5 Films de pédés à voir (ou pas)

Publié le par Dorian Gay

5 Films de pédés à voir (ou pas)

Cinéphile serait un mot peu approprié pour me décrire. Oui, j’aime le 7ème art, c’est un fait. Mais, comme pour un bon œnologue qui doit avoir les sens assez affinés, subtils, pour reconnaître le millésime du picrate imbuvable, le cinéphile, le bon cinéphile est nécessairement un connaisseur, aux goûts souvent experts, tranchés, parfois vaniteux.

Moi, le cinéma, je l’aime avec toute sa beauté et sa laideur. Des films d’auteur remarquables peuvent m’arracher les tripes, tout comme des productions hollywoodiennes grossières peuvent m’arracher des éclats de rire et de l’émotion. Je suis bon public.

Je me suis toujours intéressé à la représentation de la communauté homosexuelle dans le cinéma, et notamment, dans des productions contemporaines plus ou moins récentes. En sus du plaisir évident de regarder un film, s’y ajoute celui de la curiosité, de l’observation sociologique. Par ailleurs, en tant que jeune homosexuel, on dira bien ce que l’on voudra, mais j’ai tendance à m’identifier plus aisément à des personnages qui partagent la même orientation que moi, et dans une certaine mesure, affrontent les mêmes démons que les miens.

Pendant longtemps, l’image du pédé au cinéma fluctuait entre stéréotypes rudimentaires et symbolisme élusif. Cependant, une nouvelle génération de réalisateurs, qui compte notamment des génies tels qu’Andrew Haigh, ont contribué et contribuent à enrichir la palette réservée aux pédés dans le cinéma. Avec cette nouvelle génération de gens du cinéma LGBT, les productions se veulent plus abouties, les personnages plus complexes, plus réalistes, plus sobres. On voit émerger un « vrai » cinéma LGBT, qui séduit par la qualité croissante des productions du genre.

Récemment, j’ai entamé un marathon cinématographique de films LGBT sans cohérence aucune, sans lien particulier entre les différents films autre que celui de mettre en scène un ou plusieurs personnages principaux homosexuels.

Ainsi, en l’espace d’une journée, j’ai regardé : Free Fall, Eat With Me, Eastern Boys, Naked As We Came et Boys.

Voici donc mes impressions à froid.

Free Fall

5 Films de pédés à voir (ou pas)

Ce film se détache assez nettement des quatre autres productions visionnées et se place, sans le moindre doute, en tête du palmarès.

La vie de Marc est ordonnée : CRS de son état, il vient d’emménager dans une maison hors de prix majoritairement payée par ses parents tandis que sa femme Bettina attend leur premier enfant. Lorsque Kay, homosexuel et rebelle, entre dans son unité, un désir incontrôlable et rapidement incontrôlé s’empare de Marc, déstabilisant son cocon artificiel et l’ordre normatif qu’il défendait. La masculinité est le sujet angulaire de ce film.

Stephan Lacant, le réalisateur dont Free Fall est le premier coup d’essai a une écriture et une réalisation soignées -à défaut d’être réellement inventives-, des acteurs impeccables, un sujet de société devenu presque classique (l’entrée peu tolérée de l’homosexualité dans un univers d’ordre, ici le monde policier) et pourtant, Free Fall fait partie de ces films qui insinuent un doute.

Que veut-on nous raconter ? Que veut-on nous dire ? Il est des thèmes évidents que Lacant insinue sans trop de pesanteur telle que la bestialité du monde policier, ordonné face aux crises qu’il doit démêler mais ultra-compétitif en son sein. La scène d’ouverture constitue en cela une entrée en matière des plus directes, in medias res : en pleine course d’entraînement, Marc, essoufflé, est peu à peu exclu de la meute. C’est en remarquant son manque de souffle que Kay, nouveau venu dans la division, s’approche de lui et, à force d’endurance, lui fait découvrir son homosexualité. Si l’argument semble désormais presque banal, son développement et les représentations sociales et affectives qui en découlent ne le sont pas. Le doute qu’insinue le film ne provient pas de la mise en scène de la violence (masculine principalement) mais de son origine. Et c’est peut-être sur ce point que Free Fall oscille entre l’honnêteté brute et la théorisation maladroite et confuse.

