Sanglote pour tes propres errances, mon brave Tu ne seras jamais ce qui est dans ton coeur Sanglote petit lionceau Tu n'es plus aussi courageux que tu l'étais au début Evalue toi et ramasse toi Prends tout le courage qu'il te reste Gâché en résolvant tous les problèmes Ces chimères que tu as inventé dans ta propre tête
Mais ce n'était pas ta faute mais bien la mienne Et c'était ton coeur qui était la cible J'ai vraiment merdé cette fois N'est-ce pas, mon cher ?
Tu sais que tu as vu tout ça auparavant Tremble petit homme lion Tous tes objectifs sont illusoires Ta grace est gâchée sur ton visage Ta hardiesse se tient seule au-dessus de l'épave Apprends par ta mère Ou alors passe tes journées à mordiller ta crinière.
Mais ce n'était pas ta faute mais bien la mienne Et c'était ton coeur qui était la cible J'ai vraiment merdé cette fois N'est-ce pas, mon cher ?
Je suis un garçon fort, lassé d'être fort. Pendant des années je n'ai pas pleuré.
La dernière fois cela devait être quand tu es décédé A. Je t'ai laissé partir dans le goût salé de mes larmes, me répétant que c'était injuste et que tu avais tant à offrir à moi, au monde.
Ce soir, j'ai pleuré.
J'ai pleuré car j'ai aimé, pas d'amour mais d'amitié.
J'ai pleuré car je ne comprenais pas les épreuves d'une vie que je trouvais parfois pleine d'ironie.
J'ai pleuré car je pensais avoir déjà traversé les épreuves de milles vies, plus que quiconque sur cette terre.
J'ai pleuré car je pensais que j'avais déjà prouvé que j'étais fort.
J'ai pleuré car je pensais enfin avoir mérité le répit.
J'ai pleuré parce que je suis au point de départ alors que j'ai couru toute ma vie, comme si le paysage que j'ai parcouru pendant toutes ces années étaient factices.
J'ai pleuré, seul, car je n'aime pas partager mes larmes - alors, je les essuie quand ceux que j'aime me demande si tout va bien. Vous savez, moi je suis comme ça, je n'aime pas partager le poids de mon fardeau.
J'ai pleuré parce que malgré tout cela, je reste résolument quelqu'un de bien, je m'évertue à rester une belle âme.
J'ai pleuré parce que par centaines de fois je me suis sacrifié, offert ma chair à ceux que j'aime, leur ai servit mon sang dans des coupelles en argent. Le savaient ils même? Furent ils reconnaissants?
J'ai pleuré parce que je n'aspirais même pas à de la reconnaissance. Ainsi suis-je fait.
J'ai pleuré parce que je suis seul, entouré de quelques lueurs vives qui me réchauffent.
J'ai pleuré car je reste humble malgré les humiliations.
J'ai pleuré parce que de mes mains nues j'aurais tué pour eux.
J'ai pleuré parce que je ne comprends pas. Je ne comprends rien.
Nota: Extrait (dans sa version pré-correction de mes éditeurs de mon roman autobiographique à paraître à la fin de l'année).
Pourquoi on vit ? pourquoi on meurt ? mais avant le big bang qu’est qu’il y avait ? si la terre est ronde, est ce que les gens qui habitent au pôle marchent la tête à l’envers sans le savoir ? de quoi est constituée la matière noire dans l’espace ? comment est distribuée l’eau courante ? si on fait reproduire deux espèces différentes, par exemple un cheval et une oie, on peut obtenir une chimère, pégase ? on devrait inventer des avions transparents, comme ça les gens vivraient une expérience de vol hors de commun, tu ne penses pas ? si on chauffe suffisamment du carbone est ce qu’on peut créer des diamants artificiels ? si on réussit à séparer les atomes de la matière et qu’on arrive à trouver un moyen de les mouvoir dans l’espace, est ce que l’on peut aboutir à une méthode de télé-transportation efficace des êtres vivants ? ça ressemble à quoi un cœur en vrai ? si on arrive à injecter des petits robots intelligents dans nos veines, peut être qu’on pourra les téléguider et soigner des maladies sans à avoir à ouvrir un patient ? que trouve t’on dans les abysses des océans ? cela existe les poulpes géants ? si on gèle nos corps et que l’on trouve un moyen de nous endormir l’esprit, on pourrait peut être se conserver pendant des siècles et se réveiller dans le futur ? Mais alors, si les civilisations du futur ne savent plus comment communiquer avec des humains du passé, ce serait dramatique. Si c’est une chute de météorites qui a entrainé l’extinction des dinosaures, comment cela se fait il que cette disparation fut si sélective et des espèces à priori plus fragiles, comme les nôtres, ceux des chiens, des chats ou des oiseaux aient survécu ? Pourquoi ne retrouvons-nous pas trace de ces météorites mais sommes-nous capables de retrouver des fossiles intacts ? Pourquoi les pays ont des frontières alors que la nature n’en a pas ? Des questionnements divers que je soumettais à ma mère alors que je venais à peine de souffler sur mes six bougies.
Ma mère, notre entourage, mes enseignants ont très vite compris que j’étais un enfant particulier. Mon esprit vivace ne laissait personne indifférent. Les gens qui me rencontraient étaient tantôt interloqués, tantôt fascinés. On m’affublait très tôt du quolibet de « tête ». On me disait régulièrement sur un ton à la fois moqueur et admiratif :
Tu es une tête hein toi !
J’avais un don inné, rare et précieux. Le nom qu’on y associait divergeait d’une personne à une autre. J’étais tantôt considéré comme précoce, tantôt comme intelligent, tantôt comme un « crack ». Je n’ai jamais vraiment compris ce que cela revêtir comme signification mais je comprenais néanmoins que cette étiquette me mettait à part des autres enfants de mon âge.
