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Phosphore

Publié le par Dorian Gay

Nota: Ce billet, Phosphore, complète, un autre billet paru le même jour, Hélium. Comme deux battants d'une même porte. La narration en pointillés est un choix volontaire de l'auteur

 

Plus tard cette nuit

J’ai parcouru mon corps de mes doigts, de mes mains

J’ai murmuré

« Où est ce que ça fait mal ? » 

Mon corps a répondu

 

  • Partout
  • Partout
  • Partout
  • Partout

 

Pour la cinquième fois ce mois

Tu te dis que tu vas le quitter.

Il se moque de toi.

Ne sait pas ce qu’il veut.

Il t’écrit un message pour te reprocher de ne pas te confronter à la réalité.

Puis il avale les 3 kilomètres qui le séparent de ton appartement.

Et t’embrasse jusqu’à ce que le monde devienne tes lèvres et que tes lèvres deviennent le monde.

Je ne sais pas ce qui unit les gens endommagés par la vie entre eux.

Peut être que les lésions s’attirent entre elles.

Comme un écho dans une pièce étroite.

Comme des tâches auréolées sur un matelas blanc finissent par fusionner.

Comme des tâches auréolées sur un matelas blanc qui saignent l’une dans l’autre.

 

Aujourd’hui je ne suis plus triste mais les garçons qui cherchent d’autres garçons mélancoliques finissent toujours par me trouver. Je ne suis plus un garçon, je suis un homme et je ne suis plus triste.

 

Tu souhaitais que je sois le fond noir dramatique et sombre afin que toi paraisses illuminé, afin que les gens murmurent : " quelle bravoure d’aimer un garçon aussi triste ? ".

 

Tu pensais que je serais le ciel noir, un trou sombre béant et que tu serais l’étoile ?

Etalant mon horizon noir, sans limites, comme une couverture dont on ne voit pas les bords.

Je m’approcherais de la faible lueur de l’étoile.

Je t’avalerais tout entier.

 

C’est fascinant comme deux êtres peuvent s’entremêler, fusionner.

Deux personnes qui ont jadis été ensemble et dormi du même souffle dans le même lit.

Peuvent redevenir de parfaits inconnus.

Comme deux atomes qui s’entrechoquent et finissent par exploser.

Dans le néant

C’est certainement la chose la plus triste de ce monde.

 

Je t’en ai voulu.

J’en avais tant fait.

Je m’étais coupé les cheveux.

Je m’étais acheté le plus onéreux des maquillages

J’ai sculpté ma chair pour que tu l’aimes.

Je me suis enduit du meilleur des onguents.

Je suis devenu plus beau, plus calme, plus docile.

Je me suis recouvert des pages de la bible et du coran afin que tu m’adores.

Comme un arbre privé de lumière, j’ai poussé du lierre, pour la chercher.

 

Quand tu es parti dans l’anonymat le plus complet je ne t’ai pas laissé partir.

J’ai attendu.

J’ai espéré.

Obsédant.

Rancunier.

Hostile.

J’étais fiévreux de rage.

Même ici j’ai écrit des mots suintant le souffre.

 

Je t’en ai voulu à toi aussi, avec tes cheveux blonds et tes yeux bleus si peu sincères.

Je t’en ai voulu à toi, l’autre, pour les mots.

Pour les gestes, à toi l’autre.

Toi, cinquième, je n’en ai voulu pour les omissions.

Toi, sixième je t’en ai voulu que ce que tu étais.

Vous tous, par dizaines, par douzaines, par milliers.

 

Je me suis dit:

Quelle distance as tu parcouru, pieds nus, pour des hommes qui n’ont jamais caressé mes chevilles sur leurs cuisses ?

Combien de fois, aux enchères t’es tu vendu ?

Pourquoi trouves-tu la lueur de l’inaccessible si attirante ?

Où cela a t’il commencé ? qu’est ce qui s’est mal passé ? qu’est ce qui a été gâché ? Qu’est ce qui t’a fait sentir si vain ?

S’ils te voulaient, ne t’auraient t’ils pas choisi ?

Tout ce temps, tu as mendié pour de l’amour, en silence, pensant qu’ils pouvaient t’entendre

Mais non, ils l'ont  humé sur toi.

Tu aurais du savoir qu’ils ont goûté le sentiment d’attente sur ta peau.

Et qu’as tu fait de tous ces autres qui auraient tout accompli pour toi, pourquoi les as tu fait t’aimer jusqu’à ce que tu n’en puisses plus ?

Pourquoi es tu ces deux hommes ? à la fois fort et indomptable, nécessiteux et démuni ?

Où as tu appris cela, à vouloir ce qui ne veut pas de toi ?

Où as tu appris cela, à quitter ceux qui veulent que tu restes ?

 

 

Puis j’ai trouvé la paix et la rédemption.

Je l’ai trouvé seul d’abord puis elle m’a été apportée.

Par ces amis.

Par ces proches.

Par lui.

Lui qui sent le citron et l’olive, l’encens et la terre.

Points de suture.

Chair saignante qui se referme sous la douceur d’une aiguille et d’un fil.

Nœud après nœud.

L’aiguille plonge dans la chair et en ressort. Elle recoud, millimètre par millimètre.

 

J’ai mis mes mains sur mon ventre et j’ai pensé:

 

« Je suis triste pour toi que tu n’aies jamais été vraiment aimé avant moi et que cela t’ai rendu cruel »

 

« Tu n’as pas guéri. Ta cruauté est un symptôme tenace ».

 

Puis j’ai commencé à t’aimer à nouveau.

Pas comme je t’ai aimé.

Pas comme on aime quelqu’un dont on hume les cheveux.

Mais plutôt comme une ombre pâle du passé qu’on bénit.

1000 ombres de mon passé.

 

Qu’on bénit toutes parce que mes jours et mes nuits ne se seraient pas aussi radieux et sombres sans elles.

Des artefacts.

Certains choix n’auraient pas été faits.

Certaines rencontres subséquentes n’auraient jamais eu lieu.

Vous me libérez.

Vous m’avez fait du bien.

 

Et dans la rancœur, la bienveillance a pris racine.

Les démons ont pris leur envol du 7ème étage et se sont écrasés sur le sol en affreux patins désarticulés.

Désormais, leurs cadavres, les os et leurs entrailles s’évaporent en fumées volatiles.

Je prie que la vie vous soit généreuse.

Je prie que la vie vous soit miséricordieuse.

Je prie que la vie vous soit agréable.

 

Je prie. Je prie. Je prie

Je prie. Je prie. Je prie.

 

Je prie pour la vie vous soit plus clémente que vous l’avez été à mon égard.

Je prie afin qu’elle soit gentille.

Même si vous ne l’avez pas été.

 

Parce que je vous pardonne.

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Hélium

Publié le par Dorian Gay

 

Nota: Ce billet, Hélium, complète, un autre billet paru le même jour, Phosphore. Comme deux battants d'une même porte. La narration en pointillés est un choix volontaire de l'auteur. 

 

Tu es terrifiant… étrange, sculptural. Quelqu’un que peu de gens sauraient dûment aimer.

 

La nuit de notre mariage secret

Quand il m’a gardé sous sa langue telle une promesse.

Jusqu’à ce que sa langue se raidisse et se fatigue.

Je me suis endormi éveillé pour garder intacte la fraicheur du souvenir.

 

Le lendemain, je l’ai prié de se recoucher près de moi dans le lit.

En retard, il m’a baisé les chevilles et est parti.

Je me suis endormi  au creux de son lit pendant plusieurs jours.

J’ai humé les réminiscences de ses effluves, sauvages et douces. Comme le miel et le vin.

 

Sa mère m’a trouvé dans le lit.

Je me suis tenu face à elle, nu.

J'ai parcouru son visage clair de mes mains.

Lentement, avec expertise, compassion.

Sentant son souffle court sous mes doigts.

Chaud, mentholé.

 

Je lui ai montré l’alliance en or à mon doigt.

 

Il rentre plusieurs jours plus tard.

Ma peau frémit à nouveau comme un enfant qui déchire l’utérus de sa mère et crie à la vie qui envahit ses poumons et ses entrailles.

Je me consume, je m’embrase, m’immole par le feu.

Mes yeux en amande, noirs, crépitent comme du bois sec.

 

Il les embrasse avec méthode.

Son cœur est aussi beau que son sourire.

Consumant, je me sens beau.

Je suis beau, tellement beau.

Je brille. Je suis un volcan en éruption. Poétique.

Mes lèvres, mouillées, appellent à l’adoration, au culte, à l’adulation, au fétichisme.

Il est à genoux, il prie.

Il me trouve beau.

Je suis une mosquée, une cathédrale dévorée par les flammes.

 

Ma mère m’a dit une fois.

Lorsqu’un homme t’approche

Immole-toi par le feu.

 

Tu es un magicien.

Je suis ton public, silencieux, dévoué, religieux.

Tes hanches sentent le citron et l’olive.

L’encens et la terre.

 

Chaque bouche embrassée, chaque langue dont tu t’es délecté.

Tout ceci n’était que préambule, qu’apprentissage.

Tous les corps que tu as déshabillé et que tu as labouré, de tes doigts, de tes dents, de ta peau, de ton sexe, de la langue.

Te préparaient au mien.

Ça ne me dérange pas de les goûter dans les exhalaisons des souvenirs qui persistent dans ta bouche.

 

Ils étaient tous dans un long couloir plongé dans une semi-obscurité.

Une porte entrouverte.

Ta seule valise sur le tapis roulant.

Etait ce un long voyage ?

Tu es là maintenant.

Bienvenu à la maison.

 

Je passe mes doigts dans ses cheveux sauvages.

Il s’incline et je hume à nouveau cette odeur.

Cette fragrance entêtante comme une chanson qu’on écoute beaucoup trop.

 

Cette année sera l’année de la rédemption, du lâcher prise. L’année de la compréhension des mots, « oui, « non », « tu n’es pas gentil », « tu es gentil ». Année de l’humanité et de l’humilité. Comme un jour où l’humanité entière était restée toute la journée sous ses draps. Tous ceux que j’ai croisé sur mon chemin cette année m’ont dit « ta compagnie est si agréable, comment tu fais ça ? ». L’année où j’ai creusé la terre et ai arraché les racines de mes mains rêches. L’année où j’ai appris les discussions légères sans conséquences, et appris à sourire à des inconnus. L’année ou j’ai compris que je suis mon meilleur moi même quand je m’approche et demande : « veux tu être mon ami ? »

L’année du sucre et du miel, partout.

Douceur, douceur, miel, miel.

L’année d’une solitude heureuse et de l’apprentissage de ses joies.

L’année où j’ai pris dans les bras des gens que je ne connaissais pas parce que j’avais envie d’apprendre à les connaître.

 

Cette année, j’ai fait la paix et l’amour, là nu devant vous.

 

Grâce à lui.

Grâce à eux.

Grâce à moi.

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Oh My Grindr: Le Pire De 2016

Publié le par Dorian Gay

En mars cette année, j'avais publié un billet assez facétieux qui avait pris pour cible ces ovnis sur cette pléaide d'applications de rencontres (e.g. Grindr, Scruff, Tinder, Hornet et autres joyeusetés) et de réseaux sociaux, qui souvent nous agacent et parfois nous font sourire.

Tout au long de l'année, j'ai continué à compiler toutes les conversations (tristement) extraordinaires que j'avais, bien souvent, assez rapidement écourté ainsi que ces captures d'écrans de profils effarants aussi bien par leur forme que leur contenu.

Et autant le dire tout de suite... l'année aura été riche.

L’Ultra Connecté

Il ne vous connait pas mais il vous aime déjà. Il vous fait confiance. Il veut devenir votre meilleur ami. Il partage tout sans pudeur et retenue. Grindr bugge ? Oh ce n’est pas bien grave, son profil énumère toutes les autres plateformes où il vous invite à le retrouver afin de continuer à discuter de l’impact de la fiscalité climatique sur les petites exploitations agricoles, ou échanger des photos plus explicites de culs postérieurs offerts et de bites verges turgescentes.

Ce n’est pas le choix qui manque : son Snapshat, des liens vers son compte Twitter, Instagram ou sa page Facebook. Pour les amateurs de conversations orales, son numéro de téléphone portable est aussi public que les toilettes de Roissy-Charles de Gaulles une veille de jour férié.

L’ultra connecté est comme cet individu que l’on retrouve généralement dans tous les films d’épouvante. Vous savez celui qui entend du bruit à la cave et décide d’aller voir, seul, en pleine nuit, ce qui se passe alors que tout le monde se terre tant bien que mal sous un meuble. Si, si, je suis certain que vous voyez – vous savez le même qui va décider d’affronter, muni de son ouvre-boîtes et d’une spatule le tueur en série au lieu de fuir par la porte entrouverte de la maison. Ces individus bienheureux débordant d’insouciance et de naïveté qui sent le chewing-gum à la framboise acidulée.

 

Le Business Man

Pour lui, Grindr est comme tout autre outil de commerce en ligne peuplé d’homosexuels au fort pouvoir d’achat, vraisemblablement. Il n’a que faire de vos envies pressantes du jour, ni des photos de vos attributs dont vous semblez apparemment fiers. Il est là pour faire du business, faire du chiffre. Il a tout compris.

