pendant longtemps appréhendé Paris.

 

Une sorte de grosse machine fumante et sonore qui broie inlassablement le temps, les rêves et les dernières réminiscences de convivialité et d'altruisme. Ville où le soi est roi et où nous faisons tous la même chose, affrontons chaque jour nos longues minutes de métro, visages inexpressifs et froids, travaillons dans une boîte que nous n'aimons pas pour un patron que l'on aime encore moins pour gagner le précieux pécule nécessaire à nous assurer à peine la pérennité de la location bien trop chère de l'appartement dans lequel nous cachons la réalité de nos aspirations, tout en prétendant s'en complaire parfaitement et jurant ne pas s'imaginer vivre ailleurs.

 

Nous répétons inlassablement les mêmes choses, aspirons à un appartement un peu plus grand, une paie un peu plus généreuse, un arrondissement un peu plus sympathique, un peu plus de temps pour nos activités extraprofessionnelles et nos amis, à se mettre nos propres comptes ou le non moins célèbre «l'année prochaine je plaque tout et je monte ma boîte».

 

Parisien de naissance, je crois que les charmes de Paris se sont évaporés au fil des années, ou du moins sont devenus invisibles à mes yeux laissant place à une sorte d'étanchéité sur laquelle sont venus se superposer l'ennui, la sensation de voir les mêmes têtes et les mêmes endroits.

 

Je déménageais donc en début de mois, quittant le confort douillet et rassurant de l'ouest parisien dans lequel j'avais pris racine et ce qu'il y'a de propre aux déménagements c'est qu'ils mettent face à vous la réalité de votre vie. On retrouve derrière ces meubles sédentaires que nous ne déplacions jamais, des objets égarés. Nous retrouverons dans des coins de porte abîmés, dans des petites tâches au mur, dans de vieilles photos coincées dans l'angle d'une commode, des fractions de passé et souvent même de l'oublié. On se rend aussi compte assez ironiquement que notre vie aussi longue et riche soit-elle peut parfaitement tenir dans un utilitaire 12m2.

 

Et à la fin, quand tout ce qui vous était cher est délicatement emballé dans des cartons et que les lieux sont vides, aseptisés, comme si tout ce que vous aviez vécu se tourne aussi vite qu'une page de magazine, on remet symboliquement les clés ces quatre murs à quelqu'un, souvent inconnu qui lui aussi va y inscrire une partie de sa vie.

 

Les déménagements sont aussi synonymes de nouveaux départs. Convaincus que de nouveaux mètres carrés, de nouveaux voisins, un nouvel ''épicier arabe d'à côté" et une nouvelle déco de circonstance effacent ce qui fut et ouvrent le champ d'un nouveau possible. Et ma foi… cela marche plutôt bien.

 

Je ne saurais dire si cela est éphémère ou juste dû à l'émulation née de la nouveauté mais je me surprends à retrouver les charmes de Paris, ou du moins à retrouver une sensibilité à ces choses que l'on ne voit plus, un peu comme un ex fumeur qui retrouve la plénitude de son sens olfactif. Non, je ne m'émerveille pas devant l'imposante tour Eiffel, l'Arc de Triomphe ou le fourmillement sur les Champs Elysées. Je ne suis toujours pas plus ému par la beauté de Notre – Dame, des immeubles Haussmanniens ou de la place de la Concorde mais je suis plus que jamais séduit par ces petites maisons nichés dans l'est Parisien, je reste sans voix quand je contemple Paris la nuit depuis un point d'altitude, m'amusant comme Amélie Poulain à m'imaginer ce que font ces inconnus dans ces immeubles illuminés à ce moment précis. Je retrouve la beauté intacte des quais de Seine en fin d'après-midi, la fraicheur du Parc Monceau en début de matinée, de chiner et de trouver des trésors dans ces petites échoppes cachées derrière de grands immeubles de béton, de rendre un sourire à des touristes qui vous l'offrent désespérément, le tumulte autour des terrasses en été, le plaisir de se faire des petits trajets en vélo, l'effort de regarder tout simplement ces autres nous entourent et que l'on finit par ne plus voir. Réceptif? Je crois que c'est le mot.