Si Kay ne crie pas son homosexualité sous tous les toits, Marc refuse la sienne, tiraillé entre un confort normatif (le travail, la famille, la reproduction) et un désir passionnel mais difficilement intégrable à ce confort particulier. Si ce refus de l’attirance physique et la frustration qu’il engendre chez Marc donne une vivacité à l’image, une représentation épidermique et sensorielle du désir, les conséquences de sa satisfaction mènent toutes à la violence : physique avec sa femme qu’il tente de violer et qu’il abandonne progressivement alors que Bettina est enceinte ; et symbolique tant la découverte de l’abandon va de pair, dans Free Fall, avec celle de la honte et du dégoût de soi.

Lacant a sans doute voulu filmer les différentes étapes du coming out -la répulsion, l’abandon, l’acceptation, le retour vers autrui-, mais les motifs de l’expression cinématographique sèment le trouble. Pourquoi cette figure de démon tentateur blond et marginal ? Pourquoi cette quasi invisibilité du personnage féminin, doux, tendre et compréhensif (la mère en somme) dont la souffrance, elle-même causée par l’homme, mène-t-elle aussi à la violence ?

Ce premier film étonne par sa grande attention aux décors, aux troubles de passage et aux flottements du quotidien en creux de Marc, mais perturbe par des schémas répétitifs (frustration/sexe/violence). Il retrouve, heureusement, la simple pudeur qui permet à l’histoire de s’envoler de temps à autres vers une spontanéité qui tranche avec les constructions théoriques. Les personnages ne peuvent se résumer à des figures strictes et cadrées, et le film au placage d’un discours sur les êtres et les choses, et c’est dans ces interstices de liberté que Stephan Lacant introduit parfois sa volonté de faire œuvre.

Trailer ci-dessous.

Eat With Me

5 Films de pédés à voir (ou pas)

Petite bulle virevoltant dans le ciel du cinéma LGBT. Certes, le fim n’éblouit pas par la qualité de son scénario, le jeu de ses acteurs ou sa réalisation, mais ce film a ce petit quelque chose, non identifiable qui vous laisse l’impression d’avoir passé un bon moment lorsque s’amorce le générique.

Quand Emma emménage avec son fils gay dont elle est très éloignée, la paire doit apprendre à se retrouver a travers la nourriture quand les mots ne sortent pas. Elliott, le fils, doit en plus surpasser sa peur de l’intimité et fait face a la possible fermeture du restaurant familial qu'il a repris.

Les thèmes qui émaillent le film sont assez classiques : une relation mère-fils malmenée, une romance entre deux garçons que tout opposerait, les oscillations entre l’envie de former un couple et celle de vivre une vie plus légère à l’âge de raison, la superficialité de certaines relations humaines.

On reprochera néanmoins au film des lenteurs gênantes, un piètre jeu d’acteur et des décors statiques, mais il apparaît aisément dès les premières minutes du film que ce dernier n’a pas bénéficié d’un budget qui aurait pu améliorer de façon sensible la qualité de la production. On lui pardonne.

Trailer en dessous.

Eastern Boys

5 Films de pédés à voir (ou pas)

Certainement un film qui marquera mon esprit. Au terme des six chapitres intenses et d’une lenteur agaçante, qui lui servent d’architecture, de ses nombreux rebondissements et variations de points de vue, je ne suis pas certain d’avoir percé tous les mystères d’Eastern Boys.

Pas sûr non plus que l’on devine une morale dans cette affaire, tant la complexité des sentiments qui l’animent rend illusoire tout jugement catégorique. Et c’est d’ailleurs la singulière richesse de ce film troublant et retors.

Ici, ce dont on parle est clair et frontal : “les sans-papiers”. Mais parler pour dire quoi ? Pour dire sa révolte de citoyen face à un Etat qui, même sous un gouvernement de gauche, continue de réprimer les immigrés clandestins ? Non ce serait trop simple. Le réalisateur choisit d’interroger notre regard sur les sans-papiers, ces sujets de fantasme et de répulsion qu’il aborde par le prisme le plus révélateur possible, celui du désir.

Eastern Boys est donc une histoire d’amour, qui commence logiquement par une scène de drague. Dans une gare de Paris, un petit bourgeois en goguette, Daniel, aborde un prostitué issu d’Europe de l’Est, Marek. Ils se toisent, discutent tarif, et Daniel invite le jeune gigolo à le rejoindre chez lui pour une passe.

