Fuck Them All.

Publié le par Dorian Gay

Fuck Them All.

J’aurais souhaité ne pas me réveiller ce jour-là. J’aurais aimé continuer à laisser mon esprit papillonner dans un monde imaginaire, utopique. J’aurais souhaité garder mes yeux clos, les pupilles pleines de petites étoiles blanches qui scintillent et explosent sous mes paupières. J’aurais aimé continuer à me cacher, blotti contre un nuage dans la forteresse réconfortante du rêve, de l’idéal, continué à flotter dans une bulle cristalline portée par une brise légère vers le mieux, vers le beau. Parce que la réalité parfois, elle n’est pas belle. La réalité, parfois, elle est rugueuse, elle n’est pas douce et tendre comme le rêve. La réalité, je ne l’aime pas.

Cette nuit alors que tu effleurais de tes doigts longilignes ma nuque, plongés tout dans le noir absolu, allongés sur mon lit qui te devenais familier, tu as brisé un silence qui saturait l’air ambiant et tu as murmuré : « ça va, tout va bien ? tu veux que je m’en aille ? ».

Alors que je te tournais le dos sur ce lit, dans le noir, après quelques secondes, quelques secondes comme des heures, je t’ai répondu « non, non, tout va bien, reste ».

Mais, en réalité, dans cette réalité rugueuse, j’étouffais des larmes et je me trouvais ridicule et grotesque. Ça n’allait pas bien, je voulais que tu t’en ailles. Je voulais ne pas retenir mes larmes, mon souffle lourd, mes sanglots et ma respiration saccadée et je voulais pleurer comme un enfant. Je n’avais pas pleuré depuis des années, même pas quand grand mère est décédée, même pas quand Armel nous as quitté, même pas quand je me suis cogné fort l’orteil dans l’encablure de la porte, même pas quand j’étais fatigué de tout.

Je me trouve ridicule. Ridicule parce qu’au fond, j’ai le sentiment que je ne suis pas aussi fort que j’aimerais l’être. Je reste un géant aux pieds de mousse, un garçon qui a toujours été effrayé par les insectes et le vide, par la solitude et le monde, malgré la barbe hirsute et les quelques muscles qui remplissent mes chemises bien trop cintrées.

J’ai fini par te demander Antoine, après moult verbiages qu’est ce qu’on était. Tu m’as répondu, après tout autant de verbiage que tu ne savais pas, que tu étais paumé, que ton passé te faisait encore souffrir. Je n’ai pas alors compris, et j’ai pleuré. Je n’ai pas pu retenir ces larmes stupides, ces larmes niaises que tu n’as pas vu alors que tu t’endormais. Je m’en suis voulu d’y avoir cru, le temps d’une seconde, le temps d’une semaine, le temps d’un mois. Pourtant tu m’avais prévenu, tu m’avais dit dès les amorces de cette curieuse relation que tu ne savais pas où tu allais et que tu voguais sur des eaux troubles. Je n’ai pas voulu l’entendre et je me suis laissé immerger dans ces eaux troubles, jusqu’à boire la tasse, jusqu’à emplir mes poumons et m’y noyer. Comme un con, un con qui ne sait pas nager.

La journée avait été longue. Elle avait pourtant bien commencé. J’avais apporté quelques grains de rêve qui me restaient de la nuit et que j’avais fait fondre dans mon café en arrivant au travail et je pensais déjà à la soirée qui nous attendait. J’avais prévu une bouteille de vin, du sancerre, 2014 et je voulais porter une chemise bleue. J’aime bien le bleu et je pensais que tu l’aimerais bien. J’avais donc prévu de te dire, au réveil, après cette soirée, qu’après ces quelques semaines comme suspendues, je m’attachais à toi. C’est quand même drôle. Tu aurais été le premier à entendre ces mots qui s’accrochaient à mes tripes, s’agrippaient au fond de ma gorge, incisaient ma langue, le premier depuis le dernier il y’a 3 ans. C’est quand même drôle.

Avec toi, j’arrivais enfin à pédaler. J’ai toujours pensé que l’amour c’est un peu comme le vélo. On n’oublie jamais comment en faire, malgré le temps qui passe, malgré la rouille qui peut faire crisser l’engrenage. Oui, c’est vrai, au début, lorsqu’on a oublié ce que c’est que séduire, s’attacher à quelqu’un, essayer de plaire, c’est dur. On titube, on est maladroit, on approximatise, on est comme un albatros à terre, puis après on déploie timidement ses ailes, on prend de l’assurance, on ébroue nos plumes, on prend de l’élan, puis on saute et on vole. Ça faisait longtemps que je n’avais pas fait de bicyclette, 3 ans comme 3 siècles. J’ai repris ma bicyclette un peu usée, un peu rouillée, m’y suis installé, j’ai poussé la pédale, je suis tombé quelques fois, mais j’y suis arrivé : j’ai pédalé et qu’est ce que c’était bon. Putain.