Je me rendais bien évidemment compte que même si j’avais tout d’un gamin comme un autre, je restais singulier. Pourquoi donc semble t’il que je sois le seul à me poser de telles questions existentielles à mon âge entre deux parties de billes ? Pourquoi les autres ne s’intéressent pas autant aux sciences, à l’histoire, à la mythologie, à l’astronomie ? Pourquoi les autres ne s’amusent t’ils pas à dessiner les plans réalistes d’une montgolfière dans leurs cahiers de dessins ? Pourquoi je ne me plains jamais des devoirs à faire à la maison alors que mes petits camarades s’en plaignent quotidiennement ?
Il fallait se résoudre à accepter cette différence sans la comprendre. J’étais assoiffé de découvertes et de connaissances. Je lisais sans cesse. A 10 ans, alors que j’héritais d’un des premiers ordinateurs domestiques, j’apprenais la complexité du codage. Au même âge j’écrivais mes premiers romans et mes premières nouvelles que je lisais à ma mère ou à mon professeur de lettres. Un peu plus tard, j’avais lu la bible et le coran en entier. Alors que les enfants de mon âge lisaient les thrillers et policiers en vogue de l’époque, moi j’adorerais me perdre dans les milliers de pages de mon Larousse illustré. J’apprenais de nouveaux mots, j’apprenais les schémas, je mémorisais les illustrations plus ou moins complexes. L’encyclopédie était devenue mon livre de chevet.
Au primaire, j’ai rencontré Timothée, un jeune garçon de ma classe au physique frêle et beaucoup plus grand que moi. J’étais toujours le plus petit de ma promotion. Nous avons découvert nos passions pour les sciences respectives si bien qu’il était devenu mon acolyte aventurier. Nous nous retrouvions après la fin des cours afin de réaliser des expériences les plus folles les uns que les autres. Je me souviens particulièrement l’une d’entre elles. On m’avait offert pour mon anniversaire un avion téléguidé sur roues. Ne pouvant retenir mon euphorie, le papier cadeau volait en lambeaux dès qu’il fut posé entre mes mains. Quelle fut ma déception lorsque je réalisais que l’engin se bornait à rouler sur le sol et ne volait pas. Un avion qui ne vole pas, quelle hérésie, à quoi bon lui coller des ailes factices alors ? On m’expliqua que l’appareil avait été confectionné pour rouler et non pour voler. Moi qui rêvait d’albatros, je me retrouvais ainsi à devoir me contenter d’une tortue. Je n’y pouvais m’y résoudre. Très vite, Timothée et moi nous sommes à la tâche – il fallait le faire décoller.
Il nous fallait plusieurs petits moteurs de jouets téléguidés. Très vite, je décidais de sacrifier deux de mes voitures télécommandées favorites pour la bonne cause scientifique. Timothée récupéra deux petits moteurs dans chacune d’elles. A l’aide d’une paire de ciseaux que nous avions fait chauffé au briquet, je découpais des hélices approximatives dans du plastique semi-rigide que je fixais ensuite sur les moteurs sur les ailes de l’aéronef à l’aide de fils de fer et de colle forte. Timothée s’occupait ensuite de relier les moteurs à un boitier d’alimentation électrique. Nous avions réussi, en principe. Nous sommes sortis en fanfare de la salle de classe dans laquelle nous nous étions réfugiés afin de s’assurer du succès de l’opération.
Tu l’allumes ?
Tu ne veux pas le faire toi ?
Allez Alexandre
Bon d’accord, donne-moi la télécommande, lance les moteurs.
Je m’en occupe. Tu penses que la météo est propice. Il y’a un peu de vent non ?
Bah justement, ça devrait améliorer sa portée non ?
Sûrement. Allez, je ne peux plus attendre, fais-le décoller.
L’engin à terre s’anima à nouveau et s’avança, de plus en plus rapidement. Il était évident que les petits moteurs avaient accru sa vitesse au sol.
Plus vite, plus vite
Bah je suis au maximum
Plusieurs tentatives n’y firent rien, il s’agissait là d’un échec patent. Nous avions réussi à fabriquer un aéronef bien plus rapide au sol mais pas assez pour lui faire prendre les airs.
Bah écoute, ce n’est pas grave, au moins on aura essayé.
Oui… Je pense qu’on aurait dû trouver des moteurs encore plus puissants que ceux là.
Une fois rentré, je retrouvais ma caisse à jouets et y jetais, l’air dépité, notre chimère technologique qui retrouvait dans un bruit sec mes deux voitures téléguidées éventrées pour sa création.
Ce ne fut que plus tard que le diagnostic fut posé par une psychologue d’une quarantaine d’années dont les ongles des mains semblaient jaunis par le temps ou une consommation excessive de cigarettes.
Votre fils est surdoué, il a un quotient intellectuel beaucoup plus élevé que la moyenne
Ma mère marmonnant d’un air confus
Je… ne peux pas vraiment dire que je suis surprise. Mais à quel point… l’es t’il ? surdoué je veux dire ?
Madame, on ne peut pas malheureusement ‘quantifier’ de manière précise ce don tant l’intelligence est une notion évasive qui peut se manifester de diverses façons… une danseuse étoile à l’opéra, un champion de natation ou encore un vendeur exceptionnel ont par exemple un talent qui les sort nettement de la norme et on pourrait en effet conclure qu’ils sont surdoués.
Le regard interrogeant de ma mère encouragea la dame aux épaisses lunettes carrées à compléter ses propos :
… Mais je peux néanmoins pour dire qu’il est… très précoce. Sa maturité… sa curiosité… sont stupéfiants. J’ai rarement eu à faire à de tels jeunes patients.
D’accord, bien sûr… je comprends. Vous pensez que cela va nécessiter une attention particulière ? un suiv..
Je ne peux pas vous cacher que cela va impliquer dans le développement de…
Alexandre.
Pardonnez-moi, oui…Alexandre.