Comme cette vendeuse souriante Sephora qui, sans requérir votre accord, vous arrose d’un parfum âpre et lourd dès que vous avez le malheur de franchir la porte du magasin et vous récite un « bonjour, vous avez testé cette nouvelle création ? -20% en ce moment dans le magasin, bonne journée ! », le business man a toujours quelque chose à vous proposer. Des invitations à des soirées privées, une réduction quelconque, des sous vêtements (true story), du poppers ou des accessoires érotiques de tout genre ou même parfois des produits de son propre « travail » garanti Made in France… pour les amateurs de substances corporelles et dérivés…

Le Gold Digger

Il y’a un certain nombre de similitudes entre le règne des humains et celui des oiseaux. Certains rampent, traînent, inélégants sur le sol, d’autres marchent avec plus d’assurance. D’autres encore, volent, virevoltent dans le ciel, dessinant de belles arabesques. Certains, enfin, planent dans les hautes couches de l’atmosphère et se laissent porter par les courants, tels des vautours gracieux. Le Gold Digger en fait partie.

Il ne tolère que le meilleur, que l’excellent, que le grain le plus fin, que la mousse la plus légère. Si vous n’avez rien de tel à lui proposer, faites votre chemin et ne lui perdez pas son temps. Précieux est son temps, précieux doivent être vos attributs si vous gardez l’espoir qu’il vous jette un battement de cil, comme un os à ronger qu’on consent à donner à un chien qui finit par le mériter.

Il souhaite être avec quelqu’un qui comprenne et estime avec justesse la valeur de son intérêt et de sa compagnie. Cette estime devra, préférablement, prendre la forme de tout cadeau matériel ou en numéraire, si possible, récurrents, et d’une dévotion pleine et entière.

Les prétendants seront nécessairement bien établis, généreux et affectueux, mûris par l’âge et l’expérience. Une maladie incurable, l’absence de toute descendance ou un âge très avancé seront particulièrement appréciés.

Le 18-21 ans Max

A 22 ans révolus, vous êtes devenus irrécupérables. Trop vieux, trop usé. Pour lui, vous êtes ce Lieu Noir à l’œil un peu vitreux dont personne ne veut sur l’étal du poissonier. Il se délecte de la jeunesse, lèche avec appétit ce sang frais couleur rose bonbon qui lui donne l’ivresse du temps qui ne passe pas.

Pour lui, la vie s’arrête après le début de la vingtaine et ses années folles. Tout est perdu, souillé, corrompu. Il aime ce sentiment patriarcal, bienfaisant qui l’anime lorsqu’il tient au bras des éphèbes lisses et poupins. Il glousse, il rit, il a lui aussi le dernier smartphone et les dernières baskets à la mode. Il se sent in, dans la vague, jeune… pour oublier le temps qui passe et son impitoyabilité à son égard.

Rich Daddy

Généralement, quand vous croisez un Gold Digger, vous verrez dans son sillage, marchant avec peine, haletant, tenant à bouts de bras coffrets et présents, un Rich Daddy.

Ces deux là font souvent la paire. Ils sont inséparables et ne vivent d’ailleurs qu’à travers l’autre. Littéralement. Comme les fleurs qui offrent leurs sucs aux abeilles qui en retour consentent à polliniser. C’est le même principe.

Ce que le Rich Daddy a de particulier c’est qu’il n’a pas de visage, il n’a pas de corps, il s’agit juste d’un esprit, d’une conception, d’un ensemble. Il sait que beaucoup de gens n’ont que faire de son dernier selfie à la réunion ou de ses derniers efforts à la salle de sports. Alors il ne s’embête pas. La première photo dont il vous gratifiera sur Grindr sera celle de la piscine de sa maison en Corse, de son bolide rutilant ou encore de son piano Steinway vernis.

Car, comme chantant Madonna, ‘cause everybody's living a material, a material, a material, a material world’ et qu’au fond, ça, il l’a bien compris.

Le Mec Qui S’est Cru Sur LeBonCoin

 

 

 

 

 

 

« Qui a l’Iphone 7 ? », « Ch un Microondes à vendre », « Ch appart », « Cherche aspirateur d’occasion » (true stories) – les exemples ne manquent pas.

Grindr, Hornet et cie donnent souvent l’image d’une cour des miracles mais peuvent tout aussi devenir la cour des bonnes affaires et des occasions à ne pas rater. On vend, on achète, on échange, on troque. Au fond, puisque ces applications n’ont plus à envier à des marchés bestiaux où chacun dispose d’un petit carré personnel de quelques pixels comme vitrine pour se mettre en avant et expliquer pour quelles raisons il mériterait d’être consommé, ce n’est presque que bonne logique que l’on y vende et achète d’autres biens.

Et si, en plus, on peut faire quelques bonnes affaires entre deux fellations et donner une nouvelle signification à des termes comme « plan cave » et mêler bestialité du moment et quelques deals de bouteilles de Bordeaux, moi je dis : yallah. 

Le Mec Qui N’est Pas Là Pour du Sexe (nan mais oh)

 

 

 

Non ce spécimen n’est pas du tout paradoxal. C'est le monde qui l’entoure qui ne le comprend pas : trop binaire. Rien n’est vraiment noir, ni blanc, pour lui c’est plutôt 50 Shades of Grey.

Oui, il n’aime pas les raccourcis faciles, les préjugés et les supposés. Oui, il estime qu’il peut initier une conversation par de suggestives et créatives photos de son sexe en érection, dressé, prêt à éclore et accompagner le tout d’un Emoji ‘bouquet de fleurs’ et d’un « attention, je ne cherche pas de cul hein. J’attends l’homme de ma vie ».

Mais qu’allez vous penser diantre !

Le « Allez Tous Vous Faire F***, Bande de Bât***… Sinon Je Suce Wesh »

 

 

Il n’aime pas beaucoup les gens. Il se sent traqué, jugé, piégé, discriminé. Le monde est un vivier d’injustices dont il est l’éternel victime. La conspiration visant à lui nuire est sourde, il le sait.

Il est un anti-modèle, un trop-plein, un caillou dans la chaussure. Il a besoin d’exprimer sa rage dans le vide abyssal des anonymes : il crie, il exulte, il s’époumone mais personne ne l’écoute. De toute façon, les pédés sont tous les mêmes. Il l’a compris depuis ce jour en 5ème  où il a vu son coup de cœur de collège faire une fellation à Jonathan dans les toilettes de la salle de gym du Lycée. Il s’était alors juré de s’offrir une vengeance grandiose et délicieuse. Un jour, tôt ou tard.

Posture de méfiance ou de défiance, gun à la main. Bam ! il mime de vous tirer dessus. Quoi de plus érotique qu’une photo de lui tenant un revolver pour éveiller vos plus basses pulsions ?

En attendant que ses plans machiavéliques visant au déclin de la population homosexuelle s’accomplissent dans un futur proche, il approche l’ennemi avec fourberie en proposant des fellations. Il recrachera toujours et se lavera toujours les dents après.

Le Mec Pas Raciste Du Tout Qui A ‘Juste’ Des Préférences

 

 

 

Ne vous y méprenez pas, non il n’est pas raciste, il affirme juste ses préférences. Regardez donc, c’est comme vous et moi. Moi, par exemple, j’aime bien le poisson, et bien mon voisin, Thomas, lui n’aime pas du tout. Et bien ça s’appelle une préférence. Et pour ce type de spécimen Grindérien, ça revient à peu près ou même.

« no asiat, no blacks, no albinos, no latinos, no roux foncés, no blonds (couleur PANTONE 00-12 à 00-14 tolérés néanmoins) » ou « mec blanc uniquement, non circ » n’expriment pas le rejet pour lui. Il estime que c’est comme préférer le vin blanc au vin rouge ou Samsung à Apple. A peu près le même principe.

Et en plus, il vous dira qu’il n’est pas absolutiste. Il pourrait être, dans l’absolu tenté par de l’exotisme mais bon… « un asiat ou un black aux cheveux lisses, blonds, au nez droit et fin et aux yeux bleus, il y’en a pas beaucoup. Oh fichtre, trop nul… la nature est t.e.l.l.e.m.e.n.t. mal faite :-/ »

 

Le « Sauf Si Tu Es Vraiment Canon »

Ce spécimen est un cousin éloigné du spécimen décrit précédemment. Il a par principe des certitudes et des préférences. Mais… mais… Attention… lui n’est pas discriminant, encore moins raciste ou communautariste – lui est à dans l’absolu ouvert à toute la diversité qui l’entoure.

Il veut bien humer, goûter, toucher, caresser du regarder toutes les richesses qui s’offrent à lui.

Le principe est là, mais l’exception est donc possible.

-Plus de 40 ans ? En principe c’est non. Black/Asiat ? en principe c’est non.

-Sauf si vous êtes vraiment canon. Parce qu’alors vous êtes différents. Et qu’il est important de la cultiver, la différence.

Le Mec Qui Utilise des Foodpics

Je dois vous avouer que j’ai un peu de mal à le comprendre celui là. Ou du moins j’admets que j’ai un peu de mal à cerner la finesse de son mode de communication ? où veut il en venir ?

Est il si fier de ses talents culinaires qu’il estime que l’humanité devrait en apprécier l’étendue ? Est il boulimique ? A-t-il vécu la famine en Somalie de sorte que, traumatisé, il se rassure par des images apaisantes de nourriture ? veut il attirer des bons vivants ? On dit souvent en Afrique que pour satisfaire un homme, il faut combler l’appétit du ventre et du bas-ventre.

Comme on jette des graines aux pigeons pour les attirer, peut être tente t’il de faire venir à lui les bouches égarées par de jolies photos de tourtes et de gratins ?

Je m’interroge.

Le Binaire

Son vocabulaire est extrêmement limité. La légende populaire dit qu’on aurait déjà observé un spécimen dans les années 1980 qui arrivait à utiliser, au quotidien et sans trop de difficultés, près de 4 mots ! Oui, quatre ! un miracle scientifique à l’époque.

Depuis, la plupart des spécimens observés, notamment sur les applications de rencontres continuent à utiliser un vocabulaire assez primitif composé de deux mots.

Des scientifiques américains seraient en train d’essayer d’établir une communication plus riche et plus complexe avec cette espèce en utilisant des stimuli électriques.

Une affaire à suivre donc.

 

Le ‘Je Me Décris En Détail’ Mais Je N’ai Pas de Photos

« brun, 1m83, 65 kilos, yeux verts, pointure de 42, mains de 8, barbe de 3 jours parsemée de quelques poils châtains, pieds grecs, léger embonpoint, nez assez droit, pommettes assez hautes et front peu large ».

Ce spécimen est un redoutable adversaire au Time’s Up et au Trivial Pursuit. Un conceptuel ! Un Abstractionniste !

Le ‘Photos Par Mail’

Faut il encore le présenter celui là ?

Le Schizophrène

Non, je ne commenterais pas celui-là.

 

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Loser Like Us: Mes Pires Rencards

Publié le par Dorian Gay

Les rencontres, les dates, les rencontres, les rencards, tête-à-tête, peut importe comment vous les nommez, ils s’initient généralement de la même façon, il y’a un point d’ancrage initial : un doigt qui glisse de la gauche vers la droite sur Tinder, une conversation atypique ou engageante sur Grindr, Hornet ou toute autre application ou site de rencontre du même acabit, une rencontre fortuite ou encore l’œuvre d’un entremetteur aux faux airs d’un cupidon du 22ème siècle.

Des tête-à-tête j’en ai eu un nombre incommensurable. Des visages, des voix, des particularités, des histoires à chaque fois différentes et tout autant de verres vidés, de regards tantôt appuyés, tantôt fuyants, d’éclats de rires et de silences lourds et âpres, tantôt de destins croisés le temps d’une soirée.

Je me souviens d’une période relativement récente de ma vie, pendant laquelle, ivre de ma propre jeunesse ou tout simplement acculé par une solitude déniée, j’avais un rencard presque chaque soir avec un homme différent, qui m’attendait inexorablement dans le même bar, un verre de vin frôlé du bout des doigts dans lequel flottait son histoire personnelle, ses aspirations, ses envies et ses démons.

On s’asseyait, on devisait, on racontait, on écoutait, on séduisait. J’écoutais beaucoup. J’écoutais plus que je ne racontais. On aurait presque dit que ces entrevues étaient pour moi un divertissement au même titre qu’un bon film après le travail ou la pièce de théâtre que l’on va voir en fin de journée. Sauf qu’à la différence de compositions et de représentations fictives, j’étais aux premiers rangs de pièces de vies complexes, animées d’êtres faits de chair et de sang et aux tourments et aux joies bien réelles.

Souvent, ces rencards se terminaient dans le claquement d’une bise et le chuchotement d’un « à bientôt » ou, « je te rappelle ». Plus rarement, ils se concluaient par des ébats plus ou moins réussis puisqu’il faut bien vivre et que le sexe c’est bien vivre. Encore plus rarement, les rencards donnaient lieu à d’autres rencards avec le même garçon et ces entrevues sporadiques tissaient un lien plus ou moins durable.

 

Maintes fois, il s’agit de purs fiascos qui seront l’objet de billet dont je dois l’inspiration à J. & Les Hologrammes.

Tout d’abord, il y’a l’anxieux maladif

Nous avions discuté plusieurs jours avant de se consentir à se rencontrer autour d’un cocktail dans le 11ème arrondissement de Paris. Le dialogue virtuel que nous avions entretenu était alors pétillant, enjoué, léger et rien ne présageait du désastre qui allait suivre.