Ce n’est pas bien grave Antoine. Les larmes, ce sont comme mes textes ici, elles coulent, parfois pleines de bonheur et de joie, parfois emplies de chagrin, puis elles sèchent comme l’encre imaginaire avec lequel je m’épanche ici. Puis c’est fini, c’est couché sur le papier, sur les pixels de mon écran, et c’est évacué, c’est vidé, parfois même oublié.

La journée avait été longue. Elle avait pourtant bien commencé. Parlons maintenant de toi Philippe.

Un pop bleu et rouge sur mon ordinateur alors que je travaille. Je dirige la petite souris noire vers le joli pop bleu et rouge et j’y découvre un message. L’inconnu m’annonce que toi, Philippe, que je connaissais depuis près de trois ans déjà et avec qui j’avais essayé de reprendre ma bicyclette l’année dernière, menait une double vie et était loin de mener une vie honnête. Ce jeune garçon me conte votre relation, vieille de deux ans déjà, que tu avais omis de me conter avec les mêmes papillons dans le ventre que ce jeune homme à qui tu as fait du mal et qui s’exprimait avec peine. Tu ne m’as jamais dit, que les draps dans lesquels je m’allongeais pendant ces quelques soirs passés chez toi étaient imbibés du léger parfum de ton compagnon absent. Trois années d’amitié qui explosent – quelques mois d’amour qui détonent dans le bruit sourd d’un mensonge. Pris de panique, tu t’es confondu en excuses. Je n’ai pas pleuré. Les murailles de ma forteresse ont tenu bon.

La journée avait été longue. Elle avait pourtant bien commencé. Ne penses-tu pas Thomas ?

Peut être l’ignorais-tu ? Agissais-tu sciemment ? au fond cela n’a guère d’importance. Je te regardais dans le bleu de tes yeux alors que tu me disais au revoir, que tu disais au revoir à mes amis, réunis en assemblée. Il faisait beau, c’était un dimanche. J’étais heureux. J’étais léger. Alors que je te disais au revoir, tu ne me rendais pas mon regard, tes yeux étaient perdus et ton regard enrubannait Antoine, ce même garçon avec lequel je rapprenais à faire de la bicyclette. Toi et moi nous avions déjà eu quelques tentatives : j’ai chevauché ma bicyclette, nous nous tenions la main et avancions avec sûreté, puis j’ai pris de l’assurance, et j’appuyais sur les pédales de plus en plus fort, plein d’ivresse. Nos mains se lâchaient, nos doigts ne faisaient plus que se frôler et bientôt tu n’étais plus qu’une image lointaine que j’apercevais en me retournant vers toi, alors que ma bicyclette avançait vélocement. C’est le passé.

Par ce beau dimanche, tu le regardais avec envie et plaisir et il ne fallut pas longtemps avant que tu exprimes tes envies. Je t’en ai voulu mais je n’ai pas pas pleuré, pourtant mon cœur faisait boum-badaboum, mes mains se sont crispées, ma respiration s’est faite haletante, mais je n’ai pas pleuré.

Même pour toi Lucas je n’ai pas pleuré ce jour là.

Ta verve était particulièrement aigre. Nous n’étions qu’amis mais nous avions partagé bon nombre d’aventures et je tenais à ta bienveillance. Sans détour et ménagement, tu m’annonçais sur le fond gris d’une conversation WhatsApp que ta nouvelle compagne ne voyais guère d’un bon œil notre amitié et que tu souhaitais la sacrifier afin de trouver grâce à ses yeux. Sur l’autel de l’amour, tu as pris notre compagnonnage et l’a éviscéré, le regard imperturbable, les mains tremblantes. Je n’ai rien dit. Je n’ai pas pleuré et je t’ai laissé partir.

C’est fou tout ce qui peut se passer en une journée, n’en conviendrez vous pas ?

Je m’en vais dans les bois, dans des bosquets à l’ombre d’arbres massifs, et je vais panser mes plaies, les lécher jusqu’à ce qu’elles sèchent. Indépendant, fier, boiteux, estropié. Je m’en vais retrouver mon monde imaginaire, utopique. J’aurais souhaité garder mes yeux clos, les pupilles pleines de petites étoiles blanches qui scintillent et explosent sous mes paupières. J’aurais aimé continuer à me cacher, blotti contre un nuage dans la forteresse réconfortante du rêve, de l’idéal, continué à flotter dans une bulle cristalline portée par une brise légère vers le mieux, vers le beau. Parce que la réalité parfois, elle n’est pas belle. La réalité, parfois, elle est rugueuse, elle n’est pas douce et tendre comme le rêve. La réalité, je ne l’aime pas.

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sylvainj 18/02/2016 08:08

Il faut qu'on parle de cet article. La réalité c'est so 2014 de toute façon