La spécialiste se leva péniblement de son fauteuil en cuir brun qui émit comme un bruit aigu de soulagement laissant découvrir une belle patine claire. Elle fit quelques pas sur la moquette mauve en direction de sa bibliothèque. Les livres semblaient classés avec une minutie dont elle celle connaissait l’énigme. Laissant ses doigts frêles glisser sur leurs couvertures en cuir, elle saisit une petite brochure qui était posée entre deux ouvrages assez massifs. Du même pas, elle rejoint son fauteuil qui émit un autre cri de plainte et tendit à ma mère ce document.
« Commençons par les aspects à surveiller » dit-elle, en reprenant son café qui semblait déjà froid.
Un grand nombre d’enfants et d’adultes surdoués souffrent de leurs aptitudes pourtant exceptionnelles, qu’ils vivent parfois même comme un handicap
Comment cela ?
Et bien… ils vont par exemple avoir tendance à se soumettre à un niveau d’exigence élevé, ce qui peut parfois être parfois de vives frustrations. Pour un sujet ou une cause qui leur tient à cœur, il n'y a pas plus motivé qu’un enfant surdoué. Ce sont des gens qui ont une incroyable capacité à se passionner : ils ne comptent plus leur force, leur énergie. Ils deviennent alors corvéables et disponibles à 100%. En revanche, si un sujet ne les intéresse pas, ils ont beaucoup de mal à s'y mettre. Leur motivation n'est pas universelle, mais ciblée.
Ma mère baissa les yeux vers ses mains qu’elle tenait en croix sur ses cuisses puis m’adressa un regard dans lequel je pouvais lire tout l’amour et toute la tristesse du monde, puis elle les leva à nouveau vers la psychologue et commenta :
Il est… vrai… qu’il est parfois difficile de l’emmener à faire des choses qui ne l’intéressent pas…
Exactement, même lorsqu’une activité les passionne, l’appétit se perd assez vite. Et naît une envie d’autre chose. Ces enfants ont constamment un besoin de nouveauté. La répétition au quotidien est quelque chose qui leur est particulièrement difficile.
Un silence qui semblait long comme les nuits d’hiver emplit la pièce de sa lourdeur. J’en profitais pour parcourir de mes yeux curieux les bibelots et diverses curiosités qui trainaient sur le bureau en bois sombre qui nous séparaient de la thérapeute.
Elle avala encore une gorgée de son café froid. J’ai toujours détesté le goût du café. Je ne pouvais pas comprendre comme elle pouvait apprécier déguster ce breuvage ; je comprenais encore moins qu’elle prenne plaisir à le déguster froid. Elle posa délicatement sa tasse blanche dont les bords étaient tachés d’auréoles brunes et reprit :
Et par ailleurs, nombre de ces enfants éprouvent un manque de confiance en eux, sont en situation d’échec social, sentimental, ou professionnel, et ont du mal à s’intégrer dans la société plus tard lorsqu’ils ne sont pas élevés conscient de leur différence.
Mais… mais dans ce cas… comment lui assurer la meilleure éducation ? le… le… meilleur encadrement ?
Je pense qu’il est important que lui même et que l’ensemble de ses proches prennent conscience de sa douance, de sa différence et qu’il soit encouragé à l’exprimer. S’il ne souhaite pas s’investir dans une activité, n’insistez pas trop.
Je comprends…
Encouragez-le à se faire des amis, à sociabiliser, à partager sa curiosité. Généralement, Les adultes surdoués issus de familles qui ont encouragé leurs intelligences émotionnelle et relationnelle savent se faire des amis, sont charismatiques, deviennent des leaders. Il faut constamment le nourrir intellectuellement et laisser libre court à son imagination qui semble très fertile.
D’accord, nous allons y faire attention et… faire au mieux. Merci Docteur.
Mais de rien.
Puis le médecin se pencha sur son bureau, rapprochant son visage du mien. Je pouvais voir mon reflet sur ses lunettes qui semblaient opaques, réfléchissant la lumière blanche du lampadaire qui était posé dans un coin de la pièce, près de la fenêtre qui donnait vue sur une petite cour intérieure.
Alors, mon petit Alexandre
Oui madame ?
Tu veux un bonbon ?
Timide, je n’osais pas acquiescer.
Allez tiens.
Merci madame
Sur le chemin du retour alors que les talons hauts de ma mère tapaient sur le pavé et que je savourais ma sucette, aucun mot ne fut échangé. Je ne savais pas bien ce qui venait d’avoir lieu. Précoce ? Je ne comprenais pas bien les conséquences d’un tel diagnostic mais je voyais bien que cela semblait écraser ma mère de nouvelles responsabilités.
Ce jour là, telle un shaman, telle une cartomancienne, cette vieille femme aux mains jaunis semblait avoir lu mon avenir dans le marc de son café froid. Cet avenir semblait flou et semblait éveiller des craintes dans mon entourage. Quand je vous disais que je n’aimais pas le café…
Je suis un jeune précoce, un garçon surdoué qui n’aime pas le café.
Regardez encore ce petit point. C'est ici. C'est notre foyer. C'est nous.
Sur lui se trouvent tous ceux que vous aimez, tous ceux que vous connaissez, tous ceux dont vous avez entendu parler, tous ce dont vous avez partagé l'intimité, tous ce que vous avez hait, ceux qui ont partagé vos rires et vos tourments, tous les êtres humains qui aient jamais vécu.
Toute la somme de nos joies et de nos souffrances, des milliers de religions aux convictions assurées, d'idéologies et de doctrines économiques, tous les chasseurs et cueilleurs, tous les héros et tous les lâches, tous les patrons et tous les soumis, tous les riches et tous les gens qui meurent de faim, tous ceux qui fabriquent et ceux qui consomment, ceux qui assemblent le dernier Iphone pour une bouchée de pain et ceux qui font la queue pour l'acheter, tous les créateurs et destructeurs de civilisations, tous les rois et tous les paysans, tous les jeunes couples d'amoureux, tous les pères et mères, tous les enfants plein d'espoir, tous ceux qui sont morts-nés, les fous et les sains, les inventeurs et les explorateurs, les génies et les cancres, tous les professeurs de morale, tous les politiciens corrompus, toutes les “superstars”, tous les “guides suprêmes”, tous les saints et pécheurs de l'histoire de notre espèce ont vécu ici, sur ce grain de poussière suspendu dans un rayon de soleil.