Rendez vous était fixé au China, Rue de Charenton à 21 heures. C’est un lieu que je propose assez régulièrement. J’avais enfilé à la hâte un t-shirt rouge pourpre qui laissait deviner avec subtilité le torse que je m’étais évertué à sculpter à la salle de sport que je fréquentais alors assidûment. Ce même jean noir près du corps que j’use bien trop vite à le mettre trop souvent. En retard, je me suis engouffré dans la porte d’un Uber pour les 5 minutes de trajet qui séparaient le lieu de la rencontre de mon appartement.

21h, il m’informe qu’il part de chez lui et qu’il a du retard. Je commande un cocktail, un mai tai, toujours le même, qu’ils servent avec des morceaux d’ananas et une myrtille, toujours une, qui croque sous les dents en millions d’étincelles acidulées.

Je ne m’impatiente pas. J’observe. Les gens, enveloppés dans une lumière rouge, chaude, tamisée, chimique. Le brouhaha, les rires qui s’élèvent. Le jeune couple assis à ma droite, visiblement à leur première rencard paraît gêné, maladroit. Leurs regards ne font que se frôler, glisser l’un sur l’autre. Les mains se grattent, les gorges se raclent, les ongles crissent nerveusement. Je souris.

21h30, il finit par arriver. Je le reconnais spontanément. Il a un physique assez atypique, (très) grand, longiligne, une tignasse rousse, une peau parfaite. Il est nerveux.

Il s’installe à ma table après des salutations assez sommaires. Il ne décroche plus un mot, littéralement. Je fais la conversation, enchaîne les questions auxquelles je finis par répondre moi-même. Il finit par siffler près d’une vingtaine de minutes plus tard:

 

-Je suis vraiment désolé, je n’arrive pas à me calmer… j’étais très en retard. Je déteste être en retard… surtout pas pour le premier rencard…

-Ah non mais ne t’inquiète vraiment pas ! je n’ai absolument aucun problème avec ça !

-Oui mais bon… et en plus j’ai tâché mon manteau dans la hâte…

A moi d’être concerté par les effluves d’angoisse futile qui émanaient de mon rencard. Une demie heure de retard et quelques tâches peu rebelles n’avaient jamais tué personne et ne valaient surtout pas que l’on s’y attarde toute une soirée. Mon rencard ne semblait pas envisager les choses avec autant de légèreté. Les minutes passaient, tout aussi silencieuses et lourdes.

 

-Je suis désolé, je n’arrive pas à ne pas m’en vouloir… et je vois bien que cela te met mal à l’aise et cela me rend davantage désolé et mal à l’aise et ça devient un cercle vicieux

-Ah… ha…

Du coin de l’œil je vérifiais le fond de mon verre et anticipais une fine stratégie pour mettre fin au fiasco. De mon éducation, j’ai retenu quelques principes comme celui de ne pas rompre avec brutalité les rencontres. Préserver les apparences et la cordialité, toujours. Sauf que, ce soir là, agacé par ce que comportement que je trouvais indigne d’un trentenaire bien dans ses pompes, j’étais décidé à lui annoncer sur un ton sec que cela était absurde et ne mènerait visiblement à rien et disparaitre dans la nuit en claquant mes souliers vernis.

 

J’ai croqué les glaçons au fond de mon verre.

 

On commande l’addition ? ai-je dit, en sortant ma carte bleue

Pendant les 5 minutes de trajet qui séparaient le bar de la station de métro la plus proche, Monsieur est devenu soudainement plus volubile comme pour combler dans les derniers instants tout le silence qui a précédé. Je marchais d’un pas rapide, hochant la tête à ses propos et prononçant quelques onomatopées pour exprimer un intérêt factice. Arrivés à la station de métro, lui de demander dans un sourire naïf et incompréhensible : on se revoit quand ?

Le mégalo 

Je ne sais pas si c’est mon aura particulière qui attire les garçons narcissiques et très autocentrés ou s’il s’agit du fruit d’un malheureux hasard, mais le constat reste que beaucoup de mes rencards ratés furent partagés avec ce type d’individus.

Il y’a eu notamment Michele, 30 ans. Beau, il le sait, nous le savons, tout le monde le sait. Il a cette eleganza italienne, cette classe quand il passe ses doigts fins dans ses cheveux bruns parsemés de poivre. Ce sublime accent du sud de l’Italie quand il s’exprime en anglais, agitant ses mains en arabesques envoutantes, ponctuant ses propos, comme tous les italiens.

Nous étions dans un charmant petit café dans le centre de Londres. Il me parle, il me parle, il me parle. Il évoque sa passion pour l’opéra, il me dit qu’il chante aussi. Il me décrit sa carrière à son apogée en tant que PDG d’un grand groupe de loisirs. Il me conte ses vacances, ses sorties, ses amis, son appartement, son chien, sa salle de sport, sa vie.

 

Poli, j’écoute et j’attends qui daigne compléter sa logorrhée par un « et toi ? ».

 

Excédé par un échange unilatéral interminable mais toujours élégant, j’ose un « could we have the bill please ? we’ll split, thanks »  avec un sourire et un doigt tendu vers la serveuse qui m’adressait un sourire en retour qui semblait dire : « I feel you love, I feel you »* (je te comprends… je te comprends…).

Le matin alors que je dévore deux croissants et un verre de jus d’orange frais, mon téléphone vibre sur la table en métal : « I loved our drink. When are we meeting up again »* (J’ai adoré notre rencontre, quand est que nous revoyons ?)

Doigt de la droite vers la gauche sur le téléphone. *Corbeille*. *Voulez vous vraiment supprimer cette conversation ?*

*Oui*

Il ne me reste plus beaucoup d’oranges fraîches pour un autre verre de jus pressé.

Le snob-schizophrène qui a un avis sur tout

-J-0, 1 heure plus tard « c’était super à renouveler ! » ce à quoi j’assénais un franc « ah bon ? je dois t’avouer que je suis surpris… »

-J-0, 22 heures : « bon… bah… bonne soirée hein » volontairement non suivi d’un « à bientôt »

-J-0, 21-22 heures – ce jeune homme plutôt beau, plutôt intelligent et plutôt vif m’agace minute après minute. J’aurais du deviner que les choses n’étaient pas de bonne augure lorsque, dès qu’il s’est agit de chercher un bar pour notre premier tête-à-tête, Nicolas m’a dit « oui mais pas là car c’est pas bio, pas là car c’est « mal » fréquenté et pas là non plus car je ne cautionne pas la philosophie du lieu ». On finira par trouver un consensus.

 

A peine installés, il est mal à l’aise. Il n’accepte pas de laisser le casque blanc de son scooter par terre et insiste auprès d’un serveur pour avoir une chaise supplémentaire sur laquelle déposer son bien précieux. Maniaque.

Je ne le prierais pas longtemps avant qu’il me décrive son curriculum vitae : Sciences Po, Ecole des Mines, Chercheur. « Et toi ? »

Je répondrais « ah moi, avocat en début de carrière ».

« ouais c’est pas mal… j’ai quelques amis dans le milieu ».

 

Il me décrit ses engagements associatifs. Tuteur bénévole dans une banlieue du nord francilien, « parce que aider ces gens c’est nécessaire ».

Puis entre deux gorgées de thé, il s’offusque de tout : de l’UBERisation, du service de livraisons de plats à domicile, du climat fiscal, de la mauvaise qualité des meubles en conglomérat, de l’inutilité des métiers juridiques et j’en passe…

La conversation devenait contentieuse, électrique. J’ai du tempérament et j’aime affirmer et défendre mes idées, notamment contre l’absolutisme, le généralisme et un savoir factice qui cache des approximations et des facilités.

Les gens qui, à 25 ans, sont pleins de certitudes, de vérités, d’entièretés, m’exaspèrent, me fatiguent ou me peinent.

Assis à notre droite, un groupe de jeunes dont l’un d’eux a une voix grave, un coffre puissant, qui résonne à chaque éclat de rire jusqu’au profond de nos os. Un baryton qui s’ignore.

Au début le volume de ses rires impressionne, gêne, les tables voisines jettent des regards inquiets ou agacés. Je m’en amuse. Mon rendez-vous lui fulmine et n’arrête pas de jeter au malheureux des regards sévères pleins de dédain qui semblaient murmurer :  « mais tenez vous bon sang ! ».

Nous finirons par payer l’addition au prorata des sommes engagées par chacun.

J’en sors, persuadé que nos joues se frôlent pour la dernière fois alors que nous nous disons au revoir. Sur le chemin qui me ramène chez moi, je m’efforce d’oublier ce moment comme si je pouvais prétendre que tout cela n’était point arrivé et que j’avais passé ma soirée à errer dans les rues enchanteresses de Paris et non en si mauvaise compagnie.

-J-0, 1 heure plus tard « c’était super à renouveler ! » ce à quoi j’assénais un franc « ah bon ? je dois t’avouer que je suis surpris… ».

Le mythomane

Il est mielleux, il dégage une certaine assurance. Il sourit et affiche des dents d’un blanc immaculé. Couleur javel. Ses mains sont moites mais disciplinées. Son regard se plonge dans le votre, direct, franc, incisif.

Il affirme : « oui, je travaille dans l’import et l’export de produits, j’ai beaucoup de responsabilités, etc ». C’est pourtant gauche, plastique.

Il continue tout au long de notre rencontre de décrire une vie qui n’est visiblement pas la sienne. Il essaie de se faire maître d’une vie fantasmée, illusoire. Je hoche la tête comme pour donner un peu de poids à ses fausses vérités. Ça le rassure.

A l’écouter, il passe sa vie entre deux avions, un smartphone à chaque main, à négocier en cinq langues des deals entre Singapour et Saint-Barth. A le croire, il est amateur de belles choses, de culture et de luxure. A l’entendre, il connait tout Paris et tous les lieux qui valent la peine d’être connus.

Je soupire. Au fond de moi je suis triste de devoir à l’avenir éviter d’acheter mon vin au Nicolas du Boulevard Saint Germain où je savais qu’il travaillait jadis. Mais lui ignorait que j’avais les clés de sa «  vraie » vie et que j’en connaissais la couleur. Je hoche à nouveau la tête.

Le désorganisé

 Je suis ponctuel. Souvent. Presque tout le temps. Nous avions convenu d’un rendez vous à 17 heures à l’Institut Suédois à Paris. Il est Suisse, il est diplomate. Deux circonstances aggravantes. Je ne pouvais encore moins comprendre comment il pouvait avoir plus d’une heure de retard.

Je l’avais attendu au chaud d’abord, un thé fumant entre les mains. J’essaie de l’appeler afin de savoir où il se trouve. Il m’annonce un léger retard et que son téléphone n’a presque plus de batterie. 20 minutes plus tard je tente à nouveau de le joindre. Une gentille femme à la voix métallique m’annonce que le téléphone de mon interlocuteur est éteint.

 

Le mauvais plan.

 

Agacé, je décide de m’en aller et de marcher vers le quai Saint-Michel. Il finit par me rappeler alors que j’approche la fontaine Saint-Michel. Je consens à répondre. Il m’annonce, après quelques mots en guise d’excuses qu’il est en vélo, pas très loin de la fontaine et m’invite à l’y attendre.

Echaudé, j’accepte néanmoins. Je n’aurais pas du. J’ai le désagréable défaut de ne pas me défaire de mes frustrations rapidement. Je rumine, je ronge, je fume avant que le temps fasse son œuvre. Je ne sais pas faire semblant, je ne sais pas composer. Quand je suis énervé, je ne le cache guère.

On commande chacun un café sur une terrasse à Châtelet. Je ne suis visiblement pas très bavard, continuant à ronger mon frein, refroidi par son manque d’égards.

La chaleur du café me détend progressivement les mâchoires et nous échangeons sommairement sur quelques sujets. Il insiste pour m’ajouter sur Facebook. Je cède.

Mais je sais qu’il n’y aura pas de suite.

Le rapide

« Allo ? Le code de l’interphone c’est bien 2588 ? Ah bah super je suis en bas, je monte ».

Je frappe à la porte de son appartement du 14ème arrondissement. L’appartement n’est pas très grand mais décoré avec un goût certain. La nuit se lève. Il me sert un verre de vin rouge. Nous buvons. Il est professeur de Droit, nous échangeons beaucoup et semblons avoir beaucoup de choses à nous dire.

 

Le moment est agréable, la conversation fluide. Puis il commence à me parler de projets… personnels puis… communs.

Il nous imagine déjà en vacances ensemble dans trois semaines. Il me demande si j’aime le 14ème arrondissement. Il me prédit que sa mère adorerait certainement me rencontrer. Il déroule une liste infinie de possibilités bien trop précoces.

Je serre de mes doigts le verre de vin et je déglutis. Je vois notre possible vie à deux décrite avec une précision chirurgicale. J’attends bientôt qu’il me demande si je veux un double des clés de son appartement dès ce soir.

Me sentir étranglé par de possibles responsabilités ou par le dictat du couple est le meilleure stratagème pour me faire prendre mes jambes à coup.

Je suis un lent moi. J’ai besoin de temps, j’ai besoin de mûrir, vieillir avant de pouvoir me considérer comme lié par le couple à quelqu’un. Cet affinage du temps et des sentiments est absolument nécessaire. Sauter les étapes est fatal.

Presque apeuré, j’ai fini par prendre congé de mon hôte et me suis réfugié dans le premier métro, entouré d’inconnus, ivre de liberté.

Le lendemain il m’invitait à un déjeuner chez lui avec sa meilleure amie et son frère….