Sauf que le plan déraille : le jour du rendez-vous, Marek se pointe avec son gang de gamins sans papiers, tous issus des Balkans, et ils mettent à sac l’appartement de leur hôte, impuissant face à la violence des Eastern Boys. Cette scène est l’une des plus longues et fortes du film. On est partagés, en tant que spectateurs passifs entre une certaine curiosité presque pornographique, une certaine incompréhension, et la contemplation d’une certaine forme de beauté. Vous savez, un peu comme la scène où les deux héroïnes de la Vie d’Adèle ont un coït qui dure une bonne dizaine de minutes, sans bande sonore, sans coupure au montage ? A peu près pareil.

D’une tension inouïe, scandée par les pulsations hypnotiques de la musique d’Arnaud Rebotini, cette belle scène de cambriolage ouvre le premier chapitre d’une romance à l’issue très incertaine.

Certainement un film qui marquera mon esprit. Au terme des six chapitres intenses et d’une lenteur agaçante, qui lui servent d’architecture, de ses nombreux rebondissements et variations de points de vue, je ne suis pas certain d’avoir percé tous les mystères d’Eastern Boys.

Pas sûr non plus que l’on devine une morale dans cette affaire, tant la complexité des sentiments qui l’animent rend illusoire tout jugement catégorique. Et c’est d’ailleurs la singulière richesse de ce film troublant et retors.

Ici, ce dont on parle est clair et frontal : “les sans-papiers”. Mais parler pour dire quoi ? Pour dire sa révolte de citoyen face à un Etat qui, même sous un gouvernement de gauche, continue de réprimer les immigrés clandestins ? Non ce serait trop simple. Le réalisateur choisit d’interroger notre regard sur les sans-papiers, ces sujets de fantasme et de répulsion qu’il aborde par le prisme le plus révélateur possible, celui du désir.

Eastern Boys est donc une histoire d’amour, qui commence logiquement par une scène de drague. Dans une gare de Paris, un petit bourgeois en goguette, Daniel, aborde un prostitué issu d’Europe de l’Est, Marek. Ils se toisent, discutent tarif, et Daniel invite le jeune gigolo à le rejoindre chez lui pour une passe.

Sauf que le plan déraille : le jour du rendez-vous, Marek se pointe avec son gang de gamins sans papiers, tous issus des Balkans, et ils mettent à sac l’appartement de leur hôte, impuissant face à la violence des Eastern Boys. Cette scène est l’une des plus longues et fortes du film. On est partagés, en tant que spectateurs passifs entre une certaine curiosité presque pornographique, une certaine incompréhension, et la contemplation d’une certaine forme de beauté. Vous savez, un peu comme la scène où les deux héroïnes de la Vie d’Adèle ont un coït qui dure une bonne dizaine de minutes, sans bande sonore, sans coupure au montage ? A peu près pareil.

D’une tension inouïe, scandée par les pulsations hypnotiques de la musique d’Arnaud Rebotini, cette belle scène de cambriolage ouvre le premier chapitre d’une romance à l’issue très incertaine.

Car les deux hommes se reverront plus tard, de plus en plus fréquemment, et ils vivront une aventure de couple sans que l’on sache précisément quelles sont les intentions de Daniel, ni ce qui l’attire chez ce clandestin d’Europe de l’Est.

Ce film est un petit ovni cinématographique, indéfinissable, brumeux et assez confus, mais c’est peut-être là tout son intérêt.

Le trailer est juste là.

Boys

5 Films de pédés à voir (ou pas)

Ce film est un joli, léger et peu prétentieux. Il traite avec pudeur et sensibilité le thème de la découverte de l’homosexualité.

Sieger est un jeune sportif de dix-sept ans qui s’entraîne pour des championnats. Lors de vacances d’été, il fait la connaissance de Marc, un jeune homme sympathique. Amitié et complicité se développent rapidement entre les deux adolescents. Naissent alors des sentiments bien plus forts.

Réalisé pour la télévision allemande, Boys connut un accueil public et critique tellement favorable qu’une sortie en salles fut décidée, suivie d’une vente à l’international. L’œuvre a également été primée à l’occasion de diverses rencontres de cinéma. C’est à vrai dire un film mineur mais touchant dans sa modestie même.