Avant propos: ces quelques lignes annoncent le premier chapitre d'un roman autobiographique de 200 pages, à paraître d'ici la fin d'année, que vous pourrez trouver en librairie. Le titre n'est pas encore choisi.
Ceci va être le billet le plus vrai, le plus entier, le plus sincère que j’ai écrit au long de ces années. Vous êtes presque un demi million depuis le lancement de ce blog à venir, par curiosité ou par intérêt, lire mes quelques élucubrations. Mais je ne vous ai jamais vraiment rien dit, je n’ai jamais parlé de moi, celui qui se cache derrière ses lignes, tapi dans l’ombre des séquoias, celui dont on ne sait pas grand chose.
Je vais tout vous dire. Changeons de style, de forme. Asseyez vous. Vous voudrez du thé ? J’en ai ramené de l’excellent, à l’érable, du Canada l’été dernier.
Vous le voulez fort ou plutôt léger ? Je vais mettre de l’eau à bouillir. Ma bouilloire est particulièrement bruyante, je m’en excuse d’avance.
Vous le trouvez comment ? J’aime bien cette rondeur en bouche, cette note boisée assez prononcée, il est parfait pour les longs soirs d’hiver vous ne pensez pas ?
Prenez garde, la tasse est peut-être un peu chaude.
Quel est le premier souvenir d’enfance que vous avez gardé ? le tout premier ? Vous en souvenez ? Il émerge ? J’ai lu que les enfants commençaient à conserver leurs souvenirs vers trois ou quatre ans. Prenez votre temps, réfléchissez bien, identifiez-le, isolez-le.
Pour ma part, je me souviens très peu de mon enfance, que quelques bribes volatiles. Je me souviens que j’avais une grande voiture rouge à pédales avec des roues avec des roues bleues, je me souviens que j’étais très maigre, je me souviens que je jouais souvent à poupée ou à la pétanque. Un ami de mon père m’avait offert ce set de boules de pétantes haut en couleur. J’aimais alors porter les talons blancs de ma mère et dessiner. Je dessinais absolument tout le temps, même dans les coins des pages blanches de la bible que m’avais offert ma mère. Elle était bleue, un format poche.
Mais mon premier souvenir je me souviens, en détail, avec une acuité défiant les limites de la réalité virtuelle. Je devais avoir deux ou trois ans à peine, je ne sais pas si je parlais encore. Je devais balbutier quelques mots certainement. Benjamin d’une fratrie de trois enfants, mes parents avaient divorcé quelques mois après ma naissance.
Ce soir là, ma mère était venue discuter chez mon père, lui ayant la garde de mes aînés, et ma mère la mienne. Vous savez en Afrique, les questions matrimoniales reposent souvent sur un arrangement plus ou moins négocié, plus ou moins imposé. Par ailleurs, on considère traditionnellement que la place d’un bambin est dans les jupes de sa mère et celle d’un adolescent ou d’un jeune adulte aux pieds de son père. C’était comme ça. Le juge, bien souvent, ne faisait que sceller un semblant d’entente dans une famille qui se déchirait.
La maison était tout bien rangée. C’était une très grande villa des quartiers riches de la ville. Le grand portail était bleu et blanc et donnait sur un immense jardin parsemé d’arbres fruitiers. Plus loin, surplombait une terrasse couverte, entourée de plusieurs colonnes de style romain d’un bleu topaze. La terrasse était recouverte de petits carreaux ivoire et ébène. Elle donnait sur l’entrée de la demeure. On pénétrait dans un salon cossu. Mon père était allongé sur le canapé, en short en en débardeur blanc. Le canapé était vert menthe. Ma mère assise plus loin, me tenait fermement dans ses bras. Je ne me souviens pas de son visage. Je me souviens de ses mains qui m’agrippaient fort, de ses battements de cœur, prêt à rompre à tout instant.
Je pouvais apercevoir des dizaines de bouteilles de bière entamées près de mon père. Puis soudainement, dans le silence, il s’est levé lentement et allé dans ses appartements.
Il est réapparu quelques minutes plus tard. Il a pointé quelque chose sur ma mère, puis sur moi. C’était un objet en métal, pas très grand, noir avec des reflets acier. Cela semblait affoler ma mère. Son cœur semblait vouloir s’extirper de sa poitrine. Cet étrange objet avait des pouvoirs magiques, celui de faire peur aux gens.
C’était un 9mm.
Il l’a tenu assez longtemps pointé sur moi, quelques secondes, quelques minutes, des jours peut être ? Ma mémoire flanche. J’avais deux ou trois ans et j’ai compris ce jour là ce que c’était que la mort, sans pouvoir mettre un nom dessus.
Ma mère a pleuré, l’a supplié. Il a retourné l’arme et l’a frappé avec le manche, lui brisant l’arcade. Puis ma mère nous a saisis ma sœur et moi et a couru comme une folle pour nous sauver, courant vers son appartement, haletante. Elle m’a enfermé chez elle avec ma tante et est allée faire une déposition au commissariat. Aucune suite n’a été donnée.
Je me souviens de cette longue nuit, ma tante tentant de m’endormir, moi résistant jusqu’à l’aube, jusqu’au retour providentiel de ma mère. J’avais peur. Je craignais qu’elle ne revienne pas, qu’elle ne revienne plus, qu’elle ne franchisse plus la porte de notre modeste appartement dans les quartiers pauvres de la capitale. Et lui, j’avais peur qu’il vienne, qu’il nous retrouve, qu’il franchisse le portail.
Peur ? Peur. Mon premier souvenir, le premier sentiment éprouvé dont j’ai mémoire.