 

 

 

 

 

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Wild Black Cat

Publié le par Dorian Gay

Wild Black Cat

C’est toujours étonnant cette manière primitive qu’on les gens de vous mettre dans un coffret hermétique, de vous coller à la peau une étiquette, un label, une marque, un code-barres. On s’arrête à la couverture du livre, on en lit parfois les premières pages et on conclut de façon bien hâtive que l’ouvrage est de bonne ou de mauvaise augure. Ces gens qui souvent pensent vous connaître mieux que vous même.

Vous êtes en surpoids? C'est que sûrement vous vous laissez aller. Vous portez une jupe trop courte? c'est que vous devez être une fille de mauvaise vie. Vous êtes comptable? vous devez être sans doute d'un ennui lancinant. Vous roulez dans une grosse berline? vous devez avoir quelque chose à compenser. Vous êtes arabe? vous êtes forcément musulman et vous mangez halal. Vous êtes asiatique? vous êtes sûrement discret. Vous êtes gay? vous devez forcément aimer faire la fête et avoir bon goût.

Peu de gens me connaissent réellement. Peu de personnes savent qui je suis, d’où je viens, et où je vais. Je me suis toujours attaché à entretenir une certaine image, lisse, polie, impénétrable, résolument mystérieuse depuis très jeune et me suis réellement ouvert aux autres de façon pleine et entière, sincère et fragile. Je n'aime pas parler de moi.

On m’a parfois reproché d’être un caméléon social, une chimère, un bloc de froideur et qu’il était parfois impossible de déterminer si j’agissais avec sincérité ou selon mes codes indéchiffrables.

On m’a targué d’être un intellectuel original, un être social insaisissable, un gosse de riche élevé au lait d’ânesse dans un appartement bourgeois du grand ouest parisien. A première vue, j’irrite : ma garde robe bien fournie et mes achats scandaleux et à la superficialité affolante et mes voyages incessants font miroiter une enfance dorée ; mes études et ma réussite professionnelle donnent l’illusion de la reproduction inévitable d’une certaine élite ; mes goûts vestimentaires renvoient à l’image de l’homosexuel amateur de luxe nécessairement écervelé et léger.

Pour beaucoup je suis donc Dorian, ce jeune de 24 ans, issu de l’élite d’une certaine immigration, élevé dans un milieu extrêmement aisé, donc la réussite et le destin ne pouvaient être que linéaires, entourés de parents influents, et qui, comme tous les gosses de riches ne devaient sa vie qu’à un certain nombre de facteurs extérieurs.

J’ai déjà eu ce type de remarques, parfois très explicites, d’innombrables fois dans ma vie.

  • « Alors papa est homme d’affaires et maman est médecin, tu étais dans un lycée privé ? »
  • « Ce sont tes parents qui t’ont aidé à trouver ce stage ? »
  • « Tu connaissais des gens ici quand tu as postulé ? »
  • « Ton appart est gigantesque, c’est toi qui payes ? »
  • « Je suis certain que ce tu portes aujourd’hui représente quelques SMIG »
  • « Ah oui Mr Dorian ne trainerait sûrement avec le prolétariat »
  • « Toi ? vivre dans le 18ème ? mais soyons sérieux deux secondes, tu as déjà traversé le périphérique »
  • « Ton père est un dictateur africain ? »

85 euros dans ma poche comme seul patrimoine. Voilà ce que j’avais dans les poches de mon jean slim ce 27 aout 2010 quand mon avion atterrissait à Paris, à 19 ans, sans personne qui m’attendait dans ce terminal d'aéroport bien trop plein pour un jeune bien trop seul.

Oui j’ai une enfance aisée, presque grotesque. Mon père, juriste reconverti dans la politique et dans les affaires avait très bien réussi sa vie et comptait parmi l’une des plus importantes fortunes de mon pays d’origine. Il avait quitté jeune son pays pendant l’époque coloniale, et avait été choisi parmi cette petite élite locale afin de poursuivre des études de droit en France, au terme desquelles il fut diplômé d’un doctorat en Droit et entama une carrière brillante d’avocat pénaliste, défendant hommes politiques, d’affaires ou intellectuels. C’est pendant ses études qu’il rencontra ma mère qui faisait ses études de médecine et de cette union improbable mes deux frères et moi furent issus.

Homme d’idées, il avait toujours également toujours été politique. Il occupa plusieurs mandats successifs au gouvernement avant de se lancer dans les affaires et de s’intéresser au secteur des mines et de l’énergie et d’y construire son empire.

3 mois après ma naissance, mes parents se séparaient. Je vécus 8 années auprès de ma mère avant de vivre mon adolescence avec mon père, ma belle mère et leurs deux enfants.

Donc oui, pendant plusieurs années, je n’ai manqué de rien, et ai pêché par excès. Nous avons toujours été inscrits dans des écoles privées indécemment chères. Nous avons été choyés par cinq employés à temps plein. Nous allions à l’école accompagnés en chauffeur et je ne me souviens pas d’une seule fois où mon père soit venu me chercher. Alors que tous les enfants du monde rêvent de cheval, mon père possédait toute une écurie ou étaient choyés une trentaine de chevaux de courses. Nous passions nos étés dans une des nombreuses maisons que mon père possédait sur quatre continents et je semblais alors vivre ce que je pensais être une enfance à peu près normale.

Sur les 2 dernières années précédant ma majorité, mon père ayant accepté un poste politique qui semblait l’intéresser, il nous entrainait dans son pays d’origine, le temps pour lui de réaliser ses projets.

Puis le château de cartes s’est effondré. J’ai toujours eu des relations difficiles voire chaotiques avec mon père. Ce constat s’étend à l’ensemble des autres membres de la famille qui n’ont jamais pu entretenir des liens sains avec lui. C’était un homme extrêmement brillant dont l’intelligence n’avait d’égal que la folie. Névrotique, lunatique, changeant, glacial, dur parfois violent, toujours manipulateur. C’est pour cela que ma mère préféra partir, blessée à vif.

Mon père n’exprimait jamais aucune émotion. En 24 ans de vie je ne me souviens jamais qu’il eu prononcé des mots affectueux. A personne. Jamais.

Sa dureté était phénoménale. J’ai toujours l’impression d’avoir été pour lui un énième placement financier, un cheval de course. Il nous plaçait en perpétuelle compétition avec les autres enfants de notre âge, ou lui même. Rien n’était jamais assez bien, assez grand, assez beau.

Je me souviens, étant brillant au cours de mes études, me précipiter tous les trimestres dans son bureau, mon bulletin de notes à la main et lui annoncer, le visage lumineux, que j’étais le deuxième ou le troisième meilleur élève de ma classe. Généralement, il lançait un regard las au papier que je lui tendais et répondait « ah… il y’a quelqu’un de meilleur que toi. Bon, il va falloir te prendre un autre prof particulier pour travailler. D’ici là plus de sortie. Je n’élève pas des deuxièmes sous ce toit. Sors. Je travaille ». Toute mon enfance.

Mon père avait également une tendance obsessionnelle à imposer ses choix à ses proches.

  • Papa, puisque je commence le collège, il faut que je choisisse une seconde langue étrangère. J’aimerais aller en espagnol, et en plus tous mes amis sont.
  • Tu feras arabe
  • Han ?
  • Oui, c’est une langue en plein essor dans le milieu des affaires. Et ça sort du lot.
  • Mais je n’ai pas envie et en plus ce n’est pas dans le catalogue des cours !
  • J’appellerais le directeur pour qu’il engage un professeur spécifique pour toi. Vas

Quand ma sœur obtint son baccalauréat, elle n’avait qu’un objectif en tête : travailler dans le tourisme. Il n’en était pas question pour mon père :

  • Si tu ne fais pas des études de droit, je ne financerais plus rien et tu ne seras plus ma fille.

S’en suivirent presque dix ans où ils ne se sont plus plus parlés. Pas une seule fois.

Quand se fut mon tour, mon père fut extrêmement déçu, s’imaginant déjà m’inscrire à Polytechnique. Sauf que j’étais davantage doué pour les lettres que pour les sciences et venait d’obtenir un bac littéraire. L’avoir obtenu à 14 ans et être l’un des jeunes bacheliers du pays n’était pas satisfaisant.

Il vécut cela comme un échec cuisant et l’idée de me faire admettre dans une prestigieuse école de commerce devint obsessionnelle. Je ne voulais pas et ne jurais que par le droit.

L’affrontement devint inévitable et je me retrouvais, un soir de 2010 alors qu’il avait prononcé des mots qu’il n’aurait pas du, et porté des coups qu’il n’aurait pas dû porter, à 15 ans dans la rue de notre villa, mes deux valises sous les bras. Avec 85 euros dans les poches de mon jean slim noir.

Ma mère avait une situation bien plus modeste. Elle avait commencé une brillante carrière avant que mon père l’enjoigne à rester à la maison et à s’occuper des enfants. Lors du divorce, elle n’emportait pas un centime, ni même une pension alimentaire en raison de l’influence de mon père et devait rebondir après une dizaine d’années de sommeil. Elle reprenait donc des études plus poussées et était assistée par sa famille. Et voilà qu’elle se retrouvait à élever toute seule ses trois adolescents qui avaient fugué du domicile paternel.

Les villas, les employés de maison, les professeurs particuliers, les lycées privés, l’opulence grotesque devenait souvenir et je découvrais une réalité précaire à en faire pâlir Cendrillon. Pendant ses études en tant que mère seule, ma mère avait des moyens extrêmement limités. Elle ne pouvait même pas s’offrir les services d’une nounou quand elle se rendait à ses cours, devant solliciter l’aide de sa sœur.

Avec ses quelques économies, elle avait réussi à faire partir mon frère aîné aux Etats-Unis pour ses onéreuses études de médecine, puis ma sœur.

En raison de mon excellent parcours j’étais accepté par certaines des meilleures écoles et universités du monde. Ma mère ne pouvait pas. J’avais assez de maturité pour comprendre et me résoudre à aller à l’université publique, à Paris. Je pense qu’aujourd’hui, le cœur de ma mère saigne encore en raison de ce qu’elle vit comme l’échec le plus cuisant de sa vie de mère : donner tous les outils nécessaires à ses enfants. Nous en parlons jamais. Au fond, je n’ai aucun regret et je n’aurais pas souhaité qu’il en soit autrement, cependant je sais que 8 ans plus tard, sa blessure reste toujours vive.

De l’étage entier de 120m2 que j’occupais tout seul dans la maison de mon père, je passais à une chambre insalubre de 9m2 sur le campus universitaire de ma faculté de droit, comptant à l’euro près mon budget et vivant de privations.

Je me souviens d’une période où les impayés de ma petite chambre ne faisaient que s’accumuler et je me demandais à quoi tout cela pouvait bien servir.

J’en ai fait des jobs étudiant : aide périscolaire, réceptionniste, maraicher sur une plantation de melons, enquêteur téléphonique et j’en passe. Mes journées étant chargées, devant généralement assister aux cours en journées et me rendre à mes emplois le soir jusqu’à tard et les weekends.

J’ai travaillé l’ensemble de mes étés, n’ayant jamais connu de vacances lors de ma formation.

Je me rappelle du souvenir surement le plus douloureux de cette période. Moi, frappant timidement à la porte du bureau de l’assistante sociale pour solliciter une aide exceptionnelle de l’Université afin de pouvoir éponger une partie de mes dettes locatives. Elle de me demander :

  • Et votre père fait quoi dans la vie ?
  • Milliardaire du pétrole et de l’uranium
  • Ah.

Avant de se plonger dans ses notes.

Mon dieu que j’avais la rage. Une rage indescriptible. L’ivresse de la réussite, de l’aboutissement. Une soif de vengeance, pas contre mon père, mais contre cette chienne de vie dans une cage dorée qui s’est muée en cage de roseaux fragiles.

Oui, moi Dorian. J’allais réussir, mieux que personne, plus que personne et sans personne. Tout seul.

Mes résultats universitaires ont suivi. J’étais successivement admis dans les meilleurs masters et la meilleure école de commerce du continent. Je n’avais pas les moyens de me l’offrir. J’ai contracté un prêt bancaire et ai accepté de devenir garçon au pair pendant toute l’année dans une famille juive richissime de l’ouest parisien. Ces mêmes gens que nous invitions à nos cocktails à la villa et avec qui nous parlions voyages exotiques, diners gastronomiques et folies capitalistes.

Je me rendais à l’école en journée et devait récupérer leurs deux jeunes filles à la sortie de l’école en fin de journée, les aider à faire les devoir et diner avec elles car leurs parents étaient bien trop occupés.

Les tâches étant souvent chronophages, je me retrouvais souvent à ne pas assister à des journées entières de cours, devant faire l’arbitrage entre ma formation certes cruciale et la nécessité primaire d’assurer mon quotidien.

Puis la chance m’a souri. J’ai été diplômé. J’ai été accepté en stage dans un des meilleurs cabinets d’avocats de la place parisienne, sans relations, sans coup de fil à un ami. Moi, Cendrillon des temps modernes. Petit noir, rageux, fiévreux, impétueux, fou, qui présentait bien et qui en voulait. Puis de fil en aiguille, un autre stage s’est présenté, puis un troisième, un quatrième…

Un de amis de fortune m’a gracieusement offert l’hospitalité pendant ces premiers mois de stage, me permettant de ne pas être trop loin du cabinet et m’y rendre facilement.

Avec mes indemnités de stagiaire, je pouvais bientôt me permettre de louer un petit studio dans un quartier parisien peu recommandable.