 

 

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La Fleur Dans Le Béton

Publié le par Dorian Gay

La Fleur Dans Le Béton

Bitume froid, symphonie métallique des vas-et-viens du métro, cliquetis des souliers sur le pavé, bips intempestifs des pass Navigo, tourbillon de vies qui s'assemblent et se désassemblent le temps de deux stations de métro, d'un café en terrasse, d'un regard furtif porté sur un inconnu qu'on ne recroisera plus jamais et qui se noiera dans l'océan d'autant illustres inconnus : voilà comment j'ai pendant longtemps appréhendé Paris.

Une sorte de grosse machine fumante et sonore qui broie inlassablement le temps, les rêves et les dernières réminiscences de convivialité et d'altruisme. Ville où le soi est roi et où nous faisons tous la même chose, affrontons chaque jour nos longues minutes de métro, visages inexpressifs et froids, travaillons dans une boîte que nous n'aimons pas pour un patron que l'on aime encore moins pour gagner le précieux pécule nécessaire à nous assurer à peine la pérennité de la location bien trop chère de l'appartement dans lequel nous cachons la réalité de nos aspirations, tout en prétendant s'en complaire parfaitement et jurant ne pas s'imaginer vivre ailleurs.

Nous répétons inlassablement les mêmes choses, aspirons à un appartement un peu plus grand, une paie un peu plus généreuse, un arrondissement un peu plus sympathique, un peu plus de temps pour nos activités extraprofessionnelles et nos amis, à se mettre nos propres comptes ou le non moins célèbre «l'année prochaine je plaque tout et je monte ma boîte».

Parisien de naissance, je crois que les charmes de Paris se sont évaporés au fil des années, ou du moins sont devenus invisibles à mes yeux laissant place à une sorte d'étanchéité sur laquelle sont venus se superposer l'ennui, la sensation de voir les mêmes têtes et les mêmes endroits.

Je déménageais donc en début de mois, quittant le confort douillet et rassurant de l'ouest parisien dans lequel j'avais pris racine et ce qu'il y'a de propre aux déménagements c'est qu'ils mettent face à vous la réalité de votre vie. On retrouve derrière ces meubles sédentaires que nous ne déplacions jamais, des objets égarés. Nous retrouverons dans des coins de porte abîmés, dans des petites tâches au mur, dans de vieilles photos coincées dans l'angle d'une commode, des fractions de passé et souvent même de l'oublié. On se rend aussi compte assez ironiquement que notre vie aussi longue et riche soit-elle peut parfaitement tenir dans un utilitaire 12m2.

Et à la fin, quand tout ce qui vous était cher est délicatement emballé dans des cartons et que les lieux sont vides, aseptisés, comme si tout ce que vous aviez vécu se tourne aussi vite qu'une page de magazine, on remet symboliquement les clés ces quatre murs à quelqu'un, souvent inconnu qui lui aussi va y inscrire une partie de sa vie.

Les déménagements sont aussi synonymes de nouveaux départs. Convaincus que de nouveaux mètres carrés, de nouveaux voisins, un nouvel ''épicier arabe d'à côté" et une nouvelle déco de circonstance effacent ce qui fut et ouvrent le champ d'un nouveau possible. Et ma foi… cela marche plutôt bien.