Dans un de ses discours les plus notoires, mon maître à penser, un philosophe Américain dont je me délecte des mots chaque jour, Alan Watts, posait une question ouverte à ses disciples : « what do you desire ? ». Il explique ensuite que : « well when we answer that question in a naive way, we figure out that we want, what we want, what we desire is to control everything. To create girls that don't grow old, apples that don't rot, clothes that never wear out ». Et après une fine phase de développement il conclut : « but again when it finally comes down to it, nobody wants to be God » : personne ne voudrait être Dieu.
Assumons pour une seconde, pour cet exercice, le contraire. Imaginons que nous puissions, le temps d’une journée, être Dieu. Juste quelques heures, omnipotents, infinis, miséricordieux, alpha et oméga. Que feriez vous ? Que ferais je ?
Après avoir écouté en boucle les paroles d’Alan Watts, je me suis posé la question plusieurs fois : « what do I desire » ? Et si j’étais Dieu, que ferais je de ce pouvoir qui défient les piètres unités de mesure humaines ? Que changerais-je autour de moi ? Dans la société ? Dans la vie de mes proches ?
Puis dans l’avion Paris-New York, je me suis amusé à mettre en pratique cet exercice et à dresser une liste des 52 changements que j’apporterais dans ma vie et celle des autres, si j’étais Dieu, le Grand Architecte, le Créateur, l’Energie suprême pour les athées qui me lisent, juste pour un jour. Qu’est ce que je changerai dans la vie de Dorian avant de redonner les rênes suprêmes au Dieu légitime le jour d’après ?
Je veux vivre longtemps, en bonne santé
Je veux écrire, un, deux, des milliers de bouquins, sur moi, sur ma vie, sur la théologie sur l’anthropologie, sur l’histoire, sur le cul, sur dieu, sur la philosophie. Je veux écrire tous les jours, quelques pages. Et je veux partager cela avec le monde
Je veux être entouré de gens biens. Je veux être entouré de personnes inspirantes, profondes, créatives, éveillées, lucides et rêveuses, artistes et muses à la fois
Je ne voudrais pas que la notion et la construction sociale du travail n’existent pas. Je trouve absurde que notre vie se résume à passer des dizaines d’années à se « former » dans l’attente d’une vie professionnelle, « active » et ses codes : une installation, une famille, un crédit immobilier, des collègues qu’on n’aime pas, certains si, un travail parfois mécanique auquel on se rend sans réelle aspiration, sans réelle vocation, des impôts, des enfants qu’on regrette ne pas voir assez, des parents qu’on voit lorsqu’un patron nous accorde 4/5 semaines par an pour être avec ceux que l’on aime. Puis si vous survivez jusque là, éreinté, ridé, « accompli », là on vous dit entre deux bilans sanguins pour vérifier votre cholestérol, que vous pouvez enfin « profiter » de la vie, que vous l’avez mérité. En fin de soixantaine ? C’est là que vous êtes sensés vivre hors des codes que l’on vous soufflé dans l’oreille, à peine libéré des entrailles de vos mères. Votre vie était déjà dessinée : se former/s’éduquer puis travailler pour vivre, pour être « actif », puis se reposer, profiter d’une retraite bien courte. Et inlassablement nous nous passons tous la même recette depuis des millénaires, de génération en génération, telle une cuillère en argent qu’on enveloppe dans du lin blanc. De l’Orient à l’Occident, par delà les cultures et les religions. Chaque homme sur cette ronde terre doit « gagner sa vie » - gagner sa vie pour payer le droit de se nourrir, se vêtir, se soigner, se cultiver, se loger. Une altérité indissociable. J’ai toujours trouvé cette philosophie de vie aberrante. Avoir une vie, une seule, et y consacrer trois quarts à la société, à un employé, à une entreprise pour avoir le droit, naturel, inné, humain, de se nourrir. Je voudrais d’une société sans travail. Une société où on serait payés à juste vivre, se cultiver, apprendre continuellement, voyager, apprendre des langues tous les ans. On serait tous en mesure de « vivre » en rétribution de nos réelles passions ou vocations. On serait artistes, chanteurs d’opéra, randonneurs, photographes, cinéphiles, écrivains, philosophies, écrivains, liseurs, athlètes, ou tout simplement rien. Ne rien faire, avoir une « vie professionnelle passive » (même les mots prennent tous leur sens), serait si grave ? Il n’y aurait pas de classes sociales per se, mais chaque passion serait justement rétribuée par une somme juste. Je voudrais être « compensé » pour aller surfer en Australie, prendre des photos sous marines, écrire mes pages quotidiennes, voyager, aller en vacances, méditer, randonner, ou tout simplement pour ne rien faire si j’en ai envie.