Dans ces différents cabinets d’avocats transpirant la vieille bourgeoisie catholique décadente parisienne. J’étais toujours presque le seul noir. Ce « noir pas comme les autres car lui il est intelligent et présente bien non ? ». Donc oui, moi je n’ai pas du faire comme les autres pour évoluer, j’ai du fournir le double d’efforts pour avoir la même reconnaissance. Je me rappelle de ces mots de ma grande mère que j’ai peu connu:

  • Tu sais mon enfant, souvent tu devras pour le même résultat fournir deux fois plus d’efforts que tes pairs. Parce que tu es surement bien né par ton milieu social mais tu resteras souvent ce « noir pas si noir que ça ».

Puis ma mère s’est remarié. Un homme aimant, ex ami d’affaires de mon oncle. Mes aînés, qui avaient fait les mêmes sacrifices et vécu la même précarité, ont fini leurs brillantes études : chirurgien cardiaque et urbaniste.

Les miennes s’achevaient également et se semblait voir ce qui semblait être une vie apaisée. J’ai monté sur un coup de folie ou de génie une entreprise de services à la personne, à 21 ans, qui fut vite prospère et rentable et employait 8 personnes. Après un an et demi je la revendais et me consacrais à la poursuite de mes études, notamment l’examen du barreau et mon doctorat qui fut vite consacré par une cotutelle avec l’une des meilleures universités du monde et d’être recruté par un cabinet notoire parisien.

J’avais réussi. Seul. Furieux. Cela faisait bientôt six ans que je n’avais pas parlé à mon père. J’aurais vu qu’il l’entende, j’aurais vu qu’il le lise, j’aurais voulu qu’il le voit, j’aurais voulu qu’il le sente afin que ma rage et ma colère soit apaisées.

Mon appartement, mes voyages, mes paires de chaussures à 1200 euros, mon train de vie actuel, mes réussites, je ne les dois qu’à une seule personne : ce jeune garçon de 15 ans en fugue qui s'est retrouvé, un soir de 2010 à la rue avec 85 euros dans la poche de jean slim noir et tout un monde à reconstruire.

Et ce n'est que le prologue.

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One Winged Dove

Publié le par Dorian Gay

One Winged Dove
  • Cucurucu. Cucurucu. Curucucu.

Après m’avoir sermonné, ma mère avait cette capacité extraordinaire à redevenir aimante et douce instantanément et à chantonner cet air avec sa voix cassée qui enveloppait d’une douce torpeur la cuisine de notre maison et se mélangeait aux effluves des plats qu’elle préparait.

Elle disait souvent : « la nuit ne doit pas se coucher sur ta colère ou ta frustration » - autrement dit, les ressentiments doivent toujours être éphémères, brefs, presque volatiles et ne jamais s’éterniser au delà d’une journée.

Je faisais mine de ne pas l’écouter, alors que j’étais allongé en poirier sur le canapé, les pieds tendus vers le plafond, mélangeant des mains un paquet de cartes de jeux qui trainait souvent sur la table du séjour.

  • Je t’ai déjà dit que tu ne peux pas tout donner. C’est bien ce que tu as fait mais tu dois garder de la mesure ! s’exclama t’elle avant de se remettre à chantonner.

Je l’avais encore fait. Je devais avoir 8 ans ou 9 ans, et j’étais fou. Fou ou peut être prodigieusement lucide. Difficile à déterminer à vrai dire.

Mes parents, ma mère m’avait élevé dans une culture de la générosité, de l’altruisme et de la bienveillance et j’appliquais parfois ses préceptes avec un peu trop de zèle juvénile parfois.

Et pour la énième fois ce mois là, je volais des provisions dans la cuisine et je sortais discrètement de la maison alors que les autres membres de la famille étaient moins vigilants et je les distribuais gaiement à des personnes en difficulté dans la rue. Rien ne me rendait plus heureux. A 8 ans.

J’avais même acquis une certaine réputation dans le quartier, de sorte que nos voisins n’étaient guère étonnés me voir « fuguer » quelques heures avec des boites de sardines ou de lait sous le bras.

Je me souviens aussi que, pendant plusieurs années, dans la cour de récréation je partageais presque toujours mon déjeuner avec d’autres enfants moins gâtés en portions, voire de le l’offrir en entier et de me priver de repas. Pourtant je ne le vivais nullement comme un sacrifice, plutôt étonnement comme une satisfaction. Chaque été, après les soldes, spontanément, je regroupais mes affaires et jouets dont je ne voulais plus et préparais un colis pour des enfants d’une amie de ma mère, femme de ménage, dont ces quelques égards faisaient scintiller les yeux des deux enfants du même âge que moi.

Je versais des larmes et était inconsolable devant toutes les misères et fêlures du monde et ne comprenais pas pourquoi le monde ne tournait pas parfois si rond.

Faire du bien, avoir cette impression d’apporter un modeste éclat à la vie de connus ou de moins connus était la plus grande satisfaction que j’avais. Je n’étais pas particulièrement religieux ou porté sur des considérations d’ordre théologiques, c’était juste inné, génétique, atomique, naïf et primaire.

Avec le recul, je me rends compte que j’étais un enfant particulier, une sorte de personnage Disney chimérique dont le monde, bulle opaque, était empli de sincère empathie.

Puis j’ai grandi, la bulle opaque est devenue de plus en plus claire et avec, une certaine lucidité mélancolique s’est installée.

Je me suis mué progressivement comme tous ces autres parisiens, détachés, impassibles, égoïstes et autocentrés.

Non, je n’aime plus aider. Non, l’idée de me rendre particulièrement utile à un inconnu croisé au détour d’une rue ne ravit plus. Au contraire, comme tous ces autres, je presse le pas dès que je sens le souffle d’un touriste dans la nuque qui souhaite un renseignement. Je fronce les sourcils pour apparaître le moins aimable possible afin que l’on ne sollicite pas de moi un quelconque service.

Parce que ma vie est plus importante. Parce que mes intérêts sont plus impératifs. Parce que je n’ai pas le temps. Parce que je ne veux pas avoir le temps. Parce que ça ne m’apporte rien. Parce que je fais comme tout le monde. Parce que je ne suis pas Mère Theresa et que ces gens peuvent se débrouiller un peu tout seuls.

Et parfois, profondément, j’ai le sentiment de nager à contre courant, de contraindre ma propre nature que j’étouffe sous des superpositions de ‘parce que c’est comme ça’ destinés à ‘faire comme tout le monde’. On me dit que je souris moins qu’avant. Je ne m’en rends même pas compte au final. J’ai l’impression que rien n’a vraiment changé pourtant.

L’ange a perdu son auréole.

Puis parfois c’est moi qui suis dans le besoin.

21h, Québec, Canada, 8 Août 2016. Mes amis viennent de me déposer en voiture dans le centre ville après avoir fait le trajet depuis Montréal ensemble avant qu’eux ne continuent leur trajet vers Toronto.

Je suis alors persuadé que l’adresse de mon logement AirBnB est sis à la rue Rockwell. Je n’ai plus de batterie dans mon téléphone. Impossible de vérifier, tout aussi impossible de faire appel à un taxi. Je vais vers l’arrêt de bus le plus proche, chargé de mes deux lourdes valises. Une femme, blonde, carré court, la quarantaine fraiche, attend seule. Je lui demande si elle sait où se trouve la rue que je cherche. Elle semble étonnée et m’affirme ne pas connaître cette rue et qu’elle est pourtant originaire de la ville.

Elle me propose de prendre le bus jusqu’à un arrêt plus central et d’aviser ensuite. Elle me prévient néanmoins que le chauffeur du véhicule n’accepte que l’argent comptant et ne fait pas de monnaie : 4,5 dollars, pas un centime de plus ou de moins.

Je n’avais que des billets de 20 dollars et aucune pièce. Le bus arriva, je tentais quand même ma chance auprès du chauffeur qui déclina derechef mes 20 dollars. Aussitôt, elle revint et lui demanda spontanément si elle pouvait payer cette somme sur sa carte d’usager pour moi.

Elle m’invita, dans un sourire sincère à m’asseoir à côté d’elle afin de déterminer comment me rendre à l’adresse que je recherchais. Alors que nous nous exprimions avec un certain volume, nous furent très vite rejoints par un autre homme et un couple de jeunes québécois d’origine libanaise qui spontanément se sont proposés de m’apporter leur aide : les deux jeunes en recherchant l’adresse sur leur téléphone et l’homme plus âgé en examinant la carte de la ville que j’avais dans mon guide.

Arrivés à l’arrêt central, ils m’aidèrent tous à débarquer du bus et me souhaitèrent bonne chance et bon séjour dans quelques éclats de rire échangés. La femme blonde resta avec moi plus longtemps et fit une partie du chemin avec moi afin de s’assurer que j’arrivais à destination sans trop d’encombre avant de me dire au revoir et de disparaître dans la nuit après plusieurs gestes d’au revoir offerts au loin.

J’ai déposé mes affaires dans cet appartement alors plongé dans la pénombre et suis resté quelques minutes, abasourdi par tant de bienveillance sincère et spontanée.

Cette même bienveillance que je retrouvais souvent lors de mes voyages à l’étranger, en Asie, en Grèce il y’a quelques semaines, en Méditerranée un peu plus tôt cette année et qui me bouleversent toujours autant.

Je suis nostalgique de la même nature dont je pouvais faire montre plus jeune. J’ai alors l’impression que la « machine est rouillée » et que les rouages crissent et pourtant j’ai fondamentalement envie de retrouver celui que j’étais, comme si je l’avais perdu en chemin.

J’ai envie de retrouver ce sourire de satisfaction que j’avais quand j’allais me coucher et que quelqu’un m’avait, au cours de la journée, remercié pour un service quelconque. J’ai envie de retrouver cette naïveté primaire, ces élans de générosité, d’altruisme. Parce qu’au fond, je le sais, c’est comme ça que les choses devraient et doivent être. C’est comme ça que le monde doit et devrait tourner. Je sais que c’est ce qui me rend vraiment heureux : rendre les autres heureux.

Je veux être quelqu’un de bien. C’est tout ce que je veux.

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Echoes in the Green Forest

Publié le par Dorian Gay

Echoes in the Green Forest

Pour certains d’entre nous, écrire, nous épancher ici et là, étaler nos bribes de vie, est une exercice libératoire, cathartique, introspectif et égoïste. D’autres écrivent en sachant que leurs mots, leurs expériences sont comme des bouteilles jetées à la mer et qu’elles finiront toujours par échouer sur une rive quelconque.

Pour ma part, mes motivations ont été pour longtemps insondables. Mes premiers billets qui datent de trois à quatre ans déjà étaient une série de récits à l’essence autobiographique rédigés avant tout pour laisser une trace et me rappeler, garder souvenir d’une enfance et d’une jeunesse qui me semblait à l’époque horriblement éphémère et fuyante.

Puis j’ai commencé à écrire pour un magazine et sur une plateforme assez notoire dans le milieu de la presse. J’ai changé de style, adopté un autre ton et ai traité d’autres sujets moins autocentrés : la vie, l’amour, le sexe, la mort. Très vite, j’ai dû prendre des distances avec ce nouveau statut, cette nouvelle importante audience. Je n’ignorais pas qu’en partageant mon modeste avis et vécu avec, à l’époque près de 15.000 à 20.000 lecteurs curieux par billet, j’acceptais de m’exposer au feu des critiques, de la bien pensance ou parfois tout simplement à de l’antipathie primaire. Mon statut de contributeur anonyme, sensé être une carapace coriace ne m’a souvent pas protégé de certaines flèches particulièrement acérées.

Après plusieurs mois, j’ai donc décidé de revenir à une plateforme libre et d’écrire sous mon seul et unique nom ainsi que de réduire mon public à des personnes en qui mes billets résonnent réellement. Dorian Gay 3.0. était alors né.

Depuis, mon style s’est réaffirmé. Je partage ici, avec beaucoup de pudeur que n’empêche pas l’anonymat, des fragments de ma vie, de mes opinions, de mes réflexions et tribulations. Cet exercice reste plus que jamais thérapeutique. Alors que Je couche les mots sur le papier, mon esprit les laisse s’envoler, parfois pour toujours. Mon écriture est alors parfois égoïste et égocentrique. Les dizaines de milliers de visites que je reçois ici chaque année restaient un chiffre abstrait, une donnée purement statistique, un nombre. Le nécessaire lien qui se créait avec ces milliers d’anonymes qui se perdaient dans mes écrits m’était complètement insoupçonné.

C’est pour cette raison que ma prolixité et ma productivité en termes de publications dépend de mes états d’âme. Ce n’est pas moi qui décide d’écrire. C’est l’écriture qui m’écrase de tout son poids lorsqu’il est temps de décharger des fragments de vie. Or, je n’ai pas été très volubile ces derniers temps par ici : c’est parce que je suis heureux (ce qui est difficile à concevoir alors même que je suis convaincu que l’Homme ne peut pas pleinement l’être, ce qui sera le sujet d’un autre billet) ou du moins que j’ai atteint une sorte d’état de satisfaction relative et ai endormi, depuis quelques mois, mes démons intérieurs. Ma vie est d’une banale harmonie : nouvel appartement, nouveau travail, nouvel amoureux qui s’avère tellement irréprochable depuis plusieurs mois que je n’ai presque plus rien à vous conter sur ma vie sentimentale, vacances à l’autre bout du monde, Spritz estivaux sur des terrasses ensoleillées, rencontres magiques et éclats de rire qui sentent les cigales.

Puis parfois, je reçois des claques. Des messages, cinq, dix, un, quatre, vingt, de lecteurs qui partagent avec moi leurs expériences, leurs sourires, leurs drames et me disent que tel ou tel billet a eu un écho particulier en eux et leur a parfois fait du bien.