Il s’inscrit dans ce courant de cinéma LGBT proposant des produits formatés et rassurants, sur la forme comme sur le fond. Mais dans le genre, il se situe un peu au-dessus du lot. Le scénario est minimaliste, qui se concentre sur la relation naissante et fragile entre deux adolescents de milieu plutôt modeste. Rien de véritable transcendant dans les situations : les deux garçons sont présentés comme jeunes, beaux, gentils, sportifs, et bien sous tous rapports. Par contraste, le réalisateur oppose la figure du grand frère de Sieger, hétérosexuel rebelle, qui vole des motos et insulte le père, un homme veuf et généreux, débordant d’amour et de bienveillance pour ses deux fils.

Le message est clair : ce film frôle la corde sensible et rassure par un romanesque classique et certains passages dénotent un vrai talent de narration : le film séduit en particulier par ses non-dits et la finesse avec laquelle l’auteur se frotte à son intrigue sans surligner les troubles des personnages. Mais tel quel, ce petit film agréable mérite le détour.

Mon cœur de cœur ? la scène qui clôt le film : Sieger et Marc, une moto qui transperce la nuit, une route de campagne, la délicieuse chanson de Moss, I Apologize (Dear Simon). Une perle.

Un petit aperçu ci-dessous.

Naked As We Came

5 Films de pédés à voir (ou pas)

Laura et son frère Elliot (un superbe éphèbe à la musculature aussi élégante qu’un Rodin) ont reçu un appel les alertant de l’état de santé critique de leur mère, Lilly. Inquiets, ils décident de lui rendre visite après près d’une année de silence. Un long silence qui s’explique par des la nature chaotique du climat familial depuis leur enfance. Lilly était en effet une mère assez antipathique, ne témoignant quasiment jamais aucun signe d’affection, se montrant plus passionnée par le jardinage, sa passion, que le bien être de ses enfants.

Malade, sentant sa fin proche, elle dévoile un nouveau visage lorsqu’elle les reçoit. Les enfants sont déchirés entre la tentation de régler de vieux comptes, celle d’exprimer les rancœurs et des émotions fortes face à une mère aimante comme ils ne l’avaient jamais connue. Au centre de ces retrouvailles familiales il y a Ted (super beau bosse bis), romancier, qui travaille pour Lilly comme homme à tout faire et qui est devenu, par l’usure du temps, son seul ami. Sa présence suscite des interrogations, des doutes, des tensions… avant que Ted et Elliot, entament une liaison à la nature peu ordinaire.

Naked As We Came est une œuvre indépendante à la fois modeste dans sa démarche, assez sincère et disposant d’une mise en scène relativement élégante et subtilement poétique. En s’attaquant au thème de la maladie, le projet aurait rapidement pu sombrer dans les clichés, le misérabilisme ou la niaiserie.

Il n’en est rien, grâce à un scénario relativement bien construit qui dessine progressivement des personnages humains, contradictoires, riches en nuance. On reprochera cependant à ce scénario, une certaine facilité. Les dénouements se devinent, les dialogues sont parfois irréels d’insipidité, lents, tout est parfois un peu confus – les thèmes s’entremêlent et s’entrechoquent. Le film est un peu trop riche, un peu trop gras.

Par ailleurs, le choix des acteurs incarnant les deux personnages homosexuels du film est quelque peu allégorique. Tous les deux sont beaux – pas d’une beauté classique, banale, complexe. Non, leur beauté est plastique, fade, faite de porcelaine ennuyante de perfection. Je retrouve dans ce film ce que j’exècre dans beaucoup de films LGBT : le stéréotype usé et usant du jeune homosexuel éphèbe, irréprochable, presque gênante. J’aurais souhaité des pédés banals, comme vous peut être, comme moi, comme ces amis qui m’entourent, comme ces gens que je croise tous les jours, des gens à travers lesquels je peux me projeter.

« Des roses et des prunes pourries dans le même pot de fleurs » comme disait ma grand-mère.

Quelques minutes du film pour se faire une idée ? C'est en dessous.

Commenter cet article

tanpoffel 18/03/2016 01:02

BOYS est néerlandais et non pas allemand et réalisé par une femme, donc réalisatrice et non pas réalisateur. Mais sinon ta critique est parfaite, surtout sur les non-dits :)

Dorian Gay 23/03/2016 20:50

Merci beaucoup pour cette correction. Je m'empresse de modifier le texte en conséquence :)

sylvainj 07/03/2016 16:24

J'en ai vu aucun !!! Autant dire que j'ai du boulot :)

Dorian Gay 08/03/2016 16:02

Haha, un weekend ciné en vue ;). Pour info, ils sont tous sur Netflix