Je voudrais trouver mon compagnon de vie. Idéal à mes yeux, avec qui on regarderait de vieux films des jours entiers. Je passerais ma main dans ses cheveux tout le temps, ça l’agacerait. Il serait passionné par quelque chose. Il sera quelqu’un de bien, qui s’arrête pour aider une vieille dame à porter ses courses. Il serait tactile, humble, curieux. Et on aurait un chalet au milieu de nulle part en Norvège pour les jours d’été
Je veux avoir des enfants, à qui je transmettrais mes valeurs et à qui je jouerais de la guitare
Je saurais comment jouer de la guitare
Je voudrais parler des dizaines de langues, en commençant par : le japonais, le chinois, l’allemand, l’espagnol et le russe. J’aurais envie de parler italien avec les mains qui volent dans l’air sans jamais se croiser
Je ferais le tour du monde jusqu’à la fin de ma vie. Je pourrais me permettre de faire danser mes doigts sur une mappemonde, de m’arrêter sur une destination inconnue et de héler à mon mari qui referait du thé dans la cuisine « Bon, on va en Bolivie demain ! »
Il n’y aurait pas de communautés, de républiques, d’aristocratie, de bourgeoise, de classes populaires, de classe ouvrière. Le monde serait un, une unité équilibrée, fourmillante et autorégulée
Je changerai la météo au gré de mes humeurs, afin de porter des shorts un jour et des mitaines le lendemain, si je le souhaite
Je veux que mes proches vivent dans une utopie parfaite : ma mère serait une femme accomplie et dûment aimée, elle n’aurait pas un prêt immobilier sur le dos à deux ans de la retraite, elle n’aurait pas passé 40 ans de sa vie de mère à s’inquiéter pour ses enfants. Elle rirait tout le temps et on verrait ses deux jolies pommettes sur les joues, qu’elle m’a transmises en héritage. Ma sœur aurait trouvé sa voie dans la vie, elle irait à sa « passion rémunérée » chaque matin, gaie. Mon frère et mon père auraient trouvé la paix intérieure qu’ils recherchent depuis des années et seraient sereins, apaisés. Les flammes qui les consument ne laisseront pour souvenir que des cendres froides
Je veux que E. n’ai jamais eu besoin d’intenter un procès à son ex employeur pour être dans ses droits, je veux que E. soit un mari et père aimant et comblé à l’approche de ses 35 ans. Je veux qu’il vive de sa passion et qu’il prenne du temps pour lui. Je veux qu’il aille à Bergen et à Oslo. Je veux que X. n’ait plus de soucis d’argent et puisse vivre de ce qui le fait vibrer : le journalisme et la photographie, sans concessions. Je veux que P. puisse vivre le rêve dont je l’ai si souvent vu parler : vivre sous les tropiques, en all inclusive, en emportant avec lui ses valises pleines de bouquins. Il arrêterait ce boulot qui l’épuise. Il n’aurait rien à penser à part planifier son calendrier de plongées sous marines et le cocktail qu’il va se resservir. Je veux que A. arrête de faire des heures sup à la chaîne après 10 ans d’études pour un SMIG, j’aimerai qu’elle soit apaisée, dûment aimée par C. et qu’on garde notre tradition du petit verre sur les terrasses ensoleillées de Paris à se raconter des bribes de vie. Je veux que F. échappe à la dépression, sorte la tête des nuages épais, lourds et noirs. Je veux que D. ait enfin la vie qu’il mérite, aux Pays bas, après ces dix années d’exil et de silence
Je voudrais que A. soit vivant. Qu’on puisse continuer à apprendre nos chorégraphies endiablées dans son salon, comme lorsqu’on était des gamins
Je ne serais pas malade du kératocône et je n’aurai pas les pieds plats. Je serai un peu plus grand, juste quelques centimètres. Je ne changerai rien d’autre sur mon apparence. Je m’aime bien comme ça
J’aurais une très belle peau. Couleur pain d’épice, dorée, douce, peu velue
Je prendrais le temps de méditer tous les jours, du temps pour moi
Je serais en meilleure forme physique : je me nourrirai sainement, je serai surement végétarien et je ferais diverses activités physiques
On arrêterait tout et on ferait un repas de famille ou un apéro entre amis, comme ça, sur un coup de tête
Je voudrai lire sans cesse, continuer à apprendre incessamment, atteint d’une boulimie de savoir et de connaissances
J’aimerais mettre en scène des pièces de théâtre, réaliser des documentaires et des films, composer des chansons, écrire des scénarios
J’irais à plein de concerts, quand je voudrais, même ceux d’artistes disparus
J’aimerais imaginer des objets, des vêtements, décorer des lieux, donner libre court à mon imagination, m’amuser des couleurs et des textures, créer « des environnements », annexes de mon propre esprit, afin que les gens qui visiteraient ces lieux, soient le temps de leur passage, un peu dans ma tête
Il n’y aurait pas de religion, en tout cas pas au sens où je la conçois
Je rencontrerai les gens qui m’ont toujours inspiré : Alan Watts, Whitney Houston, Obama, Rosa Parks, Malcom X, Lincoln, Audrey Hepburn, Nelson Mandela, mon prof de français au collège qui me prédisait à s que je serais un jour écrivain. Je prendrai des cours avec Picasso ou Monet. Je gratterai quelques notes de guitare avec Prince. Je ferais une sortie photo avec Joel Meyerowitz, Michael Wolfe ou Irving Penn. J’assisterai aux effusions créatives de Christian Dior ou de Tom Ford. Et j’en passe
Le rapport de l’Homme avec la nature serait apaisé, équilibré.
Je ferais de la photographie entre autres passions, j’exposerai à nouveau. Je discuterais avec tout le monde lors des vernissages
Je n’aurai pas fait certains choix et pris certaines décisions.
Ma mère me cuisinerait quand on se verrait sa fameuse tête de veau à l’ancienne (oui je sais c’’est incompatible avec le fait (de devenir végétarien. Mais je suis dieu bon sang, je ne m’ennuie pas de contradictions)
Je m’enivrerai de plaisirs de la bouche, sans penser à la balance ou à ce petit bidon qui se prononce. J’aurais une cave inépuisable
Je voudrais continuer à être le « soleil » de ceux qui m’entourent, sans rien en retour, si ce n’est que le sentiment et l’humilité d’être utile
Je me fixerai le défi de faire sourire une personne chaque jour, et des milliers joueraient le jeu
J’apporterai les réponses aux grands mystères de l’humanité : la disparition des dinosaures, la bible, la torah, le coran, buddha, les galaxies, l’eau, la vie, les civilisations, la chute des empires, l’évolution, la mort de TuPac et John F. Kennedy
Je ne blesserai personne, que ce soit par omission ou par action
J’écraserai de mes doigts les égos
J’apporterai miséricorde aux âmes écorchées
L’argent n’existerait pas, le commerce non plus
Il n’y aurait pas d’autre but dans la vie des hommes, que de vivre, dans la plénitude et l’apprentissage perpétuel, et la transmission. C’est tout
Je serai en paix avec moi même, en synergie complète
J’aurais une femme de ménage (quelqu’un dont c’est LA PASSION et non pas LE TRAVAIL)
J’aurais un lave vaisselle, un robot de cuisine, et un tas de gadgets de cuisine
J’accorderai à l’humanité entière plus de sagesse et d’humilité
J’aurais un jardin, avec un potager, des arbustes fleuris, des arbres fruitiers, des oliviers. En été, on entendrait les cigales chanter et on chasserait les abeilles d’un geste de main
.