Je ne saurais dire si cela est éphémère ou juste dû à l'émulation née de la nouveauté mais je me surprends à retrouver les charmes de Paris, ou du moins à retrouver une sensibilité à ces choses que l'on ne voit plus, un peu comme un ex fumeur qui retrouve la plénitude de son sens olfactif. Non, je ne m'émerveille pas devant l'imposante tour Eiffel, l'Arc de Triomphe ou le fourmillement sur les Champs Elysées. Je ne suis toujours pas plus ému par la beauté de Notre – Dame, des immeubles Haussmanniens ou de la place de la Concorde mais je suis plus que jamais séduit par ces petites maisons nichés dans l'est Parisien, je reste sans voix quand je contemple Paris la nuit depuis un point d'altitude, m'amusant comme Amélie Poulain à m'imaginer ce que font ces inconnus dans ces immeubles illuminés à ce moment précis. Je retrouve la beauté intacte des quais de Seine en fin d'après-midi, la fraicheur du Parc Monceau en début de matinée, de chiner et de trouver des trésors dans ces petites échoppes cachées derrière de grands immeubles de béton, de rendre un sourire à des touristes qui vous l'offrent désespérément, le tumulte autour des terrasses en été, le plaisir de se faire des petits trajets en vélo, l'effort de regarder tout simplement ces autres nous entourent et que l'on finit par ne plus voir. Réceptif? Je crois que c'est le mot.

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Billet Double : Blind Date Vs Marseillais Do It Better

Publié le par Dorian Gay

Billet Double : Blind Date Vs Marseillais Do It Better

PART 1 - BLIND DATE

A l’Andy Wahloo, dans le 3ème arrondissement, rue des gravilliers, un soir d’automne, je suis seul à une table, je dévisage une demie–bière en attendant ce garçon que je n’ai jamais vu. C’est le deuxième blind date de ma vie. Le premier avait flopé atrocement, non seulement le « jeune homme » comme il était vendu sur son profil sur internet n’était pas si jeune que cela, s’étant lifté d’une bonne vingtaine d’années; mais aussi car il affichait les intolérants affres visiblement non assumés de l’âge, et maladroitement camouflés derrière des jeans bien trop serrés, des boutons de chemises bien traîtres, une peau étouffée par une couche bien trop épaisse de maquillage – subterfuge. Vous imaginez mon stress.

D’abord, va-t-il savoir que je suis moi ? J’avais dit que je porterais un chandail rouge, mais mon seul chandail rouge était sale, alors je suis gris. En réalité, je lui avais dit que je porterais un polo rose et un béret noir. Je croyais qu’il n’y aurait pas grand monde dans la place, un jeudi à 21 heures, je ne sais pas. Je m’étais trompé, bien sûr. Plein de monde, plein de garçons seuls surtout. Comment je fais pour savoir qu’il sait qui je suis, comment je fais pour être sûr qu’il ne pensera pas que je suis l’un des autres ? Et s’il découvre qu’il s’est trompé de garçon et qu’il a l’air déçu parce que l’autre était plus beau ?

Puis lui, de quoi aura-t-il l’air ? J’ai la phobie des vilaines dents et des mono sourcils. Mon ami Hugues m’a dit qu’il était beau et brun, mais je n’ai pas pu placer ma question dans la conversation. Et il a un mono sourcil ? De belles dents ? Je me connais, cas échéant je risque de laisser transparaitre ma déception et de faire une fixation malsaine sur la bouche ou le front de mon interlocuteur tout au long du rendez–vous galant. Et si, au contraire, il est bien trop beau, je vais trembler comme quand je faisais des exposés oraux en anglais au secondaire. Je suis un trembleux.

Et puis de quoi on parle à un garçon avec lequel on n’a jamais conversé et que l’on a jamais rencontré, je vous le demande. Je ne suis pas charmeur, je ne suis pas bourré d’entregent, je ne suis pas Monsieur mots. J’ai une liste de sujets dans ma tête, en cas de vide dans la conversation, et si ma liste s’épuise, je pourrai toujours parler de ma liste. Je ne suis pas très interactif avec les garçons. Je préfère parler de moi, vous l’avez remarqué, sinon vous ne seriez pas ici, monologue sur ma vie et mes angoisses. Je ne sais jamais quoi poser comme question à un garçon pour lui montrer que sa vie m’intéresse. C’est parce que sa vie ne m’intéresse pas. Pas tout de suite.

Comment ai-je pu avoir tant d’aventures dans le passé ? Moi non plus je ne sais pas.

Dix minutes à dépenser autant d’énergie. Il est neuf heures pile, l’heure du rendez-vous, et je ne sais plus. Pourquoi je me suis planté dans ce bar impersonnel, pourquoi je m’en fais tant, pourquoi je réfléchis trop ? Je me fais mal à penser trop. Mes ongles sont morts, je les ai tous mangés, et pas juste les ongles, les doigts aussi, mal aux dents. Comment ça s’écrit pitoyable ?

***

Il est 23 heures. Il n’est pas venu. Je suis épuisé. Pour rien. Y’avait The Voice sur TF1. Merde.

Billet Double : Blind Date Vs Marseillais Do It Better

Part 2 - MARSEILLAIS DO IT BETTER* (Les Marseillais le font mieux)

Vous savez ce que je trouve de plus beau dans cette chose morne et bien souvent monotone qu’on appelle « la vie » ? Et bien ce sont les choses et les événements sur lesquels on n’exerce aucun contrôle. Ces moments où quelqu’un ou quelque chose, peut-être ce que des illuminés appellent « le destin », dieu, sheitan ou le hasard, tiennent les rênes de votre vie. Ces jours où vous vous retrouvez petite bille de métal froid dans un jeu de flipper, tantôt malmené ou béni par les règles du jeu.

Et ce qu’il y’a de poétique dans ces moments, c’est de constater qu’ils peuvent naître de tout. Tout comme un SMS que l’on reçoit neuf mois plus tard. Neuf mois comme une naissance.

Billet Double : Blind Date Vs Marseillais Do It Better

Je n’allais pas bien en fin d’année, névroses vivaces et pétulantes. Paris m’ennuyait et m’asphyxiait. Je me réveillais avec la lancinante sensation de revivre inlassablement les journées de la veille, de la veille de la veille, ces mêmes rituels, ces mêmes conversations tantôt cyniques ou niaiseuses à la machine à café, ces mêmes 17 minutes de trajet par jour, ces mêmes invitations par ci et par-là qui riment avec fleurs ou bouteille de vin, ces mêmes événements auxquels on assiste par complaisance, s’efforçant de sourire et de répéter toujours aussi inlassablement à des personnes que l’on croise inéluctablement, l’Hymne du Parfait Parisien Mondain : je vais bien - tout se passe bien – telle expo était sublime – je vais ici en vacances – on devrait se faire une bouffe un de ces quatre tiens.

Le remariage du patriarche de la Famille qui affiche 82 belles années et une santé qu’il m’arrive moi-même de jalouser, avec D. , (beaucoup) plus jeune mondaine en octobre à Saint Tropez, où s’était exilé mon grand-père il y’a une dizaine d’années tombait donc à point nommé, espérant que l’air méditerranéen, le style de vie indolent de la Côte d’Azur ainsi que l’euphorie qui entoure tout projet matrimonial, auraient vite fait de tordre le cou à cette routine pernicieuse.

Je ne frétillais pourtant pas d’impatience et d’enthousiasme à l’idée de passer deux semaines sous le même toit que le patriarche dont la réputation terrible de maniaque-colérique-psychorigide-capricieux qu’il traînait depuis toujours suffisait à refroidir toutes les ambiances des rares fêtes de fin d’années auxquelles quelques valeureux membres de la famille osaient encore le convier.

J’avais donc emprunté une voiture et pris l’habitude, dès l’aurore, de parcourir des centaines de kilomètres dans les profondeurs de la région, seul, m’arrêtant dans quelques villages dont le charme m’interpellait, et ne rentrais qu’à la tombée de la nuit à la maison, où j’ avais insisté pour occuper la maison d’ami, seul, qui avait l’avantage de se trouver certes sur le même terrain que celle où s’entassaient tantes et cousins, mais à 400 mètres de cette dernière, qui étaient largement dissuasifs.

C’est après une journée comme celle–ci, poussé par une curiosité presque exceptionnelle que je me suis retrouvé sur un site de rencontre régional. Et c’est sur ce site que Jean-Baptiste m’a très naturellement abordé, peut être même trop naturellement, et dont les messages fréquents ponctuèrent une bonne partie de mon séjour Tropézien. Il était beau. Il était gentil et semblait intéressé, outre le dialogue sympathique, par quelque chose de beaucoup plus durable et qui s’inscrirait dans le temps.

Marseillais, il avait insisté pour effectuer le trajet de deux heures en voiture qui séparent Marseille de Saint Tropez dans le seul dessein, très flatteur, de passer une soirée avec moi avant la fin de mes vacances.

Et c’est face à un tel engouement, exceptionnel pour moi, que mes démons ont refait surface, ceux-là même qui n’acceptent pas les rencontres « trop faciles », trop simples, trop spontanées, trop flatteuses, comme si chaque rencontre potentiellement intéressante devait se mériter à la suite d’une longue bataille psychologique, hormonale et stratégique de séduction et d’argumentation.

Je lui ai donc opposé moult objections et prétextes afin de refroidir ses ardeurs : « c’est bien trop loin, aurons-nous vraiment le temps ? Et puis moi je repars bientôt ». Objections qui ne venaient que camoufler maladroitement l’envie d’y croire, de couver l’utopie selon laquelle tout est possible. Envies très vites étouffées par les peurs diverses qui enfouissent leurs racines dans mes expériences antérieures et ma crainte presque phobique des relations à distance.

Je croyais donc, du haut de mon cynisme et de mes tentatives d'auto-conviction que cet intérêt mutuel, qui était à mon sens, de toute façon voué à stérilité, s'était éteint, après mon retour à Paris et l’évanescence de progressive de nos conversations virtuelles.

9 mois sont donc passés, 9 mois qui effacent, classent, trient toutes ces relations éphémères. Je n’aurais cependant pas dû sous-estimer Jean Baptiste comme le prouve ce premier SMS.

18h15, avenue de Madrid, il a loué un appartement pour son séjour. J’ai passé 3 minutes à me recoiffer dans la glace de l’ascenseur. Je n’ai sonné qu’une fois. Des bruits de pas qui résonnent sur un vieux parquet se font entendre dans un bruit croissant. La porte grince et s’ouvre. Il apparaît et nous restons là, lui tenant la poignée ronde de la porte et moi les ances d’un sac bien trop lourd, quelques secondes à se demander ce que l’on fait là, et surtout qu’est-ce qu’on aurait bien pu faire là si cette journée passée si vite n’avait pas pris cette tournure.

Puis il a ouvert une bouteille de rouge qu’il avait ramené du Sud "par anticipation", a commandé des sushis, m’a demandé si j’aimais, j’ai répondu d’un « oui » vide de circonstance, encore frappé par l’irréalité du moment. Il a répété une dizaine de fois qu’il n’était pas fou, plus pour se convaincre que pour m’en assurer, je lui ai dit qu’il avait de grandes mains et je me suis réveillé, le lendemain dans cet appartement bien trop propre, bien trop calme, après une nuit bien où nous fûmes bien prolixes, dans des draps bien froissés qui sentaient mon propre parfum et le shampoing boisé d’un brun qui avait l’accent chaud et chantonnant du sud dont il m’arrive de tant me moquer, un brun encore endormi et un peu fou qui semble bien m’aimer depuis quelques temps et qui défie effrontément mes peurs. La fenêtre est ouverte sur rue vide, l’air est frais et humide, chargé d’odeurs de vies qui se réveillent et de nuits qui s'évaporent. Puis de grandes mains vous font la surprise de vous tenir la taille. Et, sans savoir pourquoi, sans savoir comment, vous éclatez d'un rire sonore, juste amusé et béat devant cette vie bien drôle et bien rigolote.

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