Echoes in the Green Forest

C’est d’une beauté poétique inouïe. Deux bouteilles à l’océan qui s’entrechoquent et parfois s’entre-brisent et révèlent leur contenu.

D’un point de vue thérapeutique, ces déclarations spontanées sont inestimables. Je me rends alors compte que certaines choses que je décris ici sont vécues tout aussi intensément par des milliers de personnes dont le regard frôle peut-être le mien, dans le métro, dans la rue, à la terrasse d’un café. Comme si ce que je considérais comme mes individualités, mes singularités n’étaient qu’une énième expression d’un phénomène global plus important mais parfois insoupçonné. Des zèbres, il y’en a beaucoup d’autres.

Et ça c’est infiniment important : une piqûre de rappel de la relative banalité de mes questionnements et des feux qui consument parfois mon esprit.

La banalité, oui ça n’a pas de prix, merci.

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One day for the hunter, another day for the prey

Publié le par Dorian Gay

One day for the hunter, another day for the prey

Curieux sentiment. Je ne frappe pas à la porte. Je n’annonce pas ma présence non plus. D’un geste certain, j’insère la clé dans la porte, la pousse avec franchise et découvre une pièce noyée dans l’obscurité – les deux seules lampes qui éclairent la pièce semblent être en fin de vie.

Je ne lui laissais pas le temps de m’accueillir que j’exclamais un « je ne sais vraiment pas ce qui ne va pas avec moi ». Mon meilleur ami s’est alors mollement levé de son canapé et a soufflé dans un soupir d’ironie « parmi toutes les autres choses qui ne vont pas chez toi ».

Parfois, la vie est vraiment étrange et semble s’amuser d’ironie. Parfois les choses auxquelles nous aspirons semblent nous échapper comme du sable fin entre les doigts, et d’autres fois, alors que nous n’y aspirons pas réellement, elles nous tombent dessus comme un éléphant marchant sur un pissenlit.

A Singapour, je n’ai pas voulu l’amour, craignant la séparation à terme. Il m’a atteint.

A Kuala Lumpur, j’ai tenté de le fuir. Nouvelle débâcle.

A Londres. Nouvelle répétition.

De retour à Paris, cette fois-ci avec une envie sincère de nouveau départ à différents égards, mes premières tentatives sentimentales se clôturent en fiascos ionesquiens, presque par dizaines. Refroidi et désabusé, je ferme les vannes en cette fin février, accepte une certaine forme de solitude dans laquelle je me complais et tente de construire un projet de vie personnel, individuel qui ne sera pas contrarié par des aller-retours incessants dans ma vie sentimentale. A peine achevais-je cette réflexion que les opportunités commençaient à se présenter et à se multiplier.

Je ne sais pas dire non. Je n’arrive pas à balayer les opportunités d’un revers de la main. Je suis absolutiste – et je crains, oui je crains, de passer à côtés d’occasions d’une vie, de chances inespérées. Alors même que parfois, l’intuition d’une débâcle prochaine est forte, je m’aveugle et continue, en dépit de toute rationalité, de « voir ce que ça peut donner » au lieu d’arrêter les choses net.

Je me retrouve donc, assez paradoxalement, dans une situation assez drôle. Décidé à apprendre à dompter mon célibat qui vient de souffler sur sa troisième bougie, alors que les prétendants se succèdent et sont tous indubitablement maintenus dans une zone grise, dans un flou auto-entretenu.

Mon meilleur ami s’esclaffe « en gros, quand tu as envie d’être en couple, tu ne trouves personne et les occasions sont rares alors que, dès que tu décides de rester célibataire, les déclarations d’amour se multiplient et tu éconduis inexorablement tous tes prétendants ».

C’est cela.

Je suis assez lucide pour deviner que ce comportement enfonce ses racines dans quelque chose de plus profond : une crainte inconsciente de revivre le couple ? les effets de fiascos répétés dont résulte un certain défaitisme ? une indépendance grandissante ? l’attente d’un être idéalisé qui ne sonnera jamais à la porte de mon appartement du 9ème ? un conglomérat de tout cela ?

Au fond, dans l’attente de trouver des réponses à mes interrogations, je dois avouer que la situation actuelle est assez agréable et reposante. Dans une certaine position de force, je ne prends pas de risques, je ne m’expose pas, je ne m’engage pas, je pèse et je jauge. Ce n’est plus moi qui recherche, armé de patience, d’espoir et de charme, mais c’est moi qui me dérobe, qui me dissipe, qui me cache. Les cartes du jeu changent de la main et les frôle du bout des doigts. Et franchement, après les montagnes russes émotionnelles qu’ont été cette année – ce schéma, cette redistribution des cartes, cette jachère sentimentale souhaitée et salutaire qui semble créer un intérêt vif auprès de ces jeunes monsieur, me convient très bien – jusqu’à ce que je décide de sortir (ou non) des bosquets…

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Typologie des Photos Grindr/Hornet/Tinder/Scruff et cie

Publié le par Dorian Gay

Typologie des Photos Grindr/Hornet/Tinder/Scruff et cie

J’aime beaucoup la photographie. Celle de paysages, d’objets inanimés, de nuages, de sourires figés, de pieds dans le sable. J’aime la photographie plurielle, multicolore, riche. J’ai une affection toute particulière pour le portrait. Je m’amuse à penser qu’un appareil photo est un objet fascinant, magnétique – il a le pouvoir de figer, pour l’éternité, un moment, un visage, un sentiment, une émotion, des traits physiques qui ne cesseront de muer. Plus troublant encore, l’appareil photo brise la glace, il dénude, il dévoile. Je trouve souvent que les gens ne sont jamais autant sincères que sur une photo, pris à vif, authentiques. On ne ment pas à l’appareil photo.

Les gens ne se rendent souvent que peu compte du langage caché des photos. Ils n’appréhendent pas la richesse insoupçonnée qui peut se découvrir sur le papier glacé. Ils ignorent à quel point un portrait peut se révéler prolixe.

Hornet, Grindr, Scruff, Tinder, Planetromeo, les sites et applications de rencontres où nous nous croisons et entrecroisons ont toujours été un terrain de jeu récréatif pour moi. Le principe commun à toutes ces plateformes est qu’il faut se vendre. Pour ce faire, chaque utilisateur dispose de deux outils précaires : des photos et un texte. Voilà tout.

Je me suis amusé à dresser une typologie fondée sur ces fameuses photos et me suis diverti à exprimer ce qu’elles semblaient m’évoquer. L’exercice est assez édifiant.

1. Le sans-photo

Typologie des Photos Grindr/Hornet/Tinder/Scruff et cie

Ils sont partout. Ils pullulent. Ils donnent parfois le sentiment de faire partie d’une secte aux revendications peu claires.

Ils ne s’affichent pas, ne se montrent pas, mais sont quand même sur des plateformes de… rencontres.

Ils avancent dans l’ombre, à pas feutrés. Et n’osez pas leur reprocher leur anonymat – Ils vous répondraient sur un ton réprobateur (choix cumulatifs ou alternatifs) :

  • Qu’ils cherchent à conserver leur discrétion. En effet, nous savons tous que nous sommes susceptibles de croiser grand-mère ou tante Jeanne ou encore notre patron vêtu d’un harnais de cuir et d’un jockstrap en nylon entre deux profils sur Hornet. Cela est bien connu.
  • Qu’ils sont en couple et tenter d’éviter à l’être aimé l’amère découverte de leur présence sur ces réseaux. Moi, à leur place, la question que je me poserais serait plutôt celle de la présence dudit être aimé également sur le même réseau. A cocu, cocu et demi ? Je dis ça….
  • Qu’ils mènent une enquête journaliste ou pour le compte d’un groupuscule secret qui aurait pour but de surveiller des individus fort peu recommandables. Oui, oui, je vous l’assure. Il m’est arrivé, lors de ma courte existence de lire ce type de justifications qui s’expriment plutôt en « je surveille un tel… », « j’essaie de retrouver un tel autre… ». Des vocations de détectives se perdent. S’ils mettaient la même dextérité à « retrouver » ou « surveiller » ces individus, je pense que l’on aurait retrouvé le vol de la Malaysia Airlines depuis belle lurette.

2. Le Faussaire

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Qu’il s’agisse d’un ventre plat simulé au prix d’une apnée, d’une séance de maquillage salvatrice pré-photo, ou de ces aspirants Dorian Gray qui oublient que le temps passe et que les photos ne restent pas fidèles la réalité, ils sont nombreux.

Ils excellent en petits mensonges plus ou moins grossiers. N’osez pas non plus leur en faire un reproche. Ils rétorqueraient d’un air agacé ou entre deux sanglots que tout cela est sans conséquence et que par ailleurs, la société superficielle dans laquelle nous évoluons ne leur donne guère autre choix que de jouer d’artifices.

Ils dissimulent bien souvent des failles personnelles, un manque criard de confiance en soi et penser ainsi panser des plaies bien plus profondes.

3. Le Narcissique

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Alors que le sans-photo nage dans les eaux profondes des différentes plateformes de rencontres, le narcissique lui veut fendre les eaux claires, il veut ouvrir de grandes voiles, il veut qu’on le voit, il veut s’imposer, montrer.

Avec lui, les portraits se multiplient et se veulent léchés, propres, souvent professionnels.

Comment le reconnaître ? Les indices sont souvent concordants : il aborde une photo de profil parfaite, le mettant en valeur. La pose qu’il tient est souvent une pose de défi, hautaine, lèvres inexpressives, regard dur, bras mobiles (souvent accompagnés d’une main dans les cheveux). Bien souvent, ladite photo le dévoile torse nu et/ou dans une salle de sport.

Son texte regorge souvent d’adjectifs flatteurs : bogosse/bomec, sportif, mec viril, bien foutu, athlétique, etc… qui précédent un certain nombre d’exclusions : bogosse pour idem, viril pour idem, sportif pour idem, pas de gros, pas de noirs, pas d’asiat, pas de plus de 24 ans, pas de crevettes, pas de fumeurs, pas moins de 1m85, pas de pauvres, pas d’êtres humains, pas de mecs qui pètent, qui rotent, qui font caca.

Par ailleurs, le titre de son profil lui même se veut explicite : HotBoy, SexyBoy, TonedMan, GreatShape, Bomecdu75.

Si, malgré tous ces indices vous ne le reconnaissez pas, sachez que son profil contient habituellement de nombreux liens vers d’autres réseaux sociaux : compte Instagram où sont compilés des selfies et photos de salles de sport par centaines, agrémentés d’autant d’hashtags évocateurs, son compte Facebook où il affiche 5735 amis ou un compte Twitter où il s’épanche volontiers sur toutes les soirées auxquelles il se rend – excusez moi… auxquelles il fait l’honneur de sa présence.

4. Le lunettophile

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Cousin germain du sans-photo, ils se comprennent bien ces deux là. Le lunettophile souffre d’une addiction inexplicable à sa paire de lunettes de soleil. Qu’il fasse soleil radieux, qu’il pleuve, qu’il neige, qu’il vente, qu’il soit à la piscine, au cinéma, en boîte de nuit, sous la douche ou dans son lit, ses lunettes de soleil restent inexorablement sur son nez.

La légende populaire dit que le dernier lunettophile qui aurait dévoilé ses yeux au jour aurait eu la rétine brûlée par les rayons du soleil. Pauvres êtres.

5. L’Homme-Puzzle

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Il fait partie de la grande famille du sans-photo et du lunettophile. Artiste raté, il exprime sa vocation artistique morte dans l’œuf dans sa vie privée. Il affectionne les gros plans, le rognage agressif. Il a le sens du détail, peut être un peu trop.

Ses portraits se déclinent en séries complémentaires de gros plans sur différentes parties de son visage : ses yeux, son nez, puis une joue par là, ici j’aperçois des cheveux.

Avoir une image nette et claire de votre interlocuteur s’apparente à un atelier d’arts plastiques en maternelle. Il vous envoie volontiers plusieurs gros plans de son visage et vous défie de les assembler. Sauf que nous ne sommes plus à la maternelle, que nous ne sommes pas tous passionnés par l’art du collage, et que ce n’est pas un artiste. Voilà.

6. L’éternel Triste

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Nous vivons dans un monde cruel, impitoyable. Nous savons tous qu’à chaque jour vaut sa peine. Nous savons que rien n’est si simple. L’éternel triste le sait, il le sait bien trop bien et il veut que le sachiez également.

Sur ces photos, il arbore un visage abattu, tragique, désabusé. Ses lèvres semblent ne plus savoir comment dessiner un sourire, ses yeux ne savent plus comment se plisser dans un éclat de rire.

Sa peine, il l’affiche. Son profil énonce souvent des affirmations emplies d’amertume : « tous les mêmes », « plus jamais de mytho », « déçu à jamais », « non aux connards », « peut être enfin un jour », « j ‘écoute Mylène Farmer en m’ouvrant les veines avec un crucifix dans ma baignoire de chambre de bonne ».

Vous commencez à bien me connaître maintenant depuis que je m’épanche ici. Je suis compatissant, secourable. Bien mal m’en a pris. L’éternel triste se complait à vous brosser tous les détails de sa vie sinistre ; chaque effort de votre part de formuler un compliment, de lui faire prendre du recul, d’insuffler un peu de positivisme se conclut inexorablement par un échec patent sous forme d’un « de toute façon tu ne peux pas comprendre. Toi ta vie elle est bien ».

Oui l’éternel triste, ce qu’il souhaite c’est une oreille éternellement attentive, mais aussi vous rappeler que vous, votre vie, elle est sympathique en comparaison à la sienne et vous emplir de culpabilité et de remords.

Et quand vous vous décidez finalement à ôter votre cape de bon samaritain, voilà qu’il vous reproche « d’être comme tous les autres » et qu’il s’empressera d’ajouter au texte de son profil Grindr une énième lamentation laconique sur ses déceptions.

7. Le Duckfaced

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Sur toutes ses photos le duckfaced a la même expression, la même moue immuable. Nos amis anglais ont baptisé cette expression le « duckface » pour « face de canard », les traits formés par les lèvres faisant en effet penser au minois d’un canard.

En France, l’expression équivalente pourrait être « avoir les lèvres en cul de poule ». Il s’agit toujours de volaille mais nous avouerons cependant que cela est moins gracieux…

Là encore, la légende dit que les duckfaced souffrent d’une affection anatomique. Cette immuable moue n’est guère volontaire mais est devenue permanente au fil des années et des centaines de selfies postés sur Instagram.

Un ami médecin me disait autour d’un café la semaine dernière qu’une solution chirurgicale serait explorée par un groupe de chercheurs Américains. Je vous tiendrais bien évidemment au courant de ces avancées scientifiques majeures.

8. L’inclassable, ou encore le « WTF »

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Ses photos parlent d’elles mêmes : l’inclassable est un OVNI, un être curieux, étrange, une sorte de chimère, de licorne.

On ne comprend pas vraiment les raisons qui le poussent à porter ce costume de Spiderman sur cette photo ou celle de choisir « Merlin Actif » comme pseudonyme, tout comme on ne saisit pas non plus les raisons qui poussent un autre à se travestir en Centaure à l’aide d’artifices informatiques. On ne comprend vraiment pas et au fond, on ne veut pas vraiment comprendre.

9. Le Daddy’s Boy

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Le Daddy’s Boy est jeune, bel éphèbe, à la beauté fraîche, pétillante, gaie. Au premier abord, on ne comprend pas la présence systématique de cet autre homme à ses côtés sur l’ensemble de ses photos. On devine qu’il s’agirait de son grand-père, de son père peut être, de son parrain sûrement. Lorsque le Daddy’s Boy nous répond que ces trois supputations sont fausses, on se complait à imaginer que le Daddy’s Boy, jeune homme sûrement charitable consacre une partie de son temps à ceux qui en ont besoin. Notre imagination veut qu’il passe ses weekends à faire la lecture à des seniors en maison de retraite entre deux volontariats à la soupe populaire. Que nenni.

Le Daddy’s Boy finit par nous avouer que cet homme, qui semble en fin de vie, et qui le regarde d’un œil vitreux et tendre sur toutes ses photos n’est nul autre que son compagnon.

Alors que nos doigts vont rechercher la fonction « bloquer » sur le côté droit de l’écran, un message de l’interlocuteur a le temps de se placer : « Nous cherchons un plan à trois, ça t’intéresse ? Par contre il ne faudra pas y aller trop fort, Francis vient juste de se faire opérer de la hanche ».

10. Le Chercheur d’Exotisme

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On les qualifie de « Rice Queens » quand ils ne sont intéressés que par des asiatiques, « Mud Sharks » quand ils vouent un culte à la peau ébène ou encore « Wanna Beaner » lorsqu’ils ne jurent que par la beauté latine, ces hommes sont assoiffés d’exotisme.

Leurs profils sont certainement les plus explicites et arborent sans retenue des : « lopes pour blacks », « only 4 asiat », « ForLatino ».

Alors qu’il s’agissait traditionnellement d’hommes caucasiens d’un certain âge il y’a encore années, le phénomène se démocratise. Il n’est plus rare de rencontrer des profils du type « Black4Black », ou « LatinWantsLatin » et de constater que l’âge des concernés est de plus en plus jeune.

11. Le Paradoxe

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On en est persuadé lorsqu’on le contacte : il est passif ou actif. Dans notre esprit cela semble être une évidence. Son physique, sa dégaine, son visage semblent parler pour lui.

Frêle, peau laiteuse, imberbe, voix fluette, féminin, l’idée qu’il soit actif ne nous effleure même pas.

Imposant, musculeux, viril, poilu, masculin, nous l’appréhendons comme l’archétype même de l’actif puissant.

Le paradoxe aime les surprises, il aime nous attendre à ce coin de rue où nous l’espérons pas et nous mettre une claque – une gifle à nos préjugés, à nos attentes primaires. Et parfois, ça c’est bien.

12. Le XXL4XXL

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La nature s’est montré particulièrement généreuse avec lui. Il en est fier. Ces turgescences flatteuses lui valent souvent un certain égo, un certain orgueil. Il sait faire partie de ce club extrêmement sélectif, 2% dit-on, d’hommes dont la masculinité évidente caresse au moins les 20 centimètres.

Ce petit groupe cultive l’entre soi et veille sur l’accès au club comme un videur de l’entrée d’une boite de nuit.

Le XXL4XXL ne souhaite rencontrer que des gens aussi bénis que lui. Il sera avide de photos de prétendants, de détails. La rencontre se mue souvent insidieusement en compétition : « magnifique, moi je n’ai que 22 centimètres, bravo ».

Curieuse communauté.

 

13. Le Photoshoppé

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Selon les bruits de couloir, le photoshoppé serait en étroite amitié avec le faussaire et qu’il leur arriverait d’assister aux mêmes soirées. Rumeurs ? Vérités ? Je ne saurais vraiment me prononcer.

Quoi qu’il en soit, le photoshoppé est un être relativement rocambolesque. Il est pressé, il apprécie que les choses se fassent vite, avec célérité, dans le court terme. Le long terme est pour lui une notion vaporeuse.

Ainsi, doté de quelques talents d’édition il se divertit en améliorant ses portraits et photos de vacances et pratique une sorte de chirurgie digitale : un nez trop gros ? et hop, aminci. Une peau acnéique ? la voilà aussi lisse que celle d’un nourrisson élevé au lait de chamelle. Quelques kilos en trop après les fêtes ? quelques rides témoignant du temps qui passe ? tout est enlevé.

Quand je disais que le photoshoppé appréciait le court terme c’est parce qu’il omet, à son grand dam, que tout intérêt suscité à l’aide de ses photos « mises en beauté » mène souvent, à plus ou moins long terme à une rencontre réelle, et que celle ci se conclut inexorablement par des déceptions amères. Oui, le photoshoppé est quelque peu sot. Dans la vraie vie, le nez bien trop gros reprend son volume réel, la peau acnéique bourgeonne à nouveau, les rides se recreusent, les kilos en trop épaississent à nouveau. Cruelle existence.

14. Le Flou Amateur de Paysages (le « FAP »)

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Le FAP est le filleul de l’Homme-Puzzle et le neveu du Photoshoppé. Il paraît que la ressemblance de famille est assez évidente. Le FAP s’aurait également imaginé artiste, il apprécie tout ce qui est brumeux, vaporeux, nuageux, doux.

Demandez-lui des photos et vous recevrez une série de portraits dignes des plus grands (et plus flous) tableaux de Monet. Le FAP aime l’art. Le FAP est aussi fin stratège, il que si après deux ou trois bières, nous sommes bien moins regardants quant à la qualité de nos conquêtes, la portée de quelques photos floutées ne devrait pas être bien différente.

Cependant, vous êtes perspicace et vous enjoignez fermement au FAP de vous transmettre des photos plus claires, plus nettes. Il s’exécute. Spontanément, il vous envoie une photo de lui, en randonnée dans la Moselle, un crépuscule d’Octobre à 700 mètres environ de l’objectif, alors qu’il est adossé en pantacourt à un arbre. Du moins, c’est ce que vous distinguez dans cette photo dont il occupe à peu près 5% de l’espace total, le reste étant laissé au paysage.

Le FAP est un poète.

15. La Lope

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Lopaille en vieux français, « Lope » pour les intimes, désigne ces jeunes et moins jeunes, passifs, qui pratiquent le « Lopage », autrement dit une certaine forme de jeu sexuel empruntant les codes du S&M, de la domination et de l’asservissement, des jeux de rôles. Jusque là tout va bien me direz vous. Comme dirait une humoriste que j’apprécie : « tout le monde fait ce qu’il souhaite avec ses cheveux ». La Lope a un profil qui se veut clair, sans atours et artifices, elle sait ce qu’elle veut et elle le veut là, tout de suite, entre les murs humides d’une cave de Montreuil.

La lope n’a pas de photo type. Il peut s’agir d’un petit minet aux cheveux blonds et à l’air sage sur cette photo, ce brun musculeux et trapu sur cette autre image ou encore cet homme à lunettes, dans son costume cintré, dans la quarantaine, bien sous-tous-rapports.

La lope se reconnaît plutôt à son texte de présentation : « qui veut me loper/baiser/piner/fourrer/niquer/défoncer/et toutes autres joyeusetés » précédant un « now ».

17. Le Dresseur de Lope

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A chaque fois que vous croiserez une lope, sachez qu’un « dresseur » ne sera pas loin. Sur les réseaux de rencontres, les « maîtres à lope » pullulent également.

Les développements précédents s’appliquent avec la même pertinence à cette autre catégorie. Il suffira simplement de remplacer par le terme « se faire », le « me » dans le texte de présentation sus-énoncé. Le résultat serait : « qui veut SE FAIRE loper/baiser/piner/fourrer/niquer/défoncer/et toutes autres joyeusetés » précédant toujours un « now ».

L’astuce est infaillible.

18. Le BCBG

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Sur sa photo, on retrouve tous les codes symbolisant son appartenance sociale : un chino aux couleurs pastels, une mèche sur le côté, des mocassins à gland, une décoration soignée, souvent d’influence baroque. On distingue généralement, dans le fond, quelques pièces d’exception, vases, tableaux, une bibliothèque fournie. Il ne manquerait, pour compléter un tel tableau qu’une chevalière apparente et un pull Vicomte A sur les épaules.

Le BCBG est bourgeois ou aristo et il le revendique. Il en est fier. Il l’arbore comme un blason et l’indique comme pseudonyme si toutefois l’on avait manqué à le constater.

Son texte de profil serait souvent assez pédant : « un peu de culture », « quel niveau ici… », « aime l’opéra, le chant lyrique Malgache et l’art de la broderie chilienne » ou une citation en latin et donnera le sentiment de ne pas être à sa place, tel un cygne voguant au milieu de canards de barbarie.

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5 Films de pédés à voir (ou pas)

Publié le par Dorian Gay

5 Films de pédés à voir (ou pas)

Cinéphile serait un mot peu approprié pour me décrire. Oui, j’aime le 7ème art, c’est un fait. Mais, comme pour un bon œnologue qui doit avoir les sens assez affinés, subtils, pour reconnaître le millésime du picrate imbuvable, le cinéphile, le bon cinéphile est nécessairement un connaisseur, aux goûts souvent experts, tranchés, parfois vaniteux.

Moi, le cinéma, je l’aime avec toute sa beauté et sa laideur. Des films d’auteur remarquables peuvent m’arracher les tripes, tout comme des productions hollywoodiennes grossières peuvent m’arracher des éclats de rire et de l’émotion. Je suis bon public.

Je me suis toujours intéressé à la représentation de la communauté homosexuelle dans le cinéma, et notamment, dans des productions contemporaines plus ou moins récentes. En sus du plaisir évident de regarder un film, s’y ajoute celui de la curiosité, de l’observation sociologique. Par ailleurs, en tant que jeune homosexuel, on dira bien ce que l’on voudra, mais j’ai tendance à m’identifier plus aisément à des personnages qui partagent la même orientation que moi, et dans une certaine mesure, affrontent les mêmes démons que les miens.

Pendant longtemps, l’image du pédé au cinéma fluctuait entre stéréotypes rudimentaires et symbolisme élusif. Cependant, une nouvelle génération de réalisateurs, qui compte notamment des génies tels qu’Andrew Haigh, ont contribué et contribuent à enrichir la palette réservée aux pédés dans le cinéma. Avec cette nouvelle génération de gens du cinéma LGBT, les productions se veulent plus abouties, les personnages plus complexes, plus réalistes, plus sobres. On voit émerger un « vrai » cinéma LGBT, qui séduit par la qualité croissante des productions du genre.

Récemment, j’ai entamé un marathon cinématographique de films LGBT sans cohérence aucune, sans lien particulier entre les différents films autre que celui de mettre en scène un ou plusieurs personnages principaux homosexuels.

Ainsi, en l’espace d’une journée, j’ai regardé : Free Fall, Eat With Me, Eastern Boys, Naked As We Came et Boys.

Voici donc mes impressions à froid.

Free Fall

5 Films de pédés à voir (ou pas)

Ce film se détache assez nettement des quatre autres productions visionnées et se place, sans le moindre doute, en tête du palmarès.

La vie de Marc est ordonnée : CRS de son état, il vient d’emménager dans une maison hors de prix majoritairement payée par ses parents tandis que sa femme Bettina attend leur premier enfant. Lorsque Kay, homosexuel et rebelle, entre dans son unité, un désir incontrôlable et rapidement incontrôlé s’empare de Marc, déstabilisant son cocon artificiel et l’ordre normatif qu’il défendait. La masculinité est le sujet angulaire de ce film.

Stephan Lacant, le réalisateur dont Free Fall est le premier coup d’essai a une écriture et une réalisation soignées -à défaut d’être réellement inventives-, des acteurs impeccables, un sujet de société devenu presque classique (l’entrée peu tolérée de l’homosexualité dans un univers d’ordre, ici le monde policier) et pourtant, Free Fall fait partie de ces films qui insinuent un doute.

Que veut-on nous raconter ? Que veut-on nous dire ? Il est des thèmes évidents que Lacant insinue sans trop de pesanteur telle que la bestialité du monde policier, ordonné face aux crises qu’il doit démêler mais ultra-compétitif en son sein. La scène d’ouverture constitue en cela une entrée en matière des plus directes, in medias res : en pleine course d’entraînement, Marc, essoufflé, est peu à peu exclu de la meute. C’est en remarquant son manque de souffle que Kay, nouveau venu dans la division, s’approche de lui et, à force d’endurance, lui fait découvrir son homosexualité. Si l’argument semble désormais presque banal, son développement et les représentations sociales et affectives qui en découlent ne le sont pas. Le doute qu’insinue le film ne provient pas de la mise en scène de la violence (masculine principalement) mais de son origine. Et c’est peut-être sur ce point que Free Fall oscille entre l’honnêteté brute et la théorisation maladroite et confuse.

Si Kay ne crie pas son homosexualité sous tous les toits, Marc refuse la sienne, tiraillé entre un confort normatif (le travail, la famille, la reproduction) et un désir passionnel mais difficilement intégrable à ce confort particulier. Si ce refus de l’attirance physique et la frustration qu’il engendre chez Marc donne une vivacité à l’image, une représentation épidermique et sensorielle du désir, les conséquences de sa satisfaction mènent toutes à la violence : physique avec sa femme qu’il tente de violer et qu’il abandonne progressivement alors que Bettina est enceinte ; et symbolique tant la découverte de l’abandon va de pair, dans Free Fall, avec celle de la honte et du dégoût de soi.

Lacant a sans doute voulu filmer les différentes étapes du coming out -la répulsion, l’abandon, l’acceptation, le retour vers autrui-, mais les motifs de l’expression cinématographique sèment le trouble. Pourquoi cette figure de démon tentateur blond et marginal ? Pourquoi cette quasi invisibilité du personnage féminin, doux, tendre et compréhensif (la mère en somme) dont la souffrance, elle-même causée par l’homme, mène-t-elle aussi à la violence ?

Ce premier film étonne par sa grande attention aux décors, aux troubles de passage et aux flottements du quotidien en creux de Marc, mais perturbe par des schémas répétitifs (frustration/sexe/violence). Il retrouve, heureusement, la simple pudeur qui permet à l’histoire de s’envoler de temps à autres vers une spontanéité qui tranche avec les constructions théoriques. Les personnages ne peuvent se résumer à des figures strictes et cadrées, et le film au placage d’un discours sur les êtres et les choses, et c’est dans ces interstices de liberté que Stephan Lacant introduit parfois sa volonté de faire œuvre.

Trailer ci-dessous.

Eat With Me

5 Films de pédés à voir (ou pas)

Petite bulle virevoltant dans le ciel du cinéma LGBT. Certes, le fim n’éblouit pas par la qualité de son scénario, le jeu de ses acteurs ou sa réalisation, mais ce film a ce petit quelque chose, non identifiable qui vous laisse l’impression d’avoir passé un bon moment lorsque s’amorce le générique.

Quand Emma emménage avec son fils gay dont elle est très éloignée, la paire doit apprendre à se retrouver a travers la nourriture quand les mots ne sortent pas. Elliott, le fils, doit en plus surpasser sa peur de l’intimité et fait face a la possible fermeture du restaurant familial qu'il a repris.

Les thèmes qui émaillent le film sont assez classiques : une relation mère-fils malmenée, une romance entre deux garçons que tout opposerait, les oscillations entre l’envie de former un couple et celle de vivre une vie plus légère à l’âge de raison, la superficialité de certaines relations humaines.

On reprochera néanmoins au film des lenteurs gênantes, un piètre jeu d’acteur et des décors statiques, mais il apparaît aisément dès les premières minutes du film que ce dernier n’a pas bénéficié d’un budget qui aurait pu améliorer de façon sensible la qualité de la production. On lui pardonne.

Trailer en dessous.

Eastern Boys

5 Films de pédés à voir (ou pas)

Certainement un film qui marquera mon esprit. Au terme des six chapitres intenses et d’une lenteur agaçante, qui lui servent d’architecture, de ses nombreux rebondissements et variations de points de vue, je ne suis pas certain d’avoir percé tous les mystères d’Eastern Boys.

Pas sûr non plus que l’on devine une morale dans cette affaire, tant la complexité des sentiments qui l’animent rend illusoire tout jugement catégorique. Et c’est d’ailleurs la singulière richesse de ce film troublant et retors.

Ici, ce dont on parle est clair et frontal : “les sans-papiers”. Mais parler pour dire quoi ? Pour dire sa révolte de citoyen face à un Etat qui, même sous un gouvernement de gauche, continue de réprimer les immigrés clandestins ? Non ce serait trop simple. Le réalisateur choisit d’interroger notre regard sur les sans-papiers, ces sujets de fantasme et de répulsion qu’il aborde par le prisme le plus révélateur possible, celui du désir.

Eastern Boys est donc une histoire d’amour, qui commence logiquement par une scène de drague. Dans une gare de Paris, un petit bourgeois en goguette, Daniel, aborde un prostitué issu d’Europe de l’Est, Marek. Ils se toisent, discutent tarif, et Daniel invite le jeune gigolo à le rejoindre chez lui pour une passe.

Sauf que le plan déraille : le jour du rendez-vous, Marek se pointe avec son gang de gamins sans papiers, tous issus des Balkans, et ils mettent à sac l’appartement de leur hôte, impuissant face à la violence des Eastern Boys. Cette scène est l’une des plus longues et fortes du film. On est partagés, en tant que spectateurs passifs entre une certaine curiosité presque pornographique, une certaine incompréhension, et la contemplation d’une certaine forme de beauté. Vous savez, un peu comme la scène où les deux héroïnes de la Vie d’Adèle ont un coït qui dure une bonne dizaine de minutes, sans bande sonore, sans coupure au montage ? A peu près pareil.

D’une tension inouïe, scandée par les pulsations hypnotiques de la musique d’Arnaud Rebotini, cette belle scène de cambriolage ouvre le premier chapitre d’une romance à l’issue très incertaine.

Certainement un film qui marquera mon esprit. Au terme des six chapitres intenses et d’une lenteur agaçante, qui lui servent d’architecture, de ses nombreux rebondissements et variations de points de vue, je ne suis pas certain d’avoir percé tous les mystères d’Eastern Boys.

Pas sûr non plus que l’on devine une morale dans cette affaire, tant la complexité des sentiments qui l’animent rend illusoire tout jugement catégorique. Et c’est d’ailleurs la singulière richesse de ce film troublant et retors.

Ici, ce dont on parle est clair et frontal : “les sans-papiers”. Mais parler pour dire quoi ? Pour dire sa révolte de citoyen face à un Etat qui, même sous un gouvernement de gauche, continue de réprimer les immigrés clandestins ? Non ce serait trop simple. Le réalisateur choisit d’interroger notre regard sur les sans-papiers, ces sujets de fantasme et de répulsion qu’il aborde par le prisme le plus révélateur possible, celui du désir.

Eastern Boys est donc une histoire d’amour, qui commence logiquement par une scène de drague. Dans une gare de Paris, un petit bourgeois en goguette, Daniel, aborde un prostitué issu d’Europe de l’Est, Marek. Ils se toisent, discutent tarif, et Daniel invite le jeune gigolo à le rejoindre chez lui pour une passe.

Sauf que le plan déraille : le jour du rendez-vous, Marek se pointe avec son gang de gamins sans papiers, tous issus des Balkans, et ils mettent à sac l’appartement de leur hôte, impuissant face à la violence des Eastern Boys. Cette scène est l’une des plus longues et fortes du film. On est partagés, en tant que spectateurs passifs entre une certaine curiosité presque pornographique, une certaine incompréhension, et la contemplation d’une certaine forme de beauté. Vous savez, un peu comme la scène où les deux héroïnes de la Vie d’Adèle ont un coït qui dure une bonne dizaine de minutes, sans bande sonore, sans coupure au montage ? A peu près pareil.

D’une tension inouïe, scandée par les pulsations hypnotiques de la musique d’Arnaud Rebotini, cette belle scène de cambriolage ouvre le premier chapitre d’une romance à l’issue très incertaine.

Car les deux hommes se reverront plus tard, de plus en plus fréquemment, et ils vivront une aventure de couple sans que l’on sache précisément quelles sont les intentions de Daniel, ni ce qui l’attire chez ce clandestin d’Europe de l’Est.

Ce film est un petit ovni cinématographique, indéfinissable, brumeux et assez confus, mais c’est peut-être là tout son intérêt.

Le trailer est juste là.

Boys

5 Films de pédés à voir (ou pas)

Ce film est un joli, léger et peu prétentieux. Il traite avec pudeur et sensibilité le thème de la découverte de l’homosexualité.

Sieger est un jeune sportif de dix-sept ans qui s’entraîne pour des championnats. Lors de vacances d’été, il fait la connaissance de Marc, un jeune homme sympathique. Amitié et complicité se développent rapidement entre les deux adolescents. Naissent alors des sentiments bien plus forts.

Réalisé pour la télévision allemande, Boys connut un accueil public et critique tellement favorable qu’une sortie en salles fut décidée, suivie d’une vente à l’international. L’œuvre a également été primée à l’occasion de diverses rencontres de cinéma. C’est à vrai dire un film mineur mais touchant dans sa modestie même.

Il s’inscrit dans ce courant de cinéma LGBT proposant des produits formatés et rassurants, sur la forme comme sur le fond. Mais dans le genre, il se situe un peu au-dessus du lot. Le scénario est minimaliste, qui se concentre sur la relation naissante et fragile entre deux adolescents de milieu plutôt modeste. Rien de véritable transcendant dans les situations : les deux garçons sont présentés comme jeunes, beaux, gentils, sportifs, et bien sous tous rapports. Par contraste, le réalisateur oppose la figure du grand frère de Sieger, hétérosexuel rebelle, qui vole des motos et insulte le père, un homme veuf et généreux, débordant d’amour et de bienveillance pour ses deux fils.

Le message est clair : ce film frôle la corde sensible et rassure par un romanesque classique et certains passages dénotent un vrai talent de narration : le film séduit en particulier par ses non-dits et la finesse avec laquelle l’auteur se frotte à son intrigue sans surligner les troubles des personnages. Mais tel quel, ce petit film agréable mérite le détour.

Mon cœur de cœur ? la scène qui clôt le film : Sieger et Marc, une moto qui transperce la nuit, une route de campagne, la délicieuse chanson de Moss, I Apologize (Dear Simon). Une perle.

Un petit aperçu ci-dessous.

Naked As We Came

5 Films de pédés à voir (ou pas)

Laura et son frère Elliot (un superbe éphèbe à la musculature aussi élégante qu’un Rodin) ont reçu un appel les alertant de l’état de santé critique de leur mère, Lilly. Inquiets, ils décident de lui rendre visite après près d’une année de silence. Un long silence qui s’explique par des la nature chaotique du climat familial depuis leur enfance. Lilly était en effet une mère assez antipathique, ne témoignant quasiment jamais aucun signe d’affection, se montrant plus passionnée par le jardinage, sa passion, que le bien être de ses enfants.

Malade, sentant sa fin proche, elle dévoile un nouveau visage lorsqu’elle les reçoit. Les enfants sont déchirés entre la tentation de régler de vieux comptes, celle d’exprimer les rancœurs et des émotions fortes face à une mère aimante comme ils ne l’avaient jamais connue. Au centre de ces retrouvailles familiales il y a Ted (super beau bosse bis), romancier, qui travaille pour Lilly comme homme à tout faire et qui est devenu, par l’usure du temps, son seul ami. Sa présence suscite des interrogations, des doutes, des tensions… avant que Ted et Elliot, entament une liaison à la nature peu ordinaire.

Naked As We Came est une œuvre indépendante à la fois modeste dans sa démarche, assez sincère et disposant d’une mise en scène relativement élégante et subtilement poétique. En s’attaquant au thème de la maladie, le projet aurait rapidement pu sombrer dans les clichés, le misérabilisme ou la niaiserie.

Il n’en est rien, grâce à un scénario relativement bien construit qui dessine progressivement des personnages humains, contradictoires, riches en nuance. On reprochera cependant à ce scénario, une certaine facilité. Les dénouements se devinent, les dialogues sont parfois irréels d’insipidité, lents, tout est parfois un peu confus – les thèmes s’entremêlent et s’entrechoquent. Le film est un peu trop riche, un peu trop gras.

Par ailleurs, le choix des acteurs incarnant les deux personnages homosexuels du film est quelque peu allégorique. Tous les deux sont beaux – pas d’une beauté classique, banale, complexe. Non, leur beauté est plastique, fade, faite de porcelaine ennuyante de perfection. Je retrouve dans ce film ce que j’exècre dans beaucoup de films LGBT : le stéréotype usé et usant du jeune homosexuel éphèbe, irréprochable, presque gênante. J’aurais souhaité des pédés banals, comme vous peut être, comme moi, comme ces amis qui m’entourent, comme ces gens que je croise tous les jours, des gens à travers lesquels je peux me projeter.

« Des roses et des prunes pourries dans le même pot de fleurs » comme disait ma grand-mère.

Quelques minutes du film pour se faire une idée ? C'est en dessous.

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