Je voudrais mourir, vieux, quand j’aurais suffisamment vécu. Je ne veux pas de promesses de vie éternelle, la vie n’a de saveur que parce qu’il existe un terme. D’ailleurs je ne veux pas d’au delà. Il n y aurait juste rien, le néant. Ce même néant dans lequel nous étions tous avant notre naissance. Se réveiller alors qu’on ne s’était jamais endormis (naissance), s’endormir et ne jamais se réveiller (mort). Tout aussi simplement. On serait : nulle part.
Je ferais du yoga
L’intolérance n’existerait plus, la violence, la jalousie, l’envie, la haine et les maladies non plus
J’aurais un corps de ferme où je me rendrais de temps en temps pour caresser les chèvres et les chevaux qui vivraient en liberté sur une vaste prairie.
Je serais meilleur en cuisine, en tout cas j’essayerai
Je me promènerai parmi les hommes, leur enseignerait ma sagesse et les mystères de l’univers, leur histoire et la mienne, et le but de toute cette comédie millénaire
J’en profiterai pour me regarder dans la glace et savoir d’où je viens, qu’est ce que je viens, qui m’a fait ? où se situe l’alpha, le commencement de tout, la genèse. Qui suis je ? Qu’est ce que je suis ? Pourquoi je suis ?
Je remonterai l’ascendance de Dorian qui écrit ses lignes, je rencontrais les grands parents qu’il n’a jamais connus, je tiendrai leurs mains fatiguées par le travail des champs, j’apprendrai leur histoire, je remonterai jusqu’à ses ancêtres, je les rassurerai sur l’avenir de leur descendance, sur la transmission de leur héritage. Je consignerai leurs histoires de vie afin qu’elles soient transmises
Je ne croirai pas en moi
Et vous, si vous étiez Dieu juste une fois, que feriez vous ?
L’esprit, au sein des cercles vicieux : parlons en.
Et bien, l’un des exemples les plus illustratifs est l’angoisse, l’anxiété.
Votre médecin vous annonce que vous êtes atteint d’une grave pathologie et que vous devez subir plusieurs interventions chirurgicales.
Vous vous inquiétez, vos proches, vos amis, vos amours s’inquiètent tout autant.
Mais comme il est évident que l’angoisse affecte votre appétit et votre sommeil, il en résulte que ce n’est pas une émotion saine pour vous.
Mais vous ne pouvez vous en empêcher : vous vous inquiétez.
Et vous vous angoissez davantage car l’inquiétude elle même vous angoisse.
Et plus encore, ce qui est d’ailleurs absurde et vous vous en voulez d’ailleurs pour cela : vous êtes anxieux parce que vous êtes angoissé par le fait d’être inquiet – c’est cela un cercle vicieux.
Maintenant, pouvez vous permettre à votre esprit de s’immerger dans le silence le plus absolu ? N’est ce pas difficile ?
Tout simplement parce que l’esprit est comme un singe agité dans une cage, sautillant, mordant et vociférant sans arrêt.
Et une fois que vous avez appris à penser, à votre naissance, dès votre premier souffle, lorsque vous vous libérez des entrailles maternelles, vous ne pourrez plus arrêter de penser.
Ainsi, un nombre infini de personnes vouent leurs vies à occuper leur esprit et sont extrêmement incommodées par le silence, le vide, le noir, le néant.
Quand vous vous retrouvez seul, lorsque personne ne prononce mot, lorsqu’il n’y a rien à faire, lorsque vous êtes hermétiquement protégés de toute distraction, vous sentez l’angoisse frémir sous votre peau n’est ce pas ?
Je me retrouve tout seul avec moi même.
Et je veux fuir… de moi même.
Je veux toujours fuir de moi même, m’éviter.
C’est la raison pour laquelle je vais au cinéma.
C’est la raison pour laquelle je vais en soirée.
C’est la raison pour laquelle je vais au restaurant et que je vais acheter des pâtisseries tous les dimanches.
C’est pour cela que je lis des livres qui me font voyager.
C’est la raison pour laquelle je discute, sur les réseaux sociaux, avec d’autres gens qui cherchent à se dérober… d’eux mêmes.
C’est la raison pour laquelle je parle aux garçons, c’est la raison pour laquelle j’en rencontre quelques uns, c’est la raison pour laquelle certains posent des baisers sur mon cou.
C’est la raison pour laquelle je m’enivre d’alcool à en oublier le présent.
Je ne veux pas être seul avec moi même.
Mais pourquoi voulons-nous toujours nous soustraire à nous mêmes ?
Qu’il y’a t’il de si terrifiant, de si lugubre ?
Pourquoi voulons-nous à tout prix oublier ce que cela fait de se retrouver seul avec soi même ?
Nos vrais visages sont ils si disgracieux ?
Pourquoi aspirons-nous tous à devenir qui nous sommes alors même que nous ne supportons pas d’être en notre propre compagnie ?
Je sais pourquoi.
Parce que nous sommes captifs, prisonniers de nos pensées.
Tout comme toute autre drogue.
Dangereuse, comme toutes les autres.
Camés, tout autant par ce flux ininterrompu de pensées.
Et il s’avère extrêmement difficile d’arrêter de penser.
Et pourtant, il est nécessaire par moments afin de vivre une vie saine, de faire cesser cette mélodie incessante, compulsive.
En effet, si je parle sans interruption, je n’entendrai plus ce que quelqu’un d’autre aurait à dire. Et il en résulterait que je n’aurai plus rien à dire à part les choses que j’aurai déjà dites.
Ainsi, de la même façon que je ne peux suspendre le flux de mes pensées, je n’aurais rien d’autre à penser que mes pensées elles-mêmes.
Par conséquent, afin d’avoir matière à penser, il faut paradoxalement parfois prendre simplement le temps d’arrêter de penser.
Et bien, comment procéder ?
La première règle est : n’essayez pas.
Vous seriez comme quelqu’un qui tenterait de calmer des eaux tempétueuses avec un fer à repasser. Le seul résultat logique que vous obtiendrez sera de l’eau bouillante, encore plus pétulante.
Ainsi, de la même manière qu’une eau trouble et turbulente se calme lorsque laissée en repos, seule, vous devriez apprendre à laisser votre esprit, tout aussi seul… avec lui même.
Il s’apaisera tout seul.
Je me suis rarement retrouvé seul, face à moi même, une à deux fois au plus au court de ma vie. J’ai vu enfin mon vrai visage, j’ai caressé mes traits, je me suis étreint, j’ai discuté avec moi même, nous avons pleuré, nous avons ri. Je ne voyais plus rien , n’entendais guère, mes sens étaient obst
rués, même le tic tac incessant du temps s’était arrêté.
Deux rares fois.
Au milieu de sapins Norvégiens, les pieds dans la mousse, mon maquillage coulant sous la pluie naissante, pas de vent, pas d’oiseaux, rien, le vide le néant. Et je souriais béatement.
Au long d’un pont New Yorkais, seul, face au silence léger de la nuit, des bruits sourds, une brise à peine perceptible, les yeux rivés dans un million de lumières urbaines, je me tenais la main.
J’aimerais tellement que vous puissiez vivre ce ravissement, au moins une fois : le néant, la vacuité la plus absolue.
Juste une fois. Juste le temps de créer notre monde.
Puis le défaire.
J’aimerais être dans son lit à lui.
Il est si beau et si fragile sous sa chevelure blonde.
Il n’aime pas trop Paris. Sa barbe est hirsute. Ses mains sont douces. Ses dents sont blanches, si blanches.
Mon chevalier de pacotille, mon petit scélérat.
Rêveur et trentenaire.
Mais il est encore un enfant, mon chevalier.
Quand on se regarde longuement, il m’embrasse sur le front.
Et laisse son souffle parcourir mon visage.
Parfois je lève les yeux et je scrute ses yeux bleu acier rivés vers l’horizon.
Au restaurant, j’ai caché mes mains sous tes cuisses pour avoir moins froid.
Cela l’a fait rire et il m’a dit « c’est rigolo, j’aime bien »
Mais il est encore un enfant, mon chevalier.
On s’est connus juste le temps de plaire
Tu n’es qu’à quelques kilomètres
J’ai fumé un joint en pensant à toi
En pensant te retrouver
En me demandant pourquoi ensemble on ne s’est connus qu’un moment
Je me glisserais donc doucement sous ses draps
J’approcherai mon souffle de sa nuque
Je passerai ma main dans sa crinière blonde, dans ses boucles
Il prendrait ma main à moitié éveillé et y poserait des baisers
Du bout de mes doigts j’effleurais chaque angle de son visage et les bénirai
J’humerais les draps pour m’enivrer de son odeur.
Je convulserais.
Je m’attarderai sur ses lèvres et y gouterait le gout du souvenir.
Il sourirait
Nos pieds nus se frôleraient comme dans une danse, comme dans une transe
Je mourrais cent fois pour le protéger telle une louve
Douces retrouvailles, Mexique et Iran
A l'aube
De tes bras longs je m’arracherai tout doucement
On se dira adieu dans les murmures d’un baiser sur un quai de gare. Sans mots.
Je suis mort une centaine de fois.
Je sais, ton cœur n’est pas à moi
Je me suis menti à moi même, comme je savais que je le ferais
Moi je suis moins fort et plus vulnérable que ceux tu as connu
Ne me quitte pas
Oublier le temps, à savoir comment, à savoir pourquoi
Ce soir ne m’oublie pas, je t’aime
Comment vivrais-je avec ton seul fantôme ?
Moi, la tête haute, ma fierté et mes larmes sèches
Je partirai, sans toi.
Nous nous en sortirons sans toi.
C’est marrant, au cours de ma vie j’ai rencontré des gens aussi fortunés que Crésus, aussi démunis que Job. Aussi beaux que Marilyn, aussi accomplis que Steve Jobs, aussi éveillés qu’Alan Watts, aussi mélancoliques qu’Amy, aussi inspirés que Nina. Et au fond, quand vous retirez leurs atours, un par un, méticuleusement. Quand vous brisez leur carapace. Quand vous les confrontez à leur nudité primaire, inutiles, vulnérables, seuls, vous comprenez que finalement, au plus profond de chacun d’entre nous, nous aspirons à la même et seule chose.
Riches et puissants, prolétaires et invisibles, noirs ou blancs, occidentaux ou orientaux, femmes ou hommes, homosexuels ou hétérosexuels, jeunes ou vieux...
Cette chose qui, tantôt nous crée, tantôt nous abime. Cette chimère derrière laquelle nous courons tous, armés de désespoir et de foi. Cet idéal dont nous n’avons pas les codes, dont nous ne comprenons pas l’énigme.
L’argent ne fait pas tourner le monde mes amis,
C’est l’amour, ou le manque d’amour qui se retrouve au centre de tout.
C'est donc ça, le noyau de notre monde
C’est cet idéal auquel nous aspire tous.
Certains chanceux, le frôlent du doigt, s’y réfugient.
D’autres le recherchons éternellement, avec véhémence et persévérance
Et c’est cela le drame
Cinq lettres : AMOUR
Qui résonnent comme tout un monde
Comme toute une vie
Pensez à cela
C’est un des ravissements de la vie.
Respirez, humez l’air et courez, courez, courez
A en perdre haleine
Comme vous n’avez jamais foulé la terre,
Et peut être vous trouverez vous ?
Et si vous trébuchez en chemin, essoufflé, vous mourrez au moins dans un